Réflexions du compañero Fidel : DES GESTES IMPRESSIONNANTS

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Fidel Castro

J’avoue avoir réfléchi bien des fois au sujet de l’histoire dramatique de John F. Kennedy. Je l’ai connu à l’étape où il fut le plus grand et le plus dangereux adversaire de la Révolution. Quelque chose qui n’était pas dans ses plans. Il se voyait comme le représentant d’une nouvelle génération d’Étasuniens qui s’opposait à la politique vieille et sale d’hommes de l’acabit de Nixon qu’il avait battu à force de talent politique
Son passé de combattant dans le Pacifique et l’agilité de sa plume le consacraient.
Il avait été compromis par ses prédécesseurs dans l’équipée de Playa Girón par excès de confiance, car il ne contestait pas leur expérience et leur compétence professionnelle. Son fiasco inattendu, trois mois à peine après son entrée à la Maison-Blanche, fut amer. Bien qu’il ait été sur le point de faire ce qu’aurait fait assurément Nixon : employer ses chasseurs-bombardiers et dépêcher ses marines, attaquer directement notre île par ses armes puissantes et perfectionnées, il ne fit pourtant pas. Des fleuves de sang auraient coulé dans notre patrie, où des centaines de milliers de combattaient étaient prêts à mourir. Il se contrôla et lança ensuite une phrase lapidaire qu’il n’est pas facile d’oublier : « La victoire a cent pères ; la défaite est orpheline. »
Sa vie se poursuivit, dramatique, comme un ombre l’accompagnant tout le temps. L’orgueil blessé l’emporta, et il se vit de nouveau entraîné par l’idée d’une invasion. Ce qui provoqua la crise des Missiles et les risques de conflit thermonucléaire les plus graves qu’ait jamais courus l’humanité jusque-là. Il sortit grandi de cette épreuve grâce aux erreurs de son adversaire principal. Il voulut ensuite discuter sérieusement avec Cuba et il décida de le faire. Il envoya Jean Daniel pour s’entretenir avec moi et retourner ensuite à Washington. Le journaliste remplissait justement sa mission au moment où le président Kennedy fut assassiné. Sa mort et la façon étrange dont elle fut programmée et concrétisée fut vraiment triste.
J’ai fait ensuite la connaissance de ses proches en visite à Cuba. Je n’ai jamais commenté avec eux les facettes désagréables de sa politique contre notre pays ni fait la moindre allusion à ses tentatives de me priver de la vie. J’ai connu son fils déjà adulte, qui était un gamin quand son père était président des États-Unis. Nous avons échangé en amis. Il mourut lui aussi dans un accident triste et tragique. Son propre frère Robert fut assassiné à son tour, ce qui ajouta encore au drame planant sur cette famille.
Et c’est à tant d’années de distance que je découvre un geste qui m’impressionne.
Je lis ces jours-ci, alors qu’on a tant parlé du blocus prolongé et injuste contre Cuba dans les milieux dirigeants des pays du continent, ce qui suit dans le journal mexicain La Jornada :
« Fin 1963, Robert F. Kennedy, l’Attorney General, cherchait à annuler la prohibition de voyages à Cuba, et sa fille, Kathleen Kennedy Townsend, affirme aujourd’hui que le président Barack Obama ferait bien d’en tenir compte et de soutenir des initiatives législatives visant à permettre à n’importe quel Étasunien de se rendre librement dans l’île.
« Selon des documents officiels rendus publics par le centre de recherche National Security Archive, le 12 décembre 1963, moins d’un mois après l’assassinat de John F. Kennedy, l’Attorney General Robert F. Kennedy adressa au secrétaire d’État Dean Rusk un communiqué dans lequel il le pressait d’abroger les réglementations interdisant aux Étasuniens d’aller à Cuba…
« Robert Kennedy argumentait que cette prohibition violait les libertés des Étasuniens. Selon le document, il affirmait que “les restrictions au voyage étaient en contradiction avec les libertés étasuniennes traditionnelles”.
« …Cette position ne l’emporta pas au sein de l’administration de Lyndon B. Johnson,  et le State Department fut d’avis que la “levée des restrictions apparaîtrait comme un adoucissement de notre politique envers Cuba”, d’autant que ces restrictions “faisaient partie d’un effort concerté des États-Unis et d’autres républiques américaines pour isoler Cuba”.
« Dans un article d’opinion publiée aujourd’hui par Kathleen Kennedy dans The Washington Post, la fille de Robert a exprimé le souhait que l’attitude de son père soit adoptée par l’administration de Barack Obama, et “que ce soit la position suivie bientôt par l’Attorney General Eric H. Holder Jr., tandis que son administration réfléchit sur le prochain pas qu’elle fera vis-à-vis de Cuba, qui devrait être d’aller au-delà de l’autorisation donnée aux seuls Cubano-Américains de se rendre librement dans l’île et de tenir compte des droits de tous les Étasuniens, dont beaucoup ne sont pas encore libre de le faire”.
« Kathleen Kennedy écrit : “Comme Obama l’a appris au Sommet du week-end dernier, les dirigeants latino-américains ont coordonné leur message au sujet de Cuba : il est temps de normaliser les relations avec La Havane… En continuant de tenter d’isoler Cuba – ont-ils dit au fond à Obama – tout ce que Washington a réussi à faire, c’est s’isoler lui-même”.
« Ainsi donc, la nièce du président qui avait tenté d’envahir Cuba et de renverser son Gouvernement révolutionnaire rejoint maintenant le chœur toujours plus nombreux de ceux qui sont favorables à l’élimination de ces politiques établies voilà un demi-siècle. »
Digne article de Kathleen Kennedy !

Fidel Castro Ruz
Le 24 avril 2009
13 h 17

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Réflexions du compañero Fidel : ET PONCE PILATE SE LAVA LES MAINS

Les pressions contre le blocus que les États-Unis appliquent à Cuba ont été si fortes que le jour même où Raúl déclarait catégoriquement que notre pays ne rentrerait pas dans l’OEA, le secrétaire de cette institution discréditée a commencé à préparer le terrain pour que Cuba participe à un éventuel Sommet des Amériques. Sa recette est de déroger la résolution par laquelle notre pays avait été expulsé pour des raisons idéologiques, un argument vraiment risible aujourd’hui que d’importants pays comme la Chine et le Vietnam, dont le monde actuel ne peut se passer, sont dirigés par des partis communistes fondés sur les mêmes bases idéologiques.

Les faits historiques révèlent la politique hégémonique des États-Unis dans notre région et le rôle répugnant qu’a joué l’OEA en tant qu’odieux instrument de ce puissant pays.

La formule d’Insulza consiste à rayer de la carte l’accord criminel. Raúl a déclaré à Cumaná que Cuba ne réintégrerait jamais l’OEA. Utilisant une phrase lapidaire de Marti, il a dit qu’avant que ça n’arrive, « la mer du Sud s’unirait à la mer du Nord et un serpent naîtrait d’un œuf d’aigle ».

À cette même occasion, répondant à un prétendu geste d’Obama qui offrait de converser avec Cuba de démocratie et de droits de l’homme, il a affirmé que le gouvernement cubain était prêt à discuter de n’importe quel point avec lui, mais dans le respect le plus absolu de l’égalité et de la souveraineté des deux pays. Notre peuple sait parfaitement le sens et la dignité de ces mots.

Obama a réclamé publiquement, entre autres, la relaxe des gens condamnés à des peines de prison pour trahison à la patrie, parce qu’au service des États-Unis, le pays qui agresse notre patrie et lui impose un blocus depuis presque un demi-siècle.

Raúl a déclaré que Cuba était prête à faire preuve de clémence si les États-Unis les accueillaient et libéraient les cinq héros antiterroristes cubains.

Or, aussi bien l’administration étasunienne que la vermine à Cuba et au dehors ont réagi par l’arrogance.

L’AP et d’autres agences de presse ont insinué que des divisions existaient au sein de la direction révolutionnaire.

Selon l’AP, « un activiste éminent des droits de l’homme » a affirmé que « la plupart des deux centaines de prisonniers cubains préféraient purger de longues peines dans l’île plutôt que d’être échangés pour cinq agents communistes incarcérés aux États-Unis, comme l’a suggéré le président Raúl Castro. »

« L’opinion quasi unanime parmi les prisonniers est qu’ils ne veulent pas être échangés pour des militaires arrêtés en flagrant délit d’espionnage aux États-Unis », a affirmé l’agence invoquant le chef de la prétendue « Commission cubaine des droits de l’homme et de la conciliation ». Il faudrait voir maintenant quels sont ceux qu’il qualifie ainsi. Le pape Jean-Paul II ne faisait pas de différences entre prisonniers politiques et droits communs quand il a visité Cuba, et il a demandé de la clémence pour un certain nombre d’entre eux. Le fait est qu’aux États-Unis, la majorité des prisonniers dits de droit commun sont les gens les plus pauvres et les plus discriminés.

L’AP affirme ensuite : « Obama pourrait toutefois souffrir de graves conséquences politiques s’il acceptait d’échanger cinq agents castristes condamnés pour espionnage en 2001. Le chef du groupe a été impliqué dans la mort de quatre exilés dont les avions furent abattus par des avions de guerre cubains en 2001. » Cette dépêche ne contient-elle pas par hasard une menace à l’adresse du président des États-Unis ?

Le chef mercenaire de ce prétendu groupe a fait d’abord partie de la micro-fraction, il provenait des jeunesses de l’ancien parti communiste cubain qui s’est intégré ensuite au nouveau parti créé par la Révolution. Quand nous avons été contraints de critiquer l’URSS à cause de sa décision incorrecte de négocier un accord au sujet de la crise des Missiles avec les USA sans consulter au préalable notre pays, cet individu est devenu ennemi de la Révolution. Il a servi la superpuissance durant tout le mandat de Bush. Il se paie maintenant le luxe de servir d’instrument pour menacer Obama.

L’AP ne dit pas un mot des condamnations à la prison à vie infligées à nos Cinq Héros au terme de procès truqués, des mensonges élaborés avec la complicité des autorités, du traitement cruel qu’ils ont subi et de bien d’autres faits en rapport avec ce cas. Elle reprend les calomnies divulguées par de nombreux médias du monde.

Quand la santé d’un de ces mercenaires l’exigeait, le gouvernement cubain n’a jamais manqué de faire clémence, sans que les États-Unis l’exigent.

Par ailleurs, le gouvernement cubain n’a jamais pratiqué la torture, ce que le monde entier reconnaît. Le président de Cuba ne peut ordonner l’assassinat d’un adversaire. Le nouveau président des États-Unis a-t-il condamné cette pratique odieuse. S’il le fait, je n’hésiterai pas, on peut me croire, à reconnaître à nouveau l’impression de sincérité qu’il nous a faite à tous au début.

Demain, j’aurai une nouvelle réunion avec Daniel. En moins de temps que celui qu’il a dû attendre dans l’avion de la compagnie LACSA sous la chaleur intense des tropiques, l’appareil cubain le transportera dans sa chère patrie.

Fidel Castro Ruz

Le 23 avril 2009

14 h 54

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Réflexions du compañero Fidel : ATTRAPÉ PAR L’HISTOIRE

Daniel, dans son intervention à la Table ronde de la télévision nationale, a répondu à mon attente : il a été éloquent, persuasif, serein, irréfutable.

Il n’a offensé aucun pays latino-américain, ce n’était pas son intention, mais il s’est accroché à la vérité à chaque minute de sa présentation : le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua, porte-parole de l’ALBA, ont refusé expressément l’idée que la Déclaration finale du Sommet des Amériques soit présentée comme un accord consensuel.

Nous avons appris par Daniel qu’Obama en personne avait reconnu n’avoir même pas lu le document, qui est passé en contrebande comme Déclaration officielle du Sommet. Comme Telesur a transmis simultanément l’intervention de Daniel, elle a eu encore plus de diffusion.

Daniel a émis de concepts lapidaires : « Ç’a été la réunion de la censure. « Que cesse le blocus contre Cuba ! », tel a été le cri unanime, avec des nuances différentes, mais unanime ». Il a affirmé : « Le président Rafael Correa a fait une très bonne intervention quand il a expliqué : « Élection ne veut pas dire démocratie », parce que le multipartisme est une manière de désintégrer une nation. » Daniel a ajouté : « Cuba possède un modèle qui ne divise pas le peuple entre verts, rouges, jaunes et orangés. C’est tout simplement le peuple cubain, ses citoyens qui décident, sans ces campagnes où entrent en jeu les intérêts des gros capitaux. C’est le peuple cubain qui élit ses autorités sans le clinquant des élections dans les démocraties bourgeoises imposées par l’Occident. »

« La politesse ne supprime pas les différences idéologiques et politiques, ne supprime pas la réalité. Je tiens à le souligner, parce que j’ai noté que certains chefs d’État ou de gouvernement était aux anges rien que de serrer la main au président Obama. » Faisant allusion au flûtiste d’Hamelin, il a dit : « Il est apparu avec sa petite flûte, et toutes les souris derrière lui courent au précipice. Mais Obama n’a pas eu l’effet escompté. »

“ Les États-Unis n’ont pas changé. Raúl le rappelait à Cumaná : c’est une administration républicaine qui a préparé l’invasion de Playa Girón, mais c’est une administration démocrate qui l’a exécutée. »

« Voilà un président des États-Unis qui vous dit qu’il faut oublier le passé, alors justement qu’il est attrapé dans le passé ! Cinquante ans de blocus à Cuba. En 2004, quand il briguait un siège de sénateur, il affirmait que le blocus était une horreur, qu’il fallait le suspendre. On lui a posé la question à la conférence de presse et il a répondu que 2004, ça fait une éternité ! Il nous dit là qu’il ment, c’est là la réponse de quelqu’un qui ment. »

« Il affirme qu’on ne peut pas lever le blocus de Cuba. Que Cuba devait lui savoir gré des concessions qu’il venait de faire. Ils veulent nous faire passer ça pour un changement, alors que ça ne s’approche même pas des mesures qu’avait prises Carter voilà trente ans. C’est même plutôt un recul. Ils veulent que nous oubliions l’Histoire.

“L’OEA est morte. C’est un cadavre privé de sépulture.

« L’Afrique a son propre instrument : l’Union africaine à laquelle n’appartiennent pas la France, l’Angleterre, les anciens colonialistes de ces peuples. Elle appartient aux peuples africains.

« Nous devons faire pareil, nous, les peuples latino-américains et caribéens, et à partir de nos positions, à partir de notre propre dialogue, à partir de notre unité, dialoguer alors avec le Nord, dialoguer avec les États-Unis et le Canada, dialoguer avec les Européens. Bref, dialoguer avec les pays du Nord et défendre nos positions.

« Ce qui a été clair à ce Sommet, aussi, c’est que les États-Unis n’ont pas changé, alors que nous, l’Amérique latine et les Caraïbes, nous avons changé et nous changeons, accrochés aux racines de notre histoire. »

Daniel explique finalement que « le document est mort, mais que la politique de la carotte et du bâton est toujours en vie, elle, parce que le président Obama est attrapé dans ce qu’est la structure d’un Empire ».

Fidel Castro Ruz

Le 23 avril 2009

11 h 23

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Réflexions du compañero Fidel : LE SOMMET ET LE MENSONGE

Il serait difficile de croire certaines choses que m’a confiées Daniel si elles ne venaient pas de lui et s’il ne s’agissait pas d’un Sommet des Amériques.

Insolite : en fait, il n’y a eu aucun consensus autour du Document final. Le groupe de l’ALBA ne l’a pas signé. C’est bien d’ailleurs ce qu’il a fait savoir dans son dernier échange avec Obama en présence de Manning et des autres dirigeants, le 19 avril au matin.

Chávez, Evo et Daniel ont parlé de ce point à cette réunion en toute franchise.

Il m’avait bien semblé que Daniel avait exprimé son amertume en déclarant dans son intervention à l’ouverture du Sommet : « Je pense que le temps que je prends ici est bien moindre que celui que j’ai dû passer à attendre dans l’avion, à l’aéroport : trois heures. »

Je l’ai interrogé là-dessus et il m’a raconté que six dirigeants de haut niveau avaient dû attendre sur la piste : Lula (Brésil), Harper (Canada) ; Bachelet (Chili) ; Evo (Bolivie) ; Calderón (Mexique), et lui, le sixième. Pour quelle raison ? Parce que les organisateurs, faisant preuve de flagornerie, en avaient décidé ainsi pour pouvoir accueillir le président des États-Unis. Daniel a dû rester trois heures dans la chaleur de l’appareil de LACSA, arrêté sur la piste de l’aéroport sous le soleil flamboyant des tropiques.

Il m’a expliqué l’attitude des principaux dirigeants présents au Sommet, les problèmes fondamentaux et spécifiques de chaque pays latino-américain et caribéen. Il n’était pas rancunier. Il était sûr de lui, tranquille et compréhensif. J’ai évoqué l’époque de la sale guerre de Reagan, les milliers d’armes larguées par celui-ci sur le Nicaragua, les dizaines de milliers de morts, le minage des ports, l’utilisation de la drogue par l’administration étasunienne pour se jouer des dispositions du Congrès qui avait coupé les fonds nécessaires au financement de cette guerre cynique.

Nous n’avons pas passé sous silence l’invasion criminelle du Panama ordonnée par Bush père, l’horrible massacre d’El Chorrillo, les milliers de Panaméens tués ; ni l’invasion de la petite Grenade avec la complicité d’autres gouvernements de la région, des faits bien récents dans la tragique histoire de notre continent.

À chacun de ces crimes, on retrouve la main sinistre de l’OEA, principal complice des actions brutales de la grande puissance militaire et économique contre nos peuples appauvris.

Daniel m’a parlé des dommages que le trafic de drogues et les activités criminelles organisées causent aux pays centraméricains, du trafic d’armes étasuniennes, de l’immense marché qui stimule cette activité si nocive pour les nations latino-américaines et caribéennes.

Il m’a parlé des potentialités géothermiques de l’Amérique centrale en tant que ressource naturelle d’une grande valeur. Il estime que le Nicaragua pourrait par là atteindre une capacité de production électrique équivalent à deux millions de kwh, alors qu’elle n’est pour l’instant que de 700 000, toutes sources d’énergie confondues, et que les pannes de courant sont fréquentes.

Il m’a parlé de la capacité du Nicaragua dans la production d’aliments, du prix du lait vendu au tiers de ce qu’il coûte aux États-Unis, bien que les salaires y soient plusieurs dizaines de fois plus élevés.

Notre conversation a tourné autour de ces thèmes pratiques et d’autres. Je ne l’ai vu rancunier à aucun moment, encore moins suggérer des mesures extrémistes en matière économique. Il est bien informé et analyse avec beaucoup de réalisme ce qui peut se faire et ce qui doit se faire.

Je lui ai expliqué que bien des gens dans notre pays n’avaient pas pu écouter son intervention à cause des horaires et du manque d’information opportune au sujet du Sommet, et je lui ai donc demandé d’accepter d’expliquer à un programme de télévision les points les plus intéressants du Sommet des Amériques, face à trois jeunes journalistes, ce qui intéresserait assurément de nombreux Latino-Américains, Caribéens, Étasuniens et Canadiens.

Daniel connaît bien des possibilités concrètes d’améliorer les conditions de vie du peuple nicaraguayen, l’un des cinq pays les plus pauvres du continent par suite des interventions et du pillage des États-Unis.

Il s’est réjoui de la victoire d’Obama, qu’il a bien observé durant le Sommet. Son attitude ne lui a pas plu. « Il n’était pas une seconde en place, m’a-t-il dit, allant chercher les gens pour les influencer, les impressionner par son pouvoir et ses flatteries. »

Bien entendu, un observateur éloigné comme moi pouvait percevoir une stratégie concertée pour exalter les positions les plus proches des intérêts des États-Unis et les plus opposées aux politiques favorables aux changements sociaux, à l’unité et à la souveraineté de nos peuples. Le pire, à mon avis, a été cette manœuvre de faire croire que la déclaration avait été censément appuyée par tous les présents.

Du blocus contre Cuba, pas une mention dans la Déclaration finale, que le président des États-Unis a utilisée pour justifier ses actions et cacher de prétendues concessions de son administration à Cuba. Nous comprendrions mieux que le nouveau président argue des limitations réelles auxquelles il se heurte pour pouvoir introduire des changements dans la politique de son pays envers notre patrie plutôt que de le voir recourir à des mensonges pour justifier ses actions.

Devons-nous applaudir par hasard à l’agression de notre espace de télévision et de radio, à l’utilisation de technologies de pointe pour l’envahir depuis de grandes altitudes et appliquer la même politique que Bush contre Cuba ? Devons-nous accepter le droit des États-Unis à maintenir le blocus pour « une éternité » tant qu’ils n’auront pas ramené la démocratie capitaliste à Cuba ?

Obama avoue que les dirigeants des pays latino-américains et caribéens lui parlent partout des services que prêtent les médecins cubains, et il réagit pourtant comme suit : « Et c’est un rappel pour nous aux États-Unis que si notre seule interaction avec beaucoup de ces pays est la prohibition des drogues, si notre seule interaction est militaire, alors il se peut que nous ne développions pas les connexions qui pourraient à la longue accroître notre influence et avoir un effet bénéfique quand nous aurions besoin de mettre en place des politiques qui seraient de notre intérêt dans la région. »

Inconsciemment, Obama comprend que Cuba jouit de prestige grâce aux services de ses médecins dans la région, et il lui donne même plus d’importance que nous. Peut-être ne l’a-t-on même pas informé que Cuba a envoyé des médecins non seulement en Amérique latine et dans les Caraïbes, mais aussi dans de nombreux pays africains, dans des pays asiatiques victimes de catastrophes, dans de petites îles d’Océanie comme Timor-Leste et Kiribati, qui risquent de rester sous les eaux si le climat change, et elle a même offert de dépêcher en quelques heures une brigade médicale complète pour secourir les victimes du Katrina quand une grande partie de la Nouvelle-Orléans s’est retrouvé à l’abandon en pleines inondations, ce qui aurait permis de sauver de nombreuses vies. Des milliers de jeunes sélectionnés dans d’autres pays ont fait des études de médecine à Cuba, et des dizaines de milliers s’y forment actuellement.

Mais ce n’est pas seulement dans le domaine de la santé que nous avons coopéré : nous le faisons en éducation, en sport, en science, en culture, en économies d’énergie, en reforestation, en protection de l’environnement et dans d’autres domaines. Les organismes des Nations Unies peuvent en attester.

Qui plus est, du sang de patriotes cubains a coulé dans la lutte contre les derniers bastions du colonialisme en Afrique et dans la défaite de l’apartheid, l’allié des États-Unis.

Et le plus important de tout – Daniel l’a dit au Sommet – c’est que Cuba, la petite île en butte au blocus des États-Unis, ne pose absolument aucune condition à cette contribution.

Nous ne le faisons pas en quête d’influence ou d’appui. Ce sont les principes qui sous-tendent notre lutte et notre résistance. Le taux de mortalité infantile est plus bas à Cuba qu’aux États-Unis ; il y a belle lurette que nous n’avons plus d’analphabètes ; les enfants blancs, noirs ou métis vont tous les jours à l’école, disposent des mêmes chances d’études, même ceux qui ont besoin d’une éducation spéciale. Nous avons atteint, sinon toute la justice, du moins le maximum de justice possible. Tous les membres de l’Assemblée nationale sont présentés comme candidats et élus par le peuple, et plus de 90 p. 100 des électeurs votent.

Nous ne réclamons pas la démocratie capitaliste dans laquelle vous vous êtes éduqué et à laquelle vous croyez sincèrement, ce qui est votre droit.

Nous ne prétendons exporter notre système politique aux États-Unis.

Fidel Castro Ruz

Le 22 avril 2009

12 h 53

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Le premier geste de Barack Obama à l’égard de Cuba

Salim Lamrani

Le 13 avril 2009, Barack Obama a effectué un premier pas constructif à l’égard de Cuba en annonçant la levée de certaines restrictions affectant les Cubains résidant aux Etats-Unis. Désormais, ces derniers pourront se rendre dans leur pays d’origine sans aucun obstacle et effectuer des transferts d’argent illimités à leurs familles. Le président étasunien tient ainsi sa promesse électorale et met un terme définitif aux sanctions économiques imposées par son prédécesseur George W. Bush en mai 2004, qui limitaient drastiquement les visites des émigrés cubains vers leur pays à 14 jours tous les trois ans et réduisaient l’aide financière à 100 dollars par mois1.

Il s’agit du premier assouplissement significatif de la politique étasunienne à l’égard de La Havane depuis près de trente ans. En effet, en septembre 1977, le président James Carter avait levé les restrictions concernant les voyages pour les Cubains-américains. Mais en avril 1982, elles furent rétablies par son successeur Ronald Reagan. Ainsi, pour la première fois depuis 1982, les émigrés cubains, à l’instar des autres minorités résidant aux Etats-Unis, vont pouvoir se déplacer sans restrictions, mettant ainsi fin à une situation cruelle qui divisait les familles et violait les droits de la communauté cubaine2.

Obama a également élargi la liste d’articles humanitaires qu’il est possible d’envoyer à Cuba aux vêtements, produits hygiéniques et matériel de pêche. Par ailleurs, les entreprises de télécommunications étasuniennes seront autorisées à fournir leurs services aux habitants de l’île3.

L’annonce de la Maison-Blanche intervient à quelques jours du Sommet des Amériques qui se tiendra du 17 au 19 avril 2009 à Trinidad et fait suite au mouvement unanime des présidents latino-américains – dont pas moins de huit d’entre eux ont rendu visite à La Havane depuis janvier 2009 – en faveur d’une normalisation des relations entre Cuba et les Etats-Unis, désormais seul pays du continent à ne pas avoir de relations avec le gouvernement de Raúl Castro4.

En effet, le Costa Rica et le Salvador, qui étaient les seuls pays latino-américains à ne pas avoir de liens diplomatiques avec Cuba, se sont rapprochés de l’île. Oscar Arias a annoncé le 18 mars 2009 le rétablissement des relations entre San José et La Havane après presque cinquante ans de rupture. « Si nous avons pu tourner la page avec des régimes autant opposés au nôtre que l’étaient l’Union soviétique et plus récemment la Chine , comment ne pas le faire avec un pays qui géographiquement et culturellement plus proche tel que Cuba ? », a-t-il déclaré. Il a également lancé un appel à Washington en faveur d’une normalisation des relations avec La Havane  : « Obama a affirmé lors de sa campagne qu’il voulait converser avec Téhéran sans condition aucune, sans restriction aucune, et je pense donc qu’il devrait avec d’autant plus de raisons en faire autant avec le régime cubain5 ».

Le Salvador en a fait autant. L’une des premières décisions du nouveau président Mauricio Funes, qui prendra ses fonctions le 1er juin 2009, a été d’annoncer le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba, suspendues depuis 19596. San Salvador ne peut pas être la seule capitale « d’Amérique latine qui n’a[it] pas de relations diplomatiques avec Cuba », a souligné Funes7.

En mars 2009, le Congrès et le Sénat étasuniens avaient déjà temporairement suspendu les restrictions imposées par Bush pour une durée d’un an8. Obama les a définitivement éliminées le 12 mars 2009. Il s’agit sans nul doute d’un pas encourageant mais insuffisant.

Au sein du Congrès, les initiatives en faveur d’un allègement des sanctions économiques se sont multipliées. Un projet législatif, soutenu par plus de vingt congressistes démocrates et républicains, destiné à éliminer les obstacles pour la vente de produits agricoles et permettre les transactions financières directes avec Cuba, a été déposé le 26 mars 2009 par le représentant républicain Jerry Moran du Kansas. « Vues les difficultés qu’impose la situation économique actuelle à nos producteurs, il s’agit du moment opportun pour inciter les Etats-Unis à effectuer des changements dans sa politique commerciale à l’égard de Cuba », a souligné Moran. « Cuba est un important marché pour la production agricole étasunienne, ainsi que pour les produits manufacturés et distributeurs d’aliments », a-t-il ajouté9.

Le 3 avril 2009, sept importants membres du Congrès étasunien se sont rendus à La Havane , pour une visite de cinq jours, afin d’établir un dialogue au sujet d’un éventuel rapprochement entre les deux pays. Barbara Lee, chef du groupe de représentants, a noté qu’il était « temps de parler de Cuba ». Elle a été reçue à la fois par Raúl Castro et Fidel Castro10. « Nous sommes convaincus que le président Castro voit que la normalisation et la fin de l’embargo serait bénéfique pour les deux pays », a-t-elle ajouté. Pour sa part, le congressiste démocrate de l’Illinois Bobby Robson a exprimé la bonne impression laissée par Fidel Castro : « Il est à l’opposé de ce que les médias disent de lui. Il m’a surpris [par] son grand sens de l’humour, sa connaissance de l’histoire et sa qualité d’être humain11 ».

De son côté, le sénateur républicain Richard G. Lugar a exhorté l’administration Obama de nommer un envoyé spécial pour Cuba dans une lettre datée du 30 mars 2009, faisant référence à « une politique qui a non seulement échoué […] mais qui nuit également à nos intérêts politiques et de sécurité12 ».

Un groupe de douze militaires de haut rang à la retraite a lancé un appel à Obama le 13 avril 2009 afin qu’il soutienne et signe le projet de loi présenté par le congressiste démocrate Bill Delahunt, qui permettrait aux citoyens étasuniens de se rendre à Cuba, en reprenant les arguments du sénateur Lugar. « L’embargo a provoqué un mouvement diplomatique significatif contre la politique des Etats-Unis. En tant que militaires professionnels, nous comprenons que les intérêts des Etats-Unis sont mieux servis quant le pays est capable d’obtenir le soutien des autres nations envers notre cause », ont-ils déclaré. « Dans le monde entier, les leaders réclament un véritable changement politique basé sur les espoirs que vous avez suscité avec votre campagne. Cuba s’offre comme l’élément le plus accessible pour démontrer ce changement et ce serait de plus une manœuvre qui resterait profondément gravée dans la mémoire de nos partenaires et rivaux du monde », ont-ils conclu13.

Fidel Castro a réitéré la disposition de Cuba au dialogue : « Il n’est pas nécessaire de souligner ce que Cuba a toujours dit : nous ne craignons pas de dialoguer avec les Etats-Unis. Nous n’avons pas besoin de confrontation pour exister, comme pensent certains imbéciles ; nous existons précisément parce que nous croyons en nos idées et que nous n’avons jamais eu peur de dialoguer avec l’adversaire. Il s’agit de la seule façon d’obtenir l’amitié et la paix entre les peuples14 ».

Le leader révolutionnaire a également tenu à préserver le président étasunien : « Notre pays […] n’accuse pas Obama des atrocités commises par les autres gouvernements des Etats-Unis. Il ne questionne pas non plus sa sincérité et ses désirs de changer la politique et l’image des Etats-Unis. Il comprend qu’il a livré une bataille très difficile pour être élu, malgré les préjugés séculaires15 ».

Le président Raúl Castro en a fait de même en faisant part de sa « disposition à discuter de n’importe quel sujet, en ayant comme seules prémisses l’égalité souveraine des Etats, le respect absolu de l’indépendance nationale et le droit inaliénable de chaque peuple à l’autodétermination16 ».

La secrétaire d’Etat Hillary Clinton a déclaré que c’était désormais au tour de Cuba de faire un geste « réciproque ». El País, important quotidien espagnol, a immédiatement repris la position de Washington dans un éditorial : « En levant les restrictions sur les transferts d’argent et les voyages dans l’île, Obama a placé Cuba et les pays jusqu’alors les plus hostiles à l’égard des Etats-Unis dans la nécessité de répondre par un geste qui contribue également à la détente ». Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. En effet, le président étasunien n’a fait que réparer une infime partie des nombreuses injustices commises par ses prédécesseurs à l’égard du peuple cubain. Cuba ne s’est jamais immiscée dans les affaires internes des Etats-Unis, ne les a jamais agressés, n’a jamais envahi militairement le territoire étasunien, n’a jamais cherché à subvertir l’ordre établi ou renverser son gouvernement, n’a jamais imposé de sanctions économiques, n’a jamais mis en place des lois extraterritoriales, n’a jamais financé une opposition interne, n’a jamais commis d’attentats terroristes contre le peuple étasunien, n’a jamais protégé de terroristes sur leur territoire, n’a jamais fomenté l’émigration illégale, n’a jamais occupé par la force une partie de son territoire contre la volonté souveraine de leur peuple et n’a jamais diffusé de programmes subversifs en direction des Etats-Unis17.

Le maximum que puissent faire les Cubains est de prendre acte de la rectification effectuée par la Maison-Blanche. Mais ils ne peuvent s’en contenter. Si Washington veut démontrer aux yeux du peuple cubain et du monde qu’il souhaite sincèrement établir un modus vivendi avec La Havane , il doit impérativement prendre les trois décisions suivantes :

1. Libérer immédiatement les cinq prisonniers politiques cubains injustement incarcérés depuis septembre 1998 pour avoir infiltré les groupuscules d’extrême droite de Floride impliqués dans des actes terroristes contre Cuba. Accusés de « conspiration en vue de commettre des actes d’espionnage », Gerardo Hernández Nordelo, Antonio Guerrero Rodríguez, Ramón Labañino Salazar, René González Sehweret et Fernando González Llort ont été condamnés à un total de quatre peines de prison à vie doublées de 77 ans lors d’une parodie de procès tenu à Miami. Trois militaires de haut rang, Eugene Carroll, contre-amiral de la Marine de Guerre des Etats-Unis actuellement à la retraite, Edward Breed Atkeson, général de division de l’armée des Etats-Unis, et James R. Clapper, lieutenant général des Forces aériennes des Etats-Unis, ont certifié à la Cour que les cinq Cubains n’avaient pas réalisé d’activités d’espionnage. Le procureur lui-même a reconnu qu’« à la lumière des preuves présentées lors du procès », prouver l’inculpation de Gerardo Hernández, accusé d’assassinat, « représente un obstacle insurmontable pour les Etats-Unis ». Malgré la confession du procureur, tous les membres du juré avaient reconnu Gerardo Hernández coupable d’homicide volontaire avec préméditation, sans poser une seule question à l’accusé ou au parquet, sans exiger la moindre clarification à ce sujet. La Cour d’Appel d’Atlanta a reconnu également qu’il ne s’agissait pas d’un cas d’espionnage, ni d’une atteinte à la sécurité nationale. Le 30 janvier 2009, la défense décida de faire appel auprès de la Cour suprême. Pas moins de dix Prix Nobel – José Ramos-Horta, actuel président du Timor Oriental, distingué en 1996, Wole Soyinka, écrivain nigérian récompensé en 1986, Adolfo Pérez Esquivel, Argentin Prix Nobel de la Paix en 1980, Nadine Gordimer, écrivain sud-africaine distinguée en 1991, Rigoberta Menchú, Guatémaltèque et Prix Nobel de la Paix en 1992, José Saramago, écrivain portugais récompensé pour ses œuvres littéraires en 1992, Zhores Alferov, Prix Nobel de Physique en 2000, Dario Fo, auteur italien récompensé en 1997, Gunter Grass, écrivain allemand dont les écrits ont été distingués par le prix Nobel de littérature en 1999 et Mairead Corrigan Maguire, Irlandaise Prix Nobel de la Paix en 1976– ont présenté une pétition Amicus Curiae auprès de la Cour Suprême étasunienne exigeant un procès équitable et la libération des cinq Cubains18.

2. Juger ou extrader vers le Venezuela, où il est recherché par la justice le terroriste international Luis Posada Carriles, responsable de plus d’une centaine d’homicides, pour les crimes qu’il a commis tout au long de sa trajectoire criminelle de près de 40 ans. Il est, entre autres, l’auteur intellectuel avec Orlando Bosch du sanglant attentat commis le 6 octobre 1976 contre l’avion commercial cubain 445 de Cubana de Aviación qui a coûté la vie à 73 personnes à la Barbade , incluant toute l’équipe junior d’escrime cubaine qui venait de remporter les jeux panaméricains, et commanditaire de la vague d’attentats qui a ensanglanté l’industrie touristique cubaine entre avril et septembre 1997, et qui a coûté la vie à un jeune Italien. En novembre 2000, il a également placé 45 kilos d’explosifs C-4 dans l’amphithéâtre de l’Université de Panama où s’étaient réunis 2 000 étudiants pour écouter le discours du président Fidel Castro. Il a été impliqué dans de nombreux autres actes criminels y compris plusieurs tentatives d’assassinat contre Fidel Castro, notamment lors de sa visite à Salvador Allende en 1971, lors de son voyage au Venezuela en 1988 et durant le second Sommet ibéro-américain de Madrid en 1992. Il est également responsable des assassinats de plusieurs fonctionnaires cubains en Argentine en août 1976 et a collaboré avec les services secrets d’Augusto Pinochet au Chili dans la disparition de nombreux opposants politiques. Il se trouve actuellement en liberté à Miami car Washington refuse de le juger pour les crimes qu’il a commis alors qu’il était agent de la CIA19.

3. Abroger la loi d’Ajustement cubain votée par le Congrès le 1er novembre 1966. Unique au monde, elle a pour but de stimuler l’émigration illégale et le vol de cerveaux et de politiser la problématique migratoire dans la guerre idéologique contre La Havane. Elle permet à tout Cubain émigrant légalement ou illégalement, pacifiquement ou par la violence, vers les Etats-Unis, d’obtenir automatiquement au bout d’un an la résidence permanente et de nombreux autres avantages. Dans le même temps, les Etats-Unis refusent d’accorder des visas aux Cubains souhaitant émigrer légalement, encourageant ainsi l’émigration clandestine et les coups de force. Le caractère criminel de cette loi est très clair. En limitant le nombre de visas accordés, Washington promeut l’émigration dangereuse qui coûte la vie à beaucoup de Cubains chaque année. Cette législation singulière pousse également les délinquants et les criminels à commettre l’irréparable pour quitter le pays, comme ce fut le cas le 3 mai 2007 lors d’une prise d’otages à l’aéroport de La Havane qui a coûté la vie au lieutenant-colonel Víctor Ivo Acuña Velásquez20.

Si Obama adopte ces trois mesures, il gagnera en partie la confiance de La Havane , élément indispensable pour une éventuelle normalisation des relations. Le gouvernement révolutionnaire répondra alors positivement à la demande de Washington du 18 mars 2009 de libérer « les prisonniers politiques », en référence aux personnes arrêtées et condamnées en 2003 pour avoir accepté les émoluments offerts par Washington, violant ainsi la loi cubaine21.

Washington n’a pas l’intention de lever immédiatement l’état de siège contre Cuba, qui empêche même l’île d’acquérir des appareils médicaux de première nécessité. Le vice-président Joseph Biden l’a confirmé le 28 mars 2009 lors de sa visite au Chili22. Il a néanmoins reconnu la nécessité d’un changement dans la politique étrangère des Etats-Unis à l’égard de La Havane23.

Pourtant, hormis huit congressistes, incapables d’accepter le cours de l’histoire et défendant les intérêts les plus rétrogrades, qui se prononcent en faveur du statu quo actuel – à savoir les représentants républicains Ileana Ros Lehtinen (Floride), Mario Díaz Balart (Floride), Lincoln Díaz Balart (Floride) et démocrates Kendrick Meek (Floride), Debbie Wasserman-Schultz (Floride), Albio Sire (New Jersey) ainsi que les sénateurs Bob Menéndez (démocrate / New Jersey) et Mel Martinez (républicain / Floride) –, l’immense majorité des acteurs de la société étasunienne, à commencer par l’opinion publique, est en faveur d’une normalisation des relations avec Cuba. Selon un sondage de la chaîne étasunienne CNN du 10 avril 2009, 71% des citoyens étasuniens sont en faveur d’un rétablissement des relations diplomatiques24. Un autre réalisé le 15 avril 2009 par l’organisation World Public Opinion montre que 70% sont favorables à la levée des interdictions pour les ressortissants étasuniens de voyager dans l’île25.

Une chose est sûre : Barack Obama, qui dispose d’une opportunité historique de mettre un terme à un demi-siècle de conflit insensé, ne peut conditionner la normalisation des relations avec Cuba à un changement de la structure politique, économique et sociale du pays, car les Cubains sont dans l’incapacité d’accepter toute atteinte à leur souveraineté ou de céder au langage de la force. Par ailleurs, Washington a normalisé ses relations avec la Chine , le Vietnam et en partie avec la Corée du Nord, sans pour autant émettre une telle exigence. Faire preuve de discrimination à l’égard de La Havane à ce sujet, en plus d’être une tactique vouée à l’échec, minerait singulièrement la crédibilité de la Maison-Blanche dans sa volonté de limer les aspérités entre les deux nations.

Notes

1 Jennifer Loven, « Obama Allowing Travel, Money Transfers to Cuba  », The Associated Press, 13 avril 2009.

2 Ibid.

3 John Dorschner & Monica Hatcher, « Liberan a los viajes a Cuba », El Nuevo Herald, 13 avril 2009.

4 Ibid.

5 Marianela Jiménez, « Costa Rica restablece relaciones con Cuba », The Associated Press, 18 mars 2009.

6 EFE, « Funes anuncia que en su futuro Gobierno restablecerá relaciones con Cuba », 18 mars 2009 ; Marianela Jiménez, « Costa Rica, El Salvador Promise Ties With Cuba », The Associated Press, 18 mars 2009.

7 El Nuevo Herald, « Costa Rica y El Salvador reanudan lazos con Cuba », 19 mars 2009.

8 Anne Flaherty, « Congress Vote to Ease Travel Restrictions », The Associated Press, 10 mars 2009 ; Lesley Clark & Frances Robles, « Senado suaviza controles sobre los viajes a Cuba », The Miami Herald, 11 mars 2009.

9 Wilfredo Cancio Isla, « Presentan legislación para facilitar las ventas agrícolas a Cuba », El Nuevo Herald, 27 mars 2009.

10 EFE, « Congresistas de EEUU se reúnen con funcionarios cubanos en La Habana  », 4 avril 2009.

11 Andrea Rodriguez, « Fidel Castro recibe a congresistas de EEUU », The Associated Press, 7 avril 2009.

12 Wilfredo Cancio Isla, « Congresistas demócratas viajan a Cuba a abrir diálogo », El Nuevo Herald, 2 avril 2009.

13 Fidel Castro Ruz, « Militares con criterios acertados », Cuba Debate, 15 avril 2009.

14 Fidel Castro Ruz, « Con los pies sobre la tierra », Cuba Debate, 5 avril 2009.

15 Fidel Castro Ruz, « Del bloqueo no se dijo una palabra », Cuba Debate, 13 avril 2009.

16 Andrea Rodriguez, « Fidel Castro recibe a congresistas de EEUU », op. cit.

17 The Associated Press, «  Clinton  : US Waiting for Cuba ’s Next Move », 16 avril 2009 ; El País, « La hora de Cuba  », 14 avril 2009.

18 Salim Lamrani, Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009).

19 Ibid.

20 Ibid.

21 EFE, « EEUU insta a Cuba a liberar presos políticos y mejorar en derechos humanos », 18 mars 2009.

22 EFE, « Biden rechaza que Estados Unidos vaya a levantar el bloqueo sobre Cuba », 28 mars 2009 ; Agence France Presse, « Biden : pas de levée de l’embargo contre Cuba, mais une politique différente », 29 mars 2009.

23 Agence France Presse, « EEUU espera compromiso de Cuba en derechos humanos », 31 mars 2009.

24 CNN, « Poll: Three-quarters favor relations with Cuba  », 10 avril 2009.

25 Agence France Presse, « Mayoría de estadounidenses quiere viajar libremente a Cuba, según sondeo », 15 avril 2009.

Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a publié, entre autres, Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008). Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009) et comporte un prologue de Nelson Mandela.

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; salim.lamrani@parisdescartes.fr

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Réflexions du compañero Fidel, OBAMA ET LE BLOCUS

J’ai abordé hier le côté comique de la « Déclaration d’engagement de Port-of-Spain ».

Je pourrais aborder aujourd’hui son versant dramatique. J’espère ne pas offenser nos amis. Il y a des différences entre le document qui m’est parvenu à titre de projet présenté par les hôtes du Sommet et celui qui a finalement été publié. Dans la hâte des derniers moments, il n’y avait plus grand-chose à faire. Certains points avaient fait l’objet de longues discussions dans les semaines ayant précédé la rencontre. Des propositions présentées au dernier moment ont compliqué encore plus le tableau. Comme celle-ci de la Bolivie insérée finalement dans une notre au document :

« La Bolivie juge que le développement de politiques et des mécanismes de coopération qui viseraient à étendre les biocarburants sur le continent américain risque de porter préjudice à la disponibilité d’aliments et d’influer sur la hausse de leurs cours, d’aggraver la déforestation, de déplacer des populations en quête de terres, et par conséquent d’aggraver la crise alimentaire, touchant directement les personnes à faibles revenus, surtout les économies les plus pauvres des pays en développement. Le gouvernement bolivien, tout en reconnaissant qu’il faut chercher et utiliser des sources d’énergie alternatives préservant l’environnement, telles que les énergies géothermique, solaire, éolienne, ainsi que de petites et moyennes installations hydro-électriques, propose une vision alternative basée sur le vivre-bien et en harmonie avec la nature, afin de mettre en œuvre des politiques publiques qui viseraient à promouvoir des énergies alternatives sûres à même de garantir la préservation de la planète, notre “Mère la Terre”. »

N’oubliez pas, quand vous analyserez cette note de la Bolivie, que les États-Unis et le Brésil sont les deux plus gros producteurs de biocarburants au monde, une solution à laquelle toujours plus de gens sur notre planète s’opposent, offrant une résistance qui n’a cessé de croître depuis la triste époque de George W. Bush.

Les conseillers d’Obama ont placé sur Internet leur version en anglais de l’interview que le président étasunien a donnée aux journalistes  à Port-of-Spain. Il a affirmé à un moment donné :
« Il y a quelque chose qui m’a intéressé – et je le savais d’une manière plus abstraite, mais c’était intéressant de le savoir dans des termes plus concrets – c’est d’écouter ces dirigeants parler de façon très concrète des milliers de médecins cubains dispersés dans toute la région et dont beaucoup de ces pays dépendent fortement. Et c’est un rappel pour nous aux États-Unis que si notre seule interaction avec beaucoup de ces pays est la prohibition des drogues, si notre seule interaction est militaire, alors il se peut que nous ne développions pas les connexions qui pourraient à la longue accroître notre influence et avoir une influence bénéfique quand nous aurions besoin de mettre en place des politiques qui seraient de notre intérêt dans la région.
« Je pense donc qu’il est important que nous reconnaissions que pour nos interactions, non seulement ici sur ce continent, mais aussi dans le monde entier, notre pouvoir militaire n’est qu’une partie de notre pouvoir, et que nous devons utiliser notre diplomatie et notre aide au développement plus intelligemment afin que les gens, le commun des mortels, puissent constater des améliorations très pratiques, concrètes, de leurs vies grâce à la politique étrangère des États-Unis.
[…]
Jake. Je vous remercie, monsieur le président. Vous avez écouté un tas de dirigeants latino-américains qui veulent que les USA lèvent l’embargo contre Cuba. Vous avez dit que vous pensez que c’était un important moyen d’influence à ne pas abandonner. Pourtant, en 2004, vous étiez d’accord pour la levée de l’embargo. Vous avez dit qu’il n’était pas parvenu à fournir les moyens d’élever le niveau de vie, qu’il avait trituré les innocents, et qu’il était temps pour nous de reconnaître que cette politique concrète avait échoué. Je me demande : qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis au sujet de l’embargo ?
Le président. Euh, en 2004, ça fait une éternité ! Qu’est-ce que je faisais en 2004 ?
Jake. Vous briguiez un siège au Sénat.

[…]
Président. …le fait que Raúl Castro ait dit que son gouvernement voulait parler avec le nôtre non seulement de la levée de l’embargo, mais aussi des questions des droits de l’homme, des prisonniers politiques, est bon signe.

“…il y a des choses que le gouvernement cubain pourrait faire. Il pourrait libérer les prisonniers politiques. Il pourrait réduire les taxes sur les envois de fonds pour être en accord aux politiques que nous avons mises en place pour permettre aux familles cubano-américaines d’envoyer des fonds. Il s’avère que Cuba impose une taxe énorme, qu’ils font un sacré profit. Ça serait un exemple de coopération où les deux gouvernements travailleraient pour aider les familles cubaines et élever le niveau de vie à Cuba. »

Le président a assurément mal interprété la déclaration de Raúl.

Quand le président cubain a affirmé qu’il était prêt à discuter de n’importe quel point avec le président étasunien, il veut dire qu’il ne redoute aucune question : c’est là une preuve de courage et de confiance dans les principes de la Révolution. Que personne ne s’étonne qu’il ait parlé de gracier les condamnés de mars 2003 et de les expédier tous aux États-Unis, si ceux-ci sont prêts à libérer les cinq héros antiterroristes cubains. Comme c’était le cas des mercenaires de Playa Girón, ces gens-là sont à la solde d’une puissance étrangère qui menace notre patrie et lui impose un blocus.

Par ailleurs, dire que Cuba impose une « taxe énorme »,  qu’elle « fait un sacré profit », c’est là une tentative de ses conseillers de semer la zizanie entre les Cubains et les diviser. Tous les pays taxent les transferts de devises. S’il s’agit de dollars, à plus forte raison devons-nous le faire, puisque c’est la monnaie de l’État qui nous applique un blocus. Les Cubains n’ont pas tous de la famille à l’étranger pour leur envoyer des fonds. Redistribuer une part relativement petite au bénéfice de ceux qui ont le plus besoin d’aliments, de médicaments et d’autres biens est absolument juste. Notre patrie ne jouit pas du privilège de convertir en devises les billets qui sortent des imprimeries de l’État, de l’argent que les Chinois ont qualifié plusieurs fois de « ferraille » – un terme que j’ai repris à d’autres occasions – et qui a été l’une des causes de la crise économique actuelle. Avec quel argent les États-Unis sauvent-ils donc leurs banques et leurs transnationales, ne cessant d’endetter toujours plus les générations futures ? Obama serait-il prêt à discuter de ces points ?

Daniel Ortega l’a dit clairement quand il a évoqué sa première conversation avec Carter. La voici à nouveau :
« J’ai eu l’occasion de rencontrer le président Carter, et quand il me disait : “Maintenant que le peuple nicaraguayen est sorti de la tyrannie de Somoza, il est temps que le Nicaragua change.” Je lui ai dit : Non, ce n’est pas le  Nicaragua qui doit changer, c’est vous qui devez changer. Le Nicaragua n’a jamais envahi les États-Unis ; le Nicaragua n’a jamais miné les ports des États-Unis ; le Nicaragua n’a jamais jeté une seule pierre contre la nation étasunienne ; le Nicaragua n’a pas imposé de gouvernements aux États-Unis. C’est vous qui devez changer, pas les Nicaraguayens. »
À la conférence de presse et aux séances finales du Sommet, Obama a fait preuve de suffisance. Les positions abjectes de certains dirigeants latino-américains n’ont pas été étrangères à cette attitude du président étasunien. J’ai dit voilà quelques jours qu’on connaîtrait finalement tout ce que chacun a dit ou fait.

Quand il a affirmé, répondant à Jake, qu’une éternité s’était écoulée depuis 2004, il a été superficiel. Devons-nous attendre si longtemps pour qu’il lève son blocus ? Ce n’est pas lui qui l’a inventé, certes, mais il le reprend à son compte tout comme dix autres présidents des États-Unis. Sur cette voie, il court à l’échec aussi sûrement que ses prédécesseurs.  Ce n’est pas là le rêve de Martin Luther King dont le rôle dans la lutte pour les droits de l’homme illuminera toujours plus la route du peuple étasunien.

Nous vivons des temps nouveaux. Les changements sont inéluctables. Les leaders passent, les peuples restent. Pas besoin d’attendre une éternité : il suffira de huit ans à peine pour qu’à bord d’une voiture plus blindée, d’un hélicoptère plus moderne et d’un avion plus perfectionné, un autre président des États-Unis, sans doute moins intelligent, moins prometteur et moins admiré dans le monde que Barack Obama, occupe ce poste sans gloire.

Je donnerai demain plus de nouvelles du Sommet.

Fidel Castro Ruz
Le 21 avril 2009
17 h 34

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Réflexions du compañero Fidel Des rêves farfelus

Je m’expliquais mal le motif de l’euphorie qui s’était emparée de certains participants au Sommet de Port-of-Spain.

J’ai donc fait un gros effort et lu la fameuse Déclaration d’engagement adoptée à ce Sommet des Amériques. J’avais déjà écouté la conférence de presse présidée par le Premier ministre trinidadien, Patrick Manning, et à laquelle avaient participé l’illustre Stephen Harper, le Premier ministre canadien, Felipe Calderón, le président mexicain, et Martín Torrijos, le président panaméen. À les entendre, ce Sommet a été le plus extraordinaire de tous.

Un miracle a dû se produire, pensais-je. On aura découvert la pierre philosophale. Alors, pourquoi m’inquiéterais-je davantage ? Que nul n’aille penser que c’est l’œuvre du hasard. Ne savons-nous donc pas lire et écrire ?

C’est écrit en toutes lettres dans treize des quatre-vingt-dix-sept paragraphes, qui totalisent soixante-sept pages, de la Déclaration finale : l’OEA nous a tous sauvés.
J’utiliserai donc la quasi-totalité de mes Réflexions pour chanter à mon tour les gloires de l’OEA :
« Nous réaffirmons les principes et les valeurs de la Charte de l’Organisation des Nations Unies, de la Charte de l’Organisation des États américains (OEA), de la  Charte démocratique interaméricaine, du Consensus de Monterrey sur le financement au service du développement et de la Déclaration du Millénaire, et nous sommes décidés à intensifier notre lutte contre la pauvreté, la faim, l’exclusion sociale, la discrimination et l’inégalité, ainsi qu’à promouvoir l’inclusion et la cohésion sociale afin d’améliorer les conditions de vie de nos peuples et de parvenir au développement et à la justice sociale.


« Nous réaffirmons qu’il est important de promouvoir la coopération solidaire entre nos États dans les différents domaines des relations interaméricaines, en conformité avec les buts et principes essentiels de la Charte de l’OEA, tout en reconnaissant notre diversité sociale, politique et économique.
« Nous chargeons nos ministres, en particulier les responsables des finances, de la planification et du développement social, d’engager ou d’intensifier la révision des programmes nationaux de protection sociale, d’inclusion et d’élimination de la pauvreté… Nous appelons l’OEA, la Banque interaméricaine de développement (BID) et d’autres institutions régionales et sous-régionales de financement et de développement pertinentes à soutenir ces efforts dans les limites de leurs compétences.
« Nous pressons instamment les ministres du Travail à appuyer, à la Conférence interaméricaine des ministres du Travail de l’OEA, en collaboration avec les organes consultatifs de travailleurs et d’employeurs, et avec le soutien de l’OIT, selon le cas, un programme de travail qui permettrait d’atteindre ces objectifs à la Seizième Conférence prévue en 2009.
« Nous appelons les ministres de l’Éducation à mettre en œuvre, avec le soutien de l’OEA, d’institutions régionales et internationales spécialisées et d’organisations de la société civile, des stratégies à même de permettre de rendre l’enseignement secondaire de qualité accessible à tous nos jeunes, garçons et filles, d’ici 2015 au plus tard, surtout relativement aux groupes les plus vulnérables et à ceux qui ont des besoins éducatifs spéciaux.
« Nous redoublerons d’efforts pour prévenir et combattre le problème mondial de la drogue et des crimes connexes sous toutes leurs aspects, en renforçant la coopération internationale et une approche intégrale et équilibrée, en accord avec les principes consacrés dans les Chartes des Nations Unies et de l’OEA, dans le droit international et dans nos législations correspondantes.
« Nous demandons au Secrétariat général de l’OEA de faire rapport au prochain Sommet des Amériques sur les progrès enregistrés dans l’exécution des engagement contractés aux Réunions des ministres en matière de sécurité publique des Amériques et aux Réunions des ministres de la Justice ou d’autres ministres, des procureurs ou des procureurs généraux des Amériques… Promouvoir une plus grande coopération, ainsi que l’action de l’OEA, à ces Réunions. Nous remercions l’OEA de l’appui technique qu’elle ne cesse de fournir sur les points faisant l’objet de ces Réunions.
« …Nous encouragerons l’OEA à continuer de mettre au point une stratégie continentale intégrale en mesure de promouvoir la coopération interaméricaine dans le traitement des bandes de délinquants.
« Nous renouvelons notre engagement de combattre la pauvreté, l’inégalité, la faim et l’exclusion sociale afin d’élever les conditions de vie de nos peuples et de renforcer la gouvernabilité démocratique dans les Amériques, et nous maintiendrons les principes de la Charte démocratique interaméricaine et les appliquerons pleinement.
« Nous réitérons notre appui aux objectifs de la Charte sociales des Amériques et de son Plan d’action, lesquels cherchent à offrir à tous nos citoyens plus de chances de bénéficier du développement durable assorti d’équité et d’inclusion sociale. Nous encourageons l’OEA à conclure la mise au point de ces instruments et nous œuvrerons afin que les négociations soient achevées et ces documents adoptés d’ici fin 2009.
« Nous reconnaissons le rôle important que joue l’OEA dans le règlement pacifique de nos différends, sa participation à la promotion d’une culture démocratique, de paix, de dialogue et de non-violence dans la région, ainsi que son rôle dans la mise en pratique de la Charte démocratique interaméricaine.
« Nos pays s’efforceront de continuer de présenter à l’OEA des rapports nationaux annuels au sujet des actions qu’ils ont engagées et des progrès qu’ils ont enregistrés dans la concrétisation des objectifs spécifiques fixés aux Sommets des Amériques.
»
On ne s’étonnera pas, dès lors, de lire au dernier paragraphe, p. 67, de la Déclaration rédigée et inspirée par une institution si méritante : «Nous, chefs d’État et de gouvernement des Amériques, avons convenu que ce document soit connu comme “Déclaration d’engagement de Port-of-Spain”, en foi de quoi nous l’adoptons en date du 19 avril 2009. »

L’OEA n’est-elle pas le garant de la souveraineté et de l’intégrité des peuples latino-américains ? Oui, toujours !

S’est-elle ingérée dans les affaires intérieures d’un pays du continent ? Non, jamais !

A-t-elle toujours constitué un instrument docile des États-Unis? Non, absolument pas !

Un seul Latino-Américain ou Caribéens est-il mort par sa faute ? Pas un seul !

Ce sont là des calomnies du castro-communisme en provenance de Cuba, le pays expulsé de l’OEA parce que son gouvernement avait  fait sien le marxisme-léninisme, le pays où il n’y a jamais eu d’élections, où personne ne vote ni n’est élu, où règne une tyrannie qui a eu le culot de faire face à un pays aussi faible, aussi démuni et aussi pauvre que les États-Unis pendant un demi-siècle. Si Cuba ne fait pas amende honorable, le gouvernement noble et désintéressé de ce pays-là ne lui vendra même pas un cachet d’aspirine. L’OEA est le garant des droits démocratiques du malheureux peuple cubain.

Fidel Castro Ruz
Le 20 avril 2009
13 h 46

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Réflexions du compañero Fidel : LE SOMMET DU SECRET

Ni les représentés ni les excommuniés du Sommet de Port-of-Spain n’ont pu savoir jusqu’à aujourd’hui ce qui s’est y discuté. On nous a fait miroiter à tous l’espoir que la réunion ne serait pas secrète, mais les patrons du spectacle nous ont privés d’un bien intéressant exercice intellectuel. Nous en connaîtrons l’essence, mais nous ne saurons rien du ton de la voix, des regards, des mimiques qui reflètent tellement les idées, la morale et le caractère des personnes. Un Sommet du secret, c’est pire que le cinéma muet. La télévision nous a offert quelques brèves minutes d’images. À la gauche d’Obama, il y avait un monsieur que je n’ai pas bien pu identifier quand il posait la main sur son épaule, tel un écolier de huit ans sur celle d’un compagnon du premier rang. À ses côtés, debout, un autre du cortège l’interrompait pour dialoguer avec le président des États-Unis. J’ai vu en ceux qui l’importunaient l’estampe d’une oligarchie qui n’a jamais eu faim et qui espère trouver dans la puissante nation d’Obama le bouclier qui protègera le système social des changements sociaux qu’elle redoute tant.

Une étrange atmosphère a prévalu jusqu’ici au Sommet.

Le spectacle artistique de l’hôte a brillé de mille feux. J’ai rarement vu, voire jamais, quelque chose de pareil. Un bon speaker, apparemment trinidadien, avait dit fièrement que c’était quelque chose d’unique.

Ç’a été un vrai étalage de culture en même temps que de luxe. J’ai réfléchi un peu. J’ai calculé combien coûterait tout ça et je me suis rendu compte soudain qu’aucun autre pays des Caraïbes ne pouvait se payer le luxe de présenter un spectacle pareil, que le siège du Sommet était immensément riche, une espèce d’États-Unis entourée de petits pays pauvres. Les Haïtiens, avec leur richissime culture, ou la Jamaïque, la Grenade, la Dominique, le Guyana, le Belize ou un autre pays, pourraient-ils être les hôtes d’un Sommet si luxueux ? Leurs plages peuvent bien être merveilleuses, mais elles ne seront pas flanquées des derricks qui caractérisent le paysage trinidadien et permettent d’accumuler grâce à une matière première non renouvelable les abondantes ressources sur lesquelles reposent aujourd’hui les richesses du pays. Presque toutes les autres îles qui forment la Communauté des Caraïbes, situées plus au nord, sont balayées directement par les cyclones toujours plus intenses qui frappent tous les ans nos îles sœurs de la région.

Quelqu’un aura-t-il rappelé à cette réunion qu’Obama a promis d’investir autant d’argent qu’il faudra pour que les Etats-Unis s’auto-approvisionnent en carburants ? Cette politique porterait directement préjudice à bien de ceux qui sont réunis et qui ne pourront disposer des technologies ni des énormes investissements requis pour un effort dans cette direction ou une autre.

Ce qui m’a vraiment impressionné jusqu’à ce moment du Sommet, samedi 18 avril, 11 h 47, où j’écris ces lignes, c’est le discours de Daniel Ortega. Je me suis promis de ne rien publier jusqu’au lundi 20 avril pour observer ce qu’il se passait à ce fameux Sommet.

Ce n’est pas l’économiste qui a parlé, ni le scientifique, ni l’intellectuel, ni le poète. Daniel n’a pas cherché des mots compliqués pour épater son auditoire. C’est le président d’un des cinq pays les plus pauvres du continent qui a parlé, le combattant révolutionnaire, au nom d’un groupe de pays centraméricains et de la République dominicaine associée au Système d’intégration centraméricain (SICA).

Il suffirait d’être l’un des centaines de milliers de Nicaraguayen qui avaient appris à lire et à écrire durant la première étape de la Révolution sandiniste, laquelle avait fait chuter le taux d’analphabétisme de 60 p. 100 à 12 p. 100, ou depuis que Daniel a repris le pouvoir en 2008 avec un taux d’analphabétisme remonté à 35 p. 100.

Il a parlé durant environ cinquante minutes, d’une voix pausée et sereine.

Si je le reproduisais dans son intégralité, mes Réflexions seraient trop longues. Je vais donc résumer ses singulières déclarations en recourant à ses propres mots pour chacune des idées essentielles qu’il a transmises. Je n’utiliserai pas de points de suspension et je n’ouvrirai des guillemets que lorsque Daniel cite lui-même textuellement des personnes ou des institutions.

Le Nicaragua a recouru à la Cour internationale de justice de La Hayes pour dénoncer la politique de guerre, la politique terroriste que le président Ronald Reagan menait au nom des Etats-Unis.

Notre crime ? Nous être délivrés de la tyrannie d’Anastasio Somoza, imposée par l’intervention des troupes yankees au Nicaragua.

L’Amérique latine a été secouée depuis l’avant-dernier siècle par les politiques expansionnistes, les politiques de guerre qui nous ont poussés à nous unir, nous les Centraméricains, pour les vaincre.

Sont venues ensuite les interventions qui se sont prolongées de 1912 à 1932 et qui ont eu pour résultat la mise en place de la tyrannie des Somoza, armée, financée et défendue par les dirigeants étasuniens.

J’ai eu l’occasion de rencontrer le président Reagan en pleine guerre, nous nous sommes serrés la main et je lui ai demandé de cesser sa guerre contre le Nicaragua.

J’ai eu l’occasion de rencontrer le président Carter, et quand il me disait : « Maintenant que le peuple nicaraguayen est sorti de la tyrannie de Somoza, il est temps que le Nicaragua change. » Je lui ai dit : Non, ce n’est pas le Nicaragua qui doit changer, c’est vous qui devez changer. Le Nicaragua n’a jamais envahi les États-Unis ; le Nicaragua n’a jamais miné les ports des États-Unis ; le Nicaragua n’a jamais jeté une seule pierre contre la nation étasunienne ; le Nicaragua n’a pas imposé de gouvernements aux États-Unis. C’est vous qui devez changer, pas les Nicaraguayens.

En pleine guerre, j’ai eu l’occasion de rencontrer celui qui venait d’entrer à la Maison-Blanche, George Bush père. Lors d’une rencontre au Costa Rica en 1989, quand nous nous sommes retrouvés assis face à face, le président Bush et moi, il en fait le commentaire : « La presse est venue ici parce qu’elle veut voir se battre le président des États-Unis et le président du Nicaragua, et nous avons fait l’effort de ne pas faire ce plaisir à la presse. »

Le Nicaragua était toujours en butte à la guerre que lui imposaient les États-Unis. La Cour internationale de justice a prononcé son verdict très clair : « Les États-Unis doivent arrêter toutes leurs actions militaires, le minage des ports, le financement de la guerre ; ils doivent signaler où se trouvent les mines qu’ils ont posées et cesser de refuser de donner cette information. » La Cour internationale demandait aussi au gouvernement étasunien d’indemniser le Nicaragua pour le blocus économico-militaire qu’ils lui avaient imposé.

Les luttes que nous livrons au Nicaragua, en Amérique centrale et en Amérique du Sud pour libérer nos peuples de l’analphabétisme, nous les livrons avec la solidarité inconditionnelle, généreuse, du peuple frère cubain, de Fidel, car c’est lui qui a lancé ces processus solidaires d’alphabétisation, et de son président Raúl Castro, qui a assuré la continuité de ces programmes ouverts à tous les peuples latino-américains et caribéens.

Puis le peuple bolivarien, le peuple vénézuélien, avec son président Hugo Chávez Frías s’y est incorporé dans un esprit généreux.

Une grande majorité des présidents et chefs de gouvernement latino-américains et caribéens sont ici présents, ainsi que le président des États-Unis et le Premier ministre du Canada, mais il y a aussi deux grands absents. L’un est Cuba, dont le crime a été de lutter pour l’indépendance, pour la souveraineté des peuples, de prêter sa solidarité inconditionnelle à nos peuples, et c’est pour ça qu’on la punit, qu’on le châtie, qu’on l’exclut. Et c’est pour ça aussi que je ne me sens pas à l’aise à ce Sommet : je ne peux pas me sentir à l’aise, j’ai honte de participer à ce Sommet d’où Cuba est absente.

Un autre peuple n’est pas non plus présent, mais, à la différence de Cuba, qui est une nation indépendante, solidaire, cet autre peuple est encore soumis aux politiques colonialistes : je veux parler du peuple frère portoricain.

Nous travaillons à la construction d’une grande alliance, d’une grande unité des peuples latino-américains et caribéens. Le jour viendra où le peuple portoricain fera partie de cette grande alliance.

Dans les années 50, la discrimination raciale était institutionnelle, elle faisait partie du mode de vie étasunien, de la démocratie étasunienne. Les Noirs ne pouvaient pas entrer dans les restaurants des Blancs, ni dans les bars des Blancs ; les enfants des familles noires ne pouvaient pas aller dans les écoles où allaient les petits enfants blancs. Pour briser le mur de la discrimination raciale, il a fallu – et le président Obama le sait mieux que nous – un Martin Luther King qui disait : « J’ai fait un rêve. » Le rêve s’est fait réalité, le mur de la discrimination raciale s’est effondré aux États-Unis d’Amérique grâce à la lutte de ce peuple.

Cette réunion, cette rencontre s’ouvre justement le jour anniversaire de l’invasion de Cuba en 1961. Un jour que je conversais avec lui, le président Raúl Castro m’a donné quelques informations : « Daniel, le président Obama est né le 4 août 1961, il avait trois mois et demi à la victoire de Playa Girón du 19 avril. Évidemment, il n’a aucune responsabilité dans cet événement historique. Le 15 avril, les bombardements ; le 16, proclamation du socialisme par Fidel aux funérailles des victimes ; le 17, début de l’invasion ; le 18, poursuite des combats ; et le 19, la victoire, avant soixante-douze heures. Raúl »

Raúl m’a raconté à son retour de Cumaná qu’en écrivant une note pour Daniel, il avait fait un calcul rapide et qu’il avait commis une erreur en disant qu’Obama avait trois mois lors de l’invasion de Playa Girón, alors qu’en fait il était né trois mois et demi après. Qu’il était le seul coupable de cette erreur.

Ça, c’est l’histoire. En 2002, aussi en avril, le 11, un coup d’État a lieu en vue d’assassiner un président élu en République bolivarienne du Venezuela. Le président Chávez a été fait prisonnier, avec ordre de l’assassiner. Quand un gouvernement fantoche se met en place, le gouvernement étasunien reconnaît les putschistes par l’intermédiaire de son porte-parole, donne raison aux putschistes. Nous avons des raisons de dire qu’il ne s’agit pas de l’histoire : ces faits violents contre les institutions d’un peuple, d’une nation progressiste, solidaire, révolutionnaire, ont eu lieu voilà à peine sept ans.

Je pense que le temps que je prends ici est bien moindre que celui que j’ai dû passer à attendre dans l’avion, à l’aéroport : trois heures.

La liberté d’expression doit bénéficier au grand comme au petit : le Belize, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Panama, El Salvador et la République dominicaine comme associée, ne font que 568 988 kilomètres carrés et ne comptent qu’un peu plus 41,7 millions d’habitants.

Nous disons qu’il faut accorder le TPS, le Statut de protection temporaire, à tous les immigrants aux États-Unis, mais que les causes de l’émigration sont le sous-développement, la pauvreté des peuples centraméricains.

La seule manière d’arrêter ce flux d’émigrants vers les États-Unis, ce n’est pas d’ériger des murs, de renforcer la surveillance militaire aux frontières, mais d’apporter des fonds sans conditions politiques, sans les conditions que pose le Fonds monétaire international.

Les États-Unis ont besoin de la main-d’œuvre centraméricaine, tout autant que de la main-d’œuvre mexicaine. Quand cette main-d’œuvre dépasse les besoins de l’économie étasunienne, les politiques répressives se mettent en marche.

Nous avons la tâche ingrate de surveiller les frontières des États-Unis pour empêcher le trafic de drogues.

Au Nicaragua, l’an dernier, la police a saisi plus de trois cent soixante tonnes de coca, ce qui, au prix du marché étasunien, se monte sûrement à plus d’un milliard de dollars.

Combien les États-Unis apportent-ils au Nicaragua pour surveiller leurs frontières ? A peine 1,2 million de dollars.

Ce n’est pas juste, ce n’est pas équitable, ce n’est pas éthique, ce n’est pas moral que le G-20 continue de prendre les grandes décisions. Il est temps que ce soit le G-192, autrement dit les Nations Unies, qui les prenne.

Ceux qui ont dû négocier avec lui savent pertinemment ce que signifie le FMI, comment ils ont dû sacrifier des programmes sociaux, des programmes agricoles, des programmes productifs, pour dégager les ressources et payer la dette que leur imposent les règles du capitalisme mondial.

Le FMI n’a été rien d’autre qu’un instrument pour mettre en place, depuis les métropoles, des politiques colonialistes, néocolonialistes et impérialistes.

Mahatma Gandhi disait en livrant sa lutte héroïque pour l’indépendance de l’Inde face à l’Angleterre : « L’Angleterre a utilisé le quart des ressources de la planète pour arriver à son état de développement actuel. De combien de ressources aura besoin l’Inde pour arriver au même développement ? » Et, en ce XXIe siècle et dès la fin du XIXe, ce n’était pas seulement l’Angleterre, mais tous les pays capitalistes développés qui établissaient leur hégémonie et imposaient les valeurs de consommation de leur modèle au prix de la destruction de la planète et de l’espèce humaine,

La seule manière de sauver la planète et donc le développement durable de l’humanité est de jeter les fondations d’un nouvel ordre économique international, d’un nouveau modèle économique, social, politique, qui soit vraiment juste, solidaire et démocratique.

Le projet connu comme PetroCaribe, dans le cadre de l’ALBA, inclut presque tous les pays caribéens, mais aussi quelques pays centraméricains. Certains pays du SICA (Système d’intégration centraméricain) font partie de PetroCaribe : le Belize, le Guatemala, le Honduras, la République dominicaine, le Nicaragua, le Panama.

« Nous, chefs d’Etat et de gouvernement de la Bolivie, de Cuba, de la Dominique, du Honduras, du Nicaragua et du Venezuela, pays membres de l’ALBA, jugeons que le projet de Déclaration du Cinquième Sommet des Amériques est insuffisant et inacceptable pour les raisons suivantes :

(Il lit la Déclaration de l’ALBA sur le document proposé pour le Sommet des Amériques.)

« Il n’apporte aucune réponse à la question de la crise économique mondiale, bien que celle-ci constitue le plus grand défi que l’humanité doive relever depuis des décennies.

« Il exclut Cuba sans justification, sans faire mention du fait que la région a atteint un consensus général pour condamner le blocus et les tentatives d’isolement dont son peuple et son gouvernement n’ont cessé de faire l’objet d’une manière criminelle.

« Ce que nous sommes en train de vivre est une crise économique globale à caractère systémique et structurel, non une simple crise cyclique de plus.

« Le capitalisme a provoqué la crise écologique parce qu’il a soumis les conditions nécessaires à la vie sur la planète à la primauté du marché et du profit.

« Pour éviter ce dénouement, il faut mettre en place un modèle de rechange au système capitaliste. Un système d’harmonie avec notre mère la Terre et non de pillage des ressources naturelles ; un système de diversité culturelle, et non d’écrasement des cultures  et d’introduction forcée de valeurs culturelles et de styles de vie étrangers aux réalités de nos pays ; un système de paix basé sur la justice sociale, et non sur des politiques et des guerres impérialistes ; un système qui ne réduise pas nos sociétés et nos peuples à simples consommateurs ou marchandises.

« En ce qui concerne le blocus des États-Unis à Cuba et l’exclusion de ce pays frère du Sommet des Amériques, nous, pays de l’Alternative bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique, nous réitérons la Déclaration que tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont adoptée le 16 décembre 2008 au sujet de la nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier appliqué à Cuba par les Etats-Unis, dont l’application de la loi dite Helms-Burton », bien connue de tous.

Dans mon pays, le Nicaragua, les gouvernements qui m’ont précédé ont appliqué au pied de la lettre la politique néolibérale, et ce pendant seize ans, depuis 1990, quand le Front sandiniste a laissé le gouvernement, jusqu’au 10 janvier 2007 où y il revient.

Au triomphe de la révolution au Nicaragua en 1979, les tyrannies et gouvernements imposés et soutenus par les dirigeants étasuniens, les démocrates soi-disant démocrates, avaient laissé le pays avec un taux d’analphabétisme de 60 p. 100.

Notre première grande bataille a été de liquider l’analphabétisme, et nous l’avons réduit à 11,5 ou 12 p. 100. Nous n’avons pas pu faire plus parce que l’administration Reagan nous a imposé une politique de guerre.

Nous avons abandonné le gouvernement en 1990 avec un taux d’analphabétisme de 12,5 p. 100 ; quand nous y sommes revenus en janvier 2007, le taux était de 35 p. 100.

Ce ne sont pas des chiffres inventés par le gouvernement, mais fournis par les organismes spécialisés en matière d’éducation et de culture.

Tel a été le résultat du néolibéralisme appliqué au Nicaragua, des privatisations imposées au Nicaragua, parce qu’on a privatisé la santé, l’éducation, on a exclu les pauvres. Pour d’autres, le changement a été bénéfique, parce qu’ils se sont enrichis ; le modèle s’est avéré une réussite pour accumuler des richesses, pour étendre la pauvreté. Grand concentrateur de la richesse et grand multiplicateur de la misère et de la pauvreté.

C’est un problème éthique, moral, sur lequel repose l’avenir non seulement des pays les plus appauvris, comme les cinq que j’ai mentionnés en Amérique latine et dans les Caraïbes, qui n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes. Sans changement de morale, sans changement de valeurs, le développement ne pourra pas être durable.

Ce n’est plus une question d’idéologie, de politique : c’est une question de survie. Nous sommes tous impliqués, du G-20 au G-5, autrement dit nous qui sommes les plus appauvris d’Amérique latine et des Caraïbes.

Je pense que cette crise qui frappe le monde entier et qui a abouti à des discussions, à des débats, à des recherches de solutions, nous devons l’assumer en sachant que le modèle de développement actuel n’est plus possible, n’est plus tenable.

La seule façon de nous sauver tous, c’est de changer le modèle.

Je vous remercie.

Les déclarations de Daniel à l’inauguration du Sommet semblaient sonner le glas d’une politique plusieurs fois séculaire appliquée jusqu’à encore quelques mois aux peuples latino-américains et caribéens.

Il est 19 h 58. Je viens d’écouter l’intervention du président Hugo Chávez. Il semblerait que Venezolana de Televisión ait introduit une caméra dans le « Sommet secret » et elle l’a retransmise. Hier, je l’ai vu rendre aimablement son geste à Obama quand celui-ci est allé le voir et l’a salué, ce qui était sans aucun doute intelligent de la part du président étasunien.

Cette fois-ci, Chávez s’est levé, est allé trouver Obama assis à la présidence d’une salle rectangulaire aux côtés de Michelle Bachelet et lui a remis le fameux livre de Galeano, Les veines ouvertes d’Amérique latine, que son auteur a actualisé systématiquement. Je ne sais pas à quel moment de jour ça s’est passé. Je donne simplement l’heure où je l’ai écouté.

On annonce que le Sommet conclura demain midi.

Le président étasunien a été très actif. Selon les nouvelles, il a eu des réunions non seulement avec l’ensemble des pays présents au Sommet, mais avec tous les sous-groupes régionaux.

Son prédécesseur se couchait tôt et dormait longtemps. Obama, apparemment, travaille beaucoup et dort peu.

Aujourd’hui, 19 avril, à 11 h 57, je ne vois rien de nouveau. La CNN ne donne aucune nouvelle fraîche. J’écoute les douze coups de midi. À ce moment-là, le Premier ministre trinidadien est monté à la tribune. Je l’écoute et je constate des choses étranges. Manning a le visage tendu. Obama prend la parole un peu après et répond ensuite aux questions de la presse; je le note plus cassant, bien que calme. Ce qui me frappe le plus, c’est que la conférence de presse réunit plusieurs dirigeants, mais aucun de ceux qui ont émis des réserves sur le document final.

Manning avait dit avant que le document était en préparation depuis deux ans, quand la profonde crise économique n’avait pas encore éclaté, si bien que les problèmes actuels n’y étaient pas abordés clairement. Pas de doute, pensais-je, il manquait McCain. L’OEA, Leonel et la République dominicaine se rappelaient sans aucun doute le nom du chef militaire des envahisseurs de 1965 et des cinquante mille soldats qui avaient occupé le pays pour empêcher le retour de Juan Bosch, qui n’était pas marxiste-léniniste.

À la conférence de presse, il y avait le Premier ministre canadien, un type tout à fait de droite, le seul à avoir été grossier envers Cuba ; Felipe Calderón, le président mexicain ; Martín Torrijos, le président panaméen, et, bien entendu, Patrick Manning. Le Caribéen et les deux Latino-Américains ont été respectueux envers Cuba. Aucun ne l’a attaquée, et tous avaient exprimé leur opposition au blocus.

Obama a parlé du pouvoir militaire des États-Unis grâce auquel il pourrait contribuer à la lutte contre les activités criminelles organisées et de l’importance du marché de son pays. Il a aussi reconnu que les programmes que réalise le gouvernement cubain, tel l’envoi de contingents de médecins dans les pays latino-américains et caribéens, pouvaient être plus efficaces que le pouvoir militaire de Washington pour obtenir de l’influence dans la région.

Nous ne le faisons pas, nous les Cubains, pour obtenir de l’influence ; il s’agit d’une tradition qui remonte à l’époque où l’Algérie luttait encore contre le colonialisme français, et nous l’avons fait dans des dizaines de pays du Tiers-monde.

Obama a été cassant et évasif au sujet du blocus dans son interview avec la presse. Quand il a été décrété, il était déjà né. Il aura quarante-huit ans le 4 août.

Ce même mois, neuf jours plus tard, j’aurai quatre-vingt-trois ans, presque le double d’âge, mais je dispose maintenant de bien plus de temps pour penser. Je souhaiterais lui rappeler un principe éthique élémentaire au sujet de Cuba : il n’y a aucune raison de faire durer une injustice, un crime, à quelque époque que ce soit ; le blocus cruel contre le peuple cubain coûte des vies, cause des souffrances ; il porte aussi préjudice à l’économie sur laquelle repose une nation et limite ses possibilités de coopérer, en matière de santé, d’éducation, de sport, d’économie d’énergie et de protection de l’environnement, avec de nombreux pays pauvres du monde.

Fidel Castro Ruz

Le 19 avril 2009

14 h 32

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Cuba confirme sa vocation de solidarité avec les peuples d’Amérique

Discours prononcé par le général d’armée Raul Castro Ruz, président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres de la République de Cuba, lors de la séance publique du 5ème Sommet extraordinaire de l’ALBA, à Cumana, Venezuela, le 16 avril 2009

Camarade Chavez,

Messieurs les présidents et chefs de délégation des nations sœurs de l’ALBA,

Distingués invités,

La crise économique et aussi sociale est maintenant mondiale et ne se limite pas au secteur financier. Il s’agit d’un fléau universel dont les racines profondes sont structurelles. La crise implique une chute sévère des valeurs en Bourse et de l’activité productive, la paralysie et l’enchérissement des  crédits ainsi que la récession économique des principales puissances du premier monde. Elle s’accompagne  de la contraction du commerce mondial et de la croissance du chômage et de la pauvreté. Elle affecte et affectera sensiblement la vie et le bien-être de milliards d’êtres humains. Les pays du Sud seront, comme toujours, ceux qui en pâtiront le plus.

Telles sont les conséquences de pratiques irresponsables liées à la déréglementation, à la spéculation financière et à l’imposition du néolibéralisme. La crise découle aussi de l’usage abusif que les Etats-Unis ont fait  des privilèges que leur confère l’ordre économique international actuel, qui leur permet d’imprimer des billets ne correspondant à aucune valeur pour financer un bellicisme et un consumérisme de toute évidence insoutenables.

Mais au fond, la crise est le résultat prévisible du système capitaliste de production et de distribution. Les politiques néolibérales des trois dernières décennies n’ont fait qu’en aggraver l’ampleur. Dans la recherche de solutions, les principaux responsables  finissent par concentrer  encore plus le pouvoir et la richesse, tandis  que les plus pauvres et les plus exploités assument le gros des coûts.

La réponse ne peut en aucun cas consister dans une solution négociée à l’insu des Nations unies par les présidents des pays les plus puissants.

On ne résout pas les crises à coups de mesures administratives et techniques, parce qu’elles sont de nature structurelle, elles atteignent tout le système et elles malmènent sérieusement l’économie sur une planète mondialisée où les pays sont de plus en plus interdépendants. Et encore moins en renforçant le rôle et les fonctions d’institutions financières telles que le Fonds monétaire international, dont les politiques funestes ont contribué de manière décisive à la genèse et à la portée de  la crise actuelle.

La solution du G-20 ne résout pas non plus les problèmes d’iniquité, d’injustice et de non-durabilité  qu’implique le système capitaliste. Les pays du Nord continuent de recourir à la même rhétorique, aux mêmes  déclarations solennelles selon lesquelles ils ne prendront pas de mesures  protectionnistes et ils situeront de nouvelles aides qui, en tout état de cause, ne changeront rien  aux bases du sous-développement auquel ils nous condamnent.

Il en a déjà été question, il y a six mois, à l’occasion de la réunion précédente du G-20 à Washington. Or, depuis cette date, la Banque mondiale, qui n’est pas précisément un avocat des principes socialistes, a dénombré 73 initiatives protectionnistes prises, précisément, par des membres du G-20. On n’a pas non plus vu augmenter l’aide officielle au développement.

Chers collègues,

Les pays de l’ALBA ont le privilège de disposer d’un modeste schéma d’intégration, construit sur des bases et des principes d’égalité, dont la nature est la négation des pratiques se trouvant à l’origine de la crise. Nos nations n’ont pas à elles seules la capacité de transformer structurellement l’ordre économique international, mais elles peuvent, par contre, asseoir leurs propres relations économiques sur de nouvelles bases.

Nos programmes les plus importants ne sont pas sujets aux caprices de la spéculation financière ni à la fluctuation incontrôlée des marchés. Nous en subissons indéniablement les contrecoups, personne n’échappe à cette crise, mais nous disposons aujourd’hui des instruments requis pour en contrer les effets, au moins partiellement.

Dans le cadre de ces efforts, rien n’est plus important que les travaux que mènent les pays membres de l’ALBA, plus l’Equateur, depuis novembre 2008, pour créer le Système unique de compensation régionale des paiements (SUCRE), facteur fondamental pour stimuler entre nous le commerce et l’intégration économique.

Nous pouvons aujourd’hui constater les progrès de cette initiative, qui est un premier pas vers l’objectif de la monnaie commune.

Cuba confirme la vocation de solidarité qui a caractérisé ses relations avec les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes. Cette crise nous lance d’énormes défis, aux dimensions incalculables et imprévisibles. Nous n’avons d’autre option que de nous unir pour l’affronter.

Merci beaucoup.

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Intervention d’Evo Morales à l’ALBA: je veux me déclarer marxiste, léniniste, communiste, socialiste et qu’ils m’expulsent de l’OEA

Cumaná, 16 abr. 2009, Tribuna Popular TP/Agencias.-  Lors de son intervention dans le VII e sommet de l’ALBA, le président de la Bolivie, Evo Morales, a rappelé les documents de 1962 de l’Organisation des Etats Americains (OEA) quand ils ont expulsé Cuba de la dite organisation et à souligné l’importance de réflechir aux motifs de cette expulsion.

La résolution indique que l’adhésion de quelque pays membre au marxisme-léninisme, et que l’association de quelque gouvernement membre de l’organisation avec le bloc communiste briserait l’unité et la solidarité dans l’hémisphère.
Alors comme le gouvernement de Cuba se définit comme marxiste léniste c’est incompatible avec les projets de l’OEA et à cause de cela on peut être exclu de participation.
“Cuba a été expulsé pour être léniniste, marxiste, communiste. Je veux dire aux membres de l’OEA, ici, je veux me déclarer marxiste, léniniste, communiste, socialiste et maintenant, qu’ils m’expulsent, je veux être expulsé de l’OEA, on ne pas croire que parce que l’on est marxiste-léniniste ils expulsent de l’OEA”, s’est exclamé Morales.

Il a fait référence aux récentes déclarations dee la Secrétaire d’Etat des etats-Unis, Hillary Clinton, qui a dit qu’à Cuba il n’y avait pas de démocratie ila raconté qu’une fois alors qu’il était aux États-Unis il a été informé que les députés quin’ont pas plus de 50 % des voix ne peuvent pas assumer leur responsabilité et on doit répéter le vote.
“Les États-Unis n’ont pas la morale et ni l’autorité pour parler de la démocratie, parce que c’est de chez eux  qu’ont été conçus des coups d’État, des coups militaires, comme maintenant ils arment des coups d’Etat civils en  Bolivie”
Il a souligné que en revanche à Cuba s’exerce la pleine démocratie, où n’existe ni prébende ni campagnes de millionnaires.

Le Conseil de l’ALBA pour les Droits humains
Morales a proposé la création d’un Conseil de l’ALBA pour les Droits humains. Sa proposition part de l’idée qu’il existe beaucoup d’institutions qui émettent des rapports sur les droits humains et que leur unique objectifs est d’informer sur les gouvernements anti-impérialistes.  “Quoique nous fassions de bien, ils ne le reconnaissent jamais, ils ne prennent jamais en compte le fait que nous sommes dans un processus de libération et de transformation profonde” a affirmé Morales ,
Il a remarqué que ces institutions internationales de droits de l’homme condamnent seulement des gouvernements de libération.Alors dans ce cadre ikl propose de créer un Conseil de l’ALBA pour les Droits humains, pour pouvoir dire la vérité sur les droits humains.
Ila pointé le fait que l’objectif général doit être de faire des recherches et de dénoncer l’ingérence politique, militaire et culturelle, de réaliser des recherches sur les politiques pour attaquer nos pays, pour établir un système permanent de directions des attaques médiatiques, un échange d’information à l’intérieur des pays du Conseil pour évaluer systématiquement l’atteinte aux droits de l’homme, pour promouvoir l’exercice des droits de l’homme spécialement ceux à la souveraineté et à l’autodétermination des pays membres.

Dans son projet le Conseil serait intégré par les représentants de tous les pays membres, représentants des mouvements sociaux, experts dans les droits humains et représentants de quelque pays non membre qui voudra faire partie du conseil.
Evo Morales a remercié toute la solidarité internationale qui a soutenu sa récente lutte pour la loi électorale en Bolivie et a exprime son énorme satisfaction d’être là comme une partie de la lutte anti-impérialiste, laquelle a-t-il indiqué est la lutte de notre des peuples.
La création du Sucre lui apparait, comme une autre forme de penser la solution à la crise financière. Ila affirmé que maintenant la relation que la Bolivie a avec le FMI et la Banque mondiale est autre,  étant donné toutes les conditions que maintenant sa nation leur a mis.

traduction de danielle bleitrach pour changement de société

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