“…Je suis toujours maintenu à l’écart de mes compagnons. Cela répond, sans nul doute, au dessein d’entraver la préparation intellectuelle de jeunes gens que le régime considère déjà comme les adversaires irréductibles de demain. On a même interdit la libre circulation de livres entre eux et moi.
…Les élections vont laisser derrière elles un fantastique arriéré de désaccord et de mécontentement. Le régime va se trouver obligé de proclamer une amnistie pour soulager la tension nationale. Le problème des prisonniers politiques – laissés jusqu’à ce jour dans un oubli lamentable et honteux – se met de lui-même à l’ordre du jour. Le contraste est grand entre le carnaval des élections, mis en scène par des hommes qui ont perdu dignité et décence, et l’enfer des prisons, où se trouve incarcérée la dignité. Notre heure approche. Le pourrissement du présent me répugne, et la scène que nous vivons est désolante, mais je suis plein de foi en l’avenir. Je crois aveuglément aux vertus du peuple cubain. Il va bientôt se remplir d’honneur. Je consacre de longues heures à penser à la nouvelle stratégie. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises, avec nous! Avant, nous étions une poignée, maintenant, nous devons nous fondre avec le peuple. La tactique ne sera pas la même. Ceux qui verront en nous une simple faction se tromperont misérablement. Jamais nous ne ferons nôtres la mentalité et la tactique de faction.
Maintenant, je pourrai, en outre, me vouer corps et âme à ma cause. Toute mon énergie, tout mon temps m’appartiennent, pour elle. Je commencerai une vie nouvelle. J’ai l’intention de renverser tous les obstacles et de livrer autant de batailles qu’il faudra. Par-dessous tout, je vois plus clairs que jamais notre chemin et notre but. Une autre fois, peut-être, je te ferai part d’autres aspects de ma pensée. Pour aujourd’hui, il suffit que tu saches que je n’ai pas perdu mon temps en prison : j’ai étudié, observé, analysé, fait des plans, forgé des hommes. Je sais où se trouve le meilleur de Cuba, et comment le chercher. Lorsque j’ai commencé, j’étais seul; maintenant, nous sommes nombreux. Les bons s’uniront et seront invincibles.»
Août 1954
Publiée par Robert Merle dans La Moncada premier combat
Voir les autres citations de Fidel Castro






Catégorie de l'article :
Tags: 







Dans le même sujet :