Réflexions du compañero Fidel MA RENCONTRE AVEC BARBARA LEE ET D’AUTRES MEMBRES DU BLACK CAUSUS

La matinée était orageuse, humide, froide ; le vent soufflait et le ciel était gris. Ce n’était pas une chaude journée printanière.

Barbara souhaitait visiter l’École latino-américaine de médecine où cent quatorze jeunes Étasuniens font des études.

Le retour de l’avion officiel qui avait amené la délégation à Cuba avait été avancé de vingt-quatre heures, aujourd’hui, à deux heures de l’après-midi, et non mercredi.

Je n’ai pas tenté de réunir tous les parlementaires, car je n’ai pas assez d’espace pour les sept personnes, plus l’interprète et le ministre qui les accompagnait. Je lui ai demandé de me rendre visite avec deux collègues désignés par le groupe. C’est ainsi que j’ai pu la rencontrer une fois de plus.

Les circonstances avaient beaucoup changé depuis l’autre fois. Le Black Caucus du Congrès représente un secteur qui pèse beaucoup aux États-Unis.

La longue lutte pour l’égalité et la justice sociale est illuminée par la vie et l’exemple de Martin Luther King, dont la pensée et l’œuvre captivent aujourd’hui des millions de personnes dans le monde, ce qui explique à mon avis pourquoi un citoyen noir, à un moment de crise profonde, a pu conquérir la présidence des États-Unis.

Une nouvelle rencontre avec le Black Caucus prenait pour moi, sur le plan personnel, une importance spéciale. Je connaissais les détails du séjour de la délégation à Cuba à travers les compagnons qui se sont occupés d’elle, les idées essentielles de cette organisation au Congrès et les opinions de ses membres.

Raúl m’avait aussi fait savoir la magnifique impression que sa rencontre avec eux, lundi soir, durant presque quatre heures, lui avait causée,

Quand Barbara Lee est arrivée chez moi en compagnie de Bobby Rush, démocrate de l’Illinois, et de Laura Richardson, de Californie, ainsi que du ministre de la Science, de la Technologie et de l’Environnement, José Miyar Barruecos, qui a été de longues années secrétaire du Conseil d’État, il était 11 h 35 ; le ciel s’était éclairci, et un soleil radieux inondait le patio. Je me suis vraiment réjouis de revoir Barbara et d’avoir la possibilité de saluer personnellement Bobby y Laura, dont les noms m’étaient déjà familiers compte tenu de leurs interventions durant les rencontres soutenues avec Raúl, Alarcón, Bruno, Miyar et les familles des Cinq Héros.

Notre réunion a duré 1 h 45, montre en main ; en fait, à peine une demi-minute, si j’en crois la vitesse à laquelle elle s’est déroulée et mon envie de les écouter.

J’ai raconté brièvement les expériences que j’ai vécues en deux ans et sept mois de retraite hospitalière et les activités auxquelles je me consacre maintenant. Je leur ai expliqué ce que j’ai appris durant cette réclusion forcée, surtout mon grand intérêt pour ce qu’il se passait dans le monde et, en particulier, aux États-Unis, à mesure que je collectais des nouvelles et me consacrais à l’étude. Je me suis rappelé que je les avais invités pour les écouter et que je ne pouvais pas oublier ce qui m’intéressait le plus : connaître leurs opinions. L’intérêt et la profondeur avec lesquels ils ont exposé leurs vues, la sincérité et la qualité de leurs affirmations, simples et riches, m’ont réconforté. Tous trois étaient transparents, fiers de leurs tâches, de leur organisation, de leur lutte et de leur pays. Connaissant Obama, ils éprouvent de toute évidence des sentiments de confiance, de sécurité et de sympathie envers lui.

Barbara est fière de présider le Black Caucus, de participer activement à la politique de son pays avec un brio et un optimisme accrus ; elle est orgueilleuse de son fils, né bien après le triomphe de la Révolution cubaine, et de ses cinq petits-enfants. Elle a été la seule, preuve insurpassable de courage politique, à voter contre la guerre génocidaire de Bush en Iraq. Elle mérite tous les honneurs.

Elle a évoqué en particulier Dellums, avec qui elle est venue pour la première fois à Cuba quand elle était son assistante, et rappelle que nous avons discuté tous les trois de nombreuses heures sur une caye. Dellums n’est plus au Congrès, m’explique-t-elle, il est maire d’Oklahoma City, une ville de quatre cent mille habitants. Elle me parle aussi de l’ancienne parlementaire qui était venue avec Dellums, âgée maintenant de quatre-vingt-dix-huit ans, qui m’envoie des saluts chaleureux.

Laura est représentante de Californie, pour le district de Long Beach ; elle parle avec une fierté spéciale de ce port, « le troisième au monde, m’explique-t-elle. Je n’ai pas pu me retenir de blaguer, parce que je sais qu’elle est un défenseur actif de l’environnement : « Laura, si la calotte polaire de l’Antarctique fond, ton troisième port au monde sera englouti sous les eaux. » Elle ne s’est pas vexée, compte tenu de l’ambiance qui régnait, et elle a continué de raconter de choses intéressantes.

Rush, le plus âgé et le plus expérimenté de la délégation, a pris ensuite la parole. C’est un militant radical depuis tout jeune, et il n’a cessé d’accumuler dans sa vie des connaissances politiques et humaines. Il est membre de la commission de l’Énergie et du Commerce et de la sous-commission des Communications et d’Internet. Je l’ai écouté sans l’interrompre pendant quinze à vingt minutes. Il a expliqué que, dans ses premières années, il a lu les œuvres et les écrits d’importants penseurs révolutionnaires modernes, qui ont été le point de départ de sa maturation politique, tout ceci accompagné de l’observation réfléchie de ce qu’il se passait dans son pays et dans le monde. Il a mentionné Mandela, le Che et d’autres personnages extraordinaires qui se sont sacrifiés pour autrui. À l’instar de la plupart des leaders du Black Caucus, il a cité, comme le faisait Martin Luther King, la Bible à l’appui de ses dires : « Le mot justice apparaît deux mille fois dans la Bible, presque autant que le mot amour », m’a-t-il dit. Il a parlé de sa santé, des batailles qu’il a livrées pour la préserver et pour survivre à un cancer.

Il connaît personnellement Obama qu’il a traité de près pendant des années, parfois même comme adversaire, et il a pour lui une haute et sincère estime ; il le qualifie de quelqu’un d’honnête et de bon qui souhaite aider le peuple étasunien.

Il a exprimé son admiration devant les services de santé qu’on prête dans notre pays à la population et devant les centres de recherche consacrés à la lutte contre les maladies.

J’aurais pu l’écouter pendant des heures, parce que c’est une source intarissable de connaissances et de maturité.

Je lui ai demandé d’éclaircir son idée selon laquelle « Obama peut améliorer les relations avec Cuba, mais Cuba doit l’aider. » Cuba n’est pas l’agresseur, elle ne menace pas les États-Unis ; elle n’est pas en condition de prendre l’initiative. Je suis sûr qu’Obama s’est exprimé avec sincérité, et je l’ai dit publiquement avant et après son élection. Mais j’ai dit aussi que les réalités objectives étaient aux États-Unis plus puissantes que les intentions sincères d’Obama.

J’ai finalement demandé à Rush quels étaient les meilleurs ouvrages publiés aux USA sur Martin Luther King et s’ils étaient traduits en espagnol. Tous trois m’ont parlé de la trilogie de Taylor Branch comme l’une des plus intéressantes ; ils ont aussi cité Lettres de prison, mais ils n’étaient pas sûrs qu’ils existent en espagnol. Ils m’ont promis de m’envoyer les références pertinentes.

Une magnifique rencontre.

Fidel Castro Ruz

Le 7 avril 2009

18 h 31

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : LES SEPT MEMBRES DU CONGRÈS DES ÉTATS-UNIS EN VISITE À CUBA

Une importante délégation politique des États-Unis se trouve parmi nous : il s’agit de membres du Groupe noir du Congrès (CBC) qui constitue dans la pratique l’aile la plus progressiste du Parti démocrate.

Il a été fondé en janvier 1969 par les douze membres afro-américains du Congrès d’alors. Durant les cinquante premières années du XXe siècle, seuls quatre Noirs avaient été élus ; de nos jours, à la suite de ses luttes, le Groupe compte quarante-deux membres, dont plusieurs ont maintenu des positions constructives très actives sur des points en rapport avec Cuba.

La première délégation du Groupe noir à nous rendre visite, en février 1999, avait été présidée par Maxime Waters ; la seconde était venue en janvier 2000.

Des membres influents de ce Groupe avaient pris position publiquement et réalisé d’autres actions positives durant notre bataille pour le retour du petit Elián dans notre patrie.

Une autre délégation du Groupe noir était venue en mai 2000 ; elle était présidée par son principal leader d’alors, James Clyburn (Caroline du Nord), et formée de Bennie Thompson (Mississippi) et de Gregory Meeks (New York) ; ils furent les premiers à apprendre de moi que Cuba était disposée à offrir un certain nombre de bourses à des jeunes Étasuniens sans grandes ressources afin qu’ils puissent faire des études de médecine dans notre pays, après sélection du Groupe noir. Nous avions fait la même proposition à l’ONG Pasteurs pour la paix, présidée par le révérend Lucius Walker, qui a envoyé les premiers élèves à notre École latino-américaine de médecine (ELAM).

Après que l’administration Bush eut renforcé ses pressions et actions contre les voyages à Cuba et contre la présence dans notre pays de personnes sujettes à la juridiction des États-Unis, des membres du Groupe noir s’adressèrent au secrétaire d’État, Colin Powell, et finirent par obtenir l’autorisation pour que les jeunes Étasuniens puissent poursuivre leurs études de médecine à Cuba.

Powell, un haut gradé possédant beaucoup d’autorité et de prestige, aurait peut-être été le premier président noir des États-Unis, mais il renonça à briguer ce poste par respect pour sa famille qui, se rappelant l’assassinat de Martin Luther King, s’opposait avec entêtement à ce qu’il postule.

La délégation du Groupe noir en visite à Cuba est présidée par Barbara Lee, représentante de Californie. Elle était déjà venue dans notre pays comme assistante de Ronald Dellums dont elle a occupé le siège à son départ et que j’avais eu alors l’occasion de connaître, admirant son esprit combatif et sa capacité de lutte.

La délégation qu’elle préside est formée de sept démocrates membres du congrès : Melvin Luther Watt (Caroline du Nord) ; Michael Makoto Honda (Californie) ; Laura Richardson (Californie) ; Bobby Rush (Illinois) ; Marcia L. Fudge (Ohio) et Emanuel Cleaver II (Missouri).

Patrice Willoughby, assistante exécutive du Groupe noir du Congrès et quatre autres militaires du bureau de liaison avec le Congrès, sous les ordres du lieutenant colonel Daniel Wolf accompagnent la délégation

J’apprécie à sa juste valeur le geste de ce Groupe qui s’en tient rigoureusement au programme qu’il a lui-même demandé. L’auréole de Luther King l’accompagne. Nos médias se sont largement fait l’écho de sa visite. Ses membres sont des témoins exceptionnels du respect avec lequel notre population accueille toujours les Étasuniens qui visitent notre patrie. Ils auront du mal à voir un visage exprimant la haine, et peut-être admirent-ils l’absence totale d’analphabètes ou de petits cireurs de chaussures dans les rues. Les files d’enfants, d’adolescents et de jeunes allant à l’école et à l’université, les crèches, les foyers du troisième âge, les hôpitaux et les polycliniques où un personnel de santé hautement qualifié traitent tous les citoyens, n’auront sans doute pas échappé à leur œil critique. En pleine crise économique internationale, ils n’auront vu aucune queue de demandeurs d’emplois. Les personnes déambulant dans les rues, actives et presque toujours joyeuses, ne correspondent pas aux images stéréotypées qu’on offre bien souvent de Cuba à l’étranger.

Notre patrie prouve qu’un petit pays du Tiers-monde, harcelé, agressé et en butte au blocus depuis des dizaines d’années, peut porter dignement sa pauvreté. De nombreux citoyens de la nation la plus riche au monde ne reçoivent pas le même traitement et une grande partie ne vote même pas ; or, ce droit est exercé par bien plus de 90 p. 100 de notre population qui sait lire et écrire, et possède un niveau de culture et de connaissances politiques enviable.

Les visiteurs ont des avis soit collectifs soit personnels. Ils estiment en général que 68 p. 100 des Étasuniens sont favorables à un changement de politique envers Cuba.

L’un d’eux a affirmé qu’il fallait saisir le moment historique qu’offrait la coïncidence d’un président noir à la Maison-Blanche et d’un courant d’opinion favorable à la normalisation des relations.

Quand Alarcón a dit que retirer Cuba de la liste arbitraire des pays terroristes était un devoir moral, ils lui ont rappelé que Nelson Mandela aussi bien que le Congrès national africain avaient été taxés de terroristes par le Congrès des Etats-Unis.

Un autre membre de la délégation a remercié les autorités cubaines et la présidence du Groupe noir d’avoir favorisé ce voyage et ce genre d’échanges.

Un autre représentant a expliqué l’importance qu’Obama signifiait pour les États-Unis et la nécessité de le réélire. Le président, a-t-il dit, se considère comme un dirigeant politique qui doit gouverner pour tous les secteurs sociaux du pays. Il s’est dit toutefois sûr qu’Obama changera la politique envers Cuba, mais que celle-ci doit l’aider de son côté.

Un quatrième membre du Groupe noir a dit que, malgré la victoire d’Obama, la société étasunienne restait raciste. Qu’Obama représentait la dernière occasion de cette nation d’avancer et de se délester de tous les boulets des administrations antérieures. « Le président ne peut aller au-delà de la libéralisation des voyages et des envois de fonds familiaux, car s’il déclarait la levée du blocus ou la normalisation totale des relations bilatérales, il ne pourrait pas être réélu. » Selon lui, la droite anticubaine a encore assez de pouvoir pour l’acculer et empêcher sa réélection.

Un autre représentant a affirmé enfin avec une grande franchise au ministère des Relations extérieures que les États-Unis ne devaient pas rater l’occasion de reconnaître que leur politique vis-à-vis de Cuba avait été un échec total. Il a ajouté que son gouvernement devait demander pardon à Cuba pour toutes ces années d’hostilité et pour la politique de blocus, car ce n’est qu’ainsi que nous serions en mesure d’avancer ensemble vers le règlement du différend bilatéral. Il a signalé qu’il ferait tout son possible, de son poste, pour éliminer le blocus.

Durant la visite au Centre de génie génétique et de biotechnologie, l’un d’eux, exprimant les sentiments de tous les autres, a qualifié d’excellents les résultats de Cuba dans ce domaine, et a jugé que l’atmosphère politique était propice à ce moment pour jeter des ponts d’entente et de communication entre les communautés scientifiques des deux pays. Il nous a recommandé de bien veiller à breveter toutes nos découvertes, selon les normes internationales de la propriété intellectuelle, pour éviter qu’on nous vole les efforts d’une œuvre si merveilleuse.

Ils se sont tous dits très impressionnés par leur visite à ce Centre, où le ministre de la Science, de la Technologie et de l’Environnement en personne, accompagné de plusieurs directeurs d’institutions scientifiques, leur a expliqué le travail de notre pays dans ce domaine.

Leur principale activité le 4 avril, quarante et unième anniversaire de l’assassinat du défenseur des droits de l’homme, Martin Luther King, a été une visite au square de la capitale qui porte son nom et où se dresse un monolithe de marbre vert foncé, jaspé de noir, portant en bas-relief l’effigie en bronze du grand militant noir abattu par les racistes. Barbara Lee, Laura Richardson, Emanuel Cleaver II et Bobby Rush y ont pris la parole, soulignant en public les retombées positives des échanges qu’ils avaient soutenus.

Hier, dimanche, à 13 h 20, Barbara Lee s’est rendue à l’église Ebenezer, du Centre Martin Luther King, où elle a été accueillie par Raúl Suárez et des dirigeants du Conseil national des Églises de Cuba, en présence d’Alarcón et de cadres du ministère des Relations extérieures.

Auparavant, Barbara Lee avait visité deux autres églises du Vedado. Y prenant la parole, elle a répété ce qu’elle avait déjà dit en public et exprimé son intention de faire des démarches auprès de l’administration pour favoriser un changement de politique envers Cuba et réactiver les échanges entre les Églises des deux pays.

J’ai reflété le plus brièvement possible les échanges soutenus. Je me suis bien gardé de donner les noms de ceux qui ont pris les positions que j’ai indiquées, ne sachant pas s’ils tiennent à les rendre publiques.

Je souhaitais simplement offrir un certain nombre de données afin que notre opinion publique nationale possède le plus d’information possible sur ce thème sensible des relations entre Cuba et les États-Unis sous la présidence de Barack Obama et sur la visite du Groupe noir du Congrès à Cuba.

Fidel Castro Ruz

Le 6 avril 2009

14 h 03

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Les amis de Cuba au Costa Rica demandent la libération des 5

Le président de l’association des amis de Cuba dans la région de Brunca, au Costa Rica, José Alfredo Pineda Dubón, a annoncé que cette organisation a adressé deux lettres à la secrétaire d’état étasunienne Hillary Clinton et à la secrétaire à la sécurité nationale, Yanet Napolitano, pour leur demander de mettre en liberté les 5 antiterroristes cubains emprisonnés aux États-Unis.

Dans leur lettre, les amis de Cuba soulignent que cela fait 10 ans qu’ils luttent contre le silence fait autour du procès des 5 qu’ils qualifient de sadique et anti-juridique, qui a violé les lois étasuniennes.

Ils soulignent que le nouveau gouvernement peut y remédier. Les amis du Costa Rica appuient la révision par la Cour Suprême de cette affaire.

Ils exigent d’autre part qu’un visa humanitaire soit octroyé au plus vite à Adriana Pérez, pour rendre visite à son époux, Gerardo Hernandez et que la violation des droits humains et juridiques de visites familiales cesse. Ils demandent aussi des visas multiples pour l’ensemble des proches des 5.

source : ahora

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : Les pieds sur terre

Alors que, le 2 avril, le Sommet du G-20 s’ouvrait et se clôturait, Karen DeYoung, journaliste connue d’un organe de presse influent, The Washington Post, écrivait :

« Le sénateur Richard G. Lugar a appelé le président Obama à nommer un envoyé spécial qui engagerait des conversations directes avec le gouvernement communiste de l’île… »

« Les presque cinquante ans d’embargo économique appliqué à Cuba, a affirmé Lugar (républicain de l’Indiana) dans une lettre adressée le 30 mars à Obama, mettent les États-Unis en désaccord avec les vues du reste de l’Amérique latine, de l’Union européenne et des Nations Unies, et « minent notre sécurité au sens le plus large et nos intérêts politiques sur le continent ». »

«Le Sommet des Amériques qui se tiendra à Trinité-et-Tobago du 17 au 19 avril « vous offrirait une occasion unique, en modifiant notre position en matière de politique cubaine, de bâtir un climat plus accueillant pour faire progresser les intérêts étasuniens dans la région », écrit Lugar. »

« Lugar, le républicain le mieux placé à la Commission sénatoriale des Relations étrangères, a pris la tête d’un vaste mouvement qui prône une nouvelle politique et qui comprend la Chambre de commerce et d’autres groupes d’affaires, un certain nombre de gouvernements d’États et des groupes des droits de l’homme. Une majorité bipartite du Congrès a voté à maintes reprises l’allégement des restrictions aux voyages et à d’autres contacts avec Cuba, bien que ces mesures aient toujours échoué sur la menace du veto présidentiel sous l’administration Bush. »

« Lugar a parrainé une loi bipartite soumise au Sénat cette semaine qui lèverait toutes les restrictions aux voyages à Cuba, exception faite des cas de guerre ou de menaces directes à la santé ou à la sécurité… »

« […] Selon Lugar, la désignation d’un envoyé et l’ouverture de conversations directe sur des points tels que l’émigration et l’interdiction de la drogue « favoriseraient des intérêts de sécurité vitaux des USA… et pourraient en ultime instance créer des conditions à une discussion sérieuse sur les points les plus controversés ». »

L’article de DeYoung prouve de toute évidence que le sénateur de l’Indiana a les pieds sur terre. Il ne part pas de positions philanthropiques. Il travaille, comme elle le dit, en accord avec « la Chambre de commerce et d’autres groupes d’affaires, un certain nombre de gouvernements d’États et des groupes des droits de l’homme ».

Je suis sûr que Richard G. Lugar ne craint pas qu’on le taxe de mou ou de socialisant, ce qui est une idiotie.

Si le président Barack Obama parcourt le monde en affirmant, comme il l’a fait dans son propre pays, qu’il faut investir les sommes nécessaires pour sortir de la crise financière, garantir les logements où vivent une quantité incalculable de familles, assurer des emplois aux travailleurs étasuniens qui sont en train de les perdre par millions, procurer des services de santé et une éducation de qualité à tous les citoyens, comme peut-il concilier tout ceci avec des mesures de blocus visant à imposer sa volonté à un pays comme Cuba ?

Les drogues constituent de nos jours l’un des plus graves problèmes de ce continent et de l’Europe. Dans la lutte contre le narcotrafic et les activités criminelles organisées, des phénomènes stimulés par l’énorme marché des États-Unis, les pays latino-américains perdent presque dix mille hommes par an, soit plus du double de ceux que les USA ont perdu dans la guerre en Iraq. Leur nombre augmente, et il s’en faut de beaucoup que le problème soit réglé.

Ce phénomène n’existe pas à Cuba, proche voisin des États-Unis. Sur cette question épineuse et dans la lutte contre l’émigration illégale, les garde-côtes étasuniens et cubains coopèrent depuis de nombreuses années. Par ailleurs, aucun Étasunien n’est mort des suites d’actions terroristes en provenance de notre pays, tout simplement parce que nous ne les tolérerions pas.

La Révolution cubaine, que le blocus et la sale guerre n’ont pu détruire, se fonde sur des principes éthiques et politiques, ce qui explique pourquoi elle a été capable de résister.

Je ne prétends faire le tour de la question, tant s’en faut. J’omets de ces Réflexions les dommages causés à notre pays par l’attitude arrogante des États-Unis vis-à-vis de Cuba.

Ceux qui sont capables d’analyser sérieusement les événements, tel le sénateur de l’Indiana, avancent un argument irréfutable : les mesures utilisées par les États-Unis contre Cuba pendant presque un demi-siècle se sont soldées par un fiasco total.

Inutile de souligner ce que Cuba a toujours dit : nous n’avons pas peur de dialoguer avec les États-Unis. Nous n’avons pas besoin non plus de la confrontation pour exister, contrairement à ce que pensent certains sots ; nous existons justement parce que nous croyons à nos idées et que nous n’avons jamais craint de dialoguer avec l’adversaire. C’est là la seule manière de favoriser l’amitié et la paix entre les peuples.

Fidel Castro Ruz

Le 5 avril 2009

13 h 04

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : POURQUOI EXCLUT-ON CUBA ?

Hier, vendredi 3 avril, vers midi, j’ai eu une rencontre de presque deux heures avec Daniel Ortega et sa femme Rosario Murillo.

Comme je lui ai expliqué dans une lettre écrite dans l’après-midi, j’ai été favorablement impressionné par notre rencontre et je l’ai remercié de cette occasion d’avoir des détails sur sa lutte au Nicaragua.

Je lui ai fait part de ma tristesse devant les cadres qui ont failli et j’ai rappelé Tomás Borge, Bayardo, Jaime Wheelock, Miguel D´Escoto et d’autre qui sont restés fidèles aux rêves de Sandino et aux idées révolutionnaires que le Front sandiniste a apportées au Nicaragua.

Je l’ai prié de me faire parvenir le plus fréquemment possible des nouvelles au sujet des vicissitudes d’un petit pays du Tiers-monde face aux ambitions insatiables du G-7.

J’ai envoyé à Rosario Geología de Cuba para todos, un ouvrage que j’ai reçu voilà trois jours, une merveilleuse présentation de la nature de notre île à travers des centaines de millions d’années, illustré de belles images et photos, écrit par douze scientifiques cubains et qui, combinant récits et analyses, constitue un joyau littéraire. Je le lui avais montré et elle avait été très intéressée.

Avec Daniel, j’ai longuement conversé du « fameux » Sommet des Amériques qui se tiendra du 17 au 18 avril à Port-of-Spain, capitale de Trinité-et-Tobago.

Ces sommets ont déjà une histoire et, soit dit en passant, plutôt ténébreuse. Le premier s’est tenu à Miami, capitale de la contre-révolution, du blocus et de la sale guerre contre Cuba, du 9 au 11 décembre 1994, convoqué par Bill Clinton, élu président des États-Unis en novembre 1992.

L’URSS s’était effondrée, et notre pays était en pleine Période spéciale. On tenait pour sûre la chute du socialisme dans notre patrie, comme cela s’était passé en Europe de l’Est d’abord, en Union soviétique ensuite.

Les contre-révolutionnaires faisaient leurs valises pour rentrer victorieux à Cuba. Bush père avait perdu les élections, surtout à cause de son équipée belliciste en Iraq. Clinton se préparait à l’ère post-Révolution cubaine en Amérique laine. Le Consensus de Washington était pleinement en vigueur.

La sale guerre contre Cuba était sur le point de conclure sur un succès. La Guerre froide se terminait sur la victoire de l’Occident et une nouvelle ère s’ouvrait pour le monde.

Les présidents d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale accoururent avec enthousiasme au Sommet de Miami de 1994, encouragé par l’invitation de Clinton.

Le président argentin, Carlos Menem, était en tête de liste des présidents sud-américains qui assisteraient au rendez-vous, suivi de Lacalle, son voisin uruguayen de droite, du Chilien Eduardo Frei, de la démocratie-chrétienne, du Bolivien Sánchez de Lozada, du Péruvien Fujimori, du Vénézuélien Rafael Caldera. Rien d’étonnant qu’ils aient entraînés le Brésilien Itamar Franco et Fernando Enrique Cardoso, son successeur à la présidence, le Colombien Samper et l’Equatorien Sixto Durán.

La liste des participants de Miami pour l’Amérique centrale était conduite par le Salvadorien Calderón Sol, du parti ARENA, et la Nicaraguayenne Violeta Chamorro qui, par suite de la sale guerre contre les sandinistes, avait été imposée par Reagan et Bush père.

Ernesto Zedillo représentait le Mexique.

Derrière ce sommet, se profilait un objectif stratégique de l’impérialisme : le rêve d’un traité de libre-échange du Canada à la Patagonie.

Hugo Chávez, président de la République bolivarienne du Venezuela, ne ferait son apparition à ces sommets qu’en 2001, à Québec. George W. Bush ne jouait pas encore son sinistre rôle dans l’arène internationale.

L’Histoire a voulu que notre Héros national et défenseur de l’indépendance de notre pays, José Martí, ait connu la première grande crise économique du capitalisme aux États-Unis qui a duré jusqu’en 1893. Il avait compris que l’union économique avec les USA signifierait pour l’Amérique latine la fin de son indépendance et de la culture de ses peuples.

Le président des États-Unis avait adressé en 1888 au peuples d’Amérique et du royaume d’Hawaii, dans le Pacifique, une invitation du Sénat et de la Chambre des représentants à une conférence internationale à Washington afin d’étudier, entre autres choses, l’ « adoption par chaque gouvernement d’une monnaie d’argent commune à cours obligatoire dans les transactions commerciales réciproques des citoyens de tous les États d’Amérique ».

Les membres du Congrès devaient avoir bien étudié, sans aucun doute, les conséquences de ces mesures.

Presque deux ans après, la Conférence internationale américaine convoquée par les États-Unis recommanda la mise en place d’une union monétaire et la frappe d’une ou deux monnaies lui servant de base dans les pays représentés.

Finalement, après un mois de prorogation, comme le raconte Martí lui-même, la délégation étasunienne à la Commission monétaire internationale déclara, en mars 1891, « que la création d’une monnaie d’argent… était un rêve fascinant qui ne pouvait se tenter sans un consensus avec les autres puissances de la planète ». Elle recommanda aussi l’utilisation de l’or et de l’argent dans la nouvelle monnaie éventuelle.

C’était là une prémonition de ce qui surviendrait cinquante-cinq ans plus tard quand la conférence de Bretton Woods concéda aux USA le privilège de battre monnaie en tant que devise internationale et d’utiliser l’or et l’argent.

Cet événement permit à Martí de faire l’analyse politique et économique la plus impressionnante que j’aie lue de ma vie, publiée en mai 1891 dans La Revista Ilustrada de New York, où il s’opposa absolument à cette idée.

Durant notre rencontre, Daniel m’a fait connaître un grand nombre de paragraphes de la Déclaration finale encore en discussion du prochain Sommet de Port-of-Spain.

L’Organisation des États américains dicte les règles du jeu, dans le cadre du rôle que lui a assigné Bush en tant que secrétaire permanente du Sommet des Amériques. La Déclaration finale contient exactement cent paragraphes, comme si l’institution aimait les chiffres ronds pour dorer la pilule et donner plus de force au document. Dans le style des Cent meilleures poésies de la langue espagnole…

J’y ai découvert soit dit en passant un grand nombre de concepts inadmissible ; ce sera l’épreuve du feu pour les peuples caribéens et latino-américains. Serait-ce donc un recul ? Blocus et en plus exclusion après cinquante ans de résistance ?

Qui en sera responsable? Qui donc exige maintenant notre exclusion? Ne comprend-on donc pas que l’époque des accords d’exclusion contre notre peuple est absolument révolue ? La Déclaration sera assortie d’importantes réserves par des chefs d’État, qui tiendront à faire comprendre que, malgré les modifications introduites au terme de dures discussions, certaines idées sont inacceptables pour eux.

Cuba s’est toujours dite disposée dans les nouvelles circonstances à coopérer du mieux possible avec les activités diplomatiques des pays latino-américains et caribéens. Ceux qui doivent le savoir le savent bien, mais on ne saurait nous demander de garder le silence devant des concessions inutiles et inadmissibles.

Même les pierres parleront !

Fidel Castro Ruz

Le 4 avril 2009

19 h 34

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : LE DÉBUT DU SOMMET

Le Sommet du G-20 s’est ouvert aujourd’hui. Les experts en questions économiques ont réalisé de gros efforts, certains après avoir occupé d’importantes fonctions internationales, d’autres comme chercheurs et analystes. La question est complexe, le langage est nouveau et exige une certaine connaissance de la terminologie, de données économiques, des organismes internationaux et des dirigeants politiques pesant le plus dans l’arène internationale. D’où mon aspiration à simplifier et à expliquer d’une manière intelligible, tel que je le vois, ce qui se passe à Londres.

Que personne ne s’étonne qu’Obama soit la star de la réunion. Il représente le pays le plus puissant et le plus riche du monde, et des circonstances spéciales le favorisent. Bush, menteur, cynique, va-t-en-guerre et odieux, n’est plus là ; McCain, médiocre et ignorant, non plus, et ce justement grâce à l’étonnante victoire d’Obama, un Noir au pays de la discrimination raciale où la majorité des électeurs blancs a voté McCain, quoique pas en assez grand nombre pour compenser le vote de plus de 90 p. 100 des Noirs et métis étasuniens, des citoyens d’origine latino-américaine, des pauvres et des gens touchés par la crise. Il vient d’être élu alors que d’autres dirigeants du G-20 sont sur le point de conclure leur mandat, et il sera probablement président des États-Unis pendant huit ans. Il n’est donc pas étonnant que les nouvelles en provenance de Londres tournent autour de lui.

Ce qui importe aux yeux du monde, c’est ce qu’il en sortira, si tant est qu’il en sorte quelque chose. Chacun des participants a ses propres objectifs nationaux, voire personnels, et tous seront jugés par l’Histoire en tant que dirigeants politiques.

Celui d’Obama est tout d’abord de redorer l’image de marque de son pays, qui est le principal responsable de la tragédie que souffre le monde et que l’opinion internationale accuse à juste titre de cette crise économique dévastatrice, alors que le nouveau président n’a aucune responsabilité politique là-dedans. Comme le signale l’ancien chef économique du Fonds monétaire international et maintenant professeur au Massachussetts Institute of Technology, Joseph Stiglitz : « On devrait finir par dire qu’il n’est en rien fautif et qu’il tente d’arranger les choses au plus vite. »

Son principal allié européen, le Premier ministre Gordon Brown, qui est l’hôte du Sommet, aspire désespérément à modifier la tendance antitravailliste actuelle suscitée par les bourdes de son prédécesseur Tony Blair. Obama a eu les honneurs du Palais de Buckingham aux côtés de sa femme Michelle. Il a offert à la reine un moderne reproducteur numérique, fruit de la technologie de pointe étasunienne, un Ipod contenant des chansons et des vues de la visite de la reine aux USA en 2007, et un recueil de partitions signé par Richard Rogers. A quoi bon échanger avec Sa Majesté le moindre mot sur la réunion mondaine du G-20.

Brown, en revanche, joue son va-tout avec cette crise. Il aspire à changer la régulation du système bancaire, à impulser la croissance économique, à accroître la coopération et à liquider le protectionnisme. Il reconnaît que les négociations seront difficiles.

Son slogan : « Mieux vaut regarder en-avant qu’en-arrière. » Si les électeurs regardaient derrière, il est sûr qu’il obtiendrait très peu de voix.

L’aspiration des deux alliés au sein du G-20 est de minimiser les différends avec la France et l’Allemagne.

Sarkozy ne cache pas son mécontentement au sujet de la politique des Etats-Unis. C’est quelqu’un d’explosif. Il a menacé récemment d’abandonner la réunion. Il a déclaré hier à Europe nº 1 qu’il n’y avait toujours pas d’accord satisfaisant sur le Sommet, bien qu’il n’ait plus parlé de s’en aller si le Sommet ne progressait pas vers davantage de régulation : « Je ne m’associerai pas à un Sommet qui ne conclurait pas sur plus de régulation ». Il assure que les négociateurs n’ont encore abouti à aucun accord.

Le projet de communiqué du Sommet, qui circule déjà parmi les journalistes, parle de mesures visant à restaurer la croissance globale, à maintenir l’ouverture des marchés et à promouvoir le commerce mondial. « Il faut aboutir à des résultats, il n’y a pas d’autres choix », insistait Sarkozy hier.

Obama a annoncé voilà quelques jours que les États-Unis se proposaient d’introduire des changements dans leur système de régulation et de supervision dans l’espoir de satisfaire par cette déclaration une partie des exigences de l’Europe et de lui arracher ainsi l’un de ses drapeaux.

Sarkozy a riposté en affirmant que sa volonté de liquider les paradis fiscaux était du sérieux.

La chancelière allemande, Angela Merkel, très proche des positions de Sarkozy, exige que l’exigence d’un plan de stimulation fiscale pour les pays avancés n’apparaisse pas dans l’accord final et qu’aucun débat ne soit ouvert sur l’éventualité d’une nouvelle devise internationale, ce que les pays émergents demandent justement au G-7.

“Le monde est à un carrefour – a-t-elle déclaré – et nous devons faire tout notre possible pour que la crise ne se répète pas. Nous devons aller au-delà de ce que nous avons parlé à Washington. » Elle a ajouté qu’il fallait garantir que tout ce qui sera décidé à Londres soit appliqué : « Il ne doit pas y avoir un seul endroit, un seul produit, une seule institution libre de supervision et de transparence. »

Merkel est favorable à l’élévation des ressources du Fonds monétaire international et à l’accroissement de l’aide aux pays en développement qui sont les premiers à souffrir des retombées de la crise.

L’élévation des ressources du Fonds monétaire international semble être un fait acquis. Le président mexicain a dit à son arrivée à Londres que son pays négociait avec le FMI une ligne de crédit de vingt-six milliards d’euros. Hier, le numéro deux du Fonds, John Lipsky, a fait savoir à Londres que son institution faciliterait au Mexique une ligne de crédit de quarante-sept milliards de dollars pour qu’il puisse disposer de liquidités au cas où la situation des marchés empirerait à cause de la crise. C’est plus que n’avait demandé le Mexique.

Comme les États-Unis détiennent la majorité des actions au FMI, un pareil crédit ne serait pas possible sans leur accord, ce qui consolide l’influence d’Obama au Sommet de Londres.

Selon les dépêches, Obama devait rencontrer à Londres le président russe Dimitri Medvedev et le président chinois Hu Jintao pour converser des problèmes épineux qui les opposent aux États-Unis.

Aux cours des rencontres de la superpuissance avec les deux grandes puissances, les interlocuteurs aborderont sûrement des problèmes économiques, et peut-être annoncera-t-on des accords patiemment discutés et approuvés par le biais des représentants diplomatiques.

Aujourd’hui, 2 avril, j’ai lu une dépêche longue et détaillée de l’agence Xinhua, datée de la veille, qui informe de ce qui suit :

« Le président chinois Hu Jintao et le président étasunien Barack Obama ont convenu que leurs deux pays œuvreraient de concert pour bâtir des relations de coopération positives et complètes au XXIe siècle.

« Les présidents ont aussi décidé d’installer des mécanismes bilatéraux de Dialogue stratégique et économique.

« Le nouvel engagement passé entre les deux chefs d’État à leur rencontre à Londres fixera le cap du développement soutenu, solide et stable des relations entre les deux nations et lui donnera une forte impulsion.

« Les relations entre la Chine et les États-Unis restent parmi les plus importantes relations bilatérales du monde au XXIe siècle, un siècle où l’humanité a d’énormes chances à saisir et d’énormes défis à relever. À cette nouvelle ère, les deux nations ont des responsabilités importantes au sujet de la paix, de la stabilité et du développement du monde, et elles partagent par ailleurs de vastes intérêts.

« Les deux parties doivent suivre le rythme de l’époque et toujours gérer leurs relations bilatérales dans une perspective stratégique et à long terme.

« Chaque partie doit respecter et prendre en considération les intérêts fondamentaux de l’autre et tirer parti des occasions qui s’offrent, et toutes deux doivent travailler de concert à relever les défis du siècle.

« La mise en place des mécanismes de Dialogue stratégique et économique entre la Chine et les États-Unis est un pas important pour promouvoir encore plus les relations bilatérales, ce qui élève le dialogue stratégique antérieur à un niveau supérieur.

« La Chine et les États-Unis doivent non seulement améliorer les échanges et la coopération dans des domaines tels que l’économie, la lutte contre le terrorisme, la prolifération, la criminalité transfrontière, les changements climatiques, l’énergie et l’environnement, mais encore renforcer leur communication et leur coordination sur des questions régionales et mondiales. »

Comme un tel accord ne peut se discuter à une réunion d’une heure, il était déjà élaboré dans tous ses détails.

La Chine, que ses alliés actuels sur le continent asiatique ont envahie et mise à sac voilà à peine sept décennies, progresse aujourd’hui vers une place dominante dans l’économie mondiale.

Principale créancière des États-Unis, elle discute sereinement avec le président de ce puissant pays des règles devant présider à leurs relations bilatérales dans un monde gros de périls.

Il se peut que cette dépêche de Xinhua transmette l’une des nouvelles les plus importantes associées au Sommet du G-20.

Qui a débuté et conclu aujourd’hui même tandis que j’écrivais ces lignes. Sidérant !!!

Fidel Castro Ruz

Le 2 avril 2009

15 h 07

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : La chanson d’Obama

À la fin du Sommet du G-20, le président des États-Unis a affirmé en conférence de presse, à 14 h 30 heures de Cuba, que le chômage avait atteint son niveau le plus élevé dans son pays depuis vingt-six ans.

Placé par le passé face à des défis semblables, le monde n’avait pas agi assez vite. […]

Aujourd’hui, nous avons tiré les leçons de l’Histoire. Je sais que certains de vous dans la presse, que certains commentateurs ont confondu le débat honnête et franc avec des différences irréconciliables, […] mais nous avons démontré qu’il est possible d’aboutir à un consensus…

…Nous avons adopté une série de mesures sans précédent pour restaurer la croissance et empêcher qu’une crise pareille se répète.  […] Nous nous sommes engagés à favoriser la croissance et la création d’emplois.

Les États-Unis œuvrent en partenariat avec le secteur privé pour nettoyer les actifs toxiques… et utilisent toute la force du gouvernement pour faire en sorte que notre action  aboutisse directement à des prêts aux grandes et petites entreprises… Nos partenaires du G-20 poursuivent des programmes d’ensemble similaires.

Nous sommes aussi tombés d’accord sur une action vigoureuse pour appuyer les pays en développement en facilitant la capacité de prêts…

Nous avons aussi rejeté le protectionnisme qui pourrait aggraver cette crise. […]

[…] Nous étendrons la supervision à la totalité des institutions, des marchés et des produits importants du système. […] Nous réformerons et élargirons le FMI et d’autres organismes financiers internationaux pour les rendre plus solides.

Environs 448 milliards de dollars seront alloués à soutenir les économies des pays en développement… […] Nous aiderons aussi l’ONU et la Banque mondiale à coordonner l’aide rapide nécessaire pour éviter une catastrophe humanitaire.

Le président étasunien a répondu à bon nombre des questions directes de la presse accréditée, affirmant entre autres :

Je crois que nous avons bien fait les choses. Je suis venu ici dans l’intention d’écouter et d’apprendre, mais aussi d’apporter le leadership étasunien. […] Dans l’ensemble, je suis satisfait des accords adoptés et d’y avoir contribué.

[…] Nous avons une économie globale, et les initiatives prises devront être globales aussi pour qu’elles soient efficaces…Aux États-Unis, ces derniers mois, nous avons enregistré une réduction drastique de nos exportations. […] Par suite de la récession mondiale, par suite de la contagion en provenance des marchés financiers, les économies s’affaiblissent partout…

Il a aussi affirmé :

« …C’est un document collectif. Il ne fait pas de doute que chaque pays a ses propres problèmes. Il arrive qu’un dirigeant décide que quelque chose est vraiment très, très important et absolument pas négociable. Ce que nous avons essayé de faire dans toute la mesure du possible a été d’aborder ces questions d’une manière qui ne diminue pas l’efficacité du texte comme un tout….

Ceci ne règle pas entièrement le problème des actifs toxiques […] et la façon dont chaque pays va agir pour y faire face va être d’une importance vitale. L’efficacité avec laquelle nous exécuterons les programmes de stimulation respectifs à travers le monde sera très importante. Plus vite on agira, plus efficacement on stimulera la demande, et plus nous en bénéficierons tous.

Je pense qu’il y a toujours existé une diversité d’opinions quant à savoir dans quelle mesure le libre marché est injuste. Certains croient à une régulation très sévère et sont très soupçonneux de la mondialisation, tandis que d’autres pensent que le marché est toujours roi. Je crois que nous l’avons tous appris ici, mais quiconque a étudié l’Histoire a déjà compris avant que le marché est le mécanisme le plus efficace pour engendrer des richesses… que l’Histoire ait jamais connu, mais il déraille parfois, et s’il est absolument dérégulé, s’il n’y a pas de cadres bien pensés pour canaliser l’énergie créative du marché, ça peut finir en catastrophe.

…Je suis le président des États-Unis. Je ne suis pas le président de la Chine, je ne suis pas le président du Japon, je ne suis pas le président des autres participants. Je suis donc directement responsable devant mes électeurs de rendre leurs vies meilleures. […] concrètement les aider à trouver un emploi, à envoyer leurs enfants à l’université, vivre ce que nous appelons le rêve américain…

…Les sondages internationaux semblent indiquer que les gens ont plus d’espoir dans le leadership des États-Unis.

…Je ne serais pas ici si je ne pensais pas que nous avons des choses importantes à apporter….

On a fait des tas de comparaisons ici avec Bretton Woods. […] Bien entendu, nous ne sommes pas à l’époque de Roosevelt ou de Churchill… car le monde dans lequel nous vivons n’est plus celui-là…

…L’Europe est de nouveau rebâtie… la Chine, l’Inde sont des puissances. Certains autres pays sont en marche. Et c’est bien…

…Il y a eu des commentaires au passage… qui indiquent que leurs auteurs estiment de leur point de vue que tout ceci est parti des États-Unis ou de Wall Street.

…Nous avons un certain nombre de sociétés qui ont pris des risques extravagants et non justifiés… et ceci a eu d’énormes retombées néfastes sur l’économie étasunienne qui s’est étendu à l’économie mondiale.

On peut constater que les réponses d’Obama aux journalistes s’adressaient fondamentalement à ses électeurs : elles expriment ce que pense le président des États-Unis. Il est sans doute bien mieux que Bush et McCain, mais ce qu’il pense ne s’ajuste pas aux problèmes réels du monde actuel. L’Empire est bien plus puissant que lui et ses bonnes intentions.

Le Communiqué final du Sommet du G-20 a annoncé ce qui suit :

-          Tripler les ressources destinées au Fonds monétaire international jusqu’à 750 milliards de dollars, 500 milliards de dollars seront destinés en forme de prêts à des pays les plus touchés par le crise et appuyer une nouvelle allocation de Droits de tirage spéciaux de 250 milliards,

-          Appuyer au moins 100 milliards de crédits additionnels par les banques de développement multilatérales…

-          Garantir 250 milliards de soutien au financement du commerce.

Je tiens á signaler que ces fonds proviendront de l’Union européenne, du Japon, de la Chine et d’autres pays, ainsi que des ventes d’or acceptées du FMI.

Le Premier ministre britannique a affirmé qu’ « un nouvel ordre international est en train de voir le jour », que « le consensus de Washington est dépassé », mais que « les décisions d’aujourd’hui ne règleront pas immédiatement la crise ».

Le président français s’est déclaré « vraiment heureux » des résultats du Sommet, car il estime que les mesures adoptées supposent « la réforme la plus profonde du système financier depuis 1945 ». Il n’a pas eu à claquer la porte.

Le département étasunien du Travail a fait savoir que le nombre de personnes ayant continué de toucher des allocations de chômage avait atteint en mars un record historique de 5,73 millions.

Obama a parlé de Bretton Woods. À cette époque, à la fin de la dernière guerre mondiale, les Etats-Unis détenaient 80 p. 100 de l’or du monde et leur économie en plein essor était intacte. Bretton Wood leur concéda le privilège d’émettre la devise convertible alors que le reste des pays étaient ruinés.

Ils disposaient de dollars et d’or, dont les cours sont restés stables pendant plus de vingt-cinq ans, jusqu’à ce que l’administration du moment, ruinée par sa guerre impérialiste au Vietnam, suspendit unilatéralement la conversion du dollar, si bien que les États-Unis ont depuis manipulé à leur guise l’économie des autres pays de la planète.

La crise actuelle est indissolublement liée au système capitaliste de production et de distribution, dont le principal tenant, les États-Unis, a souffert dans son histoire deux grandes crises qui ont eu des effets pendant plus de vingt ans. Celle-ci est la troisième, et les USA n’en sortiront que très lentement. L’Europe le sait par sa propre amère expérience.

Les transnationales étasuniennes ont acheté des biens partout dans le monde grâce à Bretton Woods : elles payaient en or et papiers ; aujourd’hui, elles les achètent avec du papier-monnaie ou monnaie ferraille comme le qualifient les Chinois. Les USA jouissent aussi du rare privilège du droit de veto au Fonds monétaire international. A Londres, on n’a pas dit un seul mot qui engagerait les États-Unis à renoncer à ce privilège.

La prochaine crise surviendra bien plus vite et sera bien plus grave que ne l’imaginent Obama et plusieurs de ses principaux alliés du G-7. Les crises ne se règlent pas à coups de mesures administratives ou techniques, parce qu’elles sont systémiques et touchent toujours plus l’économie et la mondialisation de la planète.

Mais tout le monde ne s’est pas laissé entraîner par l’euphorie de Londres.

Selon une dépêche de l’AFP, la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a, ce jeudi-ci, critiqué le Sommet du G-20 en regrettant que les manifestants et les plus les plus pauvres en aient été exclus :

« En tant que Haut Commissaire aux droits de l’homme, je dirais que la politique financière ne devrait pas se borner aux banques, mais s’attacher aux êtres humains dont les inquiétudes devraient être au cœur des débats. Le Sommet du G-20 devrait se concentrer sans retard sur les préoccupations des travailleurs et des paysans pauvres. »

De nombreuses manifestations se sont produites à Londres contre le Sommet.

Selon une autre dépêche, le président de la  Commission de l’Union africaine, Jean Ping, a affirmé au sujet du Sommet : « Nous ne demandons pas aux pays de mettre la main à la poche pour nous donner de l’argent, parce qu’ils l’ont promis, promis et promis, et qu’ils n’ont rien fait. C’est là une mesure qui a déjà été prise l’an dernier. »

Alors que le Sommet adoptait à Londres des mesures censément salvatrices, le spectre des changements climatiques a fait son apparition le jour même de l’adoption du Communiqué final, et c’est là une tragédie encore plus grave que la crise économique.

Une dépêche de l’AFP informe : « Selon une nouvelle étude scientifique, environ 80 p. 100 de la banquise de l’Arctique pourrait disparaître dès 2040, contrairement à des estimations précédentes qui parlaient de 2100.

« La surface de mer Arctique couverte de glace à la fin de l’été pourrait alors ne plus dépasser un million de kilomètres carrés, contre 4,6 millions aujourd’hui. »

Ce rapport a été mis au point à partir des données offertes par les scientifiques ayant travaillé sur une étude conjointe entre l’Université de l’Etat de Washington et la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Selon cette étude, la banquise arctique a subi une réduction spectaculaire à la fin des étés 2007 et 2008, quand elle n’avait couvert que 4,3 et 4,7 millions de km2 respectivement.

Les modèles appliqués permettent de prévoir que l’Arctique se retrouvera pratiquement sans glace d’ici trente-deux ans. Selon les scientifiques, les modèles antérieurs prévoyaient ce dénouement à la fin du XXIe siècle. Une énorme masse d’eau est emmagasinée dans la banquise polaire qui atteint de grandes hauteurs.

Granma s’est fait l’écho de ces nouvelles dans sa livraison d’hier.

J’ai écrit le 1er avril sur ces deux problèmes : la crise financière internationale et les changements climatiques. Je ne me propose pas de semer la désillusion, mais de conscientiser. Rien n’est pire que l’ignorance. Si passionnantes que soient les compétitions sportives, nous ne devons pas nous résigner et ignorer les questions qui doivent forcément centrer notre attention comme l’économie, le climat et la science. Je suis un fan du sport, comme tout le monde, mais l’homme ne vit pas que des jeux.

Fidel Castro Ruz

Le 3 avril 2009

15 h 49

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : Un autre gros problème du monde actuel

La crise financière n’est pas le seul problème ; il y a un autre pire, car il a à voir non avec le mode de production et de distribution, mais avec l’existence même. Je veux parler des changements climatiques. Tous deux existent et seront discutés simultanément.

Les conversations de l’ONU sur les changements climatiques reprendront à Bonn dimanche prochain, 5 avril. Environ cent quatre-vingt-dix pays tentent de parvenir à un accord sur la réduction des gaz à effet de serre à entrer en vigueur après 2012, une fois le Protocole de Kyoto venu à terme.

Un Protocole que les États-Unis n’ont jamais ratifié. Le nouveau président, qui a hérité le problème de Bush, a annoncé samedi la création d’un forum sur « l’énergie et le climat » qui réunira à Washington les 27 et 28 avril dix-sept importantes économies mondiales, dont le Brésil, le Mexique, la Chine et l’Union européenne.

La réunion de Bonn durera onze jours, et la délégation étasunienne sera présidée par Todd Stern, qui a prévu de lire un communiqué.

Ivo de Boer, le principal responsable de l’ONU pour le climat, a dit : “J’espère que Stern fixera les grandes lignes qui guideront les États-Unis. »

Il existe de fortes contradictions au sujet de la contribution que doivent faire les différentes économies.

Les participants discuteront des limites à fixer à chaque pays en ce qui concerne ses émissions de dioxyde de carbone, un gaz qui menace de liquider les conditions de vie sur notre planète.

De fortes divergences opposent les pays industrialisés aux pays émergents, tels la Chine, l’Inde et le Brésil, qui souhaitent voir d’abord comment les pays riches s’engagent à réduire les émissions de CO2.

En attendant, les banquises de l’Antarctique fondent à toute allure et à vue d’œil, libérant les énormes volumes d’eau qu’elles emmagasinent, par suite de ce gaz néfaste lancé dans l’atmosphère aujourd’hui même et durant on ne sait combien d’années encore. « Les scientifiques exagèrent ! », s’écrient les sceptiques qui continuent de rêver à partir d’espoirs si fragiles.

Les agences de presse, dont la Chine Nouvelle et TASS, continuent de nous inonder de nouvelles sur la crise économique mondiale. De l’avis de la Banque asiatique de développement, la croissance de l’économie chinoise ne sera que de 7 p. 100 en 2009, ce qui semble ironique quand on sait que, d’après les analyses de la Banque mondiale, l’économie des pays développés de l’OCDE diminuera de 3 p. 100, celle des pays de la zone euro de 2,7 p. 100, celle des États-Unis de 2,4 p. 100, et que le commerce mondial souffrira une réduction de 6,1 p. 100.

Le président russe, Dimitri Medvedev, propose, dans un article publié dans The Washington Post, que la Russie et les États-Unis œuvrent de concert à l’élaboration de mesures de lutte contre la crise financière et analysent la création d’une monnaie de réserve mondiale.

Le président chinois, Hu Jintao, demande que les différentes nations coordonnent mieux leurs politiques économiques et conjuguent leurs efforts contre le protectionnisme dans le commerce et les investissements, afin de contribuer à la relance de l’économie mondiale, et d’ajouter : « Le système financier international doit entreprendre les réformes requises d’une manière intégrale, équilibrée, graduelle et efficace, pour éviter une crise mondiale à l’avenir. »

George Soros, le fameux magnat étasunien d’origine hongroise, a affirmé que « la Chine sortira de la récession plus vite que le reste du monde » et qu’elle « possède un système mieux adapté à ces conditions d’urgence ».

Les nouvelles publiées hier font état d’opinions élogieuses similaires :

« Défiant les difficultés économiques nationales et mondiales, le marché boursier chinois a conclu le premier trimestre de cette année sur une hausse de 30 p. 100, ce qui en fait, et de loin, depuis le début de l’année  la Bourse aux meilleures performances parmi ses homologues importantes », divulgue Reuters qui recueille des opinions d’observateurs.

Tandis que la Chine déclare qu’il faut créer une nouvelle monnaie de réserve internationale, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, affirme de son côté : « Le dollar restera la principale monnaie de réserve… Un système fondé sur le dollar et la force de celui-ci seront cruciaux pour nous tirer du puits… Il faudra plus qu’un Sommet du groupe des vingt pays les plus industrialisés et en voie de développement pour établir une nouvelle monnaie de réserve. »

La Banque mondiale soutient que l’économie mondiale fait face à une année périlleuse et qu’elle pourrait plonger encore plus dans la récession, tout en admettant que la Chine continuera de croître, mais à un rythme moindre.

Toujours selon la Banque mondiale, les pays les plus développés se trouvent dans une situation pire, car ils souffriront une nette contraction. Il est probable que les besoins de financement extérieur des pays en développement augmentent à 1,3 billion de dollars en 2009, ce qui, compte tenu de la diminution du courant de capitaux, engendrerait un écart oscillant entre 270 et 700 milliards de dollars.

Aussi estime-t-elle qu’aucun n’échappera aux conséquences de la crise économique mondiale, surtout les plus pauvres où elle liquidera chez beaucoup des années de progrès. Le monde en développement court le risque de payer très cher la crise engendrée dans les pays du Nord.

Le directeur de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, presse le G-20 de résister au protectionnisme et d’éviter des actions de « basse intensité » visant à protéger leurs industries d’un effondrement éventuel.

De son côté, l’OCDE, mentionnée plus haut au sujet de la réduction du PIB, signale que le chômage flambera pour dépasser 10 p. 100 – « quasiment le double » – par rapport à 2007 dans les pays du G-7 : les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et le Canada.

Le président du Groupe euro, Jean-Claude Juncker, a demandé du « courage » au G-20 pour réclamer l’inclusion de plusieurs États et territoires des États-Unis sur la liste noire des paradis fiscaux nocifs : « Que M. Brown dise à Obama de mettre fin aux paradis fiscaux qui se trouvent sur le territoire étasunien », a-t-il déclaré à la Commission des questions économiques et monétaires du Parlement européen.

La future régulation du système financier internationale est devenue un point de friction entre Londres et Washington, d’une part, et Paris de l’autre.

Les informations et les données illustrant cette friction abondent.

Pour sa part, le président de la Commission européenne, José Manuel Durão Barroso, a exprimé plus diplomatiquement sa certitude qu’il y aura consensus, niant que les positions de l’Union européenne et des États-Unis soient irréconciliables : « Nous devons replacer l’éthique dans le système », affirme-t-il, en réclamant des mesures contre les paradis fiscaux.

Selon l’OXFAM, une organisation non gouvernementale bien connue, les 8,42 billions de dollars d’argent public engagés par les gouvernements du monde riche dans le sauvetage de leur secteur bancaire permettraient d’éliminer la pauvreté dans le monde dans les cinquante prochaines années ; elle ne cesse d’apporter des arguments en faveur des centaines de millions de pauvres dans le monde qui sombreront encore plus dans la misère et en faveur des femmes, les plus durement touchées par la crise.

Les syndicats demandent au G-20, à travers leurs organisations internationales, de prêter dûment attention au chômage qui accompagne les crises et réclament que la Déclaration du Sommet se réfère à l’emploi digne et aux droits du travail.

Le championnat entre les plus grosses économiques du monde, les plus développées, et celles qui sont encore à développer, s’ouvre demain. Les règles du jeu n’en sont pas très claires. Nous verrons bien de quoi on discute et comment. La Déclaration finale est-elle déjà rédigée et adoptée d’avance ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. De toute façon, il sera très intéressant de connaître, au milieu de tant de diplomatie, les positions que chacun adoptera. Quoi qu’il en soit, il n’y aura pas de secret possible. Tout a changé.

Fidel Castro Ruz

Le 1er abril 2009

16 h 35

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : Ce que Notimex n’a pas dit

Mardi, 31 mars, j’ai lu tôt une dépêche de Notimex datée de la veille :

« Le président péruvien Alan García a qualifié aujourd’hui de « prudent » le retrait du pays du projet humanitaire « Mission Miracle » parrainé par les gouvernements vénézuélien et cubain et qui traite des patients de la vue.

« Après avoir souligné l’efficacité avec laquelle fonctionne le service public Essalud pour l’opération de la cataracte, le président péruvien a dit aux journalistes qu’ « il n’y avait pas de raison que fonctionne une mission » formée par des médecins étrangers.

« Le chef d’Etat a informé que la « Mission Miracle » avait opéré 1 500 personnes en deux ans, alors qu’Essalud avait soigné 25 000 patients en un an. »

La dépêche reproduit ensuite d’autres arguments de García de la même veine.

J’ignore tout d’abord pourquoi Notimex implique le Venezuela dans cette Mission que Cuba a initiée en juillet 2004 à l’occasion du très violent séisme qui a frappé la région de Pisco. Le Venezuela est un ami sûr du Cuba et il a donné de grandes preuves de solidarité envers notre peuple, mais il n’a rien à voir avec l’action que notre pays a entreprise au Pérou, suivant une tradition de solidarité dans le domaine de la santé qui a débuté en 1960 en Algérie dont le peuple luttait alors pour l’indépendance contre le colonialisme français. Chávez, né le 28 juillet 1954, n’avait pas encore six ans. Nous avons engagé une action de solidarité similaire en 1970 quand un tremblement de terre a coûté la vie de soixante-dix mille Péruviens et alors que nous n’avions même pas de relations diplomatiques ; notre noble peuple a apporté à cette occasion cent mille dons de sang.

Habitué aux informations fausses sur Cuba et étonné par cette curieuse dépêche, j’ai réclamé qu’on demande à notre ambassadeur à Lima des renseignements sur la situation de nos médecins :

« L’Opération Miracle a, depuis 2006, rendu ou amélioré la vue à 19 496 Péruviens dans les deux Centres ophtalmologiques cubains : 16 907 dans celui de Bolivie, et 2 589 dans celui du Cuzco, qui a commencé à fonctionner le 15 décembre 2008.

« Ni dans cette déclaration ni dans aucune autre, le chef d’État n’a mentionné Cuba ni notre clinique de l’Opération Miracle du Cuzco.

« Parallèlement à ces déclarations, le président du Conseil des ministres, Yehude Simón, s’adressant aux ministres de la Santé d’Amérique du Sud, a fait l’éloge de la coopération cubaine avec le Pérou dans le domaine de la santé, a transmis les remerciements de son gouvernement et du peuple péruvien à Cuba et a souhaité que ces liens entre nos pays s’élargissent.

« Nous avons aussi des informations directes que García en personne a parlé récemment, en public et en privé, avec respect de Cuba et l’a remerciée pour l’appui décisif de notre personnel médical à son pays. »

Je ne demanderai pas un sou à Notimex pour avoir complété ce qu’il manquait à sa dépêche dont la grande presse de Lima et d’autres médias se sont fait l’écho.

Fidel Castro Ruz

Le 1er abril 2009

19 h 23

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : Le prélude

Les championnats de base-ball et de football remplissent les stades et enthousiasment les masses dans le monde entier. Nous nous considérons tous – moi aussi – des experts en la matière et nous discutons avec passion avec n’importe qui.

Or, quand il s’agit de l’économie, un domaine où se déroulent des événements décisifs pour le monde, on peut compter ceux qui s’y intéressent sur les doigts de la main. J’ai cherché dans notre presse des informations sur la réunion du G-20 qui s’ouvrira dans quelques jours à Londres et je n’ai rien trouvé.

Hier, le journal télévisé du soir a insisté sur les mesures de sécurité spectaculaires adoptées par les autorités britanniques. Nous avons appris qu’Obama emmenait avec lui deux cents hommes de ses services secrets, experts en protection. On nous a aussi raconté en passant des choses sur le quadrimoteur Boeing sophistiqué qui le transporte, avec ses quatre-vingt chaînes de télévision, sa centaine de lignes de téléphone et l’équipement codé qui lui permettrait d’ordonner le tir des projectiles nucléaires toujours prêts à décoller. On nous a aussi parlé de l’hélicoptère spécialement conçu pour le transporter à la salle de réunion et de la voiture blindée invulnérable dans laquelle il roulera. Ce sont là les dernières avancées de la science et de la technologie militaire mises à sa disposition.

De la signification du Sommet, pas un mot. Il ne s’agit pas là d’une critique à nos médias, c’est tout simplement notre façon d’agir face à la question de l’économie internationale. Il se passe exactement pareil dans le reste des pays. Et pourtant, les accords qui seront adoptés à ce Sommet des grandes puissances économiques auront des répercussions sur le sort le plus prochain de milliards de petites gens qui vivent de leur travail.

Recourant aux informations qu’offrent les agences de presse internationales et les revues spécialisées, aux discours et aux interviews de chefs d’État et de dirigeants d’organismes des Nations Unies, je tâcherai de suivre le cours de la réunion où joueront les grandes contradictions économiques et idéologiques qui caractérisent notre monde complexe d’aujourd’hui, plongé dans une profonde crise.

Kevin Rudd, le Premier ministre australien, membre du Parti travailliste, a déclaré à la BBCI que les chefs d’État et de gouvernement des pays du G-20 n’adopteraient aucun plan de stimulation fiscale au Sommet de Londres. Après avoir signalé que le Sommet précédent avait déjà approuvé 1,5 billion d’euros, il a estimé que c’était maintenant au Fonds monétaire international (FMI) de décider du soutien additionnel dont aurait besoin l’économie.

Le gouvernement britannique a démenti la teneur d’un avant-projet de communiqué qu’émettraient censément les dirigeants du G-20 et publié par la revue allemande Der Spiegel : selon un porte-parole de Gordon Brown, il s’agirait d’un document correspondant au Sommet antérieur.

La Banque d’Angleterre a déclaré que l’économie britannique n’était pas en mesure de s’endetter davantage.

Selon une autre dépêche, si l’on en croit l’avant-projet de communiqué publié dimanche par The Financial Times, les dirigeants du G-20 espèrent que l’appui au secteur financier, l’élévation des dépenses publiques et le financement additionnel du FMI sortiront l’économie mondiale de la récession d’ici fin 2010.

« Nous sommes prêts à faire en sorte que cette crise ne se répète plus. »

Le président russe Dimitri Medvedev a déclaré à la BBC que son pays, l’un des plus fortement axés vers les exportations, avait souffert de la crise financière actuelle. Selon lui, les leaders du G-20 doivent aboutir à une entente au Sommet « parce que l’avenir de nos pays et de nos peuples dépend de notre accord, de notre détermination à opérer des changements fondamentaux dans l’architecture financière mondiale ».

Les chefs d’État et de gouvernement des vingt plus importantes économies du monde ont préparé un avant-projet de déclaration selon lequel ils s’engagent à combattre le protectionnisme et à parachever les négociations touchant au commerce international.

Des sources officielles ont affirmé au Financial Times que le texte du communiqué ne devrait pas changer avant le Sommet. L’avant-projet signale qu’ « une crise mondiale exige des solutions mondiales ». Les dirigeants du G­-20 sont décidés à faire en sorte que cette crise ne se répète plus et ils cherchent à mettre en place « une économie ouverte, fondée sur les principes du marché, assortie de contrôles efficaces et d’institutions mondiales fortes ».

D’après le chef du Foreign Office, Londres et Washington n’exerceront pas de pressions sur les dirigeants du G-20 pour qu’ils fassent des promesses de dépenses concrètes, et il a ôté toute importance à l’écart existant entre les pays favorables à une plus forte stimulation, comme la Grande-Bretagne et les États-Unis, et ceux qui conseillent la prudence, comme la France et l’Allemagne.

Le président Obama a déclaré de son côté hier, 30 mars, à ce même organe de presse, qu’il avait lancé un appel à l’unité au Groupe des Vingt. Il a assuré que les leaders mondiaux savaient qu’ils devaient « lancer un message d’unité fort » pour le bien de l’économie mondiale. Il a ôté de l’importance à la division entre les États-Unis et les pays d’Europe continentale, en particulier au fait que l’Allemagne et la France s’opposaient à la mise en place de plus importantes stimulations fiscales, tout en reconnaissant qu’ « ils avaient tourné le dos à son pays en refusant d’accroître les dépenses comme moyen de relancer l’économie mondiale, si bien qu’il sera difficile d’offrir pour le moment plus de stimulants économiques ».

« On constate dans tous les pays des tensions entre les mesures nécessaires à la relance de l’économie et le fait que certaines d’entre elles coûtent beaucoup d’argent et que les contribuables hésitent à dépenser plus.

« Si les électeurs constatent qu’il s’agit d’une rue à sens unique et que tout ce que nous faisons, c’est placé plus d’argent dans les institutions pour éviter la catastrophe, il sera difficile de les convaincre d’intervenir plus. »

Plus de cent quatre-vingts pays du monde n’assisteront pas au Sommet de Londres, puisqu’il ne réunira que les vingt plus grandes économies du monde. On constate toutefois entre elles de profondes contradictions, aussi bien entre les pays occidentaux eux-mêmes qu’entre ceux-ci et les pays émergents qui livrent bataille contre la crise financière et en faveur de leur droit au développement.

Un résumé n’est pas une analyse. Je tenais simplement à transmettre à mes compatriotes l’essence des débats que le G-20 tiendra à Londres, mais toujours en ayant peur d’être trop long et ennuyeux.

Fidel Castro Ruz

Le 31 mars 2009

13 h 29

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Powered by WordPress | Compare Best Sprint Phone Deals Online. | Thanks to Credit Card Deals, Best CD Rates and Sell cars

Social Widgets powered by AB-WebLog.com.