Barack Obama et les sanctions économiques contre Cuba

Salim Lamrani

Depuis son intronisation à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama, occupé par de multiples dossiers, n’a toujours pas effectué de geste en direction de Cuba, malgré ses promesses de campagne de mettre un terme aux sanctions économiques imposées par son prédécesseur George W. Bush en mai 2004. Celles-ci limitent drastiquement les visites des émigrés cubains vers leur pays d’origine à 14 jours tous les trois ans et réduisent l’aide financière familiale à 100 dollars par mois, dans le meilleur des cas1.

Un rapport bipartite du Congrès étasunien, rendu public le 23 février 2009, intitulé « Changer la politique à l’égard de Cuba en faveur de l’intérêt national des Etats-Unis », recommande au président d’entreprendre « un premier pas unilatéral » à l’égard de La Havane, avant le prochain Sommet des Amériques du 17 avril 2009. Selon le congressiste de l’Indiana Richard Lugar, promoteur du rapport de 25 pages, ce geste consisterait, dans un premier temps, à éliminer les sanctions de 2004, un simple ordre exécutif étant nécessaire à cela2.

« Un tel geste pourrait signaler un important changement et favoriserait un climat de bonne volonté à l’égard des Etats-Unis de la part des pays latino-américains, tout comme la coopération régionale que le gouvernement étasunien recherche dans plusieurs domaines », souligne le document3.

En effet, les sanctions économiques imposées de manière unilatérale par Washington depuis juillet 1960 sont unanimement rejetées par la communauté internationale. Le 29 octobre 2008, pour la 17ème année consécutive, 185 pays sur les 192 que compte l’Assemblée générale des Nations unies se sont prononcés pour la levée de cet état de siège qui affecte toutes les catégories de la population cubaine. En effet, les sanctions étasuniennes sont le principal obstacle au développement économique de Cuba. Elles ont coûté 93 milliards de dollars à l’économie cubaine depuis leur entrée en vigueur et 3,7 milliards rien que pour l’année 2007. L’opinion publique étasunienne et le monde des affaires sont également opposés à l’actuelle politique de la Maison-Blanche en raison de son caractère obsolète, cruel et inefficace4.

Par ailleurs, lors de la réunion historique du 16 décembre 2008 qui a intégré Cuba au Groupe de Río au Brésil, les 33 nations latino-américaines et caribéennes ont réitéré avec vigueur leur condamnation des sanctions contre Cuba5. Les visites à Cuba de Cristina Kirchner, Michelle Bachelet, Rafael Correa, Alvaro Colom, Hugo Chávez, José Manuel Zelaya Rosales et Leonel Fernández Reina respectivement présidents de l’Argentine, du Chili, de l’Equateur, du Guatemala, du Venezuela, du Honduras et de République dominicaine depuis le début de l’année 2009 illustrent la solidarité continentale à l’égard de La Havane, réalité que la Maison-blanche ne peut se permettre d’ignorer6.

Même le discipliné et fidèle secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA) José Miguel Insulza, allié de Washington, a fait part de son souhait de voir le gouvernement Obama mettre un terme aux sanctions économiques contre Cuba. « J’aimerais que l’embargo contre Cuba soit rapidement éliminé », a-t-il déclaré7.

De la même manière, en février 2009, le colonel Glenn Alex Crowther, éminente personnalité militaire et professeur d’affaires de sécurité nationale à l’Institut d’études stratégiques (SSI), entité appartenant au célèbre Collège de Guerre des Etats-Unis, s’est également prononcé contre les sanctions économiques dans le bulletin officiel du SSI. Il a exhorté le gouvernement Obama à changer de polítique dans une réflexion intitulée « Dites au revoir à l’embargo ». Selon lui, « lever l’embargo pourrait envoyer un signal fort à la communauté internationale démontrant que les Etats-Unis sont magnanimes et inclusifs ; le maintenir nous fait paraître mesquins et vindicatifs ». Par ailleurs, « nous ne pouvons convaincre personne que Cuba est une menace pour les Etats-Unis ni démontrer au niveau international que le maintien de la même politique aura un impact positif8 ».

Récemment, plusieurs centres politiques, économiques et intellectuels influents tels que la Brookings Institution, le Council on Foreign Relations, l’Inter-American Dialogue et la New America Foundation, entre autres, ont également exprimé leur rejet de l’actuelle politique étasunienne à l’égard de Cuba9.

Le rapport bipartite propose également que le Congrès se charge de lever l’interdiction de voyager qui pèse sur les citoyens étasuniens et mette ainsi terme à une situation absurde et illégale qui leur permet de se rendre en Corée du Nord, en Chine et au Vietnam, mais pas à Cuba10. Des estimations prévoient la visite d’un million de touristes étasuniens dès la première année, qui génèreraient des revenus à hauteur d’un milliard de dollars. Ces ressources permettraient aux autorités de résoudre une grande partie des problèmes actuels, notamment dans le domaine du transport et du logement11.

Au début du mois de février 2009, un autre groupe bipartite mené par le représentant démocrate William Delahunt du Massachussetts a également présenté un projet de loi en ce sens, demandant l’annulation de l’interdiction de voyage pour les ressortissants étasuniens12.

Richard Lugar est le républicain de plus haut rang du Comité des Affaires étrangères du Sénat et il est réputé pour être un farouche critique du gouvernement cubain. Mais, lucide, il a appelé à un changement radical de stratégie à l’égard de La Havane, conscient de l’échec subi par les Etats-Unis, à tous les niveaux, dans sa politique à l’égard de l’île des Caraïbes. « Nous devons reconnaître l’inefficacité de notre politique actuelle et traiter avec le régime cubain d’une façon qui renforce les intérêts américains », a-t-il admis13.

Lugar propose également d’éliminer les restrictions de mouvement imposées aux diplomates cubains sur le territoire étasunien et de reprendre les conversations bilatérales sur les thèmes migratoires et la lutte contre le narcotrafic, interrompues unilatéralement par l’administration Bush. Le rapport souligne également la nécessité de supprimer les conditions draconiennes imposées à La Havane pour l’achat de produits alimentaires (paiement effectif et à l’avance) qui réduit singulièrement les possibilités d’acquisition, et de permettre le financement privé pour les transactions commerciales. Le congressiste républicain suggère également d’élargir la liste des produits que les Cubains peuvent acquérir aux Etats-Unis en incluant les médicaments, les équipements médicaux, le matériel agricole et le matériel de construction. Le document évoque également la possibilité d’achter des produits biotechnologiques à Cuba, un des leaders mondiaux dans ce domaine14.

Le projet de Lugar est intéressant car il s’agit sans nul doute de l’une des approches les plus réalistes et constructives présentées au Congrès. L’administration Obama ferait preuve de sagacité en suivant les pistes élaborées par le document, illustrant ainsi auprès de la communauté internationale sa volonté de résoudre le différend historique entre les deux nations.

Le 25 février 2009, devançant Barack Obama, la Chambre des représentants a approuvé, à 245 voix pour et 178 contre, un projet de loi budgétaire qui permettra aux Cubains des Etats-Unis de se rendre dans leur pays d’origine une fois par an, annulant ainsi les restrictions de Bush. Cette législation doit encore être avalisée par le Sénat et ratifiée par le président. Cependant, si elle était adoptée, cette mesure ne serait valable que jusqu’au mois d’octobre 2009, date à laquelle entrera le nouveau budget pour 2010. C’est la raison pour laquelle un décret présidentiel est nécessaire car il lui donnerait un caractère plus permanent15.

Du côté de La Havane, le gouvernement a toujours été disposé à résoudre le conflit avec les Etats-Unis à partir d’une base de respect mutuel, de réciprocité et de non-ingérence dans les affaires internes. Fidel Castro avait, en tant que dirigeant du pays, tendu à maintes reprises un rameau d’olivier à la Maison-Blanche, se heurtant à chaque fois à un refus obstiné. Le gouvernement de Raúl Castro en a fait de même et a tendu une main fraternelle à Washington lors de multiples occasions, aussi bien à l’administration Bush qu’à celle d’Obama, sans obtenir de réponse16.

Ainsi, en janvier 2009, Raúl Castro a tenu des propos élogieux à l’égard du premier président noir des Etats-Unis, soulignant ses traits « d’homme bon » et lui souhaitant « bonne chance » dans ses nouvelles fonctions. Il a réitéré sa disposition au dialogue « sans intermédiaires » et avec des « conditions égales17 ». De son côté, le président de l’Assemblée nationale cubaine Ricardo Alarcón a salué les idées « intéressantes » et les qualités oratoires d’Obama18.

L’administration Obama a l’obligation politique, stratégique et morale de mettre un terme au châtiment économique imposé à la population cubaine. Si elle veut incarner aux yeux du monde une rupture avec la politique désastreuse de son prédécesseur, si elle souhaite faire preuve de moins de dédain et d’arrogance à l’égard de l’Amérique latine, il est impératif de mettre un terme définitif au harcèlement contre le peuple cubain. Celui-ci, sans oublier le passé, lui tendra alors une main amicale et réconciliatrice.

Notes

1 Colin L. Powell, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, mai 2004). www.state.gov/documents/organization/32334.pdf (site consulté le 7 mai 2004).

2 Richard Lugar, http://lugar.senate.gov/sfrc/pdf/Cuba.pdf ; Anne Flaherty, « EEUU debe replantear su embargo a Cuba dice senador republicano », The Associated Press, 23 février 2009 ; Wilfredo Cancio Isla, « Informe del Senado pide levantar prohibición de viajes a Cuba antes de abril », El Nuevo Herald, 23 février 2009.

3 Ibid.

4 Edith M. Lederer, « UN Again Urges US to Lift Embargo Against Cuba », The Associated Press, 29 octobre 2008.

5 The Associated Press, « Latam Summit: New Independence, End Embargo », 17 décembre 2008.

6 El Nuevo Herald, « Colom ofrece disculpas a Cuba por invasión de Bahía de Cochinos », 18 février 2009.

7 EFE, « Insulza espera que Obama levante el embargo a Cuba », 20 janvier 2009.

8 Glenn Alex Crowther, « Kiss the Embargo Good Bye », Strategic Studies Institute, février 2009. www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/PUB906.pdf (site consulté le 26 février 2009).

9 Wilfredo Cancio Isla, « Recomiendan a EEUU buscar ‘acuerdo constructivo’ con Cuba », El Nuevo Herald, 26 février 2009 ; David Brooks, « El embargo a Cuba, un fracaso, afirma el senador republicano Lugar », La Jornada, 24 février 2009.

10 Richard Lugar, op. cit.

11 Wilfredo Cancio Isla, « Informe del Senado pide levantar prohibición de viajes a Cuba antes de abril », op. cit.

12 Ibid.

13 Richard Lugar, op. cit.

14 Ibid.

15 El Nuevo Herald, « Cámara aprueba proyecto de ley que flexibilizaría viajes a Cuba », 25 février 2009.

16 Edith M. Lederer, « Cuba Expects New US President to Lift Embargo », The Associated Press, 30 octobre 2008.

17 Agence France Presse, « Raúl Castro desea ‘suerte’ a Obama y dice que le ‘parece un buen hombre’ », 21 janvier 2009.

18 Agence France Presse, « Alarcón dice que el discurso de Obama es ‘interesante’, pero deja dudas », 20 janvier 2009.

Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il vient de publier Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr

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Barack Obama et les sanctions économiques contre Cuba

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de LAMRANI Salim

Depuis son intronisation à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama, occupé par de multiples dossiers, n’a toujours pas effectué de geste en direction de Cuba, malgré ses promesses de campagne de mettre un terme aux sanctions économiques imposées par son prédécesseur George W. Bush en mai 2004. Celles-ci limitent drastiquement les visites des émigrés cubains vers leur pays d’origine à 14 jours tous les trois ans et réduisent l’aide financière familiale à 100 dollars par mois, dans le meilleur des cas (1).

Un rapport bipartite du Congrès étasunien, rendu public le 23 février 2009, intitulé « Changer la politique à l’égard de Cuba en faveur de l’intérêt national des Etats-Unis », recommande au président d’entreprendre « un premier pas unilatéral » à l’égard de La Havane, avant le prochain Sommet des Amériques du 17 avril 2009. Selon le congressiste de l’Indiana Richard Lugar, promoteur du rapport de 25 pages, ce geste consisterait, dans un premier temps, à éliminer les sanctions de 2004, un simple ordre exécutif étant nécessaire à cela (2).

« Un tel geste pourrait signaler un important changement et favoriserait un climat de bonne volonté à l’égard des Etats-Unis de la part des pays latino-américains, tout comme la coopération régionale que le gouvernement étasunien recherche dans plusieurs domaines », souligne le document (3).

En effet, les sanctions économiques imposées de manière unilatérale par Washington depuis juillet 1960 sont unanimement rejetées par la communauté internationale. Le 29 octobre 2008, pour la 17ème année consécutive, 185 pays sur les 192 que compte l’Assemblée générale des Nations unies se sont prononcés pour la levée de cet état de siège qui affecte toutes les catégories de la population cubaine. En effet, les sanctions étasuniennes sont le principal obstacle au développement économique de Cuba. Elles ont coûté 93 milliards de dollars à l’économie cubaine depuis leur entrée en vigueur et 3,7 milliards rien que pour l’année 2007. L’opinion publique étasunienne et le monde des affaires sont également opposés à l’actuelle politique de la Maison-Blanche en raison de son caractère obsolète, cruel et inefficace (4).

Par ailleurs, lors de la réunion historique du 16 décembre 2008 qui a intégré Cuba au Groupe de Río au Brésil, les 33 nations latino-américaines et caribéennes ont réitéré avec vigueur leur condamnation des sanctions contre Cuba (5). Les visites à Cuba de Cristina Kirchner, Michelle Bachelet, Rafael Correa, Alvaro Colom, Hugo Chávez, José Manuel Zelaya Rosales et Leonel Fernández Reina respectivement présidents de l’Argentine, du Chili, de l’Equateur, du Guatemala, du Venezuela, du Honduras et de République dominicaine depuis le début de l’année 2009 illustrent la solidarité continentale à l’égard de La Havane, réalité que la Maison-blanche ne peut se permettre d’ignorer (6).

Même le discipliné et fidèle secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA) José Miguel Insulza, allié de Washington, a fait part de son souhait de voir le gouvernement Obama mettre un terme aux sanctions économiques contre Cuba. « J’aimerais que l’embargo contre Cuba soit rapidement éliminé », a-t-il déclaré (7).

De la même manière, en février 2009, le colonel Glenn Alex Crowther, éminente personnalité militaire et professeur d’affaires de sécurité nationale à l’Institut d’études stratégiques (SSI), entité appartenant au célèbre Collège de Guerre des Etats-Unis, s’est également prononcé contre les sanctions économiques dans le bulletin officiel du SSI. Il a exhorté le gouvernement Obama à changer de polítique dans une réflexion intitulée « Dites au revoir à l’embargo ». Selon lui, « lever l’embargo pourrait envoyer un signal fort à la communauté internationale démontrant que les Etats-Unis sont magnanimes et inclusifs ; le maintenir nous fait paraître mesquins et vindicatifs ». Par ailleurs, « nous ne pouvons convaincre personne que Cuba est une menace pour les Etats-Unis ni démontrer au niveau international que le maintien de la même politique aura un impact positif (8) ».

Récemment, plusieurs centres politiques, économiques et intellectuels influents tels que la Brookings Institution, le Council on Foreign Relations, l’Inter-American Dialogue et la New America Foundation, entre autres, ont également exprimé leur rejet de l’actuelle politique étasunienne à l’égard de Cuba (9).

Le rapport bipartite propose également que le Congrès se charge de lever l’interdiction de voyager qui pèse sur les citoyens étasuniens et mette ainsi terme à une situation absurde et illégale qui leur permet de se rendre en Corée du Nord, en Chine et au Vietnam, mais pas à Cuba (10). Des estimations prévoient la visite d’un million de touristes étasuniens dès la première année, qui génèreraient des revenus à hauteur d’un milliard de dollars. Ces ressources permettraient aux autorités de résoudre une grande partie des problèmes actuels, notamment dans le domaine du transport et du logement (11).

Au début du mois de février 2009, un autre groupe bipartite mené par le représentant démocrate William Delahunt du Massachussetts a également présenté un projet de loi en ce sens, demandant l’annulation de l’interdiction de voyage pour les ressortissants étasuniens (12).

Richard Lugar est le républicain de plus haut rang du Comité des Affaires étrangères du Sénat et il est réputé pour être un farouche critique du gouvernement cubain. Mais, lucide, il a appelé à un changement radical de stratégie à l’égard de La Havane, conscient de l’échec subi par les Etats-Unis, à tous les niveaux, dans sa politique à l’égard de l’île des Caraïbes. « Nous devons reconnaître l’inefficacité de notre politique actuelle et traiter avec le régime cubain d’une façon qui renforce les intérêts américains », a-t-il admis (13).

Lugar propose également d’éliminer les restrictions de mouvement imposées aux diplomates cubains sur le territoire étasunien et de reprendre les conversations bilatérales sur les thèmes migratoires et la lutte contre le narcotrafic, interrompues unilatéralement par l’administration Bush. Le rapport souligne également la nécessité de supprimer les conditions draconiennes imposées à La Havane pour l’achat de produits alimentaires (paiement effectif et à l’avance) qui réduit singulièrement les possibilités d’acquisition, et de permettre le financement privé pour les transactions commerciales. Le congressiste républicain suggère également d’élargir la liste des produits que les Cubains peuvent acquérir aux Etats-Unis en incluant les médicaments, les équipements médicaux, le matériel agricole et le matériel de construction. Le document évoque également la possibilité d’achter des produits biotechnologiques à Cuba, un des leaders mondiaux dans ce domaine (14).

Le projet de Lugar est intéressant car il s’agit sans nul doute de l’une des approches les plus réalistes et constructives présentées au Congrès. L’administration Obama ferait preuve de sagacité en suivant les pistes élaborées par le document, illustrant ainsi auprès de la communauté internationale sa volonté de résoudre le différend historique entre les deux nations.

Le 25 février 2009, devançant Barack Obama, la Chambre des représentants a approuvé, à 245 voix pour et 178 contre, un projet de loi budgétaire qui permettra aux Cubains des Etats-Unis de se rendre dans leur pays d’origine une fois par an, annulant ainsi les restrictions de Bush. Cette législation doit encore être avalisée par le Sénat et ratifiée par le président. Cependant, si elle était adoptée, cette mesure ne serait valable que jusqu’au mois d’octobre 2009, date à laquelle entrera le nouveau budget pour 2010. C’est la raison pour laquelle un décret présidentiel est nécessaire car il lui donnerait un caractère plus permanent (15).

Du côté de La Havane, le gouvernement a toujours été disposé à résoudre le conflit avec les Etats-Unis à partir d’une base de respect mutuel, de réciprocité et de non-ingérence dans les affaires internes. Fidel Castro avait, en tant que dirigeant du pays, tendu à maintes reprises un rameau d’olivier à la Maison-Blanche, se heurtant à chaque fois à un refus obstiné. Le gouvernement de Raúl Castro en a fait de même et a tendu une main fraternelle à Washington lors de multiples occasions, aussi bien à l’administration Bush qu’à celle d’Obama, sans obtenir de réponse (16).

Ainsi, en janvier 2009, Raúl Castro a tenu des propos élogieux à l’égard du premier président noir des Etats-Unis, soulignant ses traits « d’homme bon » et lui souhaitant « bonne chance » dans ses nouvelles fonctions. Il a réitéré sa disposition au dialogue « sans intermédiaires » et avec des « conditions égales (17) ». De son côté, le président de l’Assemblée nationale cubaine Ricardo Alarcón a salué les idées « intéressantes » et les qualités oratoires d’Obama (18).

L’administration Obama a l’obligation politique, stratégique et morale de mettre un terme au châtiment économique imposé à la population cubaine. Si elle veut incarner aux yeux du monde une rupture avec la politique désastreuse de son prédécesseur, si elle souhaite faire preuve de moins de dédain et d’arrogance à l’égard de l’Amérique latine, il est impératif de mettre un terme définitif au harcèlement contre le peuple cubain. Celui-ci, sans oublier le passé, lui tendra alors une main amicale et réconciliatrice.

Notes

1 Colin L. Powell, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, mai 2004). http://www.state.gov/documents/organization/32334.pdf (site consulté le 7 mai 2004).

2 Richard Lugar, http://lugar.senate.gov/sfrc/pdf/Cuba.pdf ; Anne Flaherty, « EEUU debe replantear su embargo a Cuba dice senador republicano », The Associated Press, 23 février 2009 ; Wilfredo Cancio Isla, « Informe del Senado pide levantar prohibición de viajes a Cuba antes de abril », El Nuevo Herald, 23 février 2009.

3 Ibid.

4 Edith M. Lederer, « UN Again Urges US to Lift Embargo Against Cuba », The Associated Press, 29 octobre 2008.

5 The Associated Press, « Latam Summit : New Independence, End Embargo », 17 décembre 2008.

6 El Nuevo Herald, « Colom ofrece disculpas a Cuba por invasión de Bahía de Cochinos », 18 février 2009.

7 EFE, « Insulza espera que Obama levante el embargo a Cuba », 20 janvier 2009.

8 Glenn Alex Crowther, « Kiss the Embargo Good Bye », Strategic Studies Institute, février 2009. http://www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/PUB906.pdf (site consulté le 26 février 2009).

9 Wilfredo Cancio Isla, « Recomiendan a EEUU buscar ‘acuerdo constructivo’ con Cuba », El Nuevo Herald, 26 février 2009 ; David Brooks, « El embargo a Cuba, un fracaso, afirma el senador republicano Lugar », La Jornada, 24 février 2009.

10 Richard Lugar, op. cit.

11 Wilfredo Cancio Isla, « Informe del Senado pide levantar prohibición de viajes a Cuba antes de abril », op. cit.

12 Ibid.

13 Richard Lugar, op. cit.

14 Ibid.

15 El Nuevo Herald, « Cámara aprueba proyecto de ley que flexibilizaría viajes a Cuba », 25 février 2009.

16 Edith M. Lederer, « Cuba Expects New US President to Lift Embargo », The Associated Press, 30 octobre 2008.

17 Agence France Presse, « Raúl Castro desea ‘suerte’ a Obama y dice que le ‘parece un buen hombre’ », 21 janvier 2009.

18 Agence France Presse, « Alarcón dice que el discurso de Obama es ‘interesante’, pero deja dudas », 20 janvier 2009.

Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il vient de publier Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008). Contact : lamranisalim@yahoo.fr

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Le plus grave attentat terroriste dirigé contre Cuba

Le plus grave attentat terroriste dirigé contre Cuba, et celui qui a causé le plus de victimes, a été le sabotage du cargo français ‘La Coubre’. Il a été réalisé le 4 mars 1960, dans la baie du port de la Havane, au moment où se déchargeaient plus de 70 tonnes de grenades et de munitions achetées en Belgique.

C’est à trois heures de l’après-midi qu’une explosion a provoqué la mort de plusieurs dockers et causé un grand chaos dans la zone du port. La population accourut immédiatement pour porter secours aux blessés mais une seconde explosion a élevé le nombre de victimes mortelles à 101. Il y a eu également 209 blessés dont certains furent gravement mutilés.

Une analyse minutieuse des faits a démontré que les explosions ont été le résultat d’un acte terroriste et non pas d’un accident dû à une manipulation incorrecte de la charge.
Lors de l’enterrement des victimes, le Commandant Fidel Castro a mis à nu les intentions évidentes du gouvernement des États-Unis d’empêcher les Forces Armées Révolutionnaires d’augmenter leur capacité combative.

L’un des tests réalisés a été de lancer une caisse de grenades au sol depuis un petit avion en vol. La caisse n’a pas explosé, ce qui démontrait que sa manipulation était sans danger.
Le leader révolutionnaire a également fait allusion aux pressions auxquelles avait été soumis le gouvernement de Grande Bretagne afin qu’elle se refuse à vendre des armes à Cuba. Plus tard, l’ambassade des États-Unis en Belgique, par l’intermédiaire de son consul et de son Attaché Militaire, avait également fait pression sur l’usine belge pour empêcher la vente d’armes à Cuba.

Malgré tout, la transaction commerciale a été réalisée et le bateau a été chargé à la mi-février dans le port d’Anvers. La charge avait été menée au lieu de l’embarquement sous la garde la plus stricte de la police des douanes et de la gendarmerie du gouvernement belge. Le convoi était parti de Bruxelles et avait fait deux arrêtes successifs à Hambourg puis à Brèmes avant d’arriver à Anvers.

Avant de parvenir à un port cubain, le bateau était resté plusieurs jours au quai N˚ 8 de Newport News, Norfolk, dans l’État de Virginie, afin de réparer la soute réfrigérée N˚ 6. C’est précisément dans cette partie de la cale qu’a été déposée, un mois après, la charge d’explosifs pour la livrer à La Havane.

Peu à peu, on a connu de nouvelles preuves. Le docteur José Luis Méndez, spécialiste du Centre de recherches historiques de la Sécurité de l’État de Cuba, a prouvé que quelques semaines avant l’attentat, le colonel de la CIA J.C. King avait pris contact, à Miami, avec Rolando Masferrer, le chef d’un groupe paramilitaire de la tyrannie de Batista. Il avait également rencontré Richard E. Brooks qui l’avait informé de la date d’arrivée du cargo et du port vers lequel il se dirigeait.

A quarante neuf ans du jour de ce sabotage, aucun document n’a été déclassifié, ni par la CIA, ni par le Département d’État, sur le thème, pas même le mémorandum le plus insignifiant.

Les paroles prononcées par Fidel Castro durant la cérémonie de l’enterrement font maintenant partie de l’Histoire de Cuba :

‘Non seulement nous saurons résister à n’importe quelle agression, non seulement nous sortirons vainqueurs de n’importe quelle agression. Si de nouveau nous n’avions pas d’autre alternative que celle qui a présidé le début de notre combat révolutionnaire, celle de la Liberté ou la Mort, maintenant que la Liberté signifie une chose de plus, la Liberté signifie Patrie, notre alternative sera alors : La Patrie ou la Mort ! ».

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La nationalisation de la Cuban Telephone Company : le naufrage d’un bon négoce

C’est au coin de la rue Águila et de la rue Dragones, à un peu plus de cent mètres du fameux quartier chinois, qu’en 1909, à la fin de la seconde intervention des États-Unis à Cuba, s’était installée la Cuban Telephone Company, A l’époque, le téléphone de longue distance n’existait pas et les téléphones locaux qui avaient été installés dans quelques villes dépendaient de deux compagnies différentes, le Réseau Téléphonique de la Havane et la Havana Telephone Compagny.

C’est cette année là que le président de Cuba accorda pour un temps illimité à la Cuban Telephone Company l’autorisation d’exploiter le service local et celui de longue distance dans tout le pays. Le développement du téléphone fut tellement rapide que six ans plus tard, en 1915, un quotidien cubain informait que, rien qu’à La Havane, il y avait 10 000 lignes installées. Cela représentait une des densités les plus élevées du monde. Dès le début, la compagnie nord-américaine avait transformé le pays en un laboratoire d’essai des nouvelles technologies en conditions d’exploitation quotidienne normale. C’est ce qui a permis à la compagnie nord-américaine ITT de passer ensuite à la généralisation des techniques de pointes qui avaient été testées auparavant à Cuba. Cependant, le développement du système s’était freiné et se concentrait seulement dans les grandes villes. Le reste du pays avait été oublié.

En 1957, c’est grâce à l’appui du dictateur Fulgencio Batista, que le consortium a pu obtenir ce qu’il souhaitait : l’augmentation des tarifs téléphoniques.

Lorsque la Révolution Cubaine a triomphé, les communications de l’île étaient donc entre les mains du voisin du Nord. L’une des premières mesures prises a été l’annulation des augmentations tarifaires et, le 3 Mars 1959, le Ministère des Communications a décidé l’intervention la Cuban Telephone Company. Elle a été nationalisée le 6 Août 1960. Ce tour là, c’est un juteux négoce qui faisait naufrage.
C’est ensuite qu’a été rapidement créée l’infrastructure de liaisons téléphoniques (par onde courte et satellitaire) avec le reste du monde et spécialement avec toute l’Amérique latine et l’Europe. Il s’agissait d’échapper le plus rapidement possible à la dépendance des entreprises nord-américaines, qui monopolisaient le vital service dans le monde entier.

En 1982, on pouvait observer les résultats de la politique suivie : 158 circuits internationaux reliaient le pays avec les autres nations et le nombre de communications avait été multiplié par quatre par rapport à 1958. Les progrès technologiques ont été poursuivis jusqu’à nos jours.

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Félix Varela: Synthèse de foi chrétienne et de culture cubaine

C’est il y a 156 ans, le 25 février 1853, qu’a cessé de battre le cœur du grand cubain Félix Varela mais, de nos jours, sa pensée, son action et son austérité exemplaire conservent toute leur valeur et leur actualité.

Il était né le 20 novembre 1787 à La Havane. A quatorze ans, il a confessé à son grand père sa vocation sacerdotale et son désir de pouvoir sauver des âmes. C’est aux Séminaires de San Carlos et San Ambrosio qu’il a commencé à se forger sa propre pensée, irrévérente pour les intérêts de l’époque.

A 23 ans, maigre et asthmatique, il était professeur et prêtre catholique, et célébrait des offices dans la cathédrale de La Havane. Son sacerdoce ne l’a pas empêché de rompre avec la scholastique et de plaider pour l’émancipation de Cuba du joug colonial, ainsi que pour l’abolition de l’esclavage. Il a mis son verbe lucide et culte au service de ces causes et s’est fermement opposé aux annexionnistes qui désiraient que Cuba, le jour où elle parviendrait à se libérer de la tutelle espagnole, se convertisse en une colonie nord-américaine.

Il a contribué à la naissance d’un sentiment national cubain et n’a pas hésité à considérer que le chemin de la révolution était le seul qui puisse permettre le développement de son pays. Ce sont ses thèses qui ont guidé les premiers pas de la guerre d’indépendance de Cuba contre l’Espagne, en 1868.

Valera a été député des ‘Cortes’ espagnoles en 1822 et 1823 et il y a pu expliquer noblement ses arguments, mais c’est pour cette raison qu’il a été ensuite condamné à mort par le monarque absolutiste Fernand VII et s’est vu obligé à s’exiler aux États-Unis.

Il a vécu les trente dernières années de sa vie dans ce pays, ou, comme le dirait plus tard Marti, au sein du monstre. Il a su y conjuguer la pratique du sacerdoce avec les activités révolutionnaires. Il y a, entre autres, fondé en 1824 le Journal « El Habanero » dédié à défendre la cause de l’indépendance de Cuba et qui a circulé clandestinement dans l’île.

Dans ses écrits, il a délimité les champs de la religion, de la politique et de la morale. Il a alerté clairement sur le fait que l’indépendance de sa Patrie devait échapper au danger d’annexions compromettantes et a souligné que sans liberté économique, il ne pouvait pas exister de liberté politique.

José de la Luz y Caballero – disciple et important continuateur de la pensée de son maître – a synthétisé sa pensé quand il a affirmé que Félix Valera a été le premier qui a appris à penser aux cubains.

C’est dans une petite pièce pauvrement meublée que Valera, en rendant l’âme le 25 février 1853, s’est élevé au dessus de son temps. Il est entré dans l’immortalité de la mémoire des hommes par son exemple et sa vertu.

Lors de sa visite à Cuba, en 1998, le pape Juan Pablo II a déclaré, devant ses restes conservés dans l’Aula Magna de l’Université de La Havane, qu’ « il est, par sa personne, la meilleur synthèse que l’on puisse trouver entre la foi chrétienne et la culture cubaine ».

source : cubainfo

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Un pays écologique

Valle de Viñales, Pinar del Río, Cuba.

Depuis la campagne d’alphabétisation lancée par Fidel Castro, Cuba est devenu un territoire libre de l’analphabétisme. On peut ajouter aujourd’hui, au vu du programme écologique de l’Ile, que Cuba est également un territoire libre de la pollution.

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DISCOURS PRONNOCÉ À RIO DE JANEIRO, À LA CONFÉRÉNCE DE NATIONS UNIES SUR L’ENVIRONNEMENT ET LE DÉVELOPPEMENT, LE 12 JUIN 1992


La revue allemande GEO, spécialisée en questions de géographie et de nature, vient de gratifier Cuba du label de «pays écologique exemplaire». Malgré l’embargo des Etats-Unis (par ailleurs premier pays pollueur de la planète) visant à étouffer ce petit territoire, Cuba est un pays leader dans la protection de l’environnement.
L’importance accordée par Cuba à l’environnement apparaît dans sa Constitution : «L’État protège l’environnement et les ressources naturelles du pays, reconnaissant leurs liens avec le développement social et économique pour la survie, le bien-être et la sécurité des générations actuelles et futures… Les citoyens ont le devoir de contribuer à la protection de notre eau, et de notre atmosphère, pour conserver les sols, la flore, la faune et toutes les utilisations potentielles de la nature.» Cuba a de la nature à protéger : récifs de corail, mangroves, terres humides et marais, forêts tropicales montagneuses et savanes semi-arides. «La moitié, environ, des espèces de faune et de flore sont indigènes, et nombreuses sont celles qu’on ne trouve nulle part ailleurs», peut-on lire dans une revue du Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE). En 2001, la Havane, la dynamique capitale de Cuba, a été choisie par le PNUE pour la Journée mondiale de l’environnement, célébrée le 5 juin.
En février 2002, la prestigieuse revue américaine, National Geographic, a publié un article sur la biodiversité marine de Cuba. L’auteur de l’article, qui a plongé dans les eaux cubaines pour son reportage, parle d’ «un royaume sous marin qui n’existe plus, ailleurs dans les Caraïbes, depuis 50 ans» et fait ressortir le contraste avec les mers avoisinantes «honteusement dévastées».  En 1959, le taux de boisement était de 14 %, avec une forte érosion du sol, une dégradation des eaux, du relief, de la végétation et une perte importante de biodiversité. A fin 2001, la surface boisée s’était, déjà, élevée à 22%, grâce à un ambitieux plan de reboisement. Elle est, aujourd’hui, de 24 % et les responsables cubains ambitionnent de la porter à 26 %, d’ici à 2010, sans compromettre le développement économique. Inutile de qualifier de «grande» la campagne de sensibilisation qui a permis d’atteindre ces progrès dans le reboisement. Les Cubains agissent, aussi, dans le cadre des efforts planétaires : le gouvernement et la société civile, qui participent à la campagne «Plantons pour la planète», du PNUE, se sont engagés à hauteur de 135 millions de plants.
Cuba sait, très bien, de quel côté se trouve le développement durable. Les preuves en sont données par une source du PNUE : «La promotion de l’agriculture biologique et urbaine, l’amélioration des méthodes de production et de l’efficacité énergétique, et l’adoption de processus industriels, plus propres, avec l’aide des organisations internationales – autant de réalisations qui ont permis au pays d’emprunter la route de la durabilité économique et environnementale, tout en conservant un taux de croissance exceptionnel de 12 % par an». Ce n’est pas tout : «Cuba entreprend, actuellement, une «révolution énergétique» qui vise à réduire l’utilisation de l’électricité, et des combustibles traditionnels non renouvelables, tout en augmentant l’efficacité énergétique. L’île remplace, progressivement, les équipements énergivores des centrales électriques, ce qui améliore l’efficacité et la capacité de celles-ci. On installe des groupes électrogènes dans les hôpitaux et dans les centres de production d’importance nationale, et des panneaux solaires dans les régions isolées. Et de nombreuses études sur l’introduction de sources d’énergie alternatives, comme l’éolienne et la biomasse, sont en cours». Le programme énergétique cubain, qui a démarré en 2005, malgré les difficultés qui découlent du blocus des Etats Unis repose, également, sur la réparation du réseau de distribution et sur le remplacement des équipements électroménagers par d’autres, à faible consommation d’électricité. En moins de trois ans, Cuba a atteint une capacité de production d’électricité bien au dessus de sa demande maxima.  En 2005, Fidel Castro a fait changer toutes les ampoules, afin de diminuer la consommation d’électricité.
Peuple instruit et organisé, notamment à travers de nombreuses associations de jeunes, les Cubains ont compris qu’ «il faut veiller sur le présent, si l’on veut avoir un avenir meilleur». Une de ces associations, ProNaturaleza, a lancé un projet universitaire pour l’étude et la conservation des tortues de mer, auquel 1 369 jeunes ont participé en dix ans. Une autre organisation, le Réseau de jeunes pour l’environnement de Cuba, a été créée en 2007 et participe, activement, à promouvoir les expériences des jeunes, à faire connaître leurs idées et coordonne les efforts dans les campagnes du PNUE, comme : Nettoyons la Terre et Plantons pour la planète. Enfin, des milliers de jardins urbains coopératifs ont été créés, sur 35 000 hectares, pour faire face au risque de crise alimentaire et au problème de l’augmentation des prix de l’alimentation, tout en développant un mouvement de réduction des importations alimentaires, et en faveur du «manger local».
Dans la lutte contre les risques naturels, Cuba est un exemple. On se rappelle que l’ouragan Gustav, qui a frappé les Caraïbes à la fin du mois d’août 2008, a provoqué la mort de plus d’une centaine de personnes, dont 11 en Jamaïque, 66 en Haïti, 8 en République dominicaine et 26 aux Etats-Unis. Cuba, qui a été terriblement touchée, a subi des dégâts matériels considérables, mais aucune perte humaine, grâce à son système de prévention articulée en phase d’information et phase d’alerte, parfaitement exécutées, en appui sur les médias, sur la discipline de la population et l’efficacité des services administratifs et techniques. La performance ressort mieux quand on souligne que l’ouragan était de catégorie 4, sur Cuba, avant de redescendre en catégorie 2 lors de son arrivée sur les côtes des Etats-Unis. Comparons : Katrina a causé la mort de 1 800 personnes en 2005, à la Nouvelle-Orléans, aux Etats Unis. Et cherchons : dans quel pays se trouve l’incurie des organismes de prévention et de secours ?

Le nouvelle république

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Cuba: la vie avant tout

Tout le monde est d’accord là-dessus. La qualité de vie passe par la santé. Sans elle, rien n’est possible, disait mon grand père, un paysan entêté, bien accroché à la terre des îles Canaries à laquelle il devait sa subsistance.

Il y a quelques jours, Cuba a annoncé au monde entier son indice de 4,7 de mortalité infantile pour 1 000 enfants nés vivants. C’est un indicateur qui permet de placer l’Ile dans le select groupe de nations qui parviennent à un indice égal ou inférieur à 5.


En 1958, l’indice cubain de mortalité infantile était de 60,0 pour mille enfants nés vivants, et en 1960, il était de 37,7. il est inutile de détailler les notables efforts réalisés depuis lors par la Révolution Cubaine pour améliorer les conditions de santé sous tous ses aspects. Voici une autre donnée : l’espérance de vie, pour ceux qui naissent dans la plus grande des Antilles, est actuellement de 78 ans.


Les problèmes crées par cinquante ans d’un blocus économique, commercial et financier sans cesse aggravé par de nouvelles mesures ; les ouragans qui sont passés sur l’île ( trois, l’un derrière l’autre, l’année dernière) ; la crise mondiale ; les insuffisance du bureaucratisme … les plus graves des maux qui auraient pu entraver cette oeuvre n’ont pas pu limiter les avances de ce secteur vital pour tous les cubains. Son action s’étend même hors de ses frontières. Lire la suite »

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Cuba, un demi siècle d’agressions et de victoires

Par Roberto Pérez Betancourt

C’est pratiquement à partir des premiers jours de la victoire gagnée par les armes sur les forces qui soutenaient les intérêts oligarchiques et étrangers, que la nation antillaise s’est vue frappée par l’hostilité de dix administrations nord-américaines successives qui ont mis en place toutes sortes de mesures illégales pour tenter de faire plier la volonté des cubains sans parvenir à leur fin.

Les groupes contre-révolutionnaires, financés et dirigés par l’Agence Centrale d’Intelligence (CIA) nord-américaine, ont réalisé de nombreux actes terroristes qui ont coûté la vie à un grand nombre de personnes et causé des dommages importants à l’économie du pays.

Il existe des preuves indiscutables du fait que pendant les 42 premières années après le triomphe révolutionnaire, 3 478 cubains ont perdu la vie à la suite d’actions terroristes incubées aux États-Unis, y compris l’invasion mercenaire de Playa Giron. Lire la suite »

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Alain Souchon et le Che

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CARTAGENA & BRIATTE
Le milieu du spectacle français croyait qu’Alain Souchon était une star vieillissante. La sortie de son dernier disque et son intervention au journal télévisé de 20 heures de France 2 le samedi 29 novembre le confirment. En effet, comme l’a constaté, avec un sourire complice le présentateur du journal, Laurent Delahousse, Alain Souchon a encore osé. Cette fois il n’a pas hésité à écrire une chanson contre les imposteurs aux dires de M. Delahousse. L’imposteur, en l’occurrence est, excusez du peu, Ernesto Che Guevara. En consultant Internet M. Souchon s’est « aperçu que des tas de témoins de l’époque disaient qu’il (le Che) s’était souvent conduit de manière extrêmement cruelle, que c’était un drôle de bonhomme qui aimait les armes à feu, l’aventure, alors qu’on en fait une espèce d’icône de la liberté ».

Effectivement pour une star du spectacle française et le cirque médiatique, il est assez osé de se poser en accusateur d’un homme qui a consacré sa vie (et l’y a laissée) à la lutte contre les injustices dans le monde.

Il est impossible de raconter en quelques mots le chemin parcouru par le Che pour devenir le symbole qu’il représente aujourd’hui, malgré les puissants et les privilégiés de ce monde. Mais voyons les grandes lignes :

Médecin, il s’est engagé au Mexique aux côtés de Fidel Castro pour aller lutter contre la dictature de Batista à Cuba. L’Amérique latine est la région où tout au long de l’histoire, les inégalités sociales ont été effarantes. Les deux voyages accomplis par le Che, en 1951 et 1953, lui ont permis de le constater. Après le triomphe de la Révolution cubaine en janvier 1959, il prend des responsabilités dans le gouvernement (Ministre de l’Industrie, Président de la Banque), jusqu’au moment où il part lutter contre les colonialistes européens au Congo. Rappelons que le Che était argentin et que la solidarité internationale était naturelle chez lui. Après la Révolution Cubaine, il estimait urgent d’aider l’Afrique dans sa lutte pour la libération du colonialisme et l’apartheid, tous deux soutenus par les pays dits « libres » (voir « la présence cubaine en Afrique »). Cette aide se soldant par un échec, le Che part en Bolivie pour se battre contre la dictature des généraux sous la coupe des Etats-Unis. A ce moment-là l’impérialisme américain l’avait déjà condamné à mort, et une fois la vérification faite qu’il se trouvait en Bolivie, les nord-américains ont dépêché des conseillers avec la tâche de le supprimer.

Parions que les « tas de témoins de l’époque » dont parle M. Souchon sont les auteurs de témoignages trouvés sur des sites basés aux Etats Unis, et plus particulièrement à Miami, antre reconnu des terroristes anticastristes organisés et financés par les successives administrations américaines. Les attentats terroristes se comptent par centaines (dont la première explosion d’un avion en plein vol dans le monde en 1976), non seulement contre Cuba, mais aussi contre tout ce qu’il y a de progressiste en Amérique Latine (voir « Opération Condor »). C’est à Miami qu’habite l’agent de la Cia qui a exécuté le Che le 9 octobre 1967 dans l’école de La Higuera en Bolivie. Les services américains ont voulu effacer le Che de la face de la terre, en le massacrant, puis après lui avoir coupé les mains, en cachant son corps pendant 30 ans, tentant ainsi de faire disparaître jusqu’à sa mémoire, son image. De toute évidence M. Souchon a voulu achever leur tâche manifestement mal accomplie, en discréditant le combat et l’engagement du Che et en essayant de le déshumaniser.

Le Che n’était ni cruel, ni amoureux des armes, comme l’affirme M. Souchon. Face aux dictatures sanglantes, il existe un droit à la rébellion, reconnu même par l’église catholique et des instances internationales telles que l’ONU. C’est la seule option qui ait permis d’abattre des oppresseurs comme Batista, Somoza, Pinochet ou autres pantins aux ordres de Washington. Le Che en était très conscient. La violence et l’oppression sont toujours l’œuvre des secteurs de la société qui veulent défendre leurs privilèges à tout prix.

Mais si M. Souchon a osé s’attaquer à celui qui reste le symbole de la liberté pour les peuples soumis à l’oppression, cela signifie qu’il est soit absolument inconscient de ce qu’il fait, soit complètement malhonnête dans ses motivations, ou bien les deux à la fois. J’imagine que pour la star parisienne qu’il est ce soit extrêmement difficile de concevoir les motivations qui ont poussé le Che Guevara à s’engager dans un combat contre les injustices sur plusieurs continents, mais un minimum de modestie et d’honnêteté intellectuelle lui aurait permis de s’épargner le numéro d’ignominie ridicule dans lequel il s’est irrémédiablement enfoncé. Cependant s’il tient vraiment à connaître des témoignages de personnes ayant côtoyé le Che, je pourrais lui recommander quelques œuvres provenant de plusieurs pays :

Carnets de voyage : film de Walter Salles (Brésil)

Biographie d’Ernesto Che Guevara connu aussi comme le Che : livre de Paco Ignacio Taibo II (Mexique)

Alberto Granado, livre En voyage avec Che Guevara

La mémoire du feu, livre Orlando Borrego

http://www.la-breche.com/catalog/index.php ?cPath=51&osCsid=9764060ahdsuurt11gk07l8ka6 , site internet où l’on peut obtenir les livres (entre autres) : Che, justice globale, Le socialisme et l’homme, Ecrits sur la révolution, Cuba, Fidel et le Che où l’aventure du socialisme

http://www.embacubalebanon.com/sobrechef.html, site dédié au Che

http://vdedaj.club.fr/cuba/index.html , site sur Cuba

Mon fils le Che, livre Ernesto Guevara

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php ?view=article&id=467%3Aqui-etait-che-guevara-&Itemid=53&option=com_content , site internet

http://www.monde-diplomatique.fr/2005/08/GOTT/12432 , article sur internet

http://www.jesuismort.com/biographie_celebrite_chercher/biographie-che_guevara-625.php , site internet

http://www.answers.com/topic/che-guevara, encyclopédie sur internet

http://www.thehandsofcheguevara.com/filmes.php ,video sur les mains coupés du Che

http://www.lepost.fr/article/2008/11/05/1317285_che-guevara-marianne-condamne-s-execute.html , site internet sur la fameuse photo du Che

http://video.fnac.com/a1779894/Che-Guevara-DVD-Zone-2 , site internet où l’on peut obtenir Che Guevara et Ernesto Che Guevara le journal de Bolivie, deux DVD

http://www.kewego.fr/video/iLyROoafYtCW.html ,site internet avec video sur le Che

http://www.spartacus.schoolnet.co.uk/COLDguevara.htm , site internet sur le Che

video Cuba une odyssée africaine (2 parties)

http://www.cheguevaratrail.com/fr/index.htm , site dédié au Che

http://www.fsmitha.com/h2/ch24x.html , site internet

Plus loin, M. Souchon ajoute que le Che était « très photogénique, qu’il a une belle photo avec son béret et qui est quand même sur 20 millions de tee-shirts ». Encore une fois, M. Souchon ne peut pas se dépêtrer de ses motivations de star de la chanson pour qui l’image reste le plus important. Alberto Korda, le photographe cubain qui a pris le célèbre cliché lors des obsèques de la centaine de victimes, dont six marins français, de l’attentat commis par la Cia contre le bateau « Le Coubre » dans le port de La Havane, n’a, contrairement à M. Souchon avec sa chanson, jamais obtenu un seul sou de bénéfice pour la reproduction de la photo la plus diffusée de l’histoire. Cette photo a été tirée, donc, non pas dans un studio, comme pour les clips de M. Souchon. Le béret n’avait pas été bien ajusté, contrairement aux soins apportés, avant de passer à l’antenne, à la coiffure de M. Souchon pour faire décontracté. La photo d’A. Korda, elle, est devenue célèbre après la mort du Che sur l’initiative d’un éditeur italien. Sur ce point, je me dois de prévenir M. Souchon dès maintenant car son visage risque, fort heureusement, de n’être jamais adopté comme symbole de quoi que ce soit. Même dans le domaine de l’ignoble,on a vu mieux.

Je peux affirmer que M. Souchon a insulté la mémoire d’un homme très aimé par des millions de personnes non seulement à Cuba et en Argentine, mais dans tous les pays d’Amérique Latine. Le chanteur ne peut pas soupçonner, même si ça doit le faire rire, à quel point les masses sur ce continent, aiment les dirigeants qui les conduisent vers la liberté. Ceci a été une constante de ces peuples depuis l’occupation espagnole. Le respect, l’admiration, l’amour des gens pour ceux qui ont donné leur vie pour leur libération (Lautaro, Tupac Amaru, Tupac Katani, Bolivar, Artigas, Marti, Zapata, Che, Allende, etc.) ne relèvent pas du culte de la personnalité mais uniquement de la reconnaissance envers ceux qui sont disposés à offrir leur vie pour améliorer celle des autres. Il en est de même aujourd’hui, n’en déplaise à M. Souchon, des nouveaux Présidents progressistes, tous admirateurs du Che, élus récemment en Amérique Latine : Chavez, Morales, Ortega, Correa, etc.

En insultant le Che, M. Souchon a insulté des millions de personnes dont je suis, mais venant de la part de quelqu’un qui a été, comme il le dit lui-même, « verni et gâté par la vie », cela n’a qu’une valeur très relative, car si ce monde va mal, c’est bien à cause de la défense à outrance de l’égoïsme et des privilèges de quelques-uns dont il fait partie.

M. Souchon doit savoir que le crachat destiné à l’étoile du Che ne pourra que lui retomber sur la figure et qu’il ne pourra plus s’en prendre à sa maman, car sa laideur, crachat compris, c’est lui-même qui l’aura forgée.

Cependant, je m’interroge sur, d’une part la subite inspiration de M. Souchon, s’appuyant sur des « informations » trouvées sur internet, et d’autre part la promotion de son disque par les chaînes publiques : le samedi 29 novembre à 20h dans de JT de France 2, le dimanche 30 à 14h dans l’émission « Vivement dimanche » de Drucker sur France 2 et le lundi 1er décembre à 21h sur France 3 avec un documentaire de L. Thessier.

Au moment où la pensée unique prend l’eau de toutes parts, les maîtres du jeu font intervenir tous leurs valets.

source : www.legrandsoir.info

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L’Infamie des bons de Santiago Alba Rico

Compte rendu de « Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme », de Salim Lamrani, Editions Estrella, Paris, 2008.

Ce qu’on ne pardonne pas à la Cuba révolutionnaire depuis le début, ce qu’on lui reproche est d’avoir dû se défendre sans répit. Depuis 1959, en effet, Cuba a dû se défendre d’invasions, de blocus, d’attentats terroristes et d’ingérences déstabilisatrices ; et elle a également dû se défendre contre une propagande farouche, aussi agressive qu’insistante, dont la puissance illumine sans l’ombre d’un doute la grande ignominie de la petite île. Un pays autant attaqué doit forcément être mauvais ; un pays tant défendu ne peut être qu’indéfendable. On ne peut même plus savoir pourquoi on attaque et pourquoi on défend un pays aussi attaqué et défendu.

On peut juger, en tout cas, de l’illégitimité de cette défense par la légitimité de l’offensive. On peut juger de la bassesse des défenseurs par la grandeur des attaquants. Qui attaque Cuba ? Des gouvernements très puissants qui parlent au nom de la démocratie et des droits de l’homme ; des gouvernements très puissants qui parlent au nom de la démocratie et des droits de l’homme et qui envahissent ou soutiennent l’invasion de nations souveraines ; des gouvernements qui parlent au nom de la démocratie et des droits de l’homme et qui tuent pour sauver des banques et des entreprises pétrolières ; des gouvernements qui parlent au nom de la démocratie et des droits de l’homme et qui ordonnent – ou y consentent – les séquestrations de la CIA, les camps de torture, les prisons secrètes, le contrôle des téléphones et des communications, la suspension de l’habeas corpus, le racisme exterminateur des lois migratoires et un bon nombre de dictatures collaborationnistes ; des gouvernements très puissants qui parlent publiquement de démocratie et de droits de l’homme et qui bafouent la démocratie et les droits de l’homme, et qui le font non pas parce qu’ils sont hypocrites ou rusés, mais parce qu’ils savent qu’il est autant utile de les violer que de les invoquer. Pourquoi peuvent-ils parler publiquement de démocratie et de droits de l’homme ? Précisément parce qu’ils peuvent les bafouer et les violer publiquement sans trop d’opposition. Pourquoi croit-on à ce qu’ils disent et non à ce qu’ils font ? Parce que leurs moyens pour se faire entendre sont aussi puissants que leurs moyens pour violer, tuer et détruire. Cuba ne pourra jamais avoir raison face à une irrationalité aussi irrésistible ; Cuba ne pourra jamais être juste face à une injustice aussi criminelle.

Salim Lamrani, enseignant et journaliste spécialiste de Cuba, a très bien compris qu’une partie de la stratégie de sape de la révolution cubaine passe par le fait de l’obliger à se défendre sans cesse, afin que tous ses principes paraissent rhétoriques, ses vérités vides de sens, ses chiffres gonflés, ses acquis douteux. Face à cette autolégitimation de l’attaquant – basée sur sa propre capacité à attaquer –, face à laquelle toute défense se retrouve délégitimée, il s’agit moins d’insister sur la légitimité de la révolution que de questionner radicalement la légitimité de ses détracteurs. C’est ce que fait Salim Lamrani dans Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme. Avec un calme très efficace, sans rhétorique, en ayant toujours recours à des rapports officiels au-delà de tout soupçon, il ose faire face aux gouvernements européens les plus belligérants contre Cuba sur leur propre terrain, là où ils se croient le plus intouchables ou d’où ils prétendent imposer leur doctrine au reste du monde. Abordant la question la plus difficile, la plus sensible et également la plus manipulée, l’ouvrage court et convaincant de Lamrani accumule tant d’accusations contre l’UE (et, bien sûr, contre les États-Unis) qu’apparaît naturellement aux yeux du lecteur tout ce que la propagande nous cache par le biais d’artifices et de violences symboliques, à savoir, les véritables raisons de l’offensive anti-cubaine et, indissociable de celles-ci, la supériorité positive et manifeste de Cuba – et pas seulement de manière comparative – dans la défense des droits de l’homme.

Mais les comparaisons sont vraiment édifiantes et je ne peux pas résister à l’envie de citer un passage du livre de Lamrani qui, précisément sous ce titre (« une comparaison édifiante »), exprime parfaitement aussi bien l’illégitimité morale et démocratique de l’Union européenne que le talent de l’auteur pour ordonner des vérités de façon à ce qu’elles puissent être perceptibles. Pour un compte rendu, la citation est longue ; pour un résumé judiciaire, elle est trop courte :

« Contrairement aux rapports concernant les pays de l’Union européenne, Amnesty International n’a rapporté, pour ce qui concerne Cuba,
- Aucun cas d’assassinat politique contrairement au Royaume-Uni.
- Aucun cas de torture ou traitement inhumain contrairement à la Belgique, à Chypre, à l’Estonie, à la France, à la Grèce, à l’Italie, à la Lettonie, à Malte, à la République tchèque et au Royaume-Uni.
- Aucun cas d’utilisation de preuves obtenues sous la torture contrairement à l’Allemagne et à Chypre.
- Aucun cas de disparition contrairement à l’Estonie.
- Aucun cas d’enlèvement de personnes par les autorités contrairement à l’Italie.
- Aucun cas de violation du droit à la vie contrairement à la Suède.
- Aucun cas d’impunité suite à un crime commis par des agents de l’Etat contrairement à l’Autriche, l’Espagne, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal, la République tchèque et au Royaume-Uni.
- Aucun cas de trafic d’êtres humains contrairement à la Grèce et à la Lituanie.
- Aucun cas de violence contre les mineurs commises par des agents de l’État, contrairement à l’Estonie, la République tchèque et la Slovaquie.
- Aucun cas de violence systématique contre les femmes contrairement à la plupart des pays européens.
- Aucun cas de violence contre les minorités contrairement à l’Allemagne, à l’Estonie, à la France, la Grèce, la République tchèque, le Royaume-Uni et à la Slovaquie.
- Aucun cas d’enfants privés d’accès à l’éducation en raison de leur origine ethnique contrairement à la Grèce, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, la Lettonie, et la Slovénie.
- Aucun cas d’enfants internés en raison de leur origine ethnique contrairement à la République tchèque et à la Slovaquie.
- Aucun cas de stérilisation forcée de femmes issues de minorités contrairement à la République tchèque et à la Slovaquie.
- Aucun cas de citoyens déchus de leur nationalité contrairement à la Grèce et à la Slovénie.
- Aucun cas d’utilisation de lits-cages pour enfermer les handicapés mentaux contrairement à la République tchèque.
- Aucun cas de répression de manifestants contrairement à Chypre et à Malte.
- Aucun cas de familles expulsées de leur logement contrairement à la Hongrie.
- Aucun cas de violences sur les handicapés contrairement à l’Irlande.
- Aucun cas de mineurs incarcérés contrairement à l’Espagne, l’Estonie et l’Irlande.
- Aucun cas de malades mentaux mis en prison contrairement à l’Autriche, à l’Irlande et à l’Italie.
- Aucun cas de suicide en prison contrairement à l’Italie.
- Aucun cas d’automutilation en prison contrairement à l’Italie.
- Aucun cas de manque d’attention médicale contrairement à l’Estonie, l’Italie, et au Royaume-Uni.
- Aucun cas de violences policières contrairement à la plupart des pays européens.
- Aucun cas de suspension des garanties constitutionnelles contrairement à la France.
- Aucun cas de traite d’êtres humains contrairement à la Grèce.
- Aucun cas d’incitation à la haine raciale et à la discrimination par les autorités contrairement à la Hongrie et à la Lettonie.
- Aucun cas d’expulsion de demandeurs d’asile contrairement à l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, Chypre, la France et à la Grèce ».

Avec un véritable bon sens, Salim Lamrani brandit contre l’UE une source qu’elle-même reconnaît et utilise, mais le nombre de violations des droits de l’homme commises dans les pays européens et non commises à Cuba augmenterait sans aucun doute si l’on acceptait les dénonciations d’organismes moins officiellement « indépendants ». Pour les défenseurs des droits de l’homme, il est clair, en tout cas, non seulement que la propagande occidentale contre Cuba est dénuée de fondement mais qu’elle inverse littéralement (conformément à une projection freudienne consciente et intéressée) le partage des rôles : la vérité est que pendant que le gouvernement de l’île caribéenne oriente toute sa politique vers la protection des droits de l’homme, les gouvernements européens (suivant celui des États-Unis) montrent clairement que les temps – si l’on veut protéger le capitalisme – ne sont pas aux scrupules juridiques ni aux simagrées humanistes. C’est pour cela qu’a servi et que sert encore la propagande contre Cuba ; si elle aide à la faire tomber, très bien ; sinon, au moins on arrive à camoufler un peu l’infamie croissante de ceux qui l’attaquent. Après avoir lu le livre de Salim Lamrani, les atrocités commises par ceux qui les racontent m’inquiètent beaucoup plus que les bêtises que l’on raconte sur Cuba ; et l’ingénuité avec laquelle on avale ce que nous racontent nos journalistes et nos gouvernements sur eux-mêmes m’inquiètent beaucoup plus que l’ingénuité avec laquelle on gobe les bobards qu’ils nous racontent sur Cuba. Après avoir lu le livre de Salim Lamrani, je suis surtout inquiet de l’horreur de tout ce que les anti-cubains de l’Union européenne sont en train de faire aux Européens, et du silence avec lequel nous le supportons sans une plainte. Sur ce point également les Cubains ont beaucoup à nous apprendre : parce qu’au moins eux se défendent.

Santiago Alba Rico

Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme
Préface de Gianni Minà
Editions Estrella
123 pages
Prix : 10 €

Pour toute commande, veuillez contacter lamranisalim@yahoo.fr

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