Discours prononcé par Fidel Castro le 16 avril 1961

Discours prononcé par Fidel Castro Ruz, Président de la Double République de Cuba, en rendant les honneurs funèbres aux victimes des bombardements en divers points de la République effectués le 23 et le 12, face au Cimetière Colomb, le 16 avril 1961.

Camarades de l’Armée Rebelle et des Milices Nationales Révolutionnaires, Cubains,

C’est la deuxième fois que nous nous réunissons en ce lieu. La première fois, ce fut au moment de cet acte de sabotage qui coûta la vie à pratiquement une centaine d’ouvriers et de soldats.

En cette occasion, il avait été nécessaire d’ expliquer le crime commis contre notre peuple par une série de déductions ; en cette occasion, il avait été nécessaire de prouver que ce sabotage n’avait pu être réalisé sur notre territoire, il n’avait pu être préparé sur notre territoire étant donné les conditions de vigilance extrême dans lesquelles le déchargement de ce bateau s’accomplissait. Il n’était pas possible de supposer que cela soit dû à un accident, vu que le type de munitions qu’on déchargeait ne pouvait exploser en tombant.

Il fut nécessaire de faire l’historique des antécédents qui désignaient les coupables de cet acte criminel ; il fut nécessaire de se souvenir de tout l’intérêt que le gouvernement des Etats-Unis avait manifesté et de toutes les manoeuvres qu’il avait réalisées pour éviter que ces armes, que vous étiez en train de décharger depuis un moment, arrivent jusque dans nos mains.

Depuis les débuts du Gouvernement Révolutionnaire, les premier effort des ennemis de la Révolution fut d’empêcher que notre peuple s’arme. Les premiers pas que firent nos ennemis tendaient à maintenir notre peuple désarmé, et devant l’échec de leurs pressions politiques pour nous empêcher d’ acquérir ces armes, devant l’échec des premières manoeuvres diplomatiques, ils eurent recours au sabotage, à l’utilisation de procédés violents pour empêcher que ces armes arrivent entre nos mains, pour rendre difficile l’acquisition de ces armes et finalement réussir, que le gouvernement d’où provenaient ces armes, arrêtent les ventes à notre pays. Lire la suite »

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Il y a 50ans : « Nous défendons la Patrie »

Le militant Eduardo Garcia Delgado, victime de l'attentat criminel du 15 avril 1961, a écrit avec son sang le nom de Fidel

Au peuple de Cuba,

Des troupes venant par air et par mer ont attaqué différents points du territoire national dans le sud de la province de las Villas, appuyées par des avions et des navires de guerre. Les glorieux soldats de l’armée révolutionnaire et la milice nationale combattent l’ennemi partout où il a débarqué ?

Ils se battent pour défendre notre patrie sacrée et la révolution contre une attaque de mercenaires organisée par le gouvernement impérialiste des Etats-Unis.

Déjà nos troupes, sûres de leur victoire, marchent sur l’ennemi. Le peuple est actuellement mobilisé afin de défendre la patrie et de maintenir la production.

En avant, Cubains, pour répondre par le fer et par le feu aux barbares qui vous méprisent et s’efforcent de vous remettre en esclavage ! Ils sont venu pour reprendre le pays que la révolution a donné aux paysans et aux coopérateurs.

Nous luttons pour défendre la patrie, pour les paysans et les gens des coopératives.

Nous luttons pour défendre nos usines, nos raffineries et nos mines. Ils sont venus reprendre à nos fils et à nos filles des campagnes les écoles que la révolution a ouvertes partout.

Nous défendrons les écoles des enfants des paysans. Ils sont venus enlever aux Noirs la dignité que la révolution leur a rendue.

Nous luttons pour conserver à tous la suprême dignité de la personne humaine. Ils sont venus pour arracher leur travail aux travailleurs. Nous luttons pour la liberté de Cuba, pour le travail pour chaque homme et pour chaque femme. Ils sont venus détruire la patrie et nous défendrons la patrie.

En avant, Cubains ! Que chacun soit à son poste de combat ou de travail. En avant, Cubains ! La révolution est invincible, et contre elle et contre son peuple héroïque tout le monde se brisera. Nous redoublerons plus que jamais nos efforts dans l’ardeur et la fermeté maintenant que des Cubains font le sacrifice d’eux-mêmes au combat.

Viva Cuba libre ! La patrie ou la mort ! Nous vaincrons !

Appel aux armes adressé aux Cubains le 15 avril 1961 lors du débarquement de la baie des Cochons.

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MESSAGE AUX ÉTUDIANTS CUBAINS

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Chers compañeros

Je vous ai demandé de nous réunir tôt avant que notre soleil ne chauffe trop.

Ce grand escalier d’honneur où je pensais ne jamais revenir fait remonter en moi des souvenirs indélébiles des années où j’ai commencé à prendre conscience de mon époque et de mon devoir. Vous pouvez, certes, acquérir des connaissances et vous conscientiser  tout au long de votre existence, mais vous ne ferez jamais plus face à la vie avec la même pureté et le même désintéressement de votre jeunesse. C’est à cet âge-là que j’ai découvert mon vrai destin.

Je suis entré à cette Université, alors la seule du pays, une première semaine de septembre. Il est donc inévitable que j’évoque le souvenir de tant de compañeros que j’ai connus voilà exactement soixante-cinq ans, sans toutefois risquer à me demander ce que chacun est devenu : je préfère conserver le souvenir de l’époque où ils étaient tous jeunes et enthousiastes, et, en règle général, désintéressés et purs.

Je me réjouis plus que tout d’avoir devant moi ceux qui sont aujourd’hui à l’image de ce que nous étions hier,  quoique incomparablement plus cultivés, plus libres et plus conscients.

À mon époque, le pouvoir de la force brutale et la brutalité de la force, de l’inconscience et de la corruption, qui était alors le lot de notre peuple, s’abattaient sur cette Université.

L’exemple de ceux qui nous avaient précédés, des étudiants fusillés sur exigence des hordes de ceux qui se faisaient appeler les « volontaires espagnols », dont beaucoup étaient nés sur cette terre-ci et se mettaient au service de la tyrannie espagnole, l’exemple de l’Apôtre de notre indépendance et le sang versé par des dizaines de milliers de patriotes durant trois guerres d’Indépendance, nous offraient une histoire capable d’inspirer nos luttes. Nous ne méritions vraiment pas d’être la colonie d’un Empire bien plus puissant qui s’empara de notre patrie et d’une bonne part de la conscience nationale, semant l’idée fataliste qu’il était impossible de briser un si joug si dur.

Pis encore, une puissante couche d’exploiteurs avait vu le jour qui, au service des intérêts de l’Empire, pillait notre peuple en en ponctionnant les richesses, en le maintenant de force ligoté et ignorant et en utilisant bien souvent des gens nés dans ce pays pour en faire des tortionnaires et des assassins de leurs frères.

La Révolution mit fin à ces horreurs. Voilà pourquoi nous pouvons nous réunir ici en cette matinée de septembre.

Mais que j’étais loin de penser qu’à une occasion pareille, nous devrions consentir des efforts encore plus grands et viser des objectifs supérieurs à ceux qui nous étaient apparus à un moment donné comme les buts les plus élevés des peuples, en quête de la justice et du bonheur des êtres humains.

Il semblait impossible qu’un pays aussi petit que Cuba soit obligé de prendre sur ses épaules le fardeau de la lutte contre ceux qui ont globalisé notre planète et l’ont soumise à un pillage inconcevable, et lui ont imposé un système qui menace aujourd’hui la survie même de l’humanité.

Je ne parle pas seulement des intérêts de notre nation. Disons que ces objectifs d’existence et de bien-être des peuples sont périmés face à des objectifs relevant d’intérêts mondiaux sans lesquels la vie des nations est impossible. Il est vrai aussi que, dans nos luttes pour la libération nationale et sociale, notre pays, bastion du colonialisme espagnol sur ce continent, fut le premier à avoir été occupé et le dernier à avoir secoué le joug après plus de quatre cents ans de domination.

Notre lutte de libération nationale fusionna avec les tenaces efforts de libération sociale de nos travailleurs. Ce ne fut pas l’œuvre de la volonté ; ce le fut du hasard. Le mérite du peuple cubain est d’avoir su comprendre et fortifier les liens indissolubles existant entre les deux (Applaudissements et vivats à Fidel).

Le temps dont dispose l’humanité pour livrer cette bataille est incroyablement limité. Voilà maintenant plus de trois mois que je ne cesse de me battre modestement pour faire connaître à un monde insouciant les terribles dangers qui menacent la vie humaine sur notre planète. On sait – et je suis bien forcé de le rappeler – que nous ne vivons plus à l’époque de la cavalerie et des épées d’acier sur fond d’arquebuses d’un seul tir, lesquels avaient été précédées des siècles durant par des machines qui démolissaient les murailles ou tentaient du moins de le faire, ou par des chars de combat tirés par des chevaux et aux roues cernées de couteaux, toutes armes cruelles, certes, mais au pouvoir destructeur limité, que les humains usèrent pour se faire la guerre entre eux du jour où ils inventèrent la massue. Mais depuis les deux Guerres mondiales, ils ont mis au point des armes automatiques, des chars blindés, des avions de combat et des forteresses volantes, des sous-marins, des torpilles, des cuirassés et des porte-avions, qui furent capables d’élever les pertes humaines à des dizaines de millions de victimes, sans parler des centaines de millions de personnes qui en meurent ensuite de la destruction, des blessures, des maladies et des famines qui sont les séquelles inévitables des guerres.

Mais il fallut attendre la fin de la dernière guerre mondiale pour voir apparaître une arme sans parallèle par ses capacités de destruction et d’extermination : la bombe atomique. Voilà plus de soixante ans que l’on parle du bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki. Et j’ai tenu à signaler que le pouvoir destructeur des armes de ce genre stockées dans le monde est plus de 440 000 fois supérieur à celui de ces bombes. Un simple calcul mathématique l’indique. Je n’en dis pas plus pour ne pas avoir à employer des mots très durs contre les responsables de cette réalité  infiniment triste dont nul n’ignore les causes.

Mais cela n’a pas suffi. Les visées de domination économique et militaire des premiers à avoir lancé ces terrifiants instruments de destruction et de mort ont conduit l’humanité à un risque réel : disparaître. Je n’ai pas besoin d’argumenter au sujet de quelque chose que vous ne connaissez que trop. La tâche des peuples, autrement dit de plus de sept milliards d’êtres humains, est d’empêcher ce risque tragique de se concrétiser.

Je n’éprouve aucun plaisir à dire la douloureuse vérité qui constitue une honte pour quiconque a à voir avec la politique et le gouvernement : on a occulté délibérément cette réalité au monde, et il échoit à Cuba la tâche difficile de mettre en garde l’humanité contre le danger réel qui la menace. Sur ce point, nous ne pouvons pas renoncer.  J’ai utilisé des arguments que je ne souhaite pas répéter à présent. Face aux sceptiques, notre devoir incontournable est de continuer de nous battre. Toujours plus de gens dans le monde, que je sache, prennent conscience de cette réalité.

Commentant la première partie de l’interview que j’ai donnée le lundi 30 août à la directrice de La Jornada, ce prestigieux journal mexicain, un citoyen de Notre Amérique qui l’a lue sur le site web CubaDebate a eu des mots si profonds que j’ai décidé d’inclure l’essentiel de ses idées dans ce Message aux étudiants cubains :

Je lance un appel à tous les pays engagés dans des conflits militaires. De grâce, pensez toujours à obtenir une paix véritable, ce qui nous convient à tous. Nos enfants, nos petits-enfants, les êtres humains du monde, nous vous en saurons tous gré. Nous avons besoin de vivre en paix et en sécurité sur une planète de moins en moins habitable. C’est très facile à comprendre. L’armement nucléaire doit disparaître, aucun pays ne doit en posséder, l’énergie atomique doit être utilisée uniquement pour le bien. LA SEULE VRAIE VICTOIRE EST DE REMPORTER LA PAIX !

Nous devons relever aujourd’hui deux grands défis : consolider la paix mondiale et sauver la planète des changements climatiques. Dans le premier cas, il faut faire reposer une paix durable sur des bases solides ; dans le second, il faut freiner les changements climatiques. Il faut prendre conscience de ces problèmes que nous avons provoqués nous-mêmes et du fait que nous sommes les protagonistes des changements à opérer. Le panorama du siècle dernier n’était pas semblable à celui-ci. Les armes actuelles sont plus perfectionnées et plus meurtrières, et la planète est plus débile et plus polluée.

Conférence mondiale de Cancún sur les changements climatiques. […] La seule chance qu’il nous reste. […] Nous sommes parvenus à un point critique de non-retour. Nous voudrions faire maintenant, parce que nous avons peur, n’importe quoi pour sauver nos vies, mais tout serait en vain et trop tardif. Les occasions nous passent devant une seule fois, et il faut les saisir. Notre mère la Nature est comme un fumeur passif : même sans le vice, nous la rendons malade.

Nul n’a le droit de recourir à la violence contre aucun être humain, aucun pays, aucune nation. Nul ne peut couper un arbre s’il n’en pas planté trois auparavant. […] Nous ne pouvons tourner le dos à la Nature. Au contraire, nous devons l’enlacer toujours. Parce que nous sommes nous-mêmes Nature, parce que nous faisons partie de cet éventail de couleurs, de son, d’équilibre et d’harmonie. La Nature est parfaite.

Kyoto a représenté un espoir pour tous les êtres humains…

Si nous ne faisons rien, nul ne se sauvera, il n’existera pas d’endroit sûr sur la Terre, dans l’air, dans le cosmos. La grande énergie qui s’accumule jour à jour à cause de l’effet de serre, puisque les rayonnements solaires restent attrapés et déchargent toujours plus d’énergie sur la surface terrestre, finira par provoquer des catastrophes naturelles aux conséquences imprévisibles. Qui a sur la Terre un bouton capable de stopper un tel désastre ?

…nous ne pouvons pas perdre notre temps en guerres anachroniques qui nous affaiblissent et épuisent nos énergies. Les ennemis font la guerre. Éliminons toutes les causes qui font de l’homme un ennemi de l’homme. Ceux qui se  font la guerre ne sont même pas sûrs que ce soit la solution à leurs problèmes, ils réagissent d’une manière émotionnelle et ne font aucun cas de leur conscience, car ils pensent en se trompant que la voie de la paix, c’est la guerre. Je dis, sans crainte de me tromper, que la paix s’obtient par la paix. SI TU VEUX LA PAIX, PRÉPARE-TOI À CHANGER TA CONSCIENCE. (Applaudissements.)

Jusqu’ici, l’essentiel de ce commentaire, en des mots très simples et compréhensibles par n’importe quel citoyen du monde.

Mercredi dernier, 1er septembre, tandis que je préparais ce message, le site CubaDebate a donné l’information suivante, qui émane de quelqu’un d’une formation solide et d’un grand prestige :

Une nouvelle vague de fuites au sujet d’une attaque contre les cibles nucléaires iraniennes qu’Israël prépare de concert avec les États-Unis peut avoir cette fois-ci des fondements réels, estime George Friedman, directeur exécutif d’un centre prestigieux, Stratfor, qui compte parmi ses collaborateurs d’anciens analystes de la CIA, dans un article publié mardi.

On a diffusé à de nombreuses reprises différentes versions d’une attaque éventuelle contre la République islamique, prétendument filtrées par des services secrets et visant, selon des experts, à exercer des pressions psychologiques sur Téhéran pour le contraindre à chercher à s’entendre avec l’Occident.

…cette tactique a échoué, et il est très peu probable qu’on la réutilise dans ce même but, signale Friedman…

« Paradoxalement, ce nouveau cycle de rumeurs sur la guerre peut viser cette fois-ci à convaincre justement l’Iran qu’il n’y aura pas de guerre, alors qu’elle se prépare déjà en fait… »

Friedman écarte absolument l’hypothèse que Tel-Aviv ose lancer une telle opération militaire sans le concours du Pentagone.

Friedman signale en même temps que la conséquence la plus grave d’une attaque éventuelle contre l’Iran serait que celui-ci bloque le détroit d’Ormuz, entre le golfe d’Oman et le Golfe persique, ce qui interromprait 45 p. 100 des livraisons mondiales de pétrole dont le cours monterait en flèche, entravant la relance de l’économie mondiale après la récession.

Il est incroyable que la crainte d’une attaque se doive aux conséquences qu’elles pourraient avoir sur les cours du pétrole et sur la lutte contre la récession ! Je n’ai pas le moindre doute, pour ma part, que les capacités de riposte classique de l’Iran déclencheraient une guerre féroce qui échapperait au contrôle des belligérants et qui se convertirait irrémédiablement en un conflit nucléaire mondial. C’est ce que je soutiens.

Une dépêche significative de l’AFP affirme:

Offrant une interview à la BBC à l’occasion de la présentation de ses Mémoires, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a averti ce mercredi que la communauté internationale pourrait bien ne pas avoir d’autre choix que la guerre si l’Iran met au point des armes nucléaires.

« Je pense qu’il n’y aura pas d’autre choix si l’Iran continue de mettre au point des armes nucléaires. Ce pays doit recevoir ce message haut et clair », a conclu Blair, reprenant à son compte une menace que les États-Unis et Israël ont déjà brandie plusieurs fois.

Si l’Iran fabrique des armes nucléaires, les autres n’en ont pas la moindre preuve et ne peuvent pas en avoir, parce que l’Iran dans ce sens utilise des centres de recherche, fait des recherches. L’Iran ne disposera pas avant un ou deux ans, comme eux-mêmes l’ont reconnu, du matériau utile à la fabrication d’une bombe. Rappelons, soit dit en passant, que les vrais fabricants d’armes atomiques en possèdent 25 000, sans parler d’une quantité inimaginable d’armes classiques. Ils  n’ont pas de preuve, car il s’agit d’un centre de recherche. Est-ce là une raison pour attaquer l’Iran ? Posséder une usine qui produit de l’énergie électrique à partir de l’uranium n’est pas un délit, mais pour l’Occident, c’est une preuve que l’Iran fabrique des armes ! On a déjà fait ce coup-là en 1981, contre un centre de recherche iraquien, et de nouveau en 2007 contre un centre de recherche syrien. Mais on n’en a pas parlé. Pourquoi n’en a-t-on pas parlé ? Mystère. Il y a des choses terribles dont personne ne parle et sur lesquelles on ne publie rien.

Voilà donc les fameuses preuves, en vertu desquelles on parle d’attaquer les réacteurs et les centres de recherche iraniens. Il ne faut donc pas se laisser berner par la petite formule : « s’ils tentent de fabriquer des armes nucléaires ».

Une dépêche de l’agence ITAR-TASS informe :

Les sanctions contre l’Iran ne donneront pas le résultat escompté. Le problème iranien ne doit pas être réglé par aucune méthode de force, a affirmé aujourd’hui le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, devant des étudiants [quelle coïncidence !] de l’Institut des relations internationales (MGIMO).

Aucun problème mondial ne doit être réglé par des méthodes de force, a souligné Lavrov, qui a attiré l’attention sur l’attitude du président Barack Obama vis-à-vis de l’Iran, en particulier l’appel à des négociations. Nous nous félicitons d’une normalisation éventuelle des relations entre l’Iran et les USA, a-t-il noté.

La Russie n’est pas seulement un membre du Conseil de sécurité ayant le droit de veto ; elle est aussi un puissant pays dont on ne peut ignorer les avis. Indépendamment du fait que, le 9 juin, tous les pays ayant le droit de veto ont voté la résolution. La Turquie et le Brésil ont voté contre, et le Liban s’est abstenu. C’était là un moment très important, parce que la Résolution votée autorise l’inspection des cargos iraniens à compter de quatre-vingt-dix jours, soit, selon certains, le 9 septembre, soit, selon d’autres, le 7. De plus, ce jour-là le Conseil de sécurité doit faire savoir si l’Iran a respecté la résolution ou non.

Reste à savoir maintenant ce qu’ils vont faire devant cette situation, comment ils évaluent l’opinion mondiale, quel effet cela aura, s’ils inventent un nouveau délai, s’ils disent qu’ils ne feront rien ou s’ils ratifient qu’ils vont le faire. Ça prendra plus ou moins de temps, mais pas tant que ça.

Je vous recommande d’être attentifs. Nous devons demander à nos médias de nous informer pour pouvoir suivre la situation de près.

Grâce aux moyens électroniques, toujours plus de personnes dans le monde s’informent et nul ne peut l’empêcher, même si les agences de presse et les grands médias aux mains de puissantes entreprises capitalistes font silence. Le monde l’apprend. Je vous le dis à partir de la quantité de messages qui arrivent. Je vous ai lu un commentaire de mon choix, mais ils se suivent : 4h52, 4h54, 4h55… Les compagnons qui les collectent expliquent qu’ils arrivent de partout dans le monde, pas seulement d’Amérique latine. Il est impossible de les collecter et de les commenter tous, mais nous avons une idée de l’état d’opinion, de la crédibilité  de ce que nous disons, et je peux vous assurer que la crédibilité est grande. C’est clair, et c’est décisif. C’est une étape nouvelle ; on n’avait jamais connu une situation pareille.

Je vous suggère donc, à vous et à tous nos compatriotes, d’être attentifs, et à nos médias d’informer, parce que la presse internationale garde parfois un silence étrange et publie tout d’un coup toute une série de nouvelles. Celles qui vont tomber seront de plus en plus intéressantes.

Nul ne peut dire ce qu’il va se passer exactement, parce que les événements sont en pleine évolution

Que se passera-t-il le 7, le 9, le 15, le 20 ? Nous devons tracer nos plans de travail, chacun le sien. Pour ma part, je me concentre là-dessus depuis un certain temps, collectant autant d’informations que possible.

Nous avons tous une part de travail, une part de responsabilité, sans pour autant stopper ce que nous sommes en train de faire.

Mais il y a un autre pays très important, dont parle la dernière dépêche reçue hier après-midi, de Reuters : « L’Union européenne exerce des pressions sur la Chine pour qu’elle applique les sanctions contre l’Iran. »

Car, en plus de la fameuse Résolution 1929, du 9 juin, qui fixe les sanctions dont j’ai parlé, les satellites européens et d’ailleurs ont imposé des sanctions additionnelles pour étrangler l’Iran, et ils se plaignent pour l’attitude de la Chine, et aussi de la Russie :

La responsable de la politique étrangère de l’Union européenne, Catherine Ashton, a affirmé jeudi avoir exercé des pressions sur la Chine pour que ses entreprises ne prennent pas la place laissée par les autres sociétés qui ont abandonné l’Iran en vertu des sanctions.

Elle ne précise pas de quelles sanctions il s’agit, celles du Conseil ou celles de l’UE. Les deux, j’en suis convaincu.

Toute personne honnête peut comprendre la complexité, la gravité du problème qui menace le monde.

Compañeros étudiants, comme à une autre époque, apparemment lointaine mais qui me semble remonter à hier, je vous remercie d’être venus soutenir moralement cette lutte pour la paix (applaudissements). Je vous invite à ne pas cesser de batailler. Dans cette lutte-ci, comme tant d’autres du passé, on peut vaincre (applaudissements).

Préservons la vie humaine ! Que les enfants et les jeunes en jouissent dans un monde de justice ! Que les parents et les grands-parents partagent avec eux le privilège de la vie !

La distribution juste des richesses matérielles et spirituelles que l’homme est capable de créer grâce au développement fabuleux des forces productives, telle est la seule solution possible.

Je vous remercie.

Le 3 septembre 2010

(Ovation.)

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Fidel répond aux questions de la directrice du quotidien mexicain La Jornada, Carmen Lira Saade

« Il faut persuader Obama d’éviter la guerre nucléaire »

LA HAVANE.– Pendant quatre ans, il s’est débattu entre la vie et la mort : séjours multiples en bloc opératoire, tubages divers, alimentation intraveineuse, sondes, pertes de connaissance fréquentes…

Fidel répond aux questions de la directrice du quotidien mexicain La Jornada, Carmen Lira Saade« Ma maladie n’est pas un secret d’Etat », aurait-il dit peu de temps avant d’entrer en crise et de se voir obligé de « faire ce qu’il y avait à faire » : déléguer ses fonctions de président du Conseil d’Etat et, par conséquent, de commandant en chef des Forces armées de Cuba.

« Je ne peux pas continuer », avait-il alors reconnu. C’est ce qu’il nous révèle dans cette interview, la première qu’il accorde depuis lors à un journal étranger. Il procéda à la passation des pouvoirs et s’en remit aux médecins.

Ce fut une véritable commotion qui ébranla la nation tout entière et les amis d’autres latitudes. Ses détracteurs nourrirent des idées revanchardes et le puissant voisin du Nord se mit en alerte. La lettre de démission de leader de la Révolution cubaine fut rendue publique, officiellement, le 31 juillet 2006.

Ce que son ennemi le plus féroce n’avait pas obtenu en cinquante ans de blocus, de guerres, d’attentats, c’est finalement la maladie qui l’obtint : une maladie dont nul ne savait rien, qui ouvrait la voie à toutes les spéculations et qui devenait, par là-même, un « secret d’Etat », que le régime l’ait voulu ou non.

(Je pense à Raul, au Raul Castro de ces moments-là : pas seulement aux responsabilités qui lui tombaient dessus quasiment du jour au lendemain, même si ceci était prévu depuis toujours, mais aussi à la santé délicate de sa compagne Vilma Espin, qui devait décéder peu de temps après d’un cancer, et à la perspective de disparition du grand frère, chef dans tous les ordres : militaire, politique, familial.)

Il y a aujourd’hui quarante jours, Fidel est réapparu en public, et définitivement ou, du moins, sans risque apparent de rechute. Dans un climat détendu qui laisse à penser que tous les dangers relèvent du passé, l’homme le plus important de la Révolution déborde de vitalité, même si ses jambes ne lui obéissent plus comme autrefois.

La conversation-interview avec La Jornada (déjeuner compris) s’étale sur environ cinq heures. Fidel y aborde les thèmes les plus divers, dont certains qui semblent l’obséder. Il permet qu’on lui pose des questions sur tout –du reste, il en pose plus lui-même— et évoque pour la première fois, avec une franchise douloureuse, quelques-uns des moments de la crise de santé qu’il a traversée ces quatre dernières années.

« Je suis allé jusqu’à la mort », dit-il avec un calme déconcertant. Il ne désigne pas par leur nom la diverticulose dont il a souffert ni les hémorragies qui ont amené les spécialistes de son équipe médicale à l’opérer à plusieurs et maintes reprises, chaque fois au risque qu’il y perde la vie.

Par contre, il s’étend longuement sur le récit de ses souffrances. Sans aucune espèce d’inhibition, il parle de son « calvaire ».

« Je n’avais plus du tout envie de vivre… Je me suis demandé à plusieurs reprises si ces gens-là (ses médecins) allaient me laisser vivre dans ces conditions ou me permettre de mourir… Je m’en suis finalement sorti, mais dans un très mauvais état physique. J’en suis arrivé à peser cinquante et quelques kilos. »

« Soixante-six kilos », précise Dalia, son inséparable compagne qui assiste à l’entretien. Elle est présente, de même que deux de ses médecins et deux de ses plus proches collaborateurs. Personne d’autre.

– Imagine un peu, un type de ma stature qui pèse 66 kilos. Aujourd’hui, mon poids oscille entre 85 et 86 kilos, et ce matin j’ai fait six cents pas tout seul, sans l’aide d’une canne.

« Je te le dis : tu es en présence d’un res-sus-ci-té », souligne-t-il en détachant les syllabes et non sans fierté. Il sait qu’il doit son rétablissement à l’excellente équipe médicale qui l’a soigné au fil de ces années, et qui constitue une preuve supplémentaire de la qualité de la médecine cubaine, mais aussi à sa volonté et à cette discipline de fer qu’il s’impose quand il en prend la décision.

– Je ne me permets pas le moindre écart, assure-t-il. Cela va sans dire, je me suis fait médecin avec l’aide de mes médecins. Je discute avec eux, je leur pose des questions (il en pose beaucoup), et j’apprends (et il obéit).

Il connaît très bien les raisons de ses accidents et de ses chutes, mais il insiste : une chose n’entraîne pas nécessairement l’autre. « La première fois, je n’avais pas fait l’échauffement nécessaire avant de jouer au basket. » Puis vint l’épisode de Santa Clara. Fidel descendait de la statue du Che, où il avait présidé une cérémonie d’hommage, et il est tombé la tête la première. « Un des facteurs qui a joué est que ceux qui s’occupent de moi vieillissent eux aussi, ils perdent leurs facultés et ils ne se sont pas occupés de cet épisode », explique-t-il.

Puis, une nouvelle chute à Holguin, de toute sa hauteur. Ces accidents précèdent la maladie qui a fait crise et qui l’a retenu longtemps à l’hôpital.

« Allongé sur mon lit, je regardais autour de moi, sans comprendre ce qu’étaient tous ces appareils. Je ne savais pas combien de temps mes tourments allaient durer, et je n’avais qu’un voeux, que le monde s’arrête de tourner», sans doute histoire de ne pas en perdre une miette. « Mais me voici ressuscité », dit-il fièrement.

– Et quand vous avez ressuscité, commandant, qu’avez-vous trouvé?, lui demandé-je.

– Un monde de fous, un monde qu’on voit tous les jours à la télévision, dans les journaux, et auquel on ne comprend rien, mais que je n’aurais perdu pour rien au monde, répond-il en souriant.

Avec une énergie surprenante chez un être humain qui vient de se relever de la tombe, comme il l’affirme lui-même, et avec la même curiosité intellectuelle de toujours, Fidel Castro se met au courant.

Ceux qui le connaissent affirment volontiers qu’il n’y a pas de projet, colossal ou minime, auquel il ne se consacre avec une passion acharnée, et d’autant plus si ce projet le confronte à l’adversité, comme cela avait été le cas.

« Il n’est jamais de meilleure humeur que dans ces cas-là. » Quelqu’un qui croit bien le connaître l’a dit : « Les choses doivent vraiment aller très mal, parce que vous êtes radieux ! »

L’accumulation quotidienne d’informations commence dès le réveil. A une vitesse de lecture qu’il obtient par une méthode inconnue de tous, il dévore les livres ; il parcourt de deux cents à trois cents dépêches par jour ; il est au courant, et instantanément, des nouvelles technologies de la communication ; il est fasciné par Wikileaks, « la gorge profonde d’Internet », un site célèbre pour avoir publié plus de 90 000 documents secrets sur la guerre d’Afghanistan auxquels travaille ce nouvel internaute.

–Tu te rends compte de ce que cela veut dire? me lance-t-il. Internet nous a mis entre les mains le moyen de communiquer avec le monde entier. Ce qui était impossible autrefois, commente-t-il en sélectionnant des dépêches et des textes qu’il a téléchargés sur le net et qui jonchent sa table de travail : un meuble petit, trop petit pour l’homme qui l’occupe, même s’il a maigri.

– Finis les secrets, ou c’est du moins ce qu’il semble. Nous sommes en présence d’un « journalisme d’investigation de haute technologie », comme dit le New York Times, et à la portée de tous.

– Nous sommes en présence de l’arme la plus puissante qui ait jamais existé : la communication, résume-t-il. Le pouvoir de la communication était et est aux mains de l’empire et de groupes privés ambitieux qui en ont usé et abusé. C’est pour cela que les médias ont fabriqué le pouvoir qu’ils affichent aujourd’hui.

Je l’écoute et je ne peux pas m’empêcher de penser à Chomsky : quelle que soit la supercherie que l’empire se propose de nous faire gober, il doit compter avec le soutien des médias, tout spécialement des journaux et de la télévision, et aujourd’hui, naturellement, de tous les instruments qu’offre Internet.

Ce sont les médias qui créent le consensus avant toute action. « Ils font le lit », pourrions-nous dire. Ils préparent le théâtre d’opérations.

Et pourtant, fait remarquer Fidel, bien qu’ils aient voulu conserver ce pouvoir intact, ils y ont échoué. Ils perdent du terrain jour après jour alors même que d’autres, beaucoup d’autres, émergent à chaque instant…

Nous reconnaissons les efforts de sites et de médias autres que Wilileaks : du côté latino-américain, Telesur du Venezuela, la chaîne culturelle d’Argentine, la chaîne Encuentro, et tous les médias, publics ou privés qui affrontent les puissants consortiums de la région et les transnationales de l’information, de la culture et des loisirs.

Des rapports sur la manipulation à laquelle se livrent les puissants groupes locaux et régionaux, sur leurs complots tendant à introniser ou à éliminer des gouvernements ou des personnalités politiques, ou sur la tyrannie exercée par l’empire par le biais des transnationales, sont maintenant à la portée de tous les humbles mortels.

Mais pas à Cuba, où l’on dispose d’un accès à Internet, pour tout le pays, à peine comparable à celui de n’importe quel hôtel Hilton ou Sheraton.

C’est la raison pour laquelle à Cuba, la connexion est désespérante. On navigue, certes, mais au ralenti…

– Et pourquoi?

– Parce que les Etats-Unis refusent catégoriquement de donner accès à Internet à l’île, par un des câbles sous-marins à fibre optique qui passe tout près des côtes. Cuba est donc obligée de recourir au satellite et paye ce service beaucoup plus cher, mais ne dispose pas d’une bande passante à haut débit qui permettrait de donner accès à bien plus d’usagers, et à la vitesse considérée comme normale dans le monde entier.

C’est pourquoi le gouvernement cubain a dû instaurer des priorités, non pas au profit de ceux qui peuvent payer le coût du service, mais de ceux qui en ont le plus besoin : des médecins, des universitaires, des professionnels, des « cadres » du gouvernement et des clubs Internet à usage social. On ne peut pas faire plus.

Je pense aux efforts surhumains déployés par le site cubain Cubadebate pour alimenter l’intérieur et faire passer à l’extérieur l’information sur le pays, dans les conditions actuelles. Mais, selon Fidel, Cuba sera bientôt en mesure de régler ce problème.

Il fait allusion aux travaux entrepris sur l’ordre du gouvernement de Hugo Chavez, et qui sont sur le point de s’achever, pour poser un câble entre le port vénézuélien de La Guaira et la région de Santiago de Cuba. Lorsque ce sera fait, dit Fidel, l’île disposera d’une bande passante à haut débit et sera en mesure d’élargir nettement le service.

– On a souvent dit de Cuba, et de vous-même en particulier, que vous étiez anti-étasunien à tout crin, on vous a même accusé de cultiver la haine envers cette nation…

– Rien de plus faux, soutient Fidel. Pourquoi haïr les Etats-Unis qui ne sont que le produit de leur histoire ?

Mais c’est un fait : il y a à peine quarante jours, lorsqu’il n’avait pas encore terminé de « ressusciter », il s’occupait –pour ne pas changer–, dans ses fameuses Réflexions, de son puissant voisin.

« C’est que j’ai commencé à percevoir clairement les problèmes de la croissante tyrannie mondiale. » Il détectait aussi, à la lumière de toute l’information dont il disposait, « l’imminence d’une attaque nucléaire qui déboucherait sur une conflagration mondiale ».

Il ne pouvait pas encore parler devant les caméras, ni faire tout ce qu’il fait maintenant, m’indique-t-il. A peine pouvait-il écrire avec un minimum d’agilité. Car à l’âge de 84 ans, il lui a fallu réapprendre non seulement à marcher, mais aussi à écrire.

« J’ai quitté l’hôpital, je suis rentré chez moi, mais j’ai marché et j’en ai trop fait. Il a donc fallu en passer par la rééducation des pieds. A ce moment-là, je recommençais aussi à écrire.

« On peut parler d’un bond qualitatif, qui s’est opéré quand j’ai pu maîtriser tous les éléments qui me permettent de faire ce que je fais maintenant. Mais je peux et je dois encore faire mieux… Je peux recommencer à marcher normalement. Aujourd’hui, je te l’ai dit, j’ai fait six cent pas seul, sans l’aide d’une canne, et je dois concilier ceci avec les montées et les descentes, les heures de sommeil, le travail. »

– Qu’y a-t-il derrière cette frénésie de travail, qui risque de vous conduire plus sûrement à une rechute qu’à un véritable rétablissement ?

Fidel ferme les yeux, se concentre et… revient à la charge :

« Je ne veux pas être absent ces jours-ci. Le monde traverse la phase la plus intéressante et dangereuse de son existence, et je me sens très engagé envers ce qui va se passer. Il me reste encore des choses à faire. »

– Comme quoi?

– Comme constituer tout un mouvement contre la guerre nucléaire.

Et c’est effectivement ce dont il s’occupe depuis qu’il est réapparu sur la scène publique.

« Créer une force de dissuasion internationale pour éviter cette menace colossale », voilà qui représente tout un défi, et Fidel n’a jamais pu s’abstenir de relever un défi.

« Au début, j’ai pensé que la première frappe nucléaire aurait pour cible la Corée du Nord, mais je me suis rendu compte que je me trompais, parce que la Chine allait opposer son veto au Conseil de sécurité.

« Par contre, personne ne peut rien faire pour l’Iran : là, il n’y a pas de veto russe ni chinois. Il y a bien eu la résolution (des Nations unies) : le Brésil et la Turquie ont opposé leur veto, mais pas le Liban, et la décision a été prise. »

Fidel convoque les chercheurs, les économistes, les communicateurs, etc. Il les invite à donner leur avis sur le mécanisme qui va déclencher l’horreur et la manière dont on peut l’enrayer. Il leur a même soumis des exercices de science-fiction.

« Réfléchissez, réfléchissez! », les encourage-t-il. « Raisonnez, imaginez ! », lance le maître enthousiaste qu’il est devenu ces jours-ci.

Tout le monde ne partage pas son inquiétude. Cette nouvelle campagne a parfois été interprétée comme du catastrophisme, voire du délire. A ceci s’ajoute la crainte, que beaucoup partagent, qu’il fasse une rechute.

Mais Fidel ne lâche pas prise, et personne ne peut le retenir. Il a besoin, au plus vite, de CONVAINCRE pour STOPPER la conflagration nucléaire qui, insiste-t-il, menace de faire disparaître une bonne partie de l’humanité. « Nous devons mobiliser le monde pour persuader Barack Obama, le président des Etats-Unis, d’éviter la guerre nucléaire. Il est le seul à pouvoir, ou non, appuyer sur le bouton. »

Avec les données qu’il utilise en expert et les documents qui étayent ses affirmations, Fidel pose des questions et fait un exposé à vous donner des sueurs froides :

– Sais-tu ce que représente la puissance nucléaire détenue aujourd’hui par une poignée de pays à travers le monde, comparée à ce qu’elle était à l’époque d’Hiroshima et de Nagasaki ?

« Quatre cent soixante-dix mille fois la puissance explosive de l’une des deux bombes larguées par les Etats-Unis sur ces villes japonaises : quatre cent soixante-dix mille fois plus ! », souligne-t-il, scandalisé.

Telle est la puissance de chacune des plus de vingt mille armes nucléaires existant aujourd’hui dans le monde, selon les estimations.

Avec une puissance bien inférieure –disons, seulement une centaine de bombes–, on peut produire un hiver nucléaire qui plongerait le monde entier dans l’obscurité.

L’horreur peut subvenir dans quelques jours, disons, pour plus de précision, le 9 septembre, quand le délai de 90 jours fixé par le Conseil de sécurité pour commencer à inspecter les bateaux iraniens arrivera à expiration.

–Tu crois que les Iraniens vont reculer ? Cela te semble-t-il concevable ? Des hommes courageux, et animés par un sentiment religieux qui leur fait quasiment concevoir la mort comme une récompense… Eh bien les Iraniens ne cèderont pas, c’est sûr. Et les yankees, vont-ils céder ? Que se passera-t-il, si ni les uns ni les autres ne cèdent ? Cela peut se produire le 9 septembre.

« Une minute après l’explosion, plus de la moitié des êtres humains seront morts. La poussière et la fumée des continents en flammes voileront la lumière solaire, et le monde sombrera à nouveau dans les ténèbres absolues », écrivit Gabriel Garcia Marquez à l’occasion du 41ème anniversaire d’Hiroshima. « Un hiver de pluies oranges et d’ouragans glacés inversera le temps des océans et détournera le cours des fleuves, dont les poissons seront morts de soif dans des eaux brûlantes… L’ère du rock et des greffes du cœur retournera à son enfance glaciaire… »

JE NE DOUTE PAS UN INSTANT QUE DE GRANDS CHANGEMENTS INTERVIENDRONT AU MEXIQUE

– Et la « mafia », que dit-elle de tout ce que j’ai écrit ?

– Il n’y a pas que la mafia… il y en a bien plus que ces Réflexions déconcertent, commandant. Ne parlons pas du désagrément que vous avez causé au gouvernement mexicain.

– Je n’avais pas la moindre intention de critiquer le gouvernement. Pourquoi m’en prendrais-je au gouvernement ? Pour le plaisir ? Si je voulais m’en prendre aux gouvernements et dire toutes les erreurs qu’ils ont commises à mon sens, Cuba n’aurait plus de relations diplomatiques.

– On dit que les éloges que vous avez faits d’Andrés Manuel Lopez Obrador sont le « baiser du diable »… et on se demande pourquoi vous rendez publiques les déclarations de Carlos Ahumada à la justice cubaine, avec des détails sur votre relation singulière avec Carlos Salinas de Gortari. On soupçonne des intentions cachées.

– Non, pas du tout. J’ai eu la chance de trouver le livre d’Andrés Manuel. Quelqu’un me l’a donné à la fin de la séance de l’Assemblée. Je l’ai lu rapidement et cette lecture m’a inspiré ce que j’ai écrit.

– Qu’est-ce qui vous a inspiré ?

– Apprendre ce qui a été fait avec la terre, avec les mines, avec le pétrole… Le vol, le pillage imposé à ce grand pays, les horreurs qui y ont été commises et qui (ont mis ce pays dans l’état où il est)…

– Il y a des gens méfiants, d’un côté comme de l’autre, qui persistent à penser que votre jeu cache quelque chose.

– Non, Je n’avais pas prévu d’écrire cela, ce n’était pas dans mes plans. D’ailleurs, mon agenda est vierge…

– Laissez-moi vous le dire : les remous sont de taille ! On vous accuse d’avoir provoqué un véritable scandale politique et on vous critique en disant que, pour la bonne cause ou pour la mauvaise cause, vous avez fourré votre nez dans le processus électoral mexicain…

– Ah oui, des critiques ?, me répond-il avec enthousiasme. Très bien, très bien, envoie-les moi… Et de qui proviennent ces critiques?

– De beaucoup de gens, sauf un. La seule personne impliquée qui n’a pas soufflé mot est Carlos Salinas…

– Parce que c’est le plus intelligent, il l’a toujours été, et en plus le plus habile, dit-il avec un sourire malicieux…

A voir sa mine, on dirait qu’il attend la réponse de Salinas. Peut-être même dans un livre.

Puis, il cite des passages de ses propres Réflexions : Salinas aurait été solidaire de Cuba, lorsqu’il servit (en 1994) de médiateur (désigné par Clinton) entre les Etats-Unis et l’île, il a eu « un comportement très correct, agissant comme médiateur et non comme un allié des Etats-Unis… »

Il raconte que lorsque Salinas obtint du gouvernement cubain l’autorisation de se réfugier dans ce pays et même d’acheter « légalement » une maison, ils se voyaient « à une fréquence déterminée » et échangeaient des idées…

– J’en suis venu à penser qu’il n’a jamais tenté de me tromper, dit-il d’un air narquois.

– Vraiment ?, lui demandé-je.

Salinas l’a-t-il informé ou consulté sur la décision de son gouvernement d’entrer en relation avec des organisations terroristes déclarées, comme la Fondation nationale cubano-américaine, dont la raison d’être est le renversement du régime castriste et l’assassinat de son président, Fidel Castro ?

Pour la première fois dans l’histoire des relations entre les deux pays, un gouvernement mexicain ouvrait la porte du Palais présidentiel à Jorge Mas Canosa, alors président de cette organisation paramilitaire, vieille ennemie de la Révolution cubaine.

« L’homme que vous avez reçu est un assassin », dis-je à Carlos Salinas à cette occasion, dans une interview pour La Jornada. Salinas, d’un signe de tête, me donna raison, mais il se justifia immédiatement en arguant que son gouvernement souhaitait participer, avec la « pluralité » cubaine, au « dialogue » en cours pour rapprocher les parties.

« Je dois vous dire que le Mexique est profondément respectueux des processus internes que choisissent les Cubains », m’assura-t-il alors.

« Mais ce qui arrivera à Cuba n’est pas étranger aux Mexicains; nous autres Mexicains, nous ne pouvons pas être absents des transformations qui auront lieu dans ce pays parce qu’elles auront des répercussions sur le Mexique, sur toute l’Amérique latine. Nous devons donc entretenir la communication avec tout l’éventail d’opinions… » (La Jornada, août 1992).

Et je pose la question aujourd’hui : des opinions ? Le Mexique avait besoin de l’ « opinion » d’un criminel pour enrichir son dialogue avec les pays voisins ?

Fidel baisse la tête et pose une question, comme s’il s’adressait à lui-même ?

–Pourquoi nous a-t-il fait ça ? Il se comportait en ami de Cuba. Avec lui, nous nous occupions de régler les affaires politiques et économiques en suspens… Bref, il donnait l’impression de ne rien avoir contre nous.

« Pourquoi diable lui a-t-il fallu recevoir ce bandit ? », se demande Fidel, déconcerté.

Mais il ne veut pas en dire plus long. Cela fait longtemps qu’il avait tourné la page ou qu’il l’avait réservée pour le moment où –après le bilan obligé–, il déciderait de rendre publique la fin de sa relation avec l’ancien président mexicain, ce qu’il fit dans ses Réflexions intitulées « Le géant aux bottes de sept lieues ».

– Cuba n’a jamais voulu remettre le document filmé qui prouvait le complot contre Lopez Obrador, comme le PRD le lui avait demandé en son temps.

– Nous ne pouvions pas lui donner satisfaction sur ce point, explique Fidel. Nous avons envoyé tous les documents à l’autorité qui demandait l’extradition (le ministère mexicain des Affaires étrangères). Agir autrement aurait été manquer de sérieux, souligne-t-il.

Puis, Fidel tomba gravement malade et cette affaire, comme bien d’autres, fut mise en veilleuse.

–Pourquoi parler de Lopez Obrador en cette année préélectorale ?

–Parce que j’avais une dette envers lui. Je voulais lui dire que [bien que Fidel n’ait pas accepté de lui donner les documents qu’il demandait] nous ne trempions dans aucun complot contre lui, nous ne nous sommes associés ni ne sommes associés aujourd’hui avec personne pour lui faire du tort. Comme je l’ai dit dans mes écrits, c’est pour moi un honneur de partager ses vues.

– C’est justement cela que les gens appellent « le baiser du diable », commandant.

– Donc, mieux vaut ne pas l’inviter à visiter Cuba, n’est-ce pas ?, dit-il dans un sourire coquin. Il risquerait d’y perdre beaucoup. Une foule de gens lui tomberaient dessus pour le discréditer, lui retirer des votes.

– Comme il y a cinquante ans, dans les premiers temps de la Révolution, où il fallait être téméraire pour voyager à Cuba. Une photo à l’arrivée ou au départ d’un vol de La Havane prise à l’aéroport de Mexico pouvait vous valoir des poursuites, des coups, la prison…

Fidel ne perd pas son sourire et donne un conseil :

« Les Mexicains ne devraient pas tant s’inquiéter de ces choses-là. Tout ceci va changer. Je n’en ai pas le moindre doute : plus tôt que vous ne l’imaginez, il va se produire de grands changements au Mexique. »

« Le monde de l’avenir, nous le partagerons tous »

Bien que rien ne dénote dans son attitude le moindre malaise, je sens que ce que je vais lui dire ne va pas lui plaire :

– Commandant, tout le charme de la Révolution cubaine, la reconnaissance, la solidarité d’une bonne partie de l’intelligentsia universelle, les grandes réussites du peuple face au blocus, bref, tout, tout cela a été démoli par la persécution des homosexuels à Cuba.

Fidel n’écarte pas la question. Il ne nie pas ce que je lui dis. Il me demande du temps pour se rappeler, dit-il, quand et comment les préjugés se sont infiltrés dans les rangs révolutionnaires.

Il y a cinquante ans, et à cause de l’homophobie, les homosexuels furent marginalisés à Cuba et envoyés, en bon nombre, dans des camps de travail militaire et agricole, accusés de « contre-révolution ».

– Oui, se rappelle-t-il. C’était une grande injustice, une énorme injustice, et peu importe qui l’a commise. Si c’est nous, eh bien, nous avons été injustes… J’essaie de délimiter mes responsabilités parce que, personnellement, je ne partage pas ce genre de préjugés.

On sait qu’il compte parmi ses plus anciens et proches amis des homosexuels.

– Mais alors, comment a surgi cette haine de la « différence »?

Il pense que ce courant a surgi spontanément dans les rangs révolutionnaires et résultait des traditions. A Cuba, avant la Révolution, la discrimination ne concernait pas seulement les Noirs, ni les femmes, mais aussi, bien entendu, les homosexuels…

– Oui, oui, mais dans la Cuba nouvelle, dont tous les révolutionnaires étaient si fiers, dans le pays et à l’étranger… Qui donc est le responsable, direct ou indirect, du fait qu’on n’ait pas mis un terme à ce qui se passait au sein de la société cubaine ? Le Parti ? Parce qu’à l’heure qu’il est, le Parti communiste de Cuba n’explicite pas dans ses statuts que toute discrimination sur la base de la préférence sexuelle est interdite.

– Non, dit Fidel, si quelqu’un est responsable, c’est moi…

« Il est vrai qu’à ce moment-là je ne pouvais pas m’occuper de cette affaire… J’étais entièrement pris par la crise d’Octobre, la guerre, les questions politiques… »

– Mais ceci est justement devenu un problème politique sérieux et grave, commandant.

– Je comprends, je comprends, mais nous n’avons pas su le saisir dans toute son ampleur… Les sabotages systématiques, les attaques armées se succédaient sans cesse : nous avions tant de problèmes, et de terribles problèmes –il y allait de la vie ou de la mort, tu sais…— que nous n’avons pas prêté à celui-ci toute l’attention qu’il méritait.

– Mais après, il est devenu très difficile de défendre la Révolution depuis l’étranger. Son image s’était détériorée pour toujours dans plusieurs secteurs, surtout en Europe.

– Je comprends, je comprends, répète-t-il, et c’est logique…

– La persécution des homosexuels pouvait exister et soulever, n’importe où, des protestations plus ou moins vives. Mais dans la Cuba révolutionnaire…

–Je comprends, mais c’est comme quand un saint commet un péché, n’est-ce pas ? Ce n’est pas pareil que quand c’est un pécheur…

Fidel ébauche un sourire, puis retrouve son sérieux :

– Essaie d’imaginer un peu ce que furent ces premiers mois de Révolution : la guerre contre les yankees, l’affaire des armes et, presque simultanément, les complots d’attentat contre ma personne…

Fidel révèle que ces menaces d’attentat, parfois exécutées, dont il était la cible, eurent une influence néfaste sur lui, l’empêchaient de vivre :

« Je ne pouvais être nulle part, je n’avais pas où vivre… » La trahison était à l’ordre du jour, et il devait être constamment sur le qui-vive…

« Echapper à la CIA, qui achetait les traîtres, et parfois parmi tes hommes de confiance, c’était plus facile à dire qu’à faire ; mais s’il faut assumer une responsabilité, j’assume la mienne. Je ne vais pas rejeter la faute sur d’autres… », affirme le dirigeant révolutionnaire.

Il regrette de n’être pas intervenu dans cette affaire dès le début.

Aujourd’hui, par contre, la Révolution cubaine affronte le problème :

Sous le slogan : « l’homosexualité n’est pas un danger; l’homophobie, si », a eu lieu tout récemment la troisième campagne cubaine pour la Journée mondiale contre l’homophobie. Gerardo Arreola, correspondant de La Jornada à Cuba, a rendu compte du débat et de la lutte menée dans l’île pour le respect des droits des minorités sexuelles.

Arreola explique que Mariela Castro, une sociologue de 47 ans, fille du président cubain Raul Castro, dirige le Centre national d’éducation sexuelle, une institution qui, affirme-t-elle, a amélioré l’image de Cuba après que l’île a été vouée aux gémonies dans les années 60.

« Nous sommes ici, Cubains et Cubaines, prêts à poursuivre le combat pour l’inclusion, la lutte pour toutes et pour tous, pour le bien de toutes et de tous », a dit Mariela Castro lors de l’inauguration de la campagne, escortée par des transsexuels qui portaient un drapeau cubain et un drapeau multicolore, celui du mouvement gay.

Aujourd’hui, à Cuba, les efforts tendent à faire accepter des initiatives telles que le changement d’identité de transsexuels ou l’union civile entre personnes du même sexe.

Depuis les années 90, l’homosexualité est totalement dépénalisée dans l’île, même s’il subsiste des cas de harcèlement policier. Depuis 2008, les personnes désireuses de changer de sexe peuvent se faire opérer gratuitement.

Le blocus

En 1962, les Etats-Unis décrétaient le blocus contre Cuba. Il s’agit d’une « féroce tentative de génocide », a dit Gabriel Garcia Marquez, l’écrivain qui a fait la meilleure chronique de cette période.

– Une période qui se maintient jusqu’à nos jours, me fait remarquer Fidel.

« Aujourd’hui plus que jamais, le blocus est en vigueur, avec une circonstance aggravante : en ce moment, c’est une loi constitutionnelle aux Etats-Unis parce qu’elle est votée par le président, par le Sénat, par la Chambre des représentants… »

Le nombre de votes et son application peuvent en alléger ou en alourdir considérablement le poids, mais il est là…

– Oui, il y a la loi Helms-Burton, interventionniste et annexionniste… et la loi Torricelli, toutes deux dûment approuvées par le Congrès des Etats-Unis.

Je me rappelle très bien le sénateur Helms, ce jour de 1996 où son initiative fut approuvée. Il exultait, et il répétait inlassablement aux journalistes l’essentiel de ses prétentions :

« Castro doit quitter Cuba. Et peu m’importe comment il la quittera, à la verticale ou à l’horizontale, c’est leur affaire… Mais Castro doit quitter Cuba. »

LE SIEGE COMMENCE

« En 1962, quand les Etats-Unis décrétèrent le blocus, Cuba se vit immédiatement confrontée à l’évidence : elle n’avait que six millions de Cubains résolus, dans une île lumineuse et dépourvue de toute protection… »

Personne, aucun pays ne pouvait commercer avec Cuba : on ne pouvait rien acheter ni vendre, et gare au pays ou à l’entreprise qui ne s’en tiendrait pas au siège commercial décrété par les Etats-Unis ! J’ai toujours été frappée par la présence de ce bateau de la CIA qui patrouillait dans les eaux territoriales il y a seulement quelques années, pour intercepter les bateaux suspects de transporter des marchandises à destination de l’île.

Le problème le plus grave a toujours été celui des denrées alimentaires et des médicaments, et il se maintient de nos jours. Aucune entreprise de denrées alimentaires ne peut aujourd’hui faire du commerce avec Cuba, qui pourrait représenter un gros client et qui est toujours obligée de payer d’avance.

Condamnés à mourir de faim, les Cubains durent « réinventer la vie depuis le début », dit Garcia Marquez.

Ils développèrent la « technologie du besoin » et l’« économie de la pénurie », toute une « culture de la solitude », poursuit l’écrivain.

C’est sans regret ni amertume que Fidel constate qu’une grande partie du monde a abandonné l’île. Au contraire…

– La lutte, la bataille qu’il a fallu livrer nous a obligés à déployer des efforts encore plus intenses que ceux que nous aurions faits sans blocus, dit Fidel.

Il se rappelle non sans fierté, par exemple, la gigantesque opération de masses conduite par cinq millions d’enfants, regroupés au sein des Comités de défense de la Révolution : en une seule journée de huit heures, tout le monde fut vacciné, et c’est ainsi que des maladies comme la poliomyélite ou le paludisme furent éradiquées.

Ou encore cet épisode : un quart de millions d’alphabétiseurs, dont cent mille enfants, se chargèrent de la campagne d’alphabétisation dans un pays où la majorité des adultes ne savaient ni lire ni écrire.

Mais le « grand saut » a eu lieu, sans le moindre doute, dans la médecine et la biotechnologie :

On dit que Fidel en personne a envoyé une équipe de chercheurs et de médecins se former en Finlande pour prendre en charge la production de médicaments.

– L’ennemi utilisa contre nous la guerre bactériologique. Il introduisit ici le virus II de la dengue. Dans la Cuba d’avant la Révolution, on ne connaissait même pas le virus I. Et voilà qu’ici nous détectons le II, beaucoup plus dangereux parce qu’il produit une dengue hémorragique qui attaque surtout les enfants.

« Il est entré par avion, importé dans leurs bagages par ces contre-révolutionnaires, les copains de Posada Carriles, ceux que Bush a graciés, ceux qui ont concocté le sabotage de l’avion civil de la Barbade. Ce sont ces gens-là qui ont eu pour mission d’introduire le virus à Cuba », dénonce Fidel.

– Ils rejetaient la faute sur Cuba, disant qu’il y avait beaucoup de moustiques dans l’île, lui dis-je.

– Et comment n’y en aurait-il pas, si pour les combattre il faut une substance chimique que nous ne pouvions pas obtenir, puisque le seul pays à la produire est les Etats-Unis ?, me révèle-t-il.

Le visage du commandant s’assombrit :

« Les premiers à mourir furent des enfants, se rappelle-t-il. Nous n’avions pas de quoi attaquer la maladie. Personne ne voulait nous vendre les médicaments et le matériel qui sert à éliminer le virus. La maladie a fait cent cinquante morts, presque tous des enfants… »

« Nous avons dû nous procurer le nécessaire par contrebande, et à un coût très élevé. Ils interdisaient la vente du produit à Cuba. Une seule fois, par miséricorde, ils en ont laissé entrer un peu. »

L’homme fort de la Révolution parle de miséricorde… J’avoue que je suis troublée…

Quelques amis de Cuba sont venus à la rescousse, moins par miséricorde que par solidarité. Fidel cite, du Mexique, les Echeverria : Luis et Maria Esther, qui n’étaient plus au gouvernement mais qui purent trouver quelques équipements qui permirent de contrôler, dans une certaine mesure, l’épidémie.

– Nous ne l’oublierons jamais, dit-il avec émotion.

– Vous voyez : les relations avec les personnalités du pouvoir mexicain n’ont pas toujours été mauvaises ni malencontreuses…

– Bien sûr que non, s’exclame-t-il avant que nous mettions un terme à la conversation pour passer à table, avec son épouse, Dalia Soto del Valle.

Depuis cette terrasse sidérale où il prend place pour regarder et analyser le monde, Fidel porte un toast à « ce monde futur où nous aurons une seule patrie ».

« Qu’est-ce que ça veut dire, ça : des Espagnols, des Anglais, des Africains ? Et les uns qui ont plus que les autres ?

« Le monde de l’avenir, nous le partagerons tous, et les droits des êtres humains doivent primer sur les droits individuels… Et ce sera un monde riche, où les droits seront les mêmes pour tous… »

– Et comment allons-nous construire ce monde, commandant ?

– Par l’éducation… l’éducation, l’amour et la confiance. •

source : granma & cubadebate

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Première session extraordinaire de la Septième Législature de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire de la République de Cuba, tenue au palais des Congrès (La Havane), le 7 août 2010, « LII de la Révolution »

Message à l’Assemblée nationale lu par le compañero Fidel :

Au début, voilà huit semaines à peine, j’avais pensé que le danger de guerre imminent était sans retour. Le panorama que j’avais sous les yeux était si dramatique que je ne voyais pas d’autre issue que la survie, peut-être probable, dans la partie de ce continent-ci qui n’avait pas de raison d’être la cible d’une attaque directe et dans certaines autres régions isolées de la planète.

Situation très difficile, quand on sait que l’être humain s’accroche toujours à une perspective, si lointaine qu’elle soit.

J’ai tenté d’agir malgré tout.

J’ai tôt fait, par chance, de me rendre compte qu’il y avait un espoir, et très profond, assurément. Mais si on laissait filer l’occasion, la catastrophe aurait les pires conséquences. Et l’espèce humaine n’aurait plus dès lors aucune possibilité de salut.

Je suis sûr toutefois qu’il n’en sera plus ainsi et que les conditions d’une situation à laquelle nul n’aurait songé encore tout récemment sont en train de se créer.

Un homme aura à prendre une décision en solitaire : le président des États-Unis. Compte tenu de ses multiples occupations, il n’en est sûrement même pas conscient, mais ses conseillers, eux, commencent à le comprendre. On peut le constater à certaines décisions simples, comme celle de mettre fin aux tortures de Gerardo, ce qui ne s’était jamais produit durant ces douze années-ci de haine implacable du système envers Cuba et lui. On pourrait prédire aujourd’hui que le prochain pas sera l’autorisation à Adriana de lui rendre visite ou sa libération immédiate, ou les deux choses à la fois. C’est par elle que j’ai appris que son moral n’avait jamais été plus haut en douze années de prison injuste et cruelle.

Comme l’Iran ne cédera pas d’un pouce face aux exigences des États-Unis et d’Israël, ces deux pays qui ont déjà mobilisé plusieurs de leurs moyens de guerre devront attaquer dès qu’arrivera la date signalée le 9 juin par le Conseil de sécurité,  selon les normes et les conditions requises qu’il a fixées.

Mais il existe des bornes infranchissables aux prétentions de l’homme.

Et l’homme, en ce cas critique, est le président Barack Obama, qui, conformément aux normes du gigantesque Empire, devra donner l’ordre de cette attaque si annoncée et si claironnée.

Mais, au même moment où il donnerait l’ordre, qui est en plus la seule  qu’il pourrait donner, compte tenu de la puissance, de la vitesse et de la quantité industrielle de projectiles nucléaires que les puissances ont accumulés durant une compétition absurde, il décréterait la mort instantanée non seulement de centaines de millions de personnes, dont une quantité innombrable d’habitants de sa propre patrie, mais encore celle des équipages de tous les bâtiments de la flotte étasunienne dans les mers proche de l’Iran. La conflagration éclaterait simultanément dans le Proche-Orient et l’Extrême-Orient et dans toute l’Eurasie.

Le hasard veut que le président des USA soit justement un descendant d’Africain et de Blanc, de mahométan et de chrétien. IL NE LE DONNERA PAS si on fait en sorte qu’il en prenne conscience. C’est ce que nous faisons ici.

Les dirigeants des pays les plus puissants du monde, alliés ou adversaires, hormis Israël, l’exhorteraient à ne pas le faire.

Le monde lui rendra ensuite tous les honneurs qu’il mérite.

L’ordre en place sur la planète ne pourrait pas durer et s’effondrerait aussitôt inévitablement.

Les devises dites convertibles perdraient leur valeur en tant qu’instrument du système qui a imposé aux peuples une contribution illimitée en richesses, sueur et sacrifices.

De nouvelles formes de distribution des biens et services, d’éducation et de direction des processus sociaux apparaîtraient pacifiquement, mais si la guerre éclate, l’ordre social en place disparaîtra abruptement et le prix serait infiniment plus lourd.

On peut réguler la population mondiale, préserver les ressources non renouvelables, éviter les changements climatiques, garantir un travail utile à tous les êtres humains, soigner les malades, garantir les connaissances essentielles, la culture et la science au service de l’homme. Éviter que les enfants, les adolescents et les jeunes du monde périssent dans cette catastrophe nucléaire.

Voilà ce que je voulais vous transmettre, chers compañeros de notre Assemblée nationale.

Je suis en mesure de rendre compte de ce que j’ai dit, de répondre aux questions que vous voudrez me poser et d’écouter ce que vous pensez.

Je vous remercie.

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Réflexions du compañero Fidel : LA RÉFORME SANITAIRE DES ÉTATS-UNIS

Barack Obama croit fanatiquement au système capitaliste impérialiste imposé au monde par les États-Unis. « Dieu bénisse les États-Unis », conclut-il ses discours.

Certaines de ses actions ont heurté la sensibilité de l’opinion mondiale qui avait vu avec sympathie la victoire du citoyen afro-étasunien face au candidat de l’extrême-droite. Profitant de l’une des crises économiques mondiales les plus profondes enregistrées à ce jour et de la douleur causée par le fait que de jeunes Étatsuniens ont perdu la vie ou ont été blessés ou mutilés dans les guerres de conquête génocidaires de son prédécesseur, il a remporté la majorité des voix des 50 p. 100 de ses concitoyens qui daignent aller voter dans ce pays démocratique.

Par un sentiment moral élémentaire, Obama aurait dû s’abstenir d’accepter le Prix Nobel de la paix juste au moment où il avait décidé de dépêcher quarante mille soldats de plus à une guerre absurde au cœur de l’Asie.

Sa politique militariste, de pillage des ressources naturelles et d’échange inégal avec les pays pauvres du Tiers-monde ne se différencie en rien de celle que ses prédécesseurs, presque tous d’extrême droite, sauf rares exceptions, ont suivie au long du siècle dernier.

Le document antidémocratique imposé au Sommet de Copenhague à la communauté internationale – qui lui avait fait confiance pour sa promesse de coopérer à la lutte contre les changements climatiques – a été un des autres faits qui ont déçu  bien des gens dans le monde.  Les États-Unis, les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, n’étaient pas disposés à faire les sacrifices nécessaires malgré les flatteries antérieures de leur président.

Il serait interminable de recenser ici les contradictions entre les idées que la nation cubaine a défendues au prix de grand sacrifices pendant un demi-siècle et la politique égoïste de son colossal voisin.

Nous n’avons pourtant aucune animadversion contre Obama, encore moins contre le peuple étasunien. Nous estimons que la réforme de santé a constitué, au terme d’une bataille importante, un succès de son administration. Il semble toutefois insolite qu’il ait fallu attendre deux cent trente-quatre ans après la Déclaration d’Indépendance de Philadelphie, en 1776, qui s’inspirait des idées des encyclopédistes français, pour que le gouvernement de ce pays fasse approuver des soins médicaux pour l’immense majorité des citoyens, quelque chose que Cuba  a implanté pour toute la population voilà un demi-siècle malgré le blocus cruel et inhumain imposé et toujours en vigueur par le pays le plus puissant qui ait jamais existé. Auparavant, c’est seulement  presqu’un siècle après l’indépendance et au terme d’une guerre sanglante qu’Abraham Lincoln put arracher l’affranchissement des esclaves.

Je ne peux, par ailleurs, m’empêcher de penser à un monde où plus du tiers de la population manque de soins médicaux et des médicaments essentiels pour garantir la santé, une situation qui s’aggravera à mesure que, compte tenu des changements climatiques, la rareté d’eau et d’aliments empirera, dans un monde globalisé où la population augmente, les forêts disparaissent, les terres agricoles diminuent, l’air devient irrespirable, et où l’espèce humaine qui l’habite – apparue voilà moins de deux cent mille ans, soit trois milliards cinq cent millions d’années après le surgissement des premières formes de vie sur la planète – court vraiment le risque de disparaître en tant que telle.

En admettant que la réforme sanitaire soit un succès pour l’administration Obama, le président des USA ne peut ignorer que les changements climatiques constituent une menace pour la santé, pis encore pour l’existence même de toutes les nations du monde, quand l’élévation de la température – au-delà des limites critiques prévues – diluera les eaux congelées des glaciers, et que les dizaines de millions de kilomètres cubiques emmagasinés dans les énormes couches de glace accumulées dans l’Antarctique, le Groenland et la Sibérie fondront en quelques dizaines d’années, laissant sous les eaux toutes les installations portuaires du monde et les terres où une grande partie de la population mondiale vit, se nourrit et travaille aujourd’hui.

Obama, les leaders des pays riches et leurs alliés, leurs scientifiques et leurs centres de recherche dernier cri le savent. Il est impossible qu’ils l’ignorent.

Je comprends la satisfaction avec laquelle le président s’exprime et reconnaît dans son discours la contribution des membres du Congrès et de l’administration qui ont permis ce miracle de la réforme sanitaire, laquelle consolide la position de son administration face aux lobbyistes et aux mercenaires de la politique qui limitent ses facultés. Le retour à la Maison-Blanche de ceux qui ont promu les tortures, les assassinats contractuels et le génocide serait pire. Obama est quelqu’un d’intelligent, incontestablement, et d’assez bien informé pour savoir que je n’exagère pas. J’espère que les sottises qu’il exprime quelquefois au sujet de Cuba n’obscurciront pas son intelligence.

Après le succès de cette bataille pour le droit de tous les Étatsuniens à la santé, douze millions d’immigrants, en leur immense majorité des Latino-américains, des Haïtiens et autres Caribéens réclament leur légalisation aux USA où ils font les travaux les plus  durs et dont ne peut se passer la société étasunienne au sein de laquelle ils sont arrêtés, séparés de leurs famille et renvoyés dans leurs pays.

L’immense majorité ont émigré aux USA à cause des tyrannies imposées par ceux-ci aux pays de la région et de la pauvreté brutale à laquelle ils ont été soumis par suite du pillage de leurs ressources et de l’échange inégal. Les envois de fonds familiaux constituent un pourcentage élevé du PIB de ces pays. Ils attendent maintenant un acte de justice élémentaire. Si on a imposé au peuple cubain une loi d’Ajustement qui encourage le vol de cerveaux et le prive des jeunes qu’il a formés, pourquoi emploie-t-on des mesures aussi brutales contre les immigrants illégaux des pays latino-américains et caribéens ?

Le séisme dévastateur qui a frappé Haïti – le pays le plus pauvre d’Amérique latine –une catastrophe naturelle sans précédent qui a entraîné la mort de plus de deux cent mille personnes, et les terribles dommages économiques qu’un autre phénomène similaire a causés au Chili sont des preuves éloquentes des dangers qui menacent ce qu’on appelle la civilisation et de la nécessité d’adopter des mesures draconiennes qui offrent à l’espèce humaine l’espoir de survivre.

La Guerre froide n’a apporté aucun bénéfice à la population mondiale. Malgré leur immense pouvoir économique, technologique et scientifique, les USA  ne pourraient pas survivre à la tragédie qui plane sur la planète. Le président Obama doit chercher sur son ordinateur les données pertinentes et converser avec ses scientifiques les plus éminents, et il verra combien son pays est loin d’être le modèle qu’il préconise pour l’humanité.

En tant qu’Afro-Étasunien, il y a souffert l’affront de la discrimination, selon ce qu’il raconte dans son livre Les rêves de mon père ; il y a connu la pauvreté où vivent des dizaines de millions d’Étasuniens ; il y a été éduqué, mais il y a aussi joui, après avoir réussi  comme profession libérale, des privilèges de la classe moyenne riche et il a fini par idéaliser le système social du pays où la crise économique, les vies inutilement sacrifiées d’Étasuniens et son incontestable talent politique lui ont donné la victoire électorale.

Pourtant, Obama est pour la droite la plus obtuse un extrémiste contre lequel elle menace de continuer de batailler au Sénat afin de neutraliser les effets de la réforme sanitaire et de la saboter ouvertement dans plusieurs États en déclarant inconstitutionnelle la loi adoptée.

Les problèmes de notre époque sont encore plus graves.

Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et d’autres organismes internationaux de crédit, sous le contrôle rigoureux des USA, permettent aux gouvernements de ce pays de renflouer les grandes banques étasuniennes – créatrices de paradis fiscaux et responsables du chaos financier sur la planète – à chacune des crises fréquentes et croissantes du système.

La Réserve fédérale des États-Unis émet à sa guise les devises convertibles qui paient les guerres de conquête, les profits du complexe militaro-industriel, les bases militaires disséminées à travers le monde et les gros investissements par lesquels les transnationales contrôlent l’économie dans de nombreux pays du monde. Nixon suspendit unilatéralement la conversion du dollar en or, tandis que les caves des banques de New York abritent sept mille tonnes d’or, soit un peu plus de 25 p. 100 des réserves mondiales, contre plus de 80 p. 100 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. On argumente que la dette publique des États-Unis dépasse les dix billions de dollars, soit plus de 70 p. 100 de leur PIB, tel un fardeau transmis de génération en génération. En fait, c’est l’économie mondiale qui paie cette dette grâce aux énormes dépenses en biens et services qu’elle fait pour acheter les dollars par lesquels les grosses transnationales de ce pays se sont emparées d’une part considérable des richesses du monde et soutiennent la société de consommation dans cette nation.

N’importe qui comprend que ce système est insoutenable et pourquoi les secteurs les plus riches des États-Unis et leurs alliés dans le monde le défendent, alors qu’il ne repose que sur l’ignorance, les mensonges et les réflexes conditionnés semés dans l’opinion publique à travers le monopole des médias, dont les principaux réseaux Internet.

Aujourd’hui, l’échafaudage s’effondre devant l’avancée accélérée des changements climatiques et leurs conséquences funestes qui placent l’humanité devant un dilemme exceptionnel.

Les guerres entre puissances ne semblent plus être la solution aux grandes contradictions, comme elles le furent jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, mais elles ont influé à leur tour de telle manière sur les facteurs qui assurent la survie de l’humanité qu’elles risquent de mettre fin prématurément à l’existence de l’espèce intelligente qui habite notre planète.

Voilà quelques jours, je me suis dit convaincu que, compte tenu des connaissances scientifiques actuelles, l’être humain devra régler ses problèmes sur cette planète-ci, la Terre, car il ne pourra jamais parcourir la distance qui sépare le Soleil de l’étoile la plus proche, située à plus de quatre années-lumière, une vitesse qui, comme le savent nos collégiens, équivaut à 300 000 kilomètres par seconde, à supposer qu’il existe autour de ce Soleil une planète semblable à notre belle Terre.

Les États-Unis investissent des sommes fabuleuses pour vérifier s’il y a de l’eau sur la planète Mars et s’il y a existé ou s’il y existe une forme de vie élémentaire. Personne ne sait pourquoi, sinon par simple curiosité scientifique. Entretemps, des millions d’espèces disparaissent à un rythme croissant sur notre planète à nous et ses fabuleuses quantités d’eau sont constamment empoisonnées.

Les nouvelles lois de la science – à partir des formules d’Einstein sur l’énergie et la matière et la théorie du « Big Bang » comme origine de millions de constellations et d’étoiles infinies, et d’autres hypothèses – ont provoqué de profonds changements dans de concepts fondamentaux comme l’espace et le temps qui attirent l’attention et engendrent les analyses des théologiens. L’un d’eux, notre ami brésilien Frei Betto, aborde la question dans son livre La obra del artista : Une vision holística del Universo, qui a été présenté à la dernière Foire internationale du livre de La Havane.

Les avancées de la science ces cent dernières années ont eu des retombées sur les approches traditionnelles qui ont prévalu des milliers d’années durant dans les sciences sociales, voire en philosophie et en théologie.

Les plus honnêtes penseurs portent beaucoup d’intérêt aux nouvelles connaissances, mais nous ne savons absolument rien de ce que pense le président Obama sur la compatibilité entre les sociétés de consommation et la science.

En attendant, il vaut la peine de réfléchir de temps à autre à ces questions. L’être humain ne cessera pas pour autant de rêver et de prendre les choses avec la sérénité requise et des nerfs d’acier. C’est du moins le devoir de ceux qui ont choisi le métier de politiciens et de ceux qui se font le noble et incontournable propos d’instaurer une société humaine solidaire et juste.

Fidel Castro Ruz

Le 24 mars 2010

18 h 40

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26 Septembre 1960 : discours historique de Fidel à l’ONU

Le discours prononcé par Fidel Castro le 26 septembre 1960 devant l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a capté l’attention unanime des délégués pendant plus de quatre heures. Ce fut un discours historique dans lequel il exprima un grand nombre de vérités indiscutables qui n’y avaient jamais été écoutées auparavant.

Depuis son arrivée à l‘aéroport de New York, le 19 septembre, la délégation cubaine et tout spécialement le leader de la Révolution furent l’objet d’une campagne hostile orchestrée par le gouvernement nord-américain qui avait même donné des instructions pour entraver leur installation dans l’hôtel dans lequel ils avaient fait les réservations.

Cependant, toutes les actions réalisées afin d’humilier ou de démoraliser les révolutionnaires cubains se retournèrent contre leurs auteurs et augmentèrent les expectatives. Le monde entier attendait le moment de pouvoir écouter le discours de Fidel.

Il fit allusion à son confinement dans l’île de Manhattan, à l’hostilité officielle dirigée contre la délégation et aux tentatives de les isoler des autres délégations.
Les singularités de ces différents épisodes ridiculisèrent l’administration nord-américaine qui, en fait, était obligée de garantir un traitement adéquat à tous les délégués, puisque la ville de New York était le siège des installations de l’ONU.

« C’est ici que nous avons la possibilité de dire la vérité, et nous ne perdrons pas cette possibilité », expliqua Fidel qui cita certains faits mettant en évidence la bassesse morale des amphitryons, comme par exemple les campagnes diffamatoires menées par la presse nord-américaine, et démontrant comment le grand capital exploite systématiquement les peuples et les pays les plus humble de la planète.

Une petite phrase de l’orateur montrait qu’il ne fallait pas que les puissants se fassent des illusions : « Le capital financier impérialiste est une prostituée qui ne parviendra pas à nous séduire », a-t-il déclaré. Cette phrase fut amplement citée par la presse et aujourd’hui encore, elle exprime une ferme volonté de résistance.

Fidel expliqua la véritable histoire de l’indépendance de Cuba face au colonialisme espagnol. Il mit à nu les vieilles espérances nord-américaines de pouvoir un jour annexer l’île et il montra que la véritable indépendance venait d’être conquise, que le peuple cubain n’accepterait à aucun prix d’y renoncer et qu’il la défendrait jusqu’aux ultimes conséquences.

Il dénonça les abus et les injustices qu’au cours du temps, les gouvernements nord-américains avaient fait subir aux nations latino-américaines et antillaises.

Pour terminer, il expliqua que la Déclaration de La Havane, qui venait d’être approuvée par plus d’un million de cubains réunis dans la capitale du pays, le 2 septembre de cette même année, condamnait l’exploitation de l’homme par l’homme et l’exploitation des pays sous-développés par le capital financier impérialiste.

L’une des phrases de ce discours montre l’essence même des idées exprimées ce jour-là par Fidel Castro, et garde encore, pour les temps futurs, tout son sens : « Que disparaisse la philosophie du pillage, et la philosophie de la guerre aura disparue ».

Cela fait déjà un demi-siècle que les barbudos descendus de la Sierra Maestra ont commencé à désobéir aux ordres de Washington, et depuis cinquante ans, l’hostilité du Nord contre l’île antillaise n’a jamais cessé de peser de tout son poids. Cela fait maintenant cinquante années que Cuba maintient une résistance héroïque déjà annoncée par Fidel lorsqu’il a prononcé ce discours historique, car porteur de vérités inébranlables.

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L’interview légendaire du New York Times 24 février 1957

« Visite du rebelle cubain dans son refuge » : ainsi intitulait l’influent quotidien The New York Times, dans son édition du 24 février 1957, la première partie d’un reportage qui captiva l’attention mondiale, puisqu’il était la preuve de la survie de la guérilla dirigée par le commandant Fidel Castro, dans la Sierra Maestra. Fidel avait confié à Faustino Pérez, membre de l’expédition du Granma, la mission de descendre dans la plaine et de trouver un journaliste qui monterait l’interviewer, mais les directeurs des principales publications lui opposèrent un refus catégorique, craignant les représailles. Dans les premiers jours de février, le célèbre reporter Herbert Matthews arrivait cependant à Cuba

PAR JOSÉ ANTONIO FULGUEIRAS

AUX yeux de Felipe Guerra Matos, le chemin se présentait comme un cordon boueux et noirci par la nuit rurale de la région de Manzanillo. Il le connaissait sur le bout du doigt, l’ayant assez parcouru dans tous les sens pour en prévoir les renfoncements et nids de poule. Sa camionnette Willy avait l’air d’un mulet de montagne muni d’une armure, bien dressé au combat contre la pénombre et les obstacles sculptés sur le chemin étroit par les pluies diluviennes des derniers jours.

Fidel et Matthews lors de leur rencontre. Cette image a parcouru le monde.

À ses côtés, sur le siège avant, le journaliste nord-américain Herbert Matthews se maintenait assis comme il pouvait ; il scrutait apparemment à travers le pare-brise le labyrinthe qui le conduisait en un point inconnu de la Sierra Maestra. Lire la suite »

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Allocution Mouvement des Non Alignes

ALLOCUTION PRONONCÉE PAR FIDEL CASTRO RUZ, EN SA QUALITÉ DE PRÉSIDENT DU MOUVEMENT DES PAYS NON ALIGNÉS, À LA TRENTE-QUATRIÈME SESSION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES NEW YORK LE 12 OCTOBRE 1979 Lire la suite »

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Discurso en la ONU en 1995

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