Les mensonges de Reporters sans frontières sur Cuba

Vendredi 29 mai 2009

Le 20 mai 2009, Reporters sans frontières a publié une déclaration sur Cuba dans laquelle elle affirme que « n’importe qui peut naviguer sur Internet… sauf s’il est Cubain ». Pour étayer son propos, RSF présente une vidéo filmée en caméra cachée d’une scène où un Cubain se voit interdire l’accès à Internet dans un hôtel. L’organisation ajoute qu’un « internaute risque jusqu’à 20 ans de prison s’il publie un article ‘contre-révolutionnaire’ (article 91) sur des sites Internet et cinq ans s’il se connecte illégalement a Internet ». Enfin, RSF rappelle que « Cuba reste la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine » en soulignant que « 24 professionnels des médias » sont « emprisonnés sous le prétexte fallacieux d’être ‘des mercenaires à la solde des Etats-Unis1’ ».

Il est aisé de mettre RSF face à ses contradictions. En effet, alors que l’organisation parisienne affirme qu’aucun Cubain ne peut se connecter à Internet, elle met en lien… « le texte de la bloggeuse Yoani Sanchez », qui vit à Cuba et qui se prononce ouvertement contre le gouvernement de La Havane à travers Internet. Comment Sanchez fait-elle pour s’exprimer si elle n’a pas accès à Internet ? Sa dernière intervention date du 27 mai 2009. Elle s’est également exprimée le 25 mai, le 23 mai, le 22 mai, le 19 mai, le 18 mai, le 16 mai, le 15 mai, le 13 mai, le 10 mai, le 9 mai, le 7 mai, le 6 mai, le 4 mai, le 2 mai, le 29 avril, 28 avril, 27 avril, 26 avril, 25 avril, 23 avril et 21 avril 2009. Ainsi, dans le mois précédant la publication de la déclaration de RSF sur Internet à Cuba, Yoani Sanchez a pu se connecter, depuis Cuba, au moins 18 fois à Internet2.

RSF n’hésite pas à se contredire d’une publication à l’autre. Ainsi, dans un rapport de mars 2008 au sujet des journalistes indépendants à Cuba, l’entité parisienne souligne que « le blog de Yoani Sánchez s’inscrit dans un portail plus vaste, Consenso/Desdecuba.com, animé par cinq blogueurs et un conseil de rédaction de six personnes. Son objectif est essentiellement de commenter l’actualité politique du pays. Le site peut se targuer d’avoir franchi la barre de 1,5 million de clics en février dernier après un an d’existence, dont 800 000 vont au blog Generacion Y. Plus impressionnant encore, 26% des visiteurs sont domiciliés à Cuba, en troisième position derrière les États-Unis et l’Espagne3 ». Une simple question : Comment « 26% de ses lecteurs qui sont Cubains » peuvent-ils consulter le blog de Sanchez si Internet leur est interdit4 ?

RSF a utilisé ainsi un cas isolé d’un seul hôtel cubain par le biais d’une caméra cachée pour généraliser l’interdiction d’Internet à l’île tout entière et stigmatiser les autorités cubaines. Ironie de l’histoire, dans son intervention du 23 mai 2009, Yoani Sánchez affirme « que nous avons mené une enquête avec une douzaine de blogueurs dans plus de quarante hôtels de la ville. A l’exception de l’Occidental Miramar, tous ont affirmé ne pas avoir connaissance de la régulation qui interdisait l’accès des Cubains à Internet ». La bloggeuse favorite des médias occidentaux contredit ainsi de manière flagrante les allégations de RSF5.

RSF affirme ensuite que toute personne publiant un article critique à l’égard du gouvernement cubain est passible de 20 ans de réclusion et cite en guise de support à ses propos l’article 91, sans fournir davantage de précisions. Que dit l’article 91 du Code pénal cubain ? Le voici dans son intégralité : « celui qui, au nom d’un Etat étranger, réalise un acte dans le but de porter atteinte à l’indépendance de l’Etat cubain ou à l’intégrité de son territoire, sera passible d’une privation de liberté de dix à vingt ans ou de la peine capitale ». Comme cela est aisément constatable, RSF n’hésite aucunement à mentir de manière éhontée. L’article en question n’interdit nullement la publication d’analyses au caractère hétérodoxe sur Internet. Il ne limite aucunement la liberté d’expression. Il sanctionne les actes de trahison à la patrie 6.

Cela reviendrait à utiliser l’article 411-2 du Code pénal français (« Le fait de livrer à une puissance étrangère, à une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents soit des troupes appartenant aux forces armées françaises, soit tout ou partie du territoire national est puni de la détention criminelle à perpétuité et de 750000 euros d’amende ») ou l’article 411-4 (« Le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d’entreprendre des hostilités ou d’accomplir des actes d’agression contre la France ») pour accuser le gouvernement de Nicolas Sarkozy de répression contre les internautes7.

Par ailleurs, il suffit de consulter le blog de Yoani Sánchez, extrêmement critique à l’égard des autorités cubaines ou de lire les écrits des opposants pour se rendre compte du manque de fondement de l’accusation portée par l’organisation parisienne.

RSF certifie également que tout Cubain est passible de « cinq ans s’il se connecte illégalement à Internet ». Ici, l’entité française se borne à émettre une affirmation péremptoire sans même prendre la peine de citer un texte de loi qui, bien évidemment, n’existe pas. Une nouvelle fois, RSF assène une contre-vérité.

Enfin, RSF réitère la même rengaine en assurant que « 24 professionnels des médias » sont « emprisonnés sous le prétexte fallacieux d’être ‘des mercenaires à la solde des Etats-Unis1’ ». L’organisation est incapable de faire preuve de cohérence et de rigueur dans ses propres documents. En effet, dans la version espagnole de l’article, elle ne parle plus que de « 19 détenus8 ». Mais les chiffres importent peu, la mystification est une nouvelle fois double. D’une part, sur les « 24 professionnels des médias » cités par l’organisation, un seul dispose d’une véritable formation de journaliste : Oscar Elias Biscet. Les autres n’avaient jamais exercé le métier avant d’intégrer l’univers de la dissidence. D’autre part, ces individus n’ont pas été condamnés pour avoir émis une production intellectuelle subversive mais pour avoir accepté les émoluments financiers offerts par Washington, passant ainsi du statut d’opposant à celui d’agent stipendié par une puissance étrangère, commettant par la même occasion un grave délit sanctionné non seulement par la loi cubaine, mais par le code pénal de n’importe quel pays du monde. Les preuves à cet égard sont multiples : les Etats-Unis reconnaissent financer l’opposition interne cubaine et leurs propres documents officiels l’attestent, les dissidents confessent recevoir une aide pécuniaire de la part de Washington et même Amnesty International avoue que les personnes emprisonnées ont été condamnées « pour avoir reçu des fonds ou du matériel du gouvernement américain pour des activités perçues par les autorités comme subversives ou faisant du tort à Cuba9 ».

RSF n’est pas une organisation digne de crédit car son agenda est avant tout politique et idéologique. Comme cela est constatable, il est aisé de mettre l’organisation parisienne face à ses contradictions et de dévoiler ses manipulations. Par ailleurs, RSF ne peut jouir d’aucune légitimité car elle reconnaît être financée par la National Endowment for Democracy (NED) qui n’est rien d’autre que l’officine écran de la CIA selon le New York Times qui notait en mars 1997 que la NED « a été créée il y a 15 ans pour réaliser publiquement ce que la Central Intelligence Agency (CIA) a fait subrepticement durant des décennies10 ».

Notes

1 Reporters sans frontières, « ‘N’importe qui peut naviguer sur Internet… sauf s’il est cubain’ », 20 mai 2009. http://www.rsf.org/article.php3?id_article=31379 (site consulté le 20 mai 2009).

2 Yoani Sánchez, Generación Y. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 24 mai 2009).

3 Claire Vœux, Cuba. Cinq ans après le « Printemps noir », les journalistes indépendants font de la résistance, Reporters sans frontières, mars 2008. http://www.rsf.org/IMG/pdf/Rapport_Cuba.pdf (site consulté le 20 mai 2009).

4 Reporters sans frontières, « Cuba : rapport 2008 », http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26080 (site consulté le 20 mai 2009).

5 Yoani Sánchez, « ‘Sentada’ blogger », Generación Y, 23 mai 2009. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 27 mai 2009).

6 Ley n°62, Código Penal de Cuba, Libro II, Artículo 91, 29 décembre 1987. http://www.acnur.org/biblioteca/pdf/4417.pdf (site consulté le 24 mai 2009).

7 Code Pénal Français, Partie législative, Livre IV, Titre 1er, Chapitre 1er, Sections 1 & 2.

8 Reporters sans frontières, « “Cualquiera puede navegar por Internet…salvo los cubanos”, 20 mai 2009. http://www.rsf.org/article.php3?id_article=31383 (site consulté le 26 avril 2009).

9 Amnesty International, « Cuba. Cinq années de trop, le nouveau gouvernement doit libérer les dissidents emprisonnés », 18 mars 2008. http://www.amnesty.org/fr/for-media/press-releases/cuba-cinq-ann%C3%A9es-de-trop-le-nouveau-gouvernement-doit-lib%C3%A9rer-les-dissid(site consulté le 23 avril 2008).

10 Salim Lamrani, Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009), à paraître.

Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a publié, entre autres, Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008). Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009) et comporte un prologue de Nelson Mandela.

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; salim.lamrani@parisdescartes.fr

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : Un éducateur inlassable

Chávez est un éducateur inlassable. Il n’hésite pas à décrire ce que signifie le capitalisme. Il démonte ses mensonges l’un après l’autre. Il est implacable.

Il décrit le sens de chacune des mesures que le socialisme apporte au peuple.

Il sait combien vous souffrez quand vous-même, votre femme, vos enfants, vos parents, vos voisins n’ont rien, tandis que quelques-uns ont de tout.

Il démontre l’égoïsme des riches qui subordonnent tout aux lois aveugles et inexorables du marché, opposées à toute rationalité dans l’emploi des forces productives. Il le démontre constamment par l’œuvre en cours au Venezuela.

Il inonde le pays de livres. Il avait fait en sorte, auparavant, que tous les citoyens sachent lire et écrire. Il a ouvert des écoles pour tous les enfants ; des établissements secondaires et techniques pour tous les adolescents et les jeunes, des possibilités d’enseignement supérieur pour eux tous.

La crème de la pensée oligarchique et contre-révolutionnaire est réunie à Caracas pour déclarer par tous les moyens que la presse n’est pas libre au Venezuela. Chávez l’a défiée de participer à Allô Presidente, dont c’est le dixième anniversaire, pour en discuter avec les intellectuels vénézuéliens ; il serait assis dans le public, écoutant le débat. Au moment où j’écris ces Réflexions, il n’y a toujours pas de réponse.

Allô Presidente a repris à 18 h 40. On écoute de nouveau le verbe enflammé de Chávez au second jour de cet anniversaire. Y assistent aussi les ministres de la Culture des pays de l’ALBA, qui participent à une réunion internationale.

On écoute de brillants discours qui enrichissent la pensée politique.

Chavez lance de nouveau son défi, invitant les lumières de l’oligarchie internationale à discuter, mais aucune n’a encore répondu. Il est sept heures du soir passées.

Je me concentrerai sur les discours brillants et sincères. Qu’on m’en excuse.

Fidel Castro Ruz

Le 29 mai 2009

19 h 23

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : DIX ANNÉES À ENSEIGNER ET À APPRENDRE

Aló Presidente a été inauguré le 23 mai 1999. Ce jour-là, Chávez était en Equateur pour le cent quatre-vingt-septième anniversaire de la bataille de Pichincha. Demain marque le dixième anniversaire du programme.

Hugo Chávez est un cas exceptionnel dans l’histoire de la politique. D’autres ont atteint le renom et la célébrité à travers la presse, la radio ou la télévision, mais jamais une idée révolutionnaire n’a été utilisée si efficacement sur un média. Alors que la Révolution bolivarienne livre une lutte épique, l’impérialisme et l’oligarchie qui contrôlent quasi absolument les médias l’auraient détruite, sans ce programme, par leurs calomnies et leurs mensonges.

J’ai calculé que, durant ces dix années, le président Hugo Chávez a consacré au bas mot 1 536 heures nettes, soit soixante-quatre jours entiers, à ce programme fait pour informer et éduquer la nation.

Au cours de cet échange incessant avec le peuple, il enseigne et il apprend, il éduque et il est éduqué par lui. Il lit, il acquiert et il transmet des connaissances. Il étudie et recommande des livres ; il rappelle la riche histoire de son pays, les luttes et les rêves prophétiques de Bolívar, dont il connaît par cœur de nombreux écrits.

Aló Presidente est devenu un programme pour le Venezuela et pour ceux qui souhaitent sur cette planète savoir ce qu’il se passe et peut arriver. Je consacre un certain temps à Aló Presidente parmi mes activités de la semaine.

Le plus encourageant, c’est que le peuple humble et combatif du Venezuela soutient toujours plus Chávez. Le nombre de travailleurs et de jeunes qui rejoignent les rangs révolutionnaires augmente. La bataille d’idées est en train de se gagner.

Des membres de la famille me disent qu’il est en très bonne santé, qu’ils ne l’avaient jamais vu si enthousiaste et si vital ; il court tous les jours quarante minutes et il a perdu en un mois plusieurs kilos de trop. Je m’en réjouis. Il a été un grand ami dans les jours difficiles de la Révolution. Nous avons résisté et nous continuerons de résister de pied ferme. Nous n’avons aujourd’hui plus de raisons que jamais de le faire.

Fidel Castro Ruz

Le 27 mai 2009

20 h 37

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : RIEN NE PEUT JAMAIS JUSTIFIER LA TORTURE

Dimanche dernier, tout en mettant la dernière main à mes Réflexions sur Haïti, j’écoutais à la télévision la commémoration de la bataille de Pichincha qui se déroula en Équateur, voilà cent quatre-vingt-sept ans, le 24 mai 1822. La musique d’ambiance était belle et attirante.

Je me suis arrêté un instant pour observer les brillants uniformes de l’époque et d’autres détails de la commémoration.

Que de souvenirs émouvants au sujet de la bataille héroïque qui décida de l’indépendance de l’Équateur ! Les idéaux et les rêves de l’époque étaient présents à cette cérémonie. Aux côtés du président équatorien, Rafael Correa, deux invités d’honneur : Hugo Chávez et Evo Morales qui font revivre aujourd’hui les aspirations à l’indépendance et à la justice pour lesquelles les patriotes latino-américains luttèrent et moururent. Sucre fut le protagoniste principal de cette prouesse immortelle inspirée par les rêves de Bolívar.

Cette lutte-là n’est pas finie. Elle repart de nouveau dans des conditions très différentes, que personne ne pouvait supposer sans doute à l’époque.

J’ai repensé à un discours sur la sécurité nationale que Dick Cheney a prononcé jeudi dernier à 11 h 20 à l’Institut des sociétés étasuniennes et qui a été transmis par CNN en espagnol et en anglais. J’en ai lu la version samedi. Il s’agissait d’une réponse au discours que le président des USA, Barack Obama, avait prononcé ce même jour, à 10 h 27, sur le même thème et auquel il avait ajouté une explication sur la fermeture de la prison de Guantánamo. Je l’avais écouté aussi ce jour-là.

La mention de ce morceau de territoire national occupé de force m’a interpellé, en plus de mon intérêt logique pour ce thème. Je ne savais même pas que Cheney parlerait aussitôt après, ce qui n’est pas courant.

J’ai pensé au départ qu’il pouvait s’agir d’un défi déclaré au nouveau président, mais, après avoir lu la version officielle, j’ai compris que la réponse rapide avait été concertée au préalable.

L’ancien vice-président avait élaboré son discours avec soin sur un ton respectueux et parfois doucereux.

Mais ce qui a caractérisé son discours, c’est la défense de la torture comme méthode valable pour obtenir des informations en des circonstances données.

Notre voisin du Nord est un centre de pouvoir planétaire, la nation la plus riche et la plus puissante, détentrice de cinq à dix mille ogives nucléaires, qu’elle peut faire exploser à n’importe quel endroit du monde avec une précision millimétrique. À quoi il faudrait ajouter le reste de son équipement militaire : armes chimiques, armes biologiques, armes électromagnétiques, un immense arsenal de moyens de combat terrestres, navals et aériens. Des armes aux mains de ceux qui réclament le droit de recourir à la torture !

Notre peuple possède une culture politique suffisante pour analyser des arguments de ce genre. Beaucoup par le monde comprennent aussi ce que signifient les paroles de Cheney. J’en ferai une rapide synthèse en utilisant ses propres mots, que j’accompagnerai de brefs commentaires et opinions.

Il a commencé par critiquer le discours d’Obama : « Il est évident que le Président serait sanctionné par notre Chambre de représentants, où la prise de parole dure normalement quelques minutes. » Ça se voulait une plaisanterie. Il n’empêche que lui aussi a longuement pris la parole : la traduction de la version officielle fait trente et une pages de vingt-deux lignes chacune.

« …j’ai été le premier vice-président à avoir aussi occupé le poste de secrétaire à la Défense… logiquement, mon devoir était de m’occuper de la défense nationale, et ce sont ces défis-là que je me suis attaché à relever en majorité… Je suis maintenant quelqu’un de plus libre. Je n’ai aucune élection à gagner ou à perdre, et je ne cherche aucune faveur. »

« Je ne parle pas ici au nom de George W. Bush. Personne plus que nous ne souhaite le succès de l’administration actuelle. »

« Je veux parler aujourd’hui de la philosophie stratégique qui a sous-tendu nos politiques. Je parle comme quelqu’un qui a été au gouvernement Bush tous les jours, qui a soutenu ces politiques quand les décisions ont été prises et qui le referait sans aucun doute dans les mêmes circonstances. »

« Le président Obama mérite que nous l’appuyions quand il prend des décisions sages, comme je le crois qu’il l’a fait sur certains points relatifs à l’Afghanistan ou quand il renonce à publier des photos incendiaires. Quand il nous accuse pour les décisions de sécurité nationale que nous avons prises ou quand il les dénature, il mérite que nous lui répondions. »

« Notre administration a toujours dû faire face aux critiques qui ont été toujours fortes dans certains milieux, surtout durant les dernières années de mandat, quand les dangers étaient aussi graves ou plus graves que jamais, mais quand le sens de l’alarme ayant suivi le 11 septembre était en train de s’évanouir dans les mémoires. »

Cheney a passé ensuite en revue les attaques terroristes perpétrées contre les États-Unis ces seize dernières années, dans le pays ou à l’étranger, et il en a énumérées une demi-douzaine.

Le hic pour Cheney était d’entrer dans le vif du sujet, la question épineuse des tortures, que les États-Unis ont tant de fois condamnées officiellement comme politique.

« Le 11 septembre nous a contraints forcément de modifier notre politique, pour faire face à une menace stratégique que le Congrès a qualifiée de menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité nationale des USA… Nous avons décidé dès le premier moment d’éviter des attaques », a-t-il assuré.

Il a signalé la quantité de personnes ayant perdu la vie le 11 septembre. Il l’a comparé à l’attaque de Pearl Harbour. Il n’a pas expliqué pourquoi cette action complexe a pu s’organiser d’une manière relativement facile, il n’a pas dit quels renseignements Bush possédait au préalable, ce qu’on aurait pu faire pour l’éviter. Bush était à la présidence depuis presque huit mois. On savait qu’il travaillait peu et prenait beaucoup de congés. Il partait constamment dans son ranch texan.

« Al Qaeda cherchait à se doter de la technologique nucléaire – affirma-t-il – et A.Q.Khan la vendait au marché noir », exclama-t-il. Et d’ajouter : « Nous avions les attaques à l’anthrax provenant de source inconnue, les camps d’entraînement en Afghanistan et des dictateurs comme Saddam Hussein dont les liens avec des terroristes au Moyen-Orient étaient notoires. »

« Comme vous vous en souvenez, j’était dans mon bureau à ces premières heures, quand le radar a repéré un avion qui se dirigeait vers la Maison-Blanche à 800 km/h, le vol 77, qui a fini par se précipiter sur le Pentagone. Alors que l’avion était encore en vol, les agents des services secrets sont entrés dans mon bureau pour me dire que je devais partir aussitôt. Quelques moments après, j’étais dans un poste de commandement fortifié quelque part sous la Maison-Blanche. »

Le récit de Cheney, qui prouve que personne n’avait prévu une situation de ce genre, écorne fortement la fierté des Étasuniens en laissant supposer que quelqu’un d’enfermé dans une caverne à quinze ou vingt mille kilomètres de distance pouvait obliger le président des États-Unis à occuper son poste de commandement dans les sous-sols de la Maison-Blanche !

« Depuis – a raconté Cheney – j’ai entendu dire à l’occasion que j’avais changé après le 11 septembre. Je ne dirai pas ça, mais je dois admettre qu’observer une attaque coordonnée et dévastatrice contre notre pays depuis un bunker souterrain à la Maison-Blanche peut modifier la vision que vous avez de vos responsabilités. »

« Comme vous ne pouvez pas gagner les guerres en restant à la défensive, nous avons opéré directement contre les terroristes, leurs tanières et leurs sanctuaires. »

« Nous avons appliqué nos politiques avec l’appui des deux partis. »

« Ce n’est pas nous qui avons inventé l’autorité. Elle apparaît à l’article 2 de notre Constitution. »

« Après le 11 septembre, le Congrès et une résolution conjointe ont autorisé à faire tout le nécessaire pour protéger les USA. »

« Cette initiative nous a permis d’intercepter des appels et de suivre des contacts entre des opérateurs d’Al Qaeda et des gens aux USA. »

« Le programme est resté top secret et avec force raison, jusqu’à ce que les rédacteurs en chef du New York Times l’aient obtenu et publié en manchette. Après le 11 septembre, ce journal avait publié pendant des mois des photos de morts causés ce jour-là par Al Qaeda. »

« Ça a impressionné le comité qui décerne le Prix Pulitzer, mais bien entendu, ça n’a pas servi les intérêts du pays ni sauvegardé la population. »

« Des années après, notre administration a compris que la sécurité du pays exigeait de réunir des informations qui ne pouvaient être obtenues dans certains cas que par des interrogatoires musclés. »

« J’ai été fortement partisan et je le reste du programme d’interrogatoires »

Il veut parler des interrogatoires assortis de tortures.

« Cette méthode a été utilisée contre des terroristes une fois constaté l’échec d’autres techniques. »

« Cette méthode était légale, essentielle, bien justifiée, elle réussissait, c’était la manière d’agir correcte. »

« Mais nos successeurs ont leur propre vision des choses. »

« Nous avons vu, le mois dernier, comment des documents en rapport avec cette pratique d’interrogatoires ont été divulgués sur décision présidentielle. L’administration l’a fait de son plein gré pour respecter le droit du peuple de connaître la vérité. »

« Le public a connu moins de la moitié de la vérité. »

« On a du mal à imaginer un précédent pire que celui d’une administration entrante critiquant les décisions politiques de ses prédécesseurs. »

« Le directeur de l’Agence centrale de renseignements, Leon Panetta, a fait partie des gens qui se sont opposés à la divulgation des mémos sur les techniques d’interrogatoire. »

Cheney, arrivé à ce point, se devait d’expliquer toutefois ce qu’il s’était passé dans la prison d’Abu Ghraib, qui a horrifié le monde :

« Là, régnait le sadisme. Ça n’avait rien à voir avec les interrogatoires à la recherche de renseignements. »

«  À Abu Ghraib, des gardiens sadiques ont abusé des prisonniers, violant les lois des USA, les règlements militaires et la décence. »

« Nous connaissons la différence entre justice et vengeance. Nous ne tentions pas de nous venger des auteurs du 11 septembre. »

« Depuis le début du programme, nous étions axés uniquement sur la priorité la plus importante : obtenir des informations concernant des plans terroristes. »

« Pour le mal qu’ils ont causés aux prisonniers iraquiens et à la cause des États-Unis, ils méritaient d’être punis par la justice. »

Indépendamment des milliers de jeunes Étasuniens morts, mutilés ou blessés dans la guerre d’Iraq et des sommes fabuleuses dépensées là, des centaines de milliers d’enfants, de jeunes et de vieux, d’hommes et de femmes n’ayant absolument rien à voir avec l’attaque des tours jumelles sont morts depuis l’invasion ordonnée par Bush. Cette énorme quantité de victimes innocentes n’a pas fait l’objet de la moindre mention de la part de Cheney dans son discours.

Les ayant oubliées, il a poursuivi :

« Si les libéraux ne sont pas d’accord avec certaines décisions et les conservateurs avec d’autres, il semblerait que le président s’engage sur la voie d’une solution sensée.

« Mais dans la lutte contre le terrorisme, il n’y a pas de points intermédiaires, et des demi-mesures vous exposent à moitié. »

« Quand vous laissez une seule piste inexplorée, ça peut vous conduire à la catastrophe. »

« Au deuxième jour de son administration, le président Obama a annoncé la fermeture de la prison de Guantánamo, une mesure prise sans beaucoup de réflexions et sans plan. »

« Il a été facile à cette administration de recevoir des applaudissements en Europe pour la fermeture de Guantánamo, mais il lui est difficile de trouver une autre solution qui serve les intérêts de la justice et de la sécurité nationale des USA. »

« En matière d’euphémisme, le prix revient à un éditorial récent d’un journal connu qui qualifie de « séquestrés » les terroristes que nous avons capturés. »

« Ainsi donc, un journal qualifie les ennemis de notre pays comme des victimes d’une séquestration.

« Les interrogatoires et les Programme de surveillance ont rendu sans aucun doute notre pays plus sûr.

“Quand Obama et son administration parlent d’interrogatoires, ils le font comme s’il avaient réglé le dilemme moral concernant la façon de soutirer des informations vitales de la bouche des terroristes. »

« En fait, ils renoncent à prendre des décisions tout en présumant d’une supériorité morale.

« Déclassifier ces mémorandums est contraire aux intérêts de la sécurité nationale.

« Le dommage commence quand des terroristes ont en mains des informations top secret. »

« Des gouvernements du monde qui nous ont appuyés dans des manœuvres conjointes redoutent maintenant, car ils voient d’autres opérations compromises. »

« Le président Obama a utilisé son pouvoir pour révéler ce qu’il se passe dans les interrogatoires. »

« Le directeur des renseignements national en personne du président Obama, Denis C. Blair, l’a dit à sa manière : « L’information de grande valeur est provenue des interrogatoires durant lesquels ces méthodes ont été utilisés et elle nous a permis de mieux comprendre l’organisation d’Al Qaeda qui attaquait notre pays. » »

« L’amiral Blair a donné cette conclusion par écrit, mais elle a disparu dans une version postérieure divulguée par le gouvernement. »

« Ces vingt-six mots manquants disaient une vérité qui ne convenait pas, mais on n’a pas pu modifier les mots du directeur de la CIA sous les administrations Clinton et Bush, George Tenet, qui a dit clairement : « Je sais que ce programme a sauvé des vies. Je sais que nous avons démantelé des plans. Je sais que ce programme vaut à lui seul plus que ce que le FBI, la CIA et l’Agence de sécurité nationale ensemble ont pu nous donner ». »

« Si les Étasuniens ont l’occasion de savoir ce qui a été évité au pays, ils verront l’urgence et la justification des interrogatoires menés dans les années postérieures au 11 septembre. »

« Nous nous sommes attachés à leur soutirer des secrets au lieu de partager les nôtres avec eux. »

« C’est quelque chose qui doit se continuer jusqu’à que ce le danger soit passé. En route, il a fallu prendre des décisions difficiles. »

« Aucune décision de sécurité nationale n’a été prise à la légère ni à la hâte. »

« Comme dans n’importe quel conflit, il y a un coût à payer. Aucun n’a été plus lourd que les sacrifices de ceux qui sont morts ou ont été blessés au service de leur pays. »

« Comme beaucoup d’autres qui prêtent service aux États-Unis, ils ne demandent pas de remerciements. Mais moi, je les en remercie. »

Cheney a attaqué très durement l’administration Obama, mais je ne tiens pas à me prononcer à ce sujet.

Je tiens en revanche à rappeler que le terrorisme n’est pas tombé des nues : ce sont les États-Unis qui ont inventé cette méthode pour combattre la Révolution cubaine.

Le général Dwight Eisenhower, alors président des États-Unis, – rien moins que lui – a été le premier à recourir au terrorisme contre notre patrie. Et il ne s’est pas agi d’un groupe d’actions meurtrières contre notre peuple, mais de dizaines de faits qui, initiés dès 1959, se sont multipliés ensuite pour totaliser des centaines d’actes terroristes tous les ans : substances inflammables ; explosifs à forte puissance ; armements perfectionnés de précision à rayons infrarouges ; poisons comme le cyanure ; parasites ; dengue hémorragique ; fièvre porcine ; anthrax ; virus et bactéries attaquant des cultures, des plantes, des animaux et des êtres humains.

Ce ne furent pas seulement les actions contre l’économie et le peuple, mais les tentatives d’élimination des dirigeants de la Révolution.

Des milliers de personnes ont été touchés, et notre économie, dont l’objectif est de soutenir l’alimentation, la santé et les services les plus élémentaires du peuple, a été soumise à un blocus implacable à portée extraterritoriale.

Je n’invente pas ces faits. Ils apparaissent dans les documents déclassifiés par le gouvernement des États-Unis. Dans notre pays, malgré les périls gravissimes qui nous ont menacés des dizaines d’années durant, on n’a jamais torturé qui que ce soit pour lui soutirer des informations.

Si douloureuses qu’aient été les actions commises contre le peuple étasunien le 11 septembre 2001, que le monde entier a condamnées énergiquement, la torture est quelque chose de lâche et d’ignoble que rien ne peut jamais justifier.

Fidel Castro Ruz

Le 27 may 2009

12 h 54

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : ON NE PEUT RIEN IMPROVISER EN HAÏTI

J’ai lu voilà cinq jours, dans une dépêche de presse, que Ban Ki-moon allait nommer Bill Clinton comme son envoyé spécial en Haïti. Selon cette dépêche,

« Clinton a, en mars dernier, accompagné le Secrétaire général durant une visite officielle de deux jours en Haïti afin d’appuyer le plan de développement élaboré par le gouvernement de Port-au-Prince qui cherche à éveiller l’économie haïtienne assoupie.

« L’ancien président s’est fortement engagé sur le plan philanthropique envers la nation antillaise à travers l’Initiative mondiale Clinton.

«  »C’est un honneur pour moi d’accepter l’invitation du Secrétaire général à être son envoyé spécial en Haïti », a déclaré l’ancien président.

« Selon Clinton, le peuple et le gouvernement haïtiens sont en mesure de surmonter les graves dommages causés par les quatre tempêtes qui ont frappé l’île l’an dernier. »

Le lendemain, cette même agence de presse informait que Mme Clinton, secrétaire d’État, avait déclaré toute heureuse que « Bill était un envoyé vedette ». De son côté, « le Secrétaire de l’ONU a confirmé avoir nommé Bill Clinton comme son nouvel envoyé spécial en Haïti. Nous avons été ensemble dans ce pays voilà deux mois et sa présence a contribué à conscientiser la communauté internationale au sujet des problèmes de ce pays caribéen. »

“L’ONU craint qu’après plusieurs années de calme relatif grâce au concours de la MINUSTAH, l’instabilité politique ne s’empare de nouveau du pays. »

La nouvelle dépêche répète l’histoire des « quatre cyclones et tempêtes qui ont causé 900 morts, laissé 800 000 sinistrés et détruit la maigre infrastructure civile du pays. »

L’histoire d’Haïti et de sa tragédie est bien plus complexe.

Après les États-Unis qui se déclarèrent souverains en 1776, Haïti fut le second pays du continent à conquérir son indépendance en 1804. Dans le premier cas, les descendants blancs des colons qui fondèrent les Treize Colonies, croyants fervents, austères et instruits, propriétaires de terres et d’esclaves, secouèrent le joug colonial anglais et jouirent de l’indépendance nationale, ce qui ne fut le lot ni de la population autochtone ni des esclaves africains et de leurs descendants qui restèrent privés de tout droit malgré les principes inscrits dans la Déclaration d’Indépendance.

C’est en Haïti, où plus de 400 000 esclaves travaillaient pour 30 000 propriétaires blancs, que les hommes et les femmes soumis à l’odieux système furent capables, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, d’abolir l’esclavage, de maintenir et de défendre un État indépendant en lutte contre les soldats qui avaient mis les monarchies européennes à genoux.

Cette étape coïncida avec l’essor du capitalisme et l’apparition de puissants empires coloniaux qui dominèrent les terres et les mers de la planète durant des siècles.

Les Haïtiens ne sont pas coupables de leur pauvreté actuelle : ils sont les victimes du système imposé au monde. Ils n’ont pas inventé le colonialisme, le capitalisme, l’impérialisme, l’échange inégal, le néolibéralisme, ni les formes d’exploitation et de pillage qui sévissent sur la planète depuis deux cents ans.

Haïti mesure 27 750 kilomètres carrés et abrite d’ores et déjà en 2009, selon des estimations fiables, 9 millions d’habitants. Soit 885 habitants par kilomètre carré de terre arable, l’un des taux les plus élevés au monde, dans un pays sans le moindre développement industriel ou d’autres ressources qui lui permettraient d’acquérir le minimum de moyens matériels indispensables à la vie.

La population rurale représente 53 p. 100 des habitants ; le bois de feu et le charbon constituent le seul combustible domestique à la portée d’une grande partie des familles haïtiennes, ce qui entrave la reforestation. Les forêts qui retiennent l’eau grâce à l’humus des feuilles, des branches et des racines sont rares, de sorte que les pluies intenses provoquent des dommages humains et économiques aux localités, aux chemins et aux cultures. Les cyclones, on le sait, causent des dommages supplémentaires considérables et qui seront toujours plus graves si le climat continue de changer à rythme accéléré. Ce n’est un secret pour personne.

Notre coopération avec la population haïtienne a débuté voilà dix ans justement quand les cyclones George et Mitch ont frappé les Caraïbes et l’Amérique centrale.

René Préval était alors président et Jean-Bertrand Aristide chef du gouvernement. Les cents premiers médecins cubains furent envoyés le 4 décembre 1998, et le chiffre de coopérants de la santé s’éleva par la suite à 600.

C’est à cette occasion que nous avons créé l’École latino-américaine de médecine (ELAM) où plus de 12 000 jeunes latino-américains font actuellement des études. Et c’est aussi à partir de là que nous avons concédé à de jeunes Haïtiens des centaines de bourses d’étude à la faculté de médecine de Santiago de Cuba, l’une des meilleures du pays.

En Haïti, la quantité d’écoles primaires avait augmenté et continuait de le faire. Même les familles les plus modestes rêvaient que leurs enfants puissent faire des études, seul espoir pour eux d’échapper à la pauvreté en travaillant dans le pays ou à l’étranger. Le programme cubain de formation de médecins fut bien accueilli. Les jeunes sélectionnées pour étudier à Cuba avaient une bonne préparation de base, héritage peut-être des progrès de la France dans ce domaine. Ils devaient faire une année de propédeutique, dont des cours d’espagnol. Ce programme a constitué une bonne pépinière de médecins de qualité.

À ce jour, 533 jeunes Haïtiens ont conclu leurs études comme spécialistes de Médecine générale intégrale dans nos facultés de médecine, et 52 d’entre eux étudient maintenant à Cuba une seconde spécialité en fonction des besoins. Un autre groupe de 527 continuent d’en faire, selon le quota de bourses adjugé à la République d’Haïti.

Actuellement, 413 personnels cubains de la santé travaillent en Haïti, prêtant des services gratuits à ce peuple frère. Les médecins cubains sont présents dans les dix départements du pays et dans 127 des 137 communes. Par ailleurs, plus de 400 médecins haïtiens formés à Cuba y exercent aussi, ainsi que les élèves de dernière année qui font leur pratique aux côtés de nos médecins, soit un total de plus de 800 jeunes Haïtiens consacrés à l’exercice de la médecine dans leur patrie. Les nouveaux diplômés haïtiens ne cesseront d’augmenter cette quantité.

Ce fut là un défi difficile à relever. Les médecins cubains se sont heurtés à des problèmes compliqués. La mortalité infantile se chiffrait à plus de 80 décès pour mille naissances vivantes ; l’espérance de vie était inférieure à soixante ans ; on comptait 120 000 sidéens adultes en 2007. Des dizaines de milliers d’enfants et d’adultes continuent de mourir tous les ans de maladies infectieuses et contagieuses comme la tuberculose, le paludisme, la diarrhée, la dengue et la malnutrition, pour ne signaler que quelques indicateurs. Le VIH est désormais une affection à laquelle on peut faire face pour préserver la vie des patients. Mais ceci ne se fait pas en un an : il y faut absolument une culture de la santé que le peuple haïtien acquiert avec un intérêt croissant. On note des progrès qui prouvent qu’il est possible d’améliorer considérablement les indicateurs de santé.

Les trois centres ophtalmologiques ouverts en Haïti ont permis d’opérer 37 109 personnes de la vue. Les cas trop compliqués pour être opérés sur place sont envoyés à Cuba et soignés gratuitement.

Grâce à la coopération économique du Venezuela, on est en train d’ouvrir dix Centres de diagnostic intégraux, dotés d’une technologie de pointe déjà achetée.

Il est quelque chose de plus important que les ressources que la communauté internationale pourrait apporter : le personnel humain qui les utilise.

Nous avons pu aider modestement le peuple haïtien bien que les cyclones dont a parlé Clinton nous aient aussi frappés. C’est là une bonne preuve que ce qui fait défaut dans le monde, c’est la solidarité.

Je pourrais parler également de la contribution cubaine aux programmes d’alphabétisation et à d’autres domaines, malgré nos ressources économiques limitées. Mais je ne tiens pas à m’appesantir sur notre contribution, et cela n’est pas souhaitable. Je me suis borné à la santé, qui est un point incontournable. Nous ne craignons pas que d’autres fassent ce que nous faisons. Les jeunes Haïtiens qui se forment à Cuba sont en train de se convertir en ces prêtres de la santé dont ce peuple frère a de plus en plus besoin.

Le plus important, c’est la mise en place des nouvelles formes de coopération dont ce monde égoïste a tant besoin. Les organismes des Nations Unies peuvent attester que Cuba apporte ce qu’ils qualifient de Programmes de santé intégraux.

On ne peut rien improviser en Haïti, et rien ne sera le fruit de l’esprit philanthropique d’aucune institution.

À l’École latino-américaine de médecine, s’est ajouté ensuite le nouveau Programme de formation à Cuba de médecins provenant du Venezuela, de la Bolivie, des Caraïbes et d’autres pays du Tiers-monde, à mesure que leurs programmes de santé les réclamaient d’urgence. Aujourd’hui, plus de 24 000 jeunes du Tiers-monde font des études de médecine dans notre patrie. En aidant d’autres pays, nous nous sommes développés aussi nous-mêmes dans ce domaine et nous constituons une force importante. Voilà ce que nous pratiquons, et non le vol de cerveau ! Les pays riches et surdéveloppés du G-7 peuvent-ils en dire autant ? D’autres suivront notre exemple, que nul n’en doute !

Fidel Castro Ruz

Le 24 mai 2009

16 h 17

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

LES SAUTS DE CABRI D’OBAMA par J.F.Bonaldi

The New York Times rapporte ce jour-ci  les propos d’Ian C. Kelly, porte-parole du département d’Etat : « Nous nous efforçons d’utiliser la reprise des conversations pour réaffirmer l’engagement des deux parties envers une migration sûre, légale et ordonnée ; pour réviser les dernières tendances en matière de migration illégale de Cubains aux États-Unis ; et pour améliorer les relations opérationnelles avec Cuba sur les questions migratoires. »

Nouveau beau geste de Barack Obama dans le droit fil de sa nouvelle politique envers Cuba, penseront ceux qui ignorent les antécédents dans ce domaine ;  simple geste pour la galerie, disent ceux qui savent.

En effet, et le journaliste du New York Times est bien forcé de le reconnaître, ces conversations migratoires remontent au milieu des années 90 au moment de la « crise des balseros », et se sont poursuivies pendant dix ans jusqu’en 2004 où Bush, qui les avait mises en veilleuse dès son entrée à la Maison-Blanche, décida de les supprimer purement et simplement.

Bref, comme dans le cas de la levée des obstacles aux voyages et envois de fonds des Cubano-Américains, Obama se contente, passant outre aux décisions vindicatives de Bush fils, de reprendre la politique envers Cuba là où Clinton l’avait laissée sans faire un pas de plus.

Un pas de plus, ce serait par exemple engager des conversations sur les trois accords de coopération bilatéraux que la Révolution cubaine avait proposé de signer avec son antécesseur démocrate sur des points tout à fait concrets et auxquels celui-ci avait opposé une fin de non-recevoir sans jamais le dire : lutte contre le trafic de drogues ; lutte contre l’émigration illégale ;  lutte contre la traite d’êtres humains.

Au sujet de ces conversations migratoires, il y aurait bien plus de choses à ajouter à ce qu’en dit le journal new-yorkais. En fait, tout au long des relations entre les deux pays, l’Empire n’agit jamais en faveur de Cuba : il ne fait que réagir à des cas extrêmes dans lesquels la situation devient embarrassante ou gênante pour lui,  ou cesse de l’arranger. Ainsi, mais on ne le sait guère, le point de départ essentiel de l’émigration illégale cubaine est l’existence de la Loi d’ajustement cubain adoptée par le Congrès de Washington, qui remonte à 1966 et en vertu de laquelle tout Cubain parvenant à mettre le pied sur le territoire étasunien, quel que soit le moyen qu’il aurait employé pour ce faire, y compris après mort d’homme ou piraterie aérienne ou maritime, est immédiatement accueilli, reçoit une aide, se voit offrir un travail et bénéficie au bout d’un an du droit de séjour aux USA, un privilège exorbitant réservé uniquement aux Cubains parmi toutes les autres nationalités du monde et qui vise bien entendu à stimuler l’émigration illégale. Le jour où il existera par exemple une Loi d’ajustement mexicain, ou salvadorien, ou haïtien, ou chilien, ou argentin, etc., les USA seront inondés. Mais seuls les Cubains, je le répète, jouissent de cet incommensurable privilège qui se maintient tel quel, bien que Washington ait durci les conditions d’entrée dans le pays et expulse les illégaux à tour de bras !

Bref, la première mesure pour garantir, selon le souhait des deux gouvernements en 1994, cette « migration sûre, légale et ordonnée », une terminologie bateau reprise dans chaque déclaration, serait bien entendu – et  n’importe qui le comprend sans être un diplomate de génie – d’abroger le facteur clef de cette émigration illégale, de briser le miroir aux alouettes, à savoir la Loi d’ajustement cubain. Mais comme celle-ci est une arme de la guerre tous azimuts que Washington livre depuis cinquante ans contre la Révolution cubaine, il n’en est pas question à la Maison-Blanche. Faute, donc, de régler la situation migratoire à sa racine, comme le demande constamment La Havane, Washington se contente de laisser faire les choses tant que cela « embête » l’adversaire et de réagir quand certains événements impliquent pour ses propres intérêts un retour de bâton.

Ce fut le cas à l’été 1994 lors de la fameuse « crise des balseros », découlant à la fois de la terrible situation économique que connaissait Cuba après l’effondrement du camp socialiste européen (« Période spéciale ») et de l’énorme propagande (du niveau de la guerre psychologique, avec incitation à la violence et au terrorisme) en provenance de Miami pour pousser les Cubains à partir (le pays est sans avenir et va s’effondrer, mieux vaut l’abandonner). Je ne vais pas refaire cette histoire. Juste signaler, parce que c’est une constante, que cette crise comme tant d’autres (entrées dans des ambassades, piraterie aérienne ou maritime) fut soigneusement planifiée, la simultanéité des évènements en faisant foi.

Ainsi, le 28 mai 1994, des individus pénètrent dans la résidence de l’ambassadeur belge ; le 18 juin 1994, plus d’une centaine d’individus (dont vingt-cinq enfants, l’un ayant à peine quelques mois) pénètrent dans les ambassades de Belgique et d’Allemagne et au consulat du Chili ; cette affaire conclut quelque temps après, une fois que le gouvernement cubain a fait savoir qu’il n’y aura aucune négociation à ce sujet : « Absolument personne entrant de force dans un siège diplomatique n’aura l’autorisation de partir du pays, ni avant ni après. C’est là une position invariable, et nous ne céderons sous aucun prétexte. »

Le coup des ambassades ayant fait fiasco, la nouvelle tactique s’oriente vers la piraterie maritime. Dès le 13 juillet 1994, des individus détournent un remorqueur en réparation dans le port de La Havane et tentent de gagner les États-Unis. Un autre remorqueur qui, sur décision de son équipage, s’est lancé à la poursuite pour empêcher ce détournement, le heurte à sept milles de la côte – la mer est mauvaise – et le premier coule. Les services de garde-côte parviennent à sauver trente et une personnes, mais un nombre indéterminé de candidats à l’émigration illégale périt. Le 26 juillet, quatre individus fortement armés séquestrent un petit ferry qui fait la navette entre les deux rives de la baie de La Havane et où se trouvent trente passagers, dont certains sont jetés à l’eau ; au large, un garde-côte étasunien récupère les pirates, tandis que le bateau cubain peut regagner le port. Le 3 août, des individus armés détournent un autre ferry et le conduisent aux USA. Le 4 août, des individus séquestrent le ferry déjà attaqué le 26 juillet, assassinent un jeune policier de dix-neuf ans qui fait partie des passagers et prennent le large ; à court de carburant, ils sont abordés par un garde-côte cubain qui libère les passagers et capture les pirates. Le 5 août, de nombreux individus qui se sont rassemblés sur le front de mer havanais dans l’attente de navires qui doivent censément venir de Miami les amener aux USA (c’est du moins ce que la radio de Miami leur a fait croire), tentent, pleins de frustration, de provoquer une émeute, brisent des vitres de magasins et d’hôtels, attaquent la police ; la population intervient pour mettre un terme à l’émeute, l’intervention de Fidel désarmé accompagné de ses gardes du corps désarmés eux aussi ramenant le calme définitif. Le 8 août, un individu détourne un bateau auxiliaire de la marine de guerre à Mariel, assassinant pour ce faire un lieutenant de vaisseau, et arrive aux USA où les autorités l’accueillent en héros et refusent de le renvoyer à Cuba pour y être jugé comme meurtrier. Le 14 août, un pétrolier battant pavillon maltais qui fait du cabotage le long des côtes cubaines est abordé au port de Mariel par des centaines d’individus afin de gagner les USA, apparemment avec la complicité de son capitaine grec ; la fermeté des autorités cubaines fait échouer ce détournement.

Et c’est justement au terme de ces trois mois de troubles – dans lesquels les USA sont loin d’être innocents, bien entendu – que Clinton décide finalement de « faire quelque chose ». Le 20 août, compte tenu de l’élévation de l’immigration illégale et des ennuis que cela lui cause, son administration adopte différentes mesures pour l’empêcher – pour la première fois depuis le début de la Révolution cubaine ! Ainsi, les émigrants illégaux ne pourront jamais entrer aux USA et seront enfermés une fois capturés dans la base (illégale) de Guantánamo. (Comme on le voit, l’idée d’ouvrir une prison dans cette base volée à Cuba n’est pas de Bush ! D’ailleurs, le ministère des Relations extérieures cubain avait dû protester, le 10 août, contre le fait que les USA y détenaient dans des conditions infrahumaines près de 16 000 émigrants haïtiens capturés en mer.) Ce qui entre en contradiction, bien entendu, avec la Loi d’ajustement cubain…

Mais, curieusement, dans le style « le bâton et la carotte », l’administration Clinton adopte des mesures de représailles contre Cuba : elle supprime totalement les envois de fonds familiaux des Cubano-Américains à leurs familles de l’île, restreint strictement la quantité de médicaments et d’aliments qu’ils peuvent expédier, réduit la quantité de dessertes aériennes hebdomadaires entre Miami et La Havane. (Encore une fois, les représailles visant l’argent et les biens que peuvent envoyer les Cubano-Américains ne sont pas une invention de Bush fils ; elles proviennent de Bill Clinton.) Le 24 août, la Section des intérêts nord-américains (SINA) de La Havane avertit dans une note que tout Cubain abandonnant illégalement le pays sera expédié à la base navale de Guantánamo, qu’il n’y sera pas traité en tant que réfugié et qu’il n’obtiendra pas de visa pour entrer aux USA.

Le 30 août 1994, on apprend que les gouvernements étasunien et cubain soutiendront des conversations sur les questions migratoires. A peine dix jours après, le 9 septembre, les deux pays souscrivent un accord migratoire dont l’essentiel est le suivant : 1) Les Cubains qui tenteraient d’entrer illégalement aux USA et seraient arraisonnés en mer ne pourront pas y pénétrer, mais seront placés dans des installations hors du pays ; 2) Les USA renoncent à leur pratique de délivrer une autorisation provisoire à tous les émigrants cubains qui entrent dans le pays par des voies irrégulières ; 3) Cuba adoptera les mesures à sa portée pour empêcher les départs sans sécurité ; 4) Les deux parties font leur la récente résolution des Nations Unies sur le traite des êtres humains ; 5) Les deux gouvernements prendront les mesures efficaces à leur portée pour empêcher l’usage de la violence par les pirates de la mer ou de l’air ; 6) Les USA permettront l’entrée légale d’au moins 20 000 Cubains par an, faciliteront l’entrée des Cubains en ayant le droit qui se trouvent sur la liste d’attente. Le retour éventuel des Cubains arrivés aux USA ou dans des installations extérieures, sera réglé par les voies diplomatiques ; 7) Les deux pays continueront de converser sur des points relatifs à l’émigration non encore abordés et réviseront tous les quarante-cinq jours l’exécution de l’accord.

Voilà en quoi consistait l’accord migratoire signé à l’époque de Clinton et mis sous le boisseau puis carrément éliminé par Bush fils.

En fait, pour être précis, les premières conversations sur ce thème remontaient à dix ans plus tôt, à la mi-décembre 1984, Fidel ayant même été assez optimiste pour croire que les conditions avaient été créées pour normaliser les relations migratoires entre les deux pays. Le chef de la Maison-Blanche était alors un dur qui avait lui aussi la gâchette rapide, Ronald Reagan, le père des néoconservateurs, prêt à tout lui aussi à liquider la « source du mal » en Amérique latine, la Révolution cubaine… Les conversations sont interrompues à cause de la politique centraméricaine de la Maison-Blanche et ne reprennent que trois ans après, en décembre 1987 au Mexique.

Bref, en annonçant son souhait de négociations en matière migratoire, Obama n’innove guère par conséquent, puisque même un Reagan y avait trouvé son bien !

Obama ira-t-il plus loin que son prédécesseur démocrate ou alors se bornera-t-il à un simple retour au passé, au statu quo ante ? Pour aller plus loin qu’eux, pour innover vraiment, il lui suffirait de demander l’abrogation de la Loi d’ajustement cubain. Tant qu’elle sera en vigueur, aucune véritable normalisation ne sera possible.

Ou bien laissera-t-il la mafia terroriste cubano-américaine de Miami le mener par le bout du nez, comme elle avait mené Clinton, quand elle fit l’impossible pour torpiller cet accord migratoire qui ne lui convenait pas (aucun arrangement entre Washington et La Havane, si minime soit-il, ne lui étant profitable…), les nombreuses incursions des avions du groupe Hermanos al rescate ayant visé précisément, entre autres objectifs, à provoquer des incidents avec les autorités cubaines : le piège réussit parfaitement et conduisit à l’ « incident » (prémédité) du 24 février 1996 où les Migs cubains abattirent deux Cessna à usage militaire dans les eaux territoriales de l’île, prétexte rêvé aux mains de la mafia pour mobiliser toutes ses influences au Congrès et dans l’administration pour obtenir que Clinton, censément à contrecœur, signe la Loi Helms-Burton.

Le problème d’Obama, c’est que, bien qu’une majorité d’Etasuniens et de législateurs soient d’accord pour une normalisation des relations avec la Révolution cubaine, il continue de penser « à ses électeurs ».  Ce n’est pas moi qui le dis, mais The New York Times : «  Consciente des problèmes politiques nationaux que tout changement dans les relations avec Cuba pourrait provoquer, l’administration Obama s’efforce de tracer des limites solides à tout engagement. » Bien entendu, on l’aura compris, les « problèmes politiques nationaux » sont un euphémisme pour : la mafia terroriste cubano-américaine de Miami ! Comme le prouve la suite de l’article : Le sénateur Menéndez [d’origine cubaine et membre éminent de ladite mafia], qui préside la commission chargée d’approuver les programmes d’aide étrangère, a affirmé qu’il retirerait le financement des États-Unis à l’OEA – soit autour de 60 p. 100 de son budget – si elle invitait Cuba à la rejoindre. » Mais que ces messieurs de l’OEA ne s’inquiètent pas de se retrouver sans le sou, car la Révolution cubaine a dit sur tous les tons et sur tous les toits et à tous les vents qu’elle ne réintégrerait jamais ces écuries d’Augias.

Alors, Obama continuera-t-il de faire des sauts de cabri par-dessus l’administration Bush pour en revenir à l’administration Clinton, voire avant, ou se dotera-t-il d’une politique à lui ?

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel : DES SIGNES QUI NE TROMPENT PAS

Il n’y a pas deux opinions différentes sur la question de la grippe A (H1N1).

J’ai appuyé sans la moindre hésitation la décision adoptée par le Gouvernement révolutionnaire de Cuba dès que l’existence de l’épidémie a été connue.

Notre pays a une longue expérience quand il s’agit de protéger le peuple en cas de catastrophes, d’épidémies et de fléaux, ou d’autres situations similaires de caractère naturel, accidentel ou intentionnel.

Notre politique de coopération invariable avec d’autres peuples est aussi prouvée.

La critique faite au gouvernement cubain et la menace de représailles qu’elle contenait ont été tout à fait injustes, d’autant qu’on nous a présentés comme une nation hostile au peuple mexicain.

Ce qui a poussé Cuba à prendre la mesure qu’elle a prise n’avait rien à voir avec les voyages touristiques, mais avec quatre cents jeunes Mexicains qui font des études de médecine à Jagüey Grande, tout comme en font, dans d’autres facultés de médecine, environ 24 000 jeunes d’Amérique latine et des Caraïbes, et d’autres peuples du monde, dont certains proviennent de petits pays distant d’Océanie.

Cuba ne vole pas des cerveaux ni ne ponctionne des médecins à d’autres peuples au détriment de leurs services de santé et aux prix de vies innombrables, comme le font les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres pays développés et riches.

La mesure adoptée par l’Institut d’aéronautique civile de Cuba disait textuellement : « Interrompre à titre provisoire les vols réguliers et charters entre Cuba et le Mexique à partir du 29 avril 2009, à 00 h. Une fois disparues les causes qui ont motivé cette décision, les opérations aériennes seront rétablies, et les intéressés en seront informés en temps opportun. »

La mesure a pris effet six jours après les mesures draconiennes adoptées par les autorités mexicaines, qui ont interrompu les classes concernant trente-trois millions d’élèves, et d’autres mesures similaires que nous ne pouvons pas juger, les autorités mexicaines qui connaissent la situation réelle étant les seules à pouvoir le faire

Nos propres mesures ont impliqué aussi des sacrifices pour Cuba. Mais l’important pour notre gouvernement était de protéger la population selon les normes établies.

L’épidémie a gagné maintenant les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Europe en général et des dizaines d’autres pays. Il faudra employer désormais d’autres mesures de protection en rapport avec cette nouvelle réalité.

La secrétaire mexicaine aux Relations extérieures, Patricia Espinosa, s’était vraiment efforcée ces derniers temps d’améliorer les relations avec Cuba, que des dirigeants irresponsables – pour des raisons connues que je préfère maintenant ne pas mentionner – avaient sérieusement dégradées quand George W. Bush cherchait des prétextes pour attaquer « par surprise et d’une manière préventive » notre patrie, considérée comme l’un de la soixantaine de « recoins sombres du monde ».

Le secrétariat mexicain aux Relations extérieures a fait savoir que, malgré les critiques de Fidel Castro, Bruno Rodrígez Parilla, notre ministre des Relations extérieures, avait, à la réunion de Prague entre le Groupe de Río et l’Union européenne, souscrit à une déclaration manifestant la reconnaissance aux autorités mexicaines.

Ce que Bruno a fait à Prague est tout à fait correct. Il s’est réuni autant de temps qu’il a fallu pour écouter attentivement la secrétaire mexicaine et échanger avec elle, tout en lui faisant connaître la position de Cuba. Pour éviter des complications, je ne donnerai pas de détails sur cet entretien ni sur l’opinion qu’il a transmise au sujet de la conversation qu’un important fonctionnaire du ministère mexicain a eue avec notre ambassadeur au Mexique,

J’ajouterai seulement que la rencontre entre Bruno et Patricia à Prague a été respectueuse et franche. Notre ministre lui a exprimé la solidarité de Cuba avec son pays et sa volonté de coopérer avec le peuple mexicain pour faire face à l’épidémie.

Bruno est intervenu à la réunion ministérielle entre le Groupe de Rio et l’Union européenne pour expliquer clairement la position de Cuba, les mesures adoptées par notre gouvernement pour protéger la population, a rappelé que des épidémies avaient été introduites dans notre pays, y compris la dengue hémorragique qui a causé la mort de cent deux enfants, a repris mes Réflexions, a évoqué l’unité étroite des révolutionnaires et la coopération internationale de Cuba dans le domaine de la santé.

Recourir à l’intrigue, au mensonge et à la menace est un signe qui ne trompe pas que l’adversaire idéologique est en train de perdre la bataille.

Fidel Castro Ruz

Le 16 mai 2009

19 h 45

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Cuba et les contradictions de Barack Obama

par Salim Lamrani*

Le président Obama, qui avait soulevé bien des espoirs en Amérique latine, n’a pas tardé à décevoir. Après avoir annoncé de manière spectaculaire une révision de la politique de Washington à l’égard de Cuba, il s’est dédit. Sur ce point, comme sur bien d’autres, Barack Obama a annulé les excès trop voyants de George W. Bush pour mieux renouer avec la politique impériale classique de ses prédécesseurs.

Le 13 avril 2009, à la veille du Vème Sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago, Barack Obama avait assoupli les sanctions économiques contre Cuba en levant les restrictions affectant les Cubains vivant aux États-Unis. Désormais, ces derniers peuvent se rendre dans leur pays d’origine autant de fois qu’ils le souhaitent (contre 14 jours tous les trois ans auparavant), et effectuer des transferts de fonds illimités à leurs familles (contre 100 dollars par mois auparavant) [1].

Le Sommet, auquel La Havane n’a pas participé ne faisant plus partie de l’Organisation des États Américains (OEA) depuis son expulsion en 1962, a été dominé par le thème Cuba. Lors du discours inaugural, la présidente argentine Cristina Kirchner a exhorté Washington à éliminer l’état de siège imposé au peuple cubain depuis août 1960. Les 32 autres mandataires des nations latino-américaines et caribéennes ont également lancé un appel à la Maison-Blanche lui demandant de mettre un terme à une situation anachronique et cruelle qui affecte les catégories les plus vulnérables de la population [2].

Le président Obama a fait part de sa volonté de chercher « une nouvelle approche avec Cuba [3] ». « Je crois que nous pouvons mener les relations entre les États-Unis et Cuba vers une nouvelle direction », a-t-il souligné. « Je suis ici pour ouvrir un nouveau chapitre de rapprochement qui se poursuivra durant mon mandat », a-t-il conclu. De son côté, la secrétaire d’État Hillary Clinton a reconnu que la politique cubaine des États-Unis « avait échoué [4] ».

Cependant, dès la fin du Sommet des Amériques, la Maison-Blanche a changé de ton. Le 19 avril 2009, David Axelrod, conseiller politique du président, a noté que son gouvernement ne lèverait pas les sanctions économiques immédiatement. « Nous en sommes encore loin », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision CBS [5]. Clinton, quant à elle, a fait une déclaration peu amène et peu diplomatique au sujet du gouvernement de La Havane en soulignant qu’il s’agissait d’un « régime touchant à sa fin », laissant ainsi paraître de sérieux doutes quant à sa volonté de résoudre les différends entre les deux nations [6].

Par la suite, le président Obama a imposé à Cuba comme condition préalable à un dialogue bilatéral qu’elle effectue des changements dans sa politique interne avec notamment une réduction des taxes concernant les flux financiers, sachant pertinemment que le gouvernement de Raúl Castro n’accepterait aucune ingérence dans les affaires internes de son pays. En effet, c’est comme si La Havane exigeait de Washington l’établissement d’un système de sécurité sociale universelle aux États-Unis avant d’entamer toute discussion [7].

De son côté, Raúl Castro a réitéré sa disposition à dialoguer avec Washington sur n’importe quel sujet « y compris les droits de l’homme, les prisonniers politiques et la liberté de la presse », à condition que cela se fasse sur une base d’égalité, de réciprocité et de non-ingérence [8]. Il a également rappelé que la balle était dans le camp d’Obama : « Cuba n’a imposé aucune sanction contre les États-Unis ni contre ses citoyens. Ce n’est pas Cuba qui empêche les entreprises de ce pays de faire du commerce avec le nôtre, ce n’est pas Cuba qui poursuit les transactions financières réalisées par les banques nord-américaines, ce n’est pas Cuba qui dispose d’une base militaire sur le territoire des États-Unis contre la volonté de son peuple. Ce n’est donc pas à Cuba d’effectuer des gestes. Il n’y a pas de prétexte politique ou moral pour justifier la continuité de cette politique [9] ».

Les appels en faveur d’un allègement des sanctions contre Cuba se multiplient aux États-Unis. Le prestigieux Lexington Institute a publié un rapport de 50 pages en ce sens sous le titre Options pour un engagement : un guide de ressources pour réformer la politique des États-Unis à l’égard de Cuba [Document téléchargeable en bas de page]. Le centre d’études politiques a recommandé à l’administration Obama de retirer les conditions imposées à Cuba comme préalable à tout dialogue. En effet, La Havane n’est pas sensible au langage de l’intimidation et n’accepte aucune ombre à sa souveraineté [10]..

La représentante démocrate Kathy Castor du district de Tampa en Floride a également demandé au gouvernement d’élargir le nombre d’aéroports autorisés pour les voyages à Cuba, pour faire face au nombre croissant de demandes qui entraîne de sérieux problèmes de logistique. Actuellement seuls les aéroports de Miami, New York et Los Angeles disposent du permis pour réaliser des vols vers Cuba [11].

Enfin, la puissante Chambre du Commerce des États-Unis a lancé une initiative en faveur de la levée des restrictions commerciales avec le soutien de plusieurs membres du Congrès. « Le bon sens populaire veut que l’on change une politique qui n’a pas fonctionné. Nous avons essayé pendant 50 ans sans résultats. Il est temps de trouver autre chose », a déclaré Thomas J. Donohue, président de l’organisation regroupant près de 3 millions d’entreprises états-uniennes. « Nous sommes en train de perdre de grandes opportunités commerciales dans un marché qui se trouvent à 90 miles [140 km] de nos côtes. D’autres pays comme la Chine sont en train d’en profiter, il n’est pas encore trop tard pour commencer à les récupérer », a-t-il ajouté [12].

Mais au lieu d’effectuer un pas dans ce sens, Obama est allé dans la direction opposée. En effet, en mai 2009 le département du Trésor a infligé une amende de 110 000 dollars à l’entreprise pétrolière Varel Holdings pour avoir exporté des technologies à Cuba. Pourtant, les transactions ont eu lieu entre juin 2005 et juin 2006, c’est-à-dire sous l’administration Bush, par le biais d’une filiale basée à l’étranger. Une fois de plus, le caractère extraterritorial des sanctions économiques apparaît au grand jour. Ainsi, loin d’entendre les appels en faveur d’une politique plus rationnelle, Obama a préféré suivre les pas de son prédécesseur [13].

Une autre décision prise par le département d’État illustre le manque de crédibilité des États-Unis dans leur volonté de normaliser les relations avec l’île des Caraïbes. Le 30 avril 2009, Washington a de nouveau inclus —sans raison valable— Cuba dans la liste des pays promoteurs du terrorisme, provocant une forte réaction du côté de La Havane qui a accusé les États-Unis d’être un « délinquant international », en référence aux agressions commises en Afghanistan et en Irak. Par ailleurs, les États-Unis « ont historiquement de lourds antécédents d’actions de terrorisme d’État et pas seulement contre Cuba », a déclaré Bruno Rodríguez Parrilla, ministre cubain des Affaires étrangères. « Jamais le territoire cubain n’a été utilisé pour financier ou exécuter des actes terroristes contre les États-Unis. Le département d’État qui publie ces rapports ne pourrait pas en dire autant », a-t-il ajouté en référence aux plus de 5 780 attentats terroristes commis contre Cuba qui ont coûté la vie à 3 478 personnes depuis 1959 [14].

Ricardo Alarcón, président de l’Assemblée nationale cubaine, a également fustigé la double morale étasunienne en matière de lutte contre le terrorisme, en se référant à Luis Posada Carriles, criminel international responsable de plus d’une centaine d’assassinats, réfugié à Miami et que Washington refuse de juger ou d’extrader :

« Pourquoi Washington refuse de répondre à la requête formelle pour l’extradition de Luis Posada Carriles au Venezuela ? Elle a été reçue il y a plus de quatre ans et est restée sans réponse. Les conventions internationales contre le terrorisme sont très claires et ne laissent aucune alternative aux États-Unis. Posada doit être extradé afin d’être jugé pour avoir fait exploser un avion civil en vol ou alors les États-Unis se trouvent dans l’obligation de le mettre en examen pour le même crime « sans aucune exception possible ». Il faut extrader ou juger immédiatement Posada sinon les États-Unis continueront d’être en violation de l’article 7 de la Convention de Montréal sur la protection de l’aviation civile et de tous les autres instruments légaux contre le terrorisme international, ainsi qu’avec la résolution 1373 de septembre 2001 du Conseil de sécurité des Nations unies [15] ».

Le président Obama est en train de revenir sur les promesses faites à l’opinion internationale. Ainsi, après s’être montré implacable sur les tribunaux d’exception instaurés par l’administration Bush à Guantanamo —territoire cubain illégalement occupé par les États-Unis— qu’il avait qualifiés d’ « échec monumental », le locataire de la Maison-Blanche a tout simplement décidé de conserver les commissions militaires, annulant de facto la fermeture des prisons de Guantanamo, et suscitant l’ire des organisations internationales [16]. Il a également choisi de mettre son veto sur la publication de photos illustrant les actes de torture commis par la CIA, contredisant une nouvelle fois sa volonté affirmée à maintes reprises de faire la lumière sur les exactions commises sous le règne de Georges W. Bush [17].

Le monde entier a les yeux rivés sur Barack Obama qui dispose d’une opportunité historique pour mettre un terme à une agression longue de cinquante ans contre le peuple cubain. Il n’y a plus aucune justification du statu quo actuel.

Documents joints

Options for Engagement. A Resource Guide for Reforming U.S. Policy toward Cuba (Lexington Institute)
(PDF – 340.6 ko)

 Salim Lamrani
Enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis. Auteur de Cuba face à l’empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d’État, dernier ouvrage publié en français : Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme.


[1] « Le premier geste de Barack Obama à l’égard de Cuba », par Salim Lamrani, Réseau Voltaire, 18 avril 2009.

[2] Agence France-Presse, « Presidenta argentina pide a Obama que levante embargo contra Cuba », 17 avril 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Cristina Fernández abogó por Cuba en discurso inaugural de Cumbre de las Américas », 17 avril 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Daniel Ortega rechazó política intervencionista de Estados Unidos », 17 avril 2009.

[3] The Associated Press, « Obama Seeks ‘New Beginning’ With Cuba », 17 avril 2009.

[4] Macarena Vidal, « Obama ofrece ‘un nuevo comienzo’ en las relaciones con Cuba », EFE, 17 avril 2009.

[5] EFE, « Asesor de Obama : EEUU está lejos de levantar el embargo », 19 avril 2009.

[6] Agence France-Presse, « Clinton afirma que régimen de Castro en Cuba ‘está finalizando’ », 22 avril 2009.

[7] Frances Robles, « Obama a Raúl Castro : ‘Ahora es su turno’ », The Miami Herald, 19 avril 2009.

[8] The Associated Press, « Castro Says Cuba Willing to Talk on Equal Terms », 16 avril 2009.

[9] Agence France-Presse, « Raúl Castro responde a Obama : No es Cuba la que tiene que hacer gestos », 29 avril 2009.

[10] Juan Carlos Chávez, « Informe sugiere ‘más realismo’ en nexos con Cuba », El Nuevo Herald, 21 avril 2009

[11] EFE, « Piden que se pueda viajar a la isla desde más aeropuertos », 28 avril 2009.

[12] Nestor Ikeda, « Dueños de empresas y congresistas piden comercio con Cuba », The Associated Press, 6 mai 2009.

[13] Wilfredo Cancio Isla, « Multa a petrolera por exportar tecnología a Cuba », El Nuevo Herald, 7 mai 2009.

[14] El Nuevo Herald, « EEUU deja a Cuba en la lista de países terroristas », 1er mai 2009.

[15] Ricardo Alarcón de Quesada, « Cuba : The Imperial Ignorance », Znet, 13 mai 2009.

[16] Le Monde, « Barack Obama maintient les tribunaux d’exception », 16 mai 2009.

[17] Jennifer Loven, « Obama Seeks to Block Release of Abuse Photos », The Associated Press, 14 mai 2009.

source : voltairenet

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

II y a cinquante ans, la Révolution cubaine réalisait un pas décisif : la réforme agraire

http://francecuba-lillemetropole.org/images/fidel/leonard_fig01a.jpg

Le 17 mai 1959 est une date mémorable pour les cubains. C’est en plein coeur de la Sierra Maestra, à l’endroit même où avait été installé un campement de l’Armée rebelle, que le Commandant Fidel Castro a signé la Loi de Réforme Agraire, marquant ainsi une étape déterminante pour la Révolution qui avait triomphé quelques mois auparavant.

À cette occasion, Fidel a déclaré : « A notre avis, cette Loi marque le début d’une étape totalement nouvelle pour notre vie économique. Un futur splendide s’ouvre pour notre Patrie si nous unissons tous nos efforts ».

La situation des paysans était à l’époque tout à fait précaire. 1,5% des propriétaires possédaient plus de 46% de la surface totale de terres agricoles. A l’opposé, 11 000 petites fermes d’une surface inférieure à 26,8 hectares occupaient en tout moins de 12% de la surface totale de Cuba.

Il y avait 150 000 familles de fermiers, de colons, de métayers et d’autres agriculteurs qui n’étaient pas les propriétaires des terres qu’ils travaillaient, raison pour laquelle ils vivaient sous la menace constante de l’expulsion.

Sous la pression du peuple cubain, et en particulier des communistes, l’interdiction du latifundium était inscrite dans la Constitution de 1940, mais la loi était restée lettre morte et rien n’avait été fait pour l’éliminer.

Dans sa plaidoirie « L’histoire m’absoudra », prononcée après l’attaque à la Caserne Moncada qui avait eu lieu le 26 Juillet 1953, Fidel avait déclaré que si cette action révolutionnaire avait triomphé, l’une des premières tâches aurait été de résoudre la situation des paysans de l’île. C’était encore ce que se proposaient les initiateurs du mouvement révolutionnaire qui allait parvenir au pouvoir le Premier Janvier 1959.

Quelques jours après son arrestation, à la suite de l’assaut à la Caserne Moncada, dans la cellule du poste de police de Santiago de Cuba où il se trouvait détenu, le jeune Raul Castro a déclaré :

« Il fallait commencer par détruire le gouvernement pour pouvoir ensuite améliorer le pays et le faire progresser comme il devrait ; pour pouvoir faire une réforme agraire, mais cela ne veut pas seulement dire : donner la terre aux paysans, c’est plus que cela, c’est leur donner la terre et les aider à la rendre productive ».

En pleine guerre de guérilla, Fidel avait déjà signé la loi de l’Armée Rebelle qui donnait aux paysans des zones libérées les terres qu’ils travaillaient quand ils n’en étaient pas propriétaires.

Le 17 mai 1959, la Loi de Réforme Agraire a permis de distribuer la terre à des milliers de familles paysannes. Environ un million de personnes en avaient, en tout, bénéficié.
Elle avait été signée 13 ans après l’assassinat du leader paysan Niceto Pérez.

Comme l’a signalé Fidel dans le discours qu’il a prononcé après la signature de la loi, cette mesure prise par la révolution avait l’appui d’environ 98% de la population. C’était une décision importante qui a permis de redistribuer des terres appartenant à des latifundistes de l’oligarchie cubaine ou à des sociétés nord-américaines. Plus tard, d’autres lois ont été promulguées pour approfondir les réformes.

Cette loi, d’une importance sociale et économique transcendantale, a signifié, pour Cuba, une radicalisation du processus révolutionnaire et a entraîné l’opposition déclarée des États Unis.

Fidel avait baptisé cette loi « la fiancée de la révolution ». Cuba s’est mariée avec elle pour toujours. A cinquante ans de sa promulgation, réalisée en bénéfice de tous, le pays continue à réaliser des transformations dans le secteur agricole afin d’élever les niveaux de production et de parvenir à une meilleur utilisation des terres.

Tiré de l’ACN

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Réflexions du compañero Fidel,CE QU’A FAIT SAVOIR LA REVUE SCIENCE

Quand j’écrivais tôt le matin les Réflexions lues aujourd’hui au Journal télévisé et publiées par CubaDebate, je n’avais pas encore lu une dépêche écrite depuis Mexico par Mark Stevenson y David Koop, et transmise par AP, la principale agence de presse des États-Unis.
Bien entendu, elle n’avait pas du tout l’intention de me donner raison en affirmant à plusieurs reprises que j’avais accusé le Mexique d’avoir occulté l’épidémie jusqu’après la visite d’Obama dans le pays.
J’ai poursuivi sans broncher ma lecture de la dépêche apparaissant dans les bulletins qui collectent des nouvelles de la presse internationale et non incluse par conséquent dans les 362 pages publiées hier par les agences accréditées à Cuba.
Cette dépêche de l’AP est particulièrement intéressante par les temps qui courent. La voici textuellement :
« La visite d’Obama (16 avril) a eu lieu une semaine avant que les fonctionnaires de la santé n’annoncent que la grippe porcine s’était disséminée, ce qui a finalement contraint les autorités à décider de la fermeture massive qui a pratiquement paralysé de nombreux endroits du pays.
« Selon une étude publiée ce lundi-ci par la revue Science, il existait peut-être dès le 23 avril, date où l’épidémie a été annoncée, un total de 23 000 cas de grippe porcine. Celle-ci cause la mort de 0,4 à 1,4 p. 100 de ses victimes, mais l’auteur principal de l’étude, Neil Ferguson, de l’Imperial College de Londres, a affirmé que les données étaient encore incomplètes.
« “Il s’avère très difficile, à cette étape, de quantifier son impact sur la santé humaine”, a-t-il précisé.
« L’analyse publiée par Science suggère qu’il existe bien plus de cas que ceux que les laboratoires ont confirmés, entre 6 000 et 32 000 au Mexique depuis le 23 avril. La grippe s’est répandue depuis dans le monde entier et, toujours selon cette étude, semble être bien plus contagieuse que la grippe saisonnière habituelle.
« Les chercheurs ont aussi comparé l’ADN des virus dans vingt-trois cas confirmés et estimé que les premier cas avaient dû apparaître le 12 janvier, probablement par transmission entre les personnes, bien qu’ils estiment qu’elle a pu avoir éclaté à n’importe quel moment entre le 3 novembre et le 2 mars.
« Les chercheurs ont indiqué que la grippe H1N1 de 2009 sera, semble-t-il, aussi sévère que celle de 1957, mais moins que la version mortelle de 1918.
« La réouverture des jardins d’enfants et des écoles primaires et secondaires fermés depuis le 24 avril a été la mesure prise la plus récemment en vue de rétablir une certaine normalité, tandis que les affaires, les services publics, les lycées et les universités ont rouvert leurs portes la semaine dernière.
« Mais 6 des 31 États mexicains ont ajourné la réouverture des écoles à la semaine prochaine à cause de l’augmentation des cas de grippe à l’échelle locale, et un septième État l’a repoussé d’un jour de plus, jusqu’à mardi. Le département de l’Éducation a annoncé qu’il ajouterait sept jours à l’année scolaire pour rattraper le temps perdu.
« Mais tandis que les fonctionnaires faisaient l’éloge de la façon dont les systèmes d’éducation et de santé avaient répondu à la crise, on constate que le système de santé mexicain, déjà surchargé, commence à  donner des signes qu’il est soumis à de grandes pressions.
Des dizaines de travailleurs de la santé subordonnés au gouvernement, dont des médecins et des infirmières, ont défilé et bloqué les rues dans la ville côtière de Jalapa pour exiger des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail.
« “Le gouvernement nous a appelés à l’aide pour combattre l’épidémie de grippe, et nous lui demandons maintenant d’être justes envers nous”, a affirmé l’infirmière Mariano Cortés, l’une des organisatrices de la protestation. »
Que d’efforts n’ai-je pas faits pour prouver que des symptômes avaient commencé à apparaître dès la fin mars, cinq semaines avant l’annonce officielle de l’épidémie ! Or, selon la revue Science, la maladie a peut-être fait son apparition au Mexique entre janvier et mars 2009.
Ce n’est pas moi qui ai écrit cette dépêche de presse ni l’article de Science. Comme la quantité de malades qu’elle évalue représente plus de dix fois celle que j’avais indiquée et qu’il s’agit d’une des revues scientifiques les plus prestigieuses au monde, je me demande si le président mexicain et les dirigeants de son parti ont déjà rendu visite à l’ambassadeur étasunien pour le menacer de rompre les relations diplomatiques avec son pays.
J’ai noté avec inquiétude il n’y a guère longtemps que monsieur l’honorable président mexicain s’était irrité de me voir critiquer dans une de mes Réflexions son illustre prédécesseur. Quelle sottise de ma part de mentionner cette vestale de l’oligarchie mexicaine ! Et il a éprouvé le besoin de protester dans un commentaire public.
Certains se demandent à quel titre je parle. Je l’ai dit très clairement : en tant que « compañero Fidel ». Je suis fier d’être militant du Parti communiste de Cuba. J’ai intitulé l’écrit qui a tant indisposé le président Calderón : « Ce qu’il m’est venu à l’esprit. » Exactement ce à quoi je pensais en lisant sa déclaration contre Cuba. Je n’ai pas violé de normes morales. J’ai dit en toute franchise et sans insulter personne ce que je pensais. Dix présidents étasuniens m’ont servi d’entraînement. Je respecte beaucoup l’un d’eux : Carter. Un autre a montré tantôt le meilleur tantôt le pire. Plusieurs autres, uniquement le pire, faute d’avoir mieux à offrir. Le onzième, je l’observe avec attention. Je leur sais gré à tous de m’avoir tant appris en bataillant avec les puissants.
Je n’ai plus rien à ajouter pour aujourd’hui.

Fidel Castro Ruz
Le 14 mai 2009
19 h 14

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner au blog

Powered by WordPress | Compare Best Sprint Phone Deals Online. | Thanks to Credit Card Deals, Best CD Rates and Sell cars

Social Widgets powered by AB-WebLog.com.