Réflexions du compañero Fidel : LE DROIT DE L’HUMANITÉ À L’EXISTENCE

Les changements climatiques causent d’ores et déjà des dommages considérables, et des centaines de millions de pauvres en souffrent les conséquences.

Les centres de recherche les plus avancés assurent qu’il reste très peu de temps pour échapper à une catastrophe irréversible. Selon James Hansen, de l’Institut Goddard, de la NASA, un niveau de trois cent cinquante parties de dioxyde de carbone par million est encore tolérable ; or, il dépasse actuellement trois cent quatre-vingt-dix et il augmente tous les ans à raison de deux parties par million, soit plus que les niveaux d’il y a six cent mille ans. Les deux dernières décennies ont été les plus chaudes depuis qu’il existe des mesures. Ce gaz a augmenté de quatre-vingts parties par million ces cent cinquante dernières années.

Les glaces de la mer Arctique, l’énorme couche de deux kilomètres d’épaisseur qui couvre le Groenland, les glaciers d’Amérique du Sud qui alimentent les principales sources d’eau douce de cette région, le volume colossal qui couvre l’Antarctique, la couche qui reste encore sur le Kilimandjaro, les neiges qui couvrent l’Himalaya et l’énorme masse gelée de la Sibérie fondent à vue d’œil. Des scientifiques prestigieux redoutent des sauts quantitatifs dans les phénomènes naturels qui provoquent les changements.

L’humanité avait placé de grands espoirs dans le Sommet de Copenhague, qui devait prolonger le Protocole de Kyoto souscrit en 1996 mais entré en vigueur seulement en 2005. L’échec éclatant de ce Sommet a engendré des épisodes honteux qu’il faut dûment éclaircir.

Les États-Unis, qui comptent moins de 5 p. 100 de la population mondiale, émettent le quart du dioxyde de carbone. Leur nouveau président avait promis de coopérer aux efforts internationaux pour faire face à un problème qui touche son pays autant que le reste du monde. Les réunions préalables au Sommet ont mis en lumière que les dirigeants de cette nation et ceux des pays les plus riches manœuvraient pour faire retomber le poids des sacrifices sur les pays émergents et les pays pauvres.

Beaucoup de dirigeants et des milliers de représentants des mouvements sociaux et des institutions scientifiques, décidés à se battre pour préserver l’humanité du pire risque qu’elle a encouru dans son Histoire, se sont rendus à Copenhague à l’invitation des organisateurs du Sommet. Je m’abstiens d’entrer dans le détail de la brutalité dont ont fait preuve les forces de l’ordre danoises contre les milliers de manifestants et d’invités des mouvements sociaux et scientifiques pour me concentrer sur les aspects politiques du Sommet.

Un véritable chaos a régné à Copenhague et des choses incroyables s’y sont passées. Les mouvements sociaux et les institutions scientifiques n’ont pas eu le droit d’assister aux débats. Des chefs d’État ou de gouvernement n’ont même pas eu la possibilité de donner leur opinion sur des problèmes vitaux. Obama et les dirigeants des pays les plus riches ont séquestré la conférence avec la complicité du gouvernement danois, et les institutions des Nations Unis ont été mises sur la touche.

Barack Obama, qui est arrivé le dernier jour du Sommet et n’y est resté que douze heures, s’est réuni avec deux groupes d’invités triés sur le volet par lui-même et ses collaborateurs. Et c’est accompagné de l’un de ces groupes qu’il a eu une réunion dans la salle plénière avec le reste des délégations de plus haut niveau. Aussitôt  après avoir pris la parole, il s’est retiré par une porte dérobée. À cette réunion plénière, hormis le petit groupe choisi par lui, les autres représentants des États n’ont pas eu le droit de prendre la parole. Si les présidents bolivien et vénézuélien ont pu le faire, c’est seulement parce qu’ils l’ont réclamé avec énergie, soutenus par les autres, et que le président du Sommet n’a pas eu d’autre solution que de la leur céder.

Dans une salle contiguë, Obama a réuni les dirigeants des pays les plus riches, de plusieurs nations émergentes les plus importantes et de deux pays très pauvres. Il y a présenté un document négocié avec deux ou trois des principaux pays, il a ignoré l’Assemblée générale des Nations Unies, il a donné des conférences de presse et il est reparti, tel Jules César qui s’exclama au terme d’une ses campagnes victorieuses en Asie mineure : Vini, vidi, vici !

Le Premier ministre en personne du Royaume-Uni, Gordon Brown, avait affirmé le 19 octobre : « Si nous n’aboutissons pas à un accord dans les prochains mois, il ne fait pas le moindre doute qu’une fois que l’élévation débridée des émissions aura provoqué des dommages, aucun accord mondial rétrospectif à quelque moment du futur ne pourra en éliminer les effets. À cette date, il sera alors irrémédiablement trop tard. »

Et il avait conclu son discours sur cette péroraison dramatique : « Nous ne pouvons nous donner le luxe de l’échec. Si nous échouons maintenant, le prix à payer sera très lourd.  Si nous agissons maintenant, si nous agissons de concert, si nous agissons en faisant preuve de hauteur de vue et de détermination, nous pouvons encore remporter la victoire à Copenhague. Mais, si nous échouons, la planète Terre sera en danger, et il n’existe pas de plan de rechange. »

Il affirme pourtant à présent avec arrogance que l’Organisation des Nations Unies a été prise en otage par un petit groupe de pays comme Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et Tuvalu,  et il accuse la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et d’autres nations émergentes d’avoir cédé aux séductions des États-Unis pour souscrire un accord qui expédie aux oubliettes le Protocole de Kyoto et ne contient aucun engagement contraignant pour les États-Unis et leurs riches alliés.

Je me vois obligé de rappeler que l’Organisation des Nations Unies a vu le jour voilà à peine soixante ans, après la Deuxième Guerre mondiale, alors que les pays indépendants ne dépassaient pas la cinquantaine. Elle compte aujourd’hui plus de cent quatre-vingt-dix États indépendants, après que la lutte décidée des peuples a eu liquidé l’odieux système colonial.

La République populaire de Chine s’est même vu refuser pendant des années le droit d’entrée à l’ONU, un gouvernement fantoche y usurpant sa représentation à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité. C’est grâce au soutien tenace d’un nombre croissant de pays du Tiers-monde que la Chine bénéficia peu à peu de la reconnaissance de la communauté internationale, ce qui fut un facteur très important pour que les USA et leurs alliés de l’OTAN reconnaissent ses droits à l’ONU.

C’est l’Union soviétique qui contribua le plus par sa lutte héroïque à la défaite du fascisme, au prix de plus de vingt-cinq millions de morts et d’énormes destructions dans tout le pays. C’est au terme de cette lutte qu’elle émergea comme une superpuissance capable de contrebalancer en partie la domination absolue qu’exerçait le système impérial des USA et des anciennes nations coloniales, et sa mise à sac impitoyable des peuples du Tiers-monde. La désintégration de l’URSS a permis aux USA d’étendre leur pouvoir politique et militaire en direction de l’Est, vers le cœur de la Russie, et de renforcer leur influence sur le reste de l’Europe. Ce qui s’est passé à Copenhague n’a donc rien d’étonnant.

Je tiens à souligner les déclarations injustes et outrageantes du Premier ministre britannique et la tentative des États-Unis d’imposer comme accord du Sommet un document dont les pays participants n’ont discuté à aucun moment.

Le ministre cubain des Relations extérieures, Bruno Rodríguez, a affirmé dans la conférence de presse qu’il a donnée le 21 décembre des vérités absolument indéniables. J’en cite quelques paragraphes:

« À Copenhague, je tiens à le souligner, la Conférence des Parties n’a adopté aucun accord, aucune décision concernant des engagements, qu’ils soient contraignants ou pas, ni absolument aucune décision relevant du droit international : à Copenhague, il n’y a pas eu d’accord, tout simplement !

« Le Sommet a été un échec, et l’on veut pourtant berner l’opinion publique mondiale. […] la carence de volonté politique a sauté aux yeux…

« …il a constitué un recul dans l’action de la communauté internationale pour prévenir ou alléger les retombées des changements climatiques…

« …la température mondiale pourrait s’élever de 5º en moyenne… »

Puis notre ministre a apporté d’autres données intéressantes sur les conséquences possibles de cet échec, selon les dernières recherches scientifiques :

« …de la date du Protocole de Kyoto à ce jour, les pays développés ont élevé leurs émissions de 12,8 p. 100… 55 p. 100 de ce volume correspondant aux USA

« Un Étasunien consomme en moyenne 25 barils de pétrole par an, un Européen 11, un Chinois moins de 2, un Latino-Américain ou un Caribéen, moins de 1.

« Trente pays, dont ceux de l’Union européenne, consomment 80 p. 100 des combustibles produits. »

Le fait est que les pays développés signataires du Protocole de Kyoto ont élevé radicalement leurs émissions. Ils veulent toutefois substituer maintenant à la base adoptée pour calculer ces émissions, autrement dit 1990, une nouvelle base, 2005, de sorte que les engagements envisagés par les USA, les plus gros pollueurs, ne représenteraient qu’une réduction de 3 p. 100 par rapport à vingt-cinq ans avant ! C’est là se moquer d’une manière éhontée de l’opinion mondiale…

Le ministre cubain, parlant au nom des pays de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), et défendant la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et d’autres États importants à économie émergeante, a ratifié le concept dégagé à Kyoto de

« responsabilités partagées, mais différenciées, ce qui veut dire que les pays à accumulation historique et les pays développés, responsables de cette catastrophe, ont des responsabilités différentes de celles des petits États insulaires ou des pays du Sud, surtout des pays les moins avancés… »

« Responsabilités veut dire financement ; responsabilités veut dire transfert de technologies dans des conditions acceptables. Mais Obama joue sur les mots, et au lieu de parler de « responsabilités » partagées mais différenciées, il parle de « réponses » partagées, mais différenciées…

« …il abandonne la salle plénière sans même daigner écouter qui que ce soit, de même qu’il n’avait écouté personne avant son intervention. »

Obama avait affirmé lors d’une conférence de presse ayant précédé son départ de la capitale danoise : « Nous avons généré ici à Copenhague un accord substantiel sans précédent : pour la première fois dans l’Histoire, les plus grandes économies sont venues ici accepter ensemble leurs responsabilités. »

Dans son exposé clair et irréfutable, notre ministre s’est exclamé :

« Que signifie : « …les plus grandes économies sont venues ici accepter ensemble leurs responsabilités » ? Ça veut dire qu’il fait retomber une part importante du fardeau que représente le financement des mesures d’atténuation et d’adaptation que doivent adopter les pays, surtout ceux du Sud, face aux changements climatiques, sur la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud. Car, il faut bien le dire, la Chine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et tous les pays appelés par euphémisme en développement ont été victimes d’un braquage, d’un hold-up !

Voilà dans quels termes frappants et irréfutables notre ministre a raconté ce qu’il s’est passé à Copenhague.

Je dois ajouter que le 19 décembre, à dix heures du matin, alors que notre vice-président Esteban Lazo et notre ministre des Relations extérieures étaient déjà repartis, on a assisté à une tentative tardive de ressusciter le document mort-né de Copenhague en tant que document du Sommet. Il ne restait plus alors pratiquement aucun chef d’État et seuls quelques ministres. De nouveau, la dénonciation des membres restants des délégations de Cuba, du Venezuela, de Bolivie, du Nicaragua et d’autres pays a fait capoter la manœuvre. Voilà comme s’est conclu le Sommet : sans gloire !

On ne saurait non plus oublier qu’aux heures les plus critiques de cette journée-là, tard dans la nuit, le ministre cubain des Relations extérieures, et les délégations qui livraient cette digne bataille, ont offert leur coopération au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, dans la lutte toujours plus dure qui se déroulait et dans les efforts à consentir à l’avenir pour préserver notre espèce.

L’organisation écologique World Wide Fund (WWF) a averti que les changements climatiques échapperaient à tout contrôle dans les cinq à dix prochaines années si les émissions n’étaient pas réduites radicalement.

Mais Obama lui-même m’épargne la peine de démontrer ce que j’ai dit sur ses agissements.

Il a déclaré le 23 décembre, dans une interview à la chaîne de télévision CBS, que les gens avaient raison d’être déçus des résultats du Sommet sur les changements climatiques : « …au lieu d’un échec total, d’une inaction totale, ce qui aurait été un énorme recul, nous avons pu du moins nous maintenir en gros là où nous étions… »

Selon l’agence de presse, Obama est le plus critiqué par les pays qui sentent presque à l’unanimité que le Sommet s’est achevé sur un désastre.

L’ONU est maintenant dans une impasse. Demander à de nombreux autres États d’adhérer à un accord arrogant et antidémocratique serait humiliant.

Poursuivre la bataille et exiger à toutes les conférences, surtout celles de Bonn et de Mexico, le droit de l’humanité à l’existence, en nous fondant sur la morale et la force que nous donne la vérité, telle est à mon avis la seule voie.

Fidel Castro Ruz

Le 26 décembre 2009

20 h 15

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La Médaille «50 ans du MINREX» attribuée à Fidel et Raul

La médaille commémorative du 50e anniversaire de la création du ministère des Relations extérieures (MINREX) a été attribuée au leader de la Révolution cubaine Fidel Castro Ruz, au général d’armée Raul Castro Ruz, président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres, et, à titre posthume, au commandant de la Révolution Juan Almeida Bosque, au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée à la salle Universal des Forces armées révolutionnaires (FAR).

Bruno Rodriguez Parrilla, ministre des Relations extérieures, a décoré Raul, qui a également reçu les médailles au nom de Fidel et Almeida.

«Nous avons eu le privilège de pouvoir compter sur le leadership de celui qui a été le guide et conducteur de la politique extérieure révolutionnaire, le commandant en chef Fidel Castro Ruz, dont la pensée claire et universelle, l’éthique et les solides principes, la profonde connaissance de l’adversaire et le flair infaillible pour décider de la tactique et de la stratégie, nous ont servi de référence et de source d’inspiration», a déclaré Rodriguez Parrilla.

Le ministre a également rappelé le travail brillant réalisé à la tête du MINREX, pendant les dix-sept premières années de ce ministère, de Raul Roa Garcia –aujourd’hui décédé–, qui fut baptisé par son peuple de «Porte-parole de la Dignité».

Plus loin, Bruno Rodriguez Parrilla a fait allusion à la sagesse de Carlos Rafael Rodriguez, un autre des dirigeants révolutionnaires ayant apporté une contribution à la politique extérieure de la Révolution.

Dans son discours, le chef de la diplomatie cubaine a relevé le travail du personnel de son ministère aux côtés du peuple dans toutes les missions qui lui ont été confiées, aussi bien dans la lutte contre les agressions dont ils ont été victimes à l’étranger dans l’exercice de leurs fonctions, que dans la défense de la patrie.

Au nom des 388 travailleurs comptant plus de 25 ans au ministère, la Médaille pour les 50 ans du MINREX a été remise à 16 membres fondateurs de cet organisme.

A cette cérémonie qui a ensuite été animée par de prestigieux groupes musicaux et artistes, étaient aussi présents Melba Hernandez, héroïne de la Moncada, les familles des cinq héros antiterroristes cubains injustement incarcérés aux Etats-Unis, et des dirigeants politiques et de l’Etat. (AIN)

source : granma

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L’Association des pédagogues de Cuba remet un prix à Fidel

L’association des pédagogues de Cuba a remis au Commandant en chef Fidel Castro Ruz le prix Educateur émérite du 20e siècle, pour le travail exceptionnel d’éducation qu’il a réalisé auprès de son peuple et des révolutionnaires du monde entier.

A l’occasion de la Journée nationale des éducateurs cubains, la présidente de cette association, Lesbia Canovas, a remis ce prix au vice-président du Conseil des ministres, José Ramon Fernandez, afin qu’il le remette personnellement au leader de la Révolution, avec amour et ses plus sincères remerciements.

Au nom d’environ un millier de professeurs cubains qui se sont dévoués à cette noble tâche d’éducation de la population, quelque 500 éducateurs, présents à cette première remise de prix qui s’est déroulée au théâtre Mella de La Havane, ont également reçu un hommage de la part de l’Association des jeunes Professeurs du cours général intégral (PGI).

L’Union des jeunesses communistes et les organisations étudiantes du pays ont également accordé le statut d’ «enseignants des nouvelles générations» à plusieurs personnalités des milieux de la politique, de la culture et des sciences, et en tout premier lieu à l’héroïne de la Moncada Melba Hernandez.

Parmi ces personnes qui ont été décorées, signalons Faure Chomon, Alicia Alonso, Fina Garcia Marruz, Cintio Vitier (à titre posthume), Rodrigo Alvarez Cambras, Ismaël Lozada, Maximo Cabrera, le général de brigade Humberto Torres et Lidia Turner, présidente d’honneur de l’Association des pédagogues de Cuba.

De son côté, l’Organisation des pionniers José Marti a remis son prix Los zapaticos de rosa (Les petits souliers de rose) à José Ramon Fernandez, et elle a fait membres de l’organisation des Réparateurs de rêves 50 guides, enseignants et coopérants qui se sont particulièrement distingués dans cette mission difficile mais passionnante de former intégralement les «nouvelles pousses» de la Révolution.

Ont présidé, entre autres, la cérémonie Miguel Diaz-Canel, membre du Bureau politique et ministre de l’Education supérieure, Olga Lidia Tapia, membre du Secrétariat du Comité central, Lazara Mercedes Lopez Acea, première secrétaire du Parti dans la capitale, Ena Elsa Velazquez, ministre de l’Education, et Liudmila Alamo, première secrétaire de l’Union des jeunesses communistes. (AIN) •

source : granma

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Citations du compañero Fidel : Les changements climatiques

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source photo : juventudrebelde.cu

« Au train où nous allons, bientôt nous n’aurons même plus droit à l’air que nous respirons, toujours plus empoisonné par des sociétés de consommation gaspilleuses qui polluent les éléments les plus essentiels de la vie et détruisent l’habitat humain. Des désastres naturels comme ceux qui ont eu lieu en Amérique centrale, au Venezuela, au Mozambique et dans bien d’autres pays, presque tous du tiers monde, en à peine dix-huit mois n’étaient jamais arrivés au XXe siècle. Ils ont tué des dizaines de milliers de personnes. Ce sont les conséquences des changements climatiques et de la destruction de la nature dont on ne peut nous accuser, nous, qui sommes réunis ici et qui luttons non seulement pour des normes universelles de justice, mais encore pour la préservation de la vie sur la planète.»

Allocution de Fidel Castro à la séance de clôture du Sommet du Sud
14 avril 2000

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Réflexions du compañero Fidel : CE QUI S’EST VRAIMENT PASSÉ AU SOMMET DE COPENHAGUE

http://www.fidelista.net/images/fidel/2344-caricaturas-g.jpg
source photo : juventudrebelde.cu

Ce sont les jeunes que l’avenir concerne plus que quiconque.

Encore tout récemment, la discussion portait sur le type de société où nous vivrions. Aujourd’hui, l’on discute si la société survivra…

Il ne s’agit pas là de phrases dramatiques. Il faut s’accoutumer aux faits réels. L’espoir est la dernière chose que les êtres humains peuvent perdre. C’est la vérité en main que des hommes et des femmes de tous âges, mais surtout des jeunes, ont livré au Sommet de Copenhague une bataille exemplaire, offrant ainsi au monde une grande leçon.

Le principal, maintenant, c’est que l’on sache le plus possible à Cuba et dans le monde ce qui s’est passé à Copenhague. La vérité possède une force qui surpasse l’intelligence médiatisée et bien souvent désinformée de ceux qui ont en main les destinées du monde.

Si quelque chose d’important a été obtenu dans la capitale danoise, c’est que l’opinion mondiale a pu observer à travers les médias le chaos politique qui s’y est engendré et le traitement humiliant infligé à des chefs d’État ou de gouvernement, à des ministres et à des milliers de représentants de mouvements sociaux et d’institutions qui, pleins d’illusions et d’espoirs, se sont rendus au siège du Sommet, à Copenhague. La brutale répression contre des manifestants pacifiques par la force publique rappelait la conduite des troupes d’assaut nazies qui occupèrent le Danemark en avril 1940. Ce que personne ne pouvait imaginer, c’est que, le 18 décembre 2009, dernier jour du Sommet, celui-ci serait interrompu par le gouvernement danois – allié de l’OTAN et associé à la boucherie afghane – pour céder la salle plénière au président Obama où celui-ci et un groupe sélect d’invités, seize au total, auraient le droit exclusif de parler. Obama y a prononcé un discours trompeur et démagogique, bourré d’ambiguïtés, qui n’impliquait aucun engagement contraignant et ignorait le Protocole de Kyoto. Il a abandonné la salle peu après avoir écouté quelques autres orateurs. Parmi les pays invités à prendre la parole, on trouvait les pays les plus industrialisés, plusieurs économies émergentes et quelques-uns des plus pauvres de la planète. Les dirigeants et représentants de plus de cent soixante pays n’ont eu que le droit d’écouter.

À la fin du discours du seizième élu, Evo Morales, fort de toute l’autorité de son origine aymara, frais réélu par 65 p. 100 des votants et jouissant du soutien des deux tiers de la Chambre et du Sénat bolivien, a demandé la parole. Le président danois n’a pas eu d’autre remède que de la lui céder à la demande des autres délégations. Quand Evo a conclu sa sage et profonde intervention, le Danois a dû la concéder ensuite  à Hugo Chávez. Les deux interventions passeront à l’Histoire comme des exemples de discours brefs et opportuns. Une fois leur tâche dûment remplie, tous deux ont regagné leur pays respectif. Mais quand Obama est sorti de scène, il n’avait pas encore conclu la sienne au pays siège du Sommet.

Dans la nuit du 17 au 18, le Premier ministre danois et de hauts représentants des États-Unis s’étaient réunis avec le président de la Commission européenne et les dirigeants de vingt-sept pays pour leur proposer, au nom d’Obama, un projet d’accord à l’élaboration duquel aucun autre dirigeant du reste du monde ne devait participer. C’était là une initiative antidémocratique et virtuellement clandestine qui ignorait des milliers de représentants de mouvements sociaux, d’institutions scientifiques, religieuses et les autres invités au Sommet.

Dans la nuit du 18, alors que de nombreux chefs d’État étaient déjà partis, les représentants des pays ont attendu jusqu’à trois heures du matin du 19 la reprise des séances et la clôture de la réunion. Pendant toute la journée du 18, Obama avait soutenu des réunions et des conférences de presse. Tout comme les dirigeants européens. Puis ils sont partis.

Il s’est alors passé quelque chose d’insolite : le 19, à trois heures du matin donc, le Premier ministre danois a convoqué la clôture du Sommet. Les ministres, fonctionnaires, ambassadeur et personnels techniques étaient les seuls à représenter leur pays.

Mais un groupe de représentants de pays du Tiers-monde qui contestaient la tentative d’Obama et des plus riches de la planète de présenter comme un accord consensuel du Sommet le document imposé par les États-Unis a livré cette nuit-là une bataille étonnante.

La représentante vénézuélienne, Claudia Salerno, pleine d’une énergie impressionnante, montra le sang qui coulait de sa main droite à cause des coups qu’elle avait dû frapper sur la table pour pouvoir exercer son droit de parole. Le ton de sa voix et la dignité de ses arguments sont inoubliables.

Le ministre cubain des Relations extérieures a prononcé un discours énergique d’un millier de mots dont j’extrais plusieurs paragraphes pour les inclure dans mes Réflexions :

« Le document dont vous avez nié à plusieurs reprises l’existence, monsieur le Président, apparaît maintenant… Nous avons vu des versions qui circulent d’une manière subreptice et qui se discutent en petits conciliabules secrets.

« … je regrette profondément la façon dont vous avez conduit cette Conférence.

« …Cuba juge extrêmement insuffisant et inadmissible le texte de ce projet apocryphe. L’objectif de 2ºC est inacceptable, car il aurait des conséquences catastrophiques incalculables…

« Le document que vous nous présentez ne contient, hélas, aucun engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Je connais les versions antérieures qui se sont négociées elles aussi à travers des procédés contestables et clandestins, en coteries fermées…

« Le document que vous nous soumettez maintenant omet justement les phrases clefs déjà bien maigres et insuffisantes de cette version-là.

« …pour Cuba, cet objectif est incompatible avec le critère scientifique universellement accepté selon lequel il est urgent et incontournable de réduire les émissions d’au moins 45 p. 100 d’ici à 2020 et de non moins de 80 à 90 p. 100 d’ici à 2050.

« Toute proposition de poursuite des négociations en vue d’adopter à l’avenir des accords de réduction des émissions doit inclure impérativement le concept selon lequel le Protocole de Kyoto est toujours d’actualité. […] Votre papier, monsieur le Président, est l’acte de décès du Protocole de Kyoto, et ma délégation s’y refuse.

« La délégation cubaine tient à souligner la primauté du principe des « responsabilités communes mais différenciées » en tant que concept clef des futures négociations. Votre papier n’en dit mot.

« Ce projet de déclaration omet des engagements concrets en matière de financement et de transfert de technologies vers les pays en développement dans le cadre des obligations contractées par les pays développés au titre de la Convention cadre des Nations sur les changements climatiques. […] Les pays développés qui imposent leurs intérêts par ce document interposé fuient tout engagement concret.

« …Ce que vous appelez, monsieur le Président, un « groupe de leaders représentatifs » constitue à mes yeux une violation grossière du principe de l’égalité souveraine des États que consacre le Charte des Nations Unies.

« Je vous demande formellement, monsieur le Président, de faire en sorte que ma déclaration fasse partie du rapport final sur les travaux de cette lamentable, de cette honteuse Quinzième Conférence des Parties.

On n’avait concédé qu’une heure aux représentants des États pour émettre des opinions, ce qui a provoqué des situations compliquées, honteuses et désagréables.

Il s’ensuivit un long débat durant lequel les délégations des pays développés ont exercé de fortes pressions pour que la Conférence adopte ce document comme résultats final de ses délibérations.

Un nombre réduit de pays a insisté fermement sur les sérieuses carences et ambiguïtés du document impulsé par les États-Unis, en particulier sur l’absence d’engagement de la part de pays développés en matière de réduction des émissions de carbone et de financement permettant aux pays du Sud de mettre en place des mesures d’atténuation et d’adaptation.

C’est au terme de discussions longues et extrêmement tendues que la position des pays de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) et du Soudan en tant que président en exercice du Groupe des 77 a fini par prévaloir :  le document en question était inacceptable par la Conférence.

Devant le manque de consensus évident, la Conférence s’est bornée à « prendre note »  de l’existence de ce document en tant que position d’un groupe d’environ vingt-cinq pays.

Une fois cette décision adoptée à 10 h 30 (heure de Copenhague), Bruno – après avoir discuté amicalement, aux côtés d’autres représentants de l’ALBA avec le Secrétaire général de l’ONU et lui avoir confirmé leur disposition de continuer de lutter de concert avec les Nations Unies pour empêcher les terribles conséquences des changements climatiques – a regagné notre pays en compagnie du vice-président cubain, Esteban Lazo, pour assister à la session de l’Assemblée nationale. Sa mission avait pris fin. Il n’est resté à Copenhague que quelques membres de notre délégation et l’ambassadeur pour participer aux démarches finales.

Ils ont informé cet après-midi :

« …comme ceux qui ont participé à l’élaboration du document aussi bien que ceux qui, comme le président des USA, se sont empressés d’annoncer son adoption par le Sommet… ne pouvaient refuser la décision de celui-ci de seulement « prendre note » du prétendu « Accord de Copenhague », ils ont tenté de proposer un procédé par lequel d’autres pays Parties qui n’avaient pas participé à cette manigance pourraient la seconder et y adhérer, afin de donner des dehors de légalité à cet accord, ce qui aurait pu de fait préjuger du résultat des négociations à venir.

« Cuba, le Venezuela et la Bolivie se sont opposés de nouveau fermement à cette tentative tardive, avertissant que ce document non entériné par la Conférence n’avait pas de caractère légal, qu’il n’existait pas comme document des Parties et qu’on ne pouvait établir aucune règle pour le faire censément adopter…

« Voilà dans quel esprit que se sont conclues les sessions de Copenhague, sans adoption de ce document préparé subrepticement ces derniers jours, sous la conduite idéologique évidente de l’administration étasunienne… »

Demain, notre attention sera centrée sur l’Assemblée nationale.

Lazo, Bruno et le reste de la délégation arriveront vers minuit. Notre ministre des Relations extérieures pourra expliquer lundi, avec luxe de détails et avec toute la précision requise, ce qui s’est vraiment passé au Sommet.

Fidel Castro Ruz

Le 19 décembre 2009

20 h 17

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Réflexions du compañero Fidel : L’HEURE DE LA VÉRITÉ

Les nouvelles qui nous parviennent de la capitale danoise traduisent le chaos. Les hôtes, après avoir promis de concevoir une réunion à laquelle participeraient environ quarante mille personnes, sont incapables de tenir parole.

Evo, le premier des deux présidents membres de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) à être arrivé, a exprimé de profondes vérités qui émanent de la culture millénaire de sa nation.

Selon les agences de presse, il a assuré avoir un mandat du peuple bolivien pour bloquer tout accord si le texte final n’offrait pas d’alternatives. Il a expliqué que les changements climatiques n’étaient pas une cause, mais un effet, que nous avions l’obligation de défendre les droits de la Terre nourricière face à un modèle de développement capitaliste, de défendre la culture de la vie face à la culture de la mort. Il a parlé de la dette climatique que les pays riches devaient payer aux pays pauvres et affirmé qu’ils devaient leur rendre l’espace atmosphérique qu’ils leur avaient enlevé.

Il a qualifié de ridicule la somme de dix milliards de dollars annuels offerte jusqu’en 2012, alors qu’il en faudrait en réalité des centaines de milliards par an, et il a accusé les États-Unis de dépenser des billions de dollars pour exporter le terrorisme en Iraq et en Afghanistan et créer des bases militaires en Amérique latine.

Le président de la République bolivarienne du Venezuela a pris la parole  au Sommet le 16 à 8 h 40 (heure de Cuba). Il a prononcé un brillant discours, chaleureusement applaudi. Ce  qu’il a dit était lapidaire.

Contestant un document proposé au Sommet par la ministre danoise qui le présidait, il a affirmé :

« C’est un texte qui vient du néant. Nous n’accepterons aucun texte qui n’émanerait pas des groupes de travail, car ce sont les textes légitimes sur lesquels nous avons négocié pendant deux années.

« Un groupe de pays se croit supérieur à nous, ceux du Sud, ceux du Tiers-monde…

« …ne nous en étonnons pas : la démocratie n’existe pas, nous sommes face à une dictature.

« …je lisais certains des slogans que les jeunes ont peints dans les rues… L’un disait : « Ne changez pas le climat, changez le système ! » ; un autre : « Si le climat était une banque, il aurait déjà été sauvé ! »

« Obama… a reçu le prix Nobel de la paix le jour même où il a envoyé trente mille soldats de plus tuer des innocents en Afghanistan.

« Je partage les vues des délégations brésilienne, bolivienne, chinoise, je voulais juste les appuyer…. mais on ne m’a pas donné la parole.

« Les riches détruisent la planète. Émigreront-ils sur une autre quand ils auront détruit celle-ci ?

« …les changements climatiques sont sans nul doute le problème environnemental le plus dévastateur de ce siècle.

« Les États-Unis ne comptent même pas 300 millions d’habitants ; la Chine, presque cinq fois plus. Les États-Unis consomment plus de vingt millions de barils de pétrole par jour ; la Chine, à peine cinq ou six millions. On ne peut pas demander à la Chine pareil qu’aux États-Unis !

« …réduire les émissions de gaz polluants et aboutir à une convention de coopération à long terme… semble pour le moment un objectif irréalisable. Pour quelle raison ? …l’attitude irresponsable et la carence de volonté politique des nations les plus puissantes de la planète.

« …l’écart qui sépare les pays riches des pays pauvres n’a cessé de se creuser, malgré tous nos Sommets et à cause des promesses non tenues, et le monde court à sa perte.

« …les 500 individus les plus riches du monde ont des revenus supérieurs à ceux des 416 millions les plus pauvres.

« La mortalité infantile est de 47 décès pour mille naissances vivantes, mais d’à peine 5 dans les pays riches.

« …jusqu’à quand allons-nous permettre que des millions d’enfants continuent de mourir de maladies curables ?

« 2,6 milliards de personnes vivent sans services d’assainissement.

« Le Brésilien Leonardo Boff a écrit : « Les plus forts survivent sur les cendres des plus pauvres. »

« Jean-Jacques Rousseau disait : « Entre le fort et le faible, la liberté opprime. » Voilà pourquoi l’Empire parle de liberté : de la liberté d’opprimer, d’envahir, d’assassiner, d’anéantir, d’exploiter… Voilà bien sa liberté. Et Rousseau ajoutait cette phrase salvatrice : « Seule la loi libère. »

« Jusqu’à quand allons-nous permettre que les puissants déclenchent des conflits armés dans lesquels sont massacrés des millions d’innocents dans le seul but de s’approprier les ressources d’autres peuples ?

« Un libérateur universel, Simón Bolívar, disait voilà presque deux siècles : « Si la Nature s’y oppose, nous nous battrons contre elle et nous la ferons obéir. »

« Cette planète-ci a vécu des milliards d’années sans nous, sans l’espèce humaine, elle n’a pas besoin de nous pour exister. En revanche, sans elle, nous n’existons pas. »

Evo a pris la parole ce jeudi matin. Son discours sera lui aussi inoubliable. Il a affirmé carrément dès le début :

« Je tiens à exprimer mon mécontentement devant la désorganisation et les retards qui caractérisent cette rencontre internationale. »

Ses idées-forces :

Quand nous interrogeons nos hôtes au sujet de ce qu’il se passe… ils nous répondent que c’est un sommet des Nations Unies ; quand nous le demandons aux Nations Unies, elles nous répondent que c’est le Danemark, et nous ne savons pas qui désorganise cette réunion internationale.

« …je suis très surpris de constater qu’on ne parle que des effets, mais pas des causes des changements climatiques.

« Si nous n’identifions pas d’où vient la destruction de notre environnement… nous ne réglerons jamais, assurément, ce problème…

« …deux cultures s’affrontent : la culture de la vie et la culture de la mort, la culture de la mort qui est le capitalisme. Nous, peuples indigènes, nous disons que le vivre-mieux revient à vivre mieux aux dépens d’autrui.

« …en exploitant autrui, en pillant les ressources naturelles, en violant la Terre nourricière, en privatisant les services de base…

« Vivre bien, c’est vivre dans la solidarité, dans l’égalité, dans la complémentarité, dans la réciprocité…

« Ces deux formes de vécu, ces deux cultures existentielles s’affrontent quand nous parlons des changements climatiques. Et si nous ne décidons pas quelle est la meilleure forme de vécu ou de vie, nous ne réglerons jamais ce problème. Il s’agit en effet de problèmes existentiels : le luxe, la surconsommation, qui font tort à l’humanité. Mais c’est là une vérité que nous ne voulons pas dire dans ce genre de réunion internationale.

« …dans notre façon de vivre, ne pas mentir est quelque chose de sacré, mais que nous ne pratiquons pas ici.

« …notre Constitution consacre l’ama sua¸l’ama llulla, l’ama quella, autrement dit ne pas voler, ne pas mentir, ne pas fuir.

« …la Terre nourricière ou la Nature existe et existera sans l’être humain, mais l’être humain ne peut vivre sans la planète Terre. Nous sommes donc obligés de défendre le droit de la Terre nourricière.

« …je salue les Nations Unies qui ont enfin déclaré cette année le Jour international de la Terre nourricière.

« …la mère est quelque chose de sacré, la mère est notre vie ; la mère, vous ne la louez pas, vous ne la vendez pas, vous ne la violez pas. La mère, vous devez la respecter.

« Nous avons de profonds désaccords avec le modèle occidental, et c’est de ça dont il faut débattre.

« Nous sommes en Europe. Vous savez que beaucoup de familles boliviennes, de familles latino-américaines viennent en Europe. Pourquoi y viennent-elles ? Pour améliorer leurs conditions de vie. Une personne peut gagner en Bolivie cent, deux cents dollars par mois ; mais si elle vient ici en Europe s’occuper d’une personne âgée, elle en gagne mille par mois.

« Voilà les asymétries qui existent d’un continent à l’autre, et nous devons débattre de la façon d’introduire un certain équilibre… de réduire ces profonds clivages entre les familles, entre les pays, et surtout entre les continents.

« Quand… nos sœurs et nos frères viennent ici pour survivre ou pour améliorer leurs conditions de vie, on les expulse… il existe ces fameux documents dits de retour… mais quand les ancêtres européens arrivaient jadis en Amérique latine, on ne les expulsait pas. Mes familles, mes frères ne viennent pas ici pour s’emparer des mines, ni de milliers d’hectares pour devenir propriétaires fonciers. On n’avait pas besoin jadis de visas ni de passeports pour arriver à l’Abya Yala, appelée maintenant l’Amérique.

« …si nous ne reconnaissons pas le droit de la Terre nourricière, nous parlerons en vain de ces dix milliards, de ces cent milliards, qui sont de toute façon une offense à l’humanité.

« …les pays riches doivent accueillir tous les émigrants engendrés par les changements climatiques, et non pas les renvoyer dans leurs pays, comme ils le font actuellement.

« … notre obligation est de sauver toute l’humanité, et non une moitié.

« …la Zone de libre-échange des Amérique… n’était pas une zone de libre-échange, mais une zone de libre-colonisation des Amériques… »

Parmi les questions qu’Evo a suggéré d’inclure dans un référendum mondial sur les changements climatiques, il a proposé celles-ci :

“Êtes-vous d’accord pour rétablir l’harmonie avec la Nature, en reconnaissant les droits de la Terre nourricière ?

« Êtes-vous d’accord de changer ce modèle de surconsommation et de gaspillage qu’est le système capitaliste ?

« Êtes-vous d’accord pour que les pays développés réduisent et réabsorbent leurs émissions de gaz à effet de serre ?

« Êtes-vous d’accord pour transférer tout ce qui se dépense dans les guerres et pour allouer aux changements climatiques un budget supérieur à celui de la défense ? »

Les Nations Unies ont, comme on le sait, adopté dans la ville japonaise de Kyoto, en 1997, la Convention sur les changements climatiques aux termes de laquelle trente-huit pays industrialisés s’étaient engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’un pourcentage donné par rapport à leurs émission de 1990. L’Union européenne s’était engagée à les réduire de 8 p. 100. La Convention est entrée en vigueur en 2005 après ratification par la majorité des pays signataires. George W. Bush, alors président des USA – le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre, le quart du total – avait refusé cette Convention dès la mi-2001.

Les autres membres des Nations Unies sont allés de l’avant. Les centres de recherche ont poursuivi leur tâche. Il est d’ores et déjà évident qu’une grande catastrophe menace notre espèce. Le pire serait peut-être qu’une minorité privilégiée et riche, mais aveuglée par l’égoïsme, prétende faire retomber le poids des sacrifices nécessaires sur l’immense majorité des habitants de notre planète.

Cette contradiction se reflète à Copenhague où des milliers de personnes défendent très fermement leurs vues.

La force publique danoise utilise des méthodes brutales pour écraser la résistance ; beaucoup des contestataires sont arrêtés à titre préventif. Je suis entré en contact avec notre ministre des Relations extérieures, Bruno Rodríguez, qui participait à un meeting de solidarité dans la capitale danoise aux côtés de Chávez, d’Evo, de Lazo et d’autres représentants de l’ALBA. Je lui ai demandé quels étaient les gens que la police danoise réprimait avec tant de haine, leur tordant les bras et les frappant à coups répétés dans le dos. Il m’a répondu que c’étaient des Danois et des citoyens d’autres nations et des membres des mouvements sociaux qui réclamaient que le Sommet apporte une solution réelle pour faire face aux changements climatiques. Il m’a dit que les débats du Sommet se poursuivraient à minuit. Quand je lui ai parlé, il faisait déjà nuit au Danemark, la différence étant de six heures.

De Copenhague, nos compagnons ont informé que le scénario prévu pour demain, vendredi 18, sera pire. Le Sommet des Nations Unies sera interrompu à dix heures du matin pendant deux heures afin que le chef du gouvernement danois puisse avoir une rencontre avec vingt chefs d’État qu’il a invités à discuter avec Obama de « problèmes mondiaux » Voilà comment s’appelle cette réunion qui vise à imposer un accord sur les changements climatiques.

Même si toutes les délégations officielles peuvent participer à cette réunion, seuls « les invités » auront droit de parole. Ni Chávez, ni Evo, bien entendu, ne font partie de ceux qui pourront présenter leurs vues. L’idée est que l’illustre Prix Nobel puisse prononcer son allocution préemballée, une fois que ladite réunion aura décidée de renvoyer l’accord à la fin de l’an prochain à Mexico. Les mouvements sociaux ne seront pas présents dans la salle. Ce show terminé, le « Sommet » se poursuivra dans la salle principale jusqu’à sa clôture inglorieuse.

La télévision ayant transmis des vues, le monde entier a pu constater les méthodes fascistes employées à Copenhague contre les gens. Jeunes dans leur majorité, les manifestants réprimés ont forcé la solidarité des peuples.

L’heure de la vérité sonne pour les chefs de l’Empire, malgré leurs manigances et leurs mensonges cyniques. Leurs propres alliés croient de moins en moins en eux. À Mexico, tout comme à Copenhague et partout ailleurs dans le monde, ils se heurteront à la résistance croissante des peuples qui n’ont pas perdu l’espoir de survivre.

Fidel Castro Ruz

Le 17 décembre 2009

18 h 46

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Message au président de la république bolivarienne du Venezuela

Cher Hugo

Ce jour-ci marque le quinzième anniversaire de notre rencontre au Grand Amphithéâtre de l’Université de La Havane, le 14 décembre 1994. La veille, je t’avais attendu au pied de l’avion qui t’avait amené à Cuba.

J’avais suivi ton soulèvement armé contre le gouvernement vénézuélien vendu aux yankees. A Cuba nous avions entendu parler de tes idées alors que tu étais en prison et que, comme nous, tu t’attachais à enrichir la pensée révolutionnaire qui t’avait conduit à lancer le soulèvement du 4 février 1992.

Dans le Grand Amphithéâtre,  tu avais, d’une manière spontanée et transparente, avancé les idées bolivariennes que tu portais en toi et qui t’avaient amené, dans les conditions spécifiques de ton pays et de notre époque, à te battre pour l’indépendance du Venezuela contre la tyrannie de l’empire. Malgré les efforts de Bolivar et des autres colosses qui, remplis de rêves, avaient lutté contre le joug colonial espagnol, l’indépendance du Venezuela ne tenait à rien d’autre que de ridicules oripeaux.

Aucun instant de l’Histoire n’est pareil à l’autre; aucune idée ni aucun événement humain ne peut être jugé hors de son époque.  Toi et moi, nous sommes partis de conceptions qui ont évolué au fil des millénaires mais restent très liées à l’histoire lointaine ou récente où la division de la société en maîtres et esclaves, en exploiteurs et exploités, en oppresseurs et opprimés, fut toujours inquiétante et odieuse. Et elle constitue de nos jours la pire honte et la principale cause des malheurs et des souffrances des êtres humains.

Alors que la productivité du travail, aiguillonnée aujourd’hui par la technologie et la science, s’est multipliée des dizaines de fois, voire, dans certains domaines, des centaines et même des milliers de fois, des clivages aussi injustes auraient dû disparaître.

Toi et moi, et avec nous des millions de Vénézuéliens et de Cubains, partageons ces idées.

Tu es parti des principes chrétiens qu’on t’a inculqués et d’un caractère rebelle; moi, des idées de Marx et d’un caractère tout aussi rebelle.

Il est des principes moraux universellement reconnus qui sont valables pour un chrétien autant que pour un marxiste.

A partir de là, les idées révolutionnaires ne cessent de s’enrichir par la voie de l’étude et de l’expérience.

Il faut dire que notre amitié sincère et révolutionnaire est née alors que tu n’étais pas encore président du Venezuela. Je ne t’ai jamais rien demandé. Quand le mouvement bolivarien a remporté les élections de 1999, le pétrole valait moins de dix dollars le baril. Je m’en souviens bien parce que tu m’as invité à la cérémonie de passation des pouvoirs.

Le soutien décidé que tu as apporté à Cuba a été spontané, tout comme l’a été notre coopération avec le peuple frère vénézuélien.

En pleine « période spéciale », quand l’URSS s’est effondrée, l’empire a durci son brutal blocus contre notre peuple. A un moment donné, les cours du combustible ont augmenté, et nos approvisionnements en ont été menacés. Tu as garanti à notre pays des livraisons commerciales sûres et stables.

On ne saurait oublier qu’après le putsch politique contre la Révolution bolivarienne en avril 2002 et ta brillante victoire sur le putsch pétrolier à la fin de cette même année, quand les cours ont dépassé soixante dollars le baril, tu nous as offert un approvisionnement assorti de facilités de paiement. Bush était alors président des Etats-Unis et l’auteur de ces actes illégaux de haute trahison contre le peuple vénézuélien n’est autre que lui.

Je me rappelle ton indignation quand il a exigé que j’abandonne le Mexique pour atterrir lui-même dans ce malheureux pays où nous assistions toi et moi à une conférence internationale des Nations unies à laquelle il devait lui aussi participer.

L’empire ne pardonnera jamais à la Révolution bolivarienne d’avoir soutenu Cuba alors qu’il s’imaginait que notre peuple, après presque un demi-siècle de résistance héroïque, retomberait dans ses mains. À Miami, la contre-révolution réclamait trois jours de permission pour tuer des révolutionnaires dès que le gouvernement de transition exigé par Bush se serait installé à Cuba.

Dix années de coopération exemplaire et fructueuse entre le Venezuela et Cuba se sont écoulées. L’Alliance bolivarienne entre les peuples de Notre Amérique (ALBA) a vu le jour. La Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), promue par les Etats-Unis, a avorté, mais l’empire passe de nouveau à l’offensive.

Le coup d’État au Honduras et l’établissement de sept bases militaires en Colombie sont intervenus après l’entrée du nouveau président à la Maison-Blanche. Son prédécesseur, lui, avait rétabli la IVe Flotte, un demi-siècle après la fin de la dernière guerre mondiale, alors qu’il n’y avait plus de guerre froide ni d’Union soviétique. Les intentions réelles de l’empire sautent aux yeux derrière le sourire aimable et le visage afro-américain de Barack Obama.

Daniel Ortega a expliqué hier comment le putsch au Honduras avait affaibli le Système d’intégration centraméricain en déterminant la conduite de ses membres.

L’empire mobilise derrière lui les forces de droite latino-américaines pour frapper le Venezuela, et, partant, les États de l’ALBA. S’il s’emparait de nouveau des grandes ressources pétrolières et gazières de la patrie de Bolivar, les pays des Antilles anglophones et d’autres d’Amérique centrale y perdraient les conditions généreuses d’approvisionnement que leur offre aujourd’hui le Venezuela révolutionnaire.

Voilà quelques jours, après le discours que le président Barack Obama a prononcé à l’école militaire de West Point pour annoncer l’envoi de trente mille soldats en Afghanistan, j’ai écrit des Réflexions où je qualifiais de cynique le fait d’avoir accepté le Prix Nobel de la paix alors même qu’il avait déjà adopté cette décision.

Le 10 décembre dernier, prononçant à Oslo son discours de récipiendaire, il défendait des idées qui constituent un bel exemple de la logique et de la pensée impérialistes : « …je suis responsable du déploiement de milliers de jeunes Etasuniens appelés à se battre dans un pays distant. Certains tueront, d’autres seront tués », a-t-il affirmé, tentant de présenter comme une « guerre juste » la boucherie brutale perpétrée dans ce lointain pays où la majorité de ceux qui périssent sont les habitants inoffensifs des villages écrasés sous les bombes que larguent ses avions sans pilote.

Après ces phrases-là, au début de son discours, Obama a consacré plus de quatre mille cinq cents mots à présenter ses massacres de civils comme une guerre juste. « Les guerres actuelles – a-t-il affirmé – tuent bien plus de civils que de soldats. »

Les civils tués en Irak, en Afghanistan et aux frontières du Pakistan dépassent d’ores et déjà le million.

Dans son discours Obama a fait l’éloge de Nixon et de Reagan comme de personnages illustres sans même se rappeler que le premier a largué plus d’un million de bombes sur le Vietnam et que le second a fait sauter par des moyens électroniques, sous les apparence d’un accident, le gazoduc de Sibérie. L’explosion a été si forte et si destructrice que les senseurs d’essais nucléaires l’ont captée.

L’allocution d’Obama à Oslo se différencie de celle de West Point au sens que celle-ci était mieux rédigée et déclamée ; dans la capitale norvégienne, le visage de l’orateur indiquait bien qu’il était conscient de la fausseté de ses dires.

Le moment et les circonstances n’étaient pas non plus les mêmes. Oslo est proche de Copenhague où se tient la très importante Conférence sur les changements climatiques à laquelle, je le sais, Evo et toi pensez participer. C’est là que se livre actuellement la bataille politique la plus importante de l’histoire humaine. Là aussi que l’on constate dans toute leur ampleur les dommages que le capitalisme développé a causés à l’humanité. Celle-ci doit maintenant se battre désespérément non seulement pour la justice, mais aussi pour la survie de l’espèce.

J’ai suivi de près le Sommet de l’ALBA. Je vous félicite tous. J’ai énormément apprécié de voir tant d’amis chers définir ensemble des idées et se battre unis. Je vous félicite tous.

Jusqu’à la victoire, toujours!

Une forte accolade.

Fidel Castro Ruz

Le 14 décembre 2009

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ALBA, ce qui paraissait impossible

« Nous affirmons que le principe clef qui doit guider l’ALBA est la solidarité la plus large entre les peuples latino-américains et caribéens, fondée sur la pensée de Bolívar, de Martí, de Sucre, d’O’Higgins, de San Martín, d’Hidalgo, de Pétion, de Morazán, de Sandino et de tant d’autres hommes illustres, sans nationalisme égoïste ni politique nationale restrictive qui ferait obstacle à l’objectif de bâtir en Amérique latine la patrie grande dont rêvèrent les héros de nos luttes de libération.

À cet égard, nous sommes pleinement d’accord que l’ALBA ne pourra se concrétiser à partir de critères mercantilistes et d’intérêts égoïstes de gains commerciaux ou d’avantage national au préjudice d’autres peuples. Seule une vaste vision latino-américaniste, qui reconnaît que nos peuples ne sauraient se développer et être vraiment indépendants d’une façon dispersée, pourra leur permettre de concrétiser l’idée de Bolívar : « Voir se former en Amérique la plus grande nation du monde, non tant par son étendue et sa richesse que par sa liberté et sa gloire », ce que Martí appelait « Notre Amérique » pour la différencier de l’autre Amérique, expansionniste et aux visées impériales.

Nous affirmons de même que l’ALBA vise à transformer les sociétés latino-américaines, autrement dit à les rendre plus justes, plus cultivées, plus participatives et plus solidaires, et qu’elle est donc conçue comme un phénomène intégral qui permette d’éliminer les inégalités sociales, améliore la qualité de la vie et garantisse une participation réelle des peuples à la mise en place de leurs destinées.»

Déclaration conjointe
14 décembre 2004

Lire aussi :

DÉCLARATION CONJOINTE

ACCORD ENTRE LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA ET LE PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ETAT DE LA RÉPUBLIQUE DE CUBA CONCERNANT LA MISE EN PLACE DE L’ALTERNATIVE BOLIVARIENNE POUR LES AMÉRIQUES (ALBA)

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Discours prononcé par le président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres, le général d’armée Raul Castro, à l’ouverture du Sommet de l’ALBA

Chers chefs d’Etat et de gouvernement;

Chers délégués et invités;

En vous souhaitant la plus cordiale bienvenue au nom du gouvernement et du peuple cubains, je tiens à vous transmettre les salutations du chef de la Révolution cubaine, le camarade Fidel Castro Ruz, qui suivra attentivement les travaux de notre réunion.

J’aimerais en premier lieu profiter de cette occasion pour exprimer, au nom de toutes les personnes ici présentes, notre satisfaction pour la victoire écrasante remportée par le peuple bolivien dimanche dernier avec la réélection, à une large majorité, du camarade Evo Morales Ayma, pour un nouveau mandat en tant que président.

Nous ne pouvons malheureusement pas compter sur la présence physique du président du Honduras, Manuel Zelaya. Le peuple de cette nation latino-américaine a été privé de ses droits constitutionnels et on lui a imposé, avec le soutien de l’administration des Etats-Unis, un gouvernement usurpateur et putschiste qu’ils ont tenté de légitimer au moyen d’une farce électorale.

L’histoire enregistrera avec reconnaissance l’attitude adoptée par les pays membres de l’ALBA-TCP et par la majorité des gouvernements latino-américains et caribéens, qui ont fermement condamné le coup d’Etat militaire au Honduras. Elle tiendra également compte de l’attitude de ceux qui, pliés à la volonté de l’empire, ont fini par accepter la manœuvre putschiste.

A travers sa représentante légitime, la secrétaire d’Etat Patricia Rodas, nous adressons nos salutations les plus chaleureuses au peuple hondurien.

Chers collègues:

Ce 8e Sommet de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, que nous inaugurons officiellement aujourd’hui, coïncide avec le 5e anniversaire de la Déclaration conjointe entre le Venezuela et Cuba, signée en 2004 par les présidents Hugo Chavez et Fidel Castro, qui scella la naissance officielle de l’ALBA, appelée à l’époque Alternative bolivarienne pour les Amériques.

Ont suivi cinq années d’un travail intense, de recherche commune, qui se sont soldées par des résultats encourageants sur le plan social, des résultats que nous pouvons encore améliorer, et qu’il est juste de mentionner et de célébrer.

Le fait que trois pays membres de l’ALBA, à savoir la Bolivie, le Nicaragua et le Venezuela, aient été déclarés «territoires sans analphabétisme», est très significatif et constitue un nouveau pas dans le combat pour éradiquer totalement ce fléau dans tous les pays membres de ce mécanisme d’intégration novateur.

L’Opération miracle a amélioré ou rendu la vue à plus d’un million de patients au sein de l’ALBA. Par ailleurs, plus de 2 000 médecins de nos pays ont été formés à l’Ecole latino-américaine de médecine, et 6 653 étudiants sont pris en charge par le Nouveau programme de formation de médecins selon les concepts de l’intégralité, de l’internationalisme et de l’humanisme.

Au Venezuela, en Equateur, au Nicaragua et en Bolivie est menée actuellement une étude génétique psychosociale des personnes handicapées, un projet d’une valeur humaine extraordinaire axé sur les soins directs, la recherche de solutions et l’insertion sociale de ces personnes.

Au précédent Sommet, qui s’est tenu à Cochabamba, nous avons signé le Traité constitutif du Système unitaire de compensation régionale (SUCRE). Ce mécanisme financier entrera en vigueur en 2010 et il a pour but de promouvoir le commerce à travers la compensation des paiements, en utilisant, comme unité monétaire, non pas le dollar mais le «Sucre». La constitution, en juin 2007, de la Banque de l’ALBA avait pour but de financer des programmes et des projets de développement économique et social. Il s’agissait d’une mesure préalable. Plusieurs entreprises grand-nationales sont aujourd’hui une réalité et d’autres sont en cours de réalisation, pour le bénéfice de nos peuples.

Camarades:

L’agenda que nous nous sommes fixé nous offre la possibilité de délibérer non seulement sur les succès et les résultats de l’ALBA, mais aussi et surtout sur les voies qui nous permettront de développer, de perfectionner et d’élargir la portée de notre Alliance.

Nous sommes obligés de nous fixer des tâches et des objectifs audacieux, tout en tenant compte des circonstances actuelles, des obstacles et des dangers que nous réserve la conjoncture internationale et qui requièrent notre attention prioritaire.

L’actuelle crise économique mondiale, qui s’est déclenchée aux Etats-Unis et a ses origines dans les profondes contradictions du système capitaliste, continue de se répercuter sérieusement sur l’économie réelle, la société et l’environnement dans le monde entier. Nombreux sont ceux qui, faisant preuve d’un optimisme injustifié, ont proclamé la fin de la récession.

Cependant, la seule chose vraie, c’est que les effets destructeurs de la crise persisteront longtemps. Les estimations les plus récentes révèlent que le nombre de personnes au chômage dans le monde augmentera de 50 millions cette année, tandis que celles qui vivent dans une pauvreté extrême pourraient atteindre le chiffre alarmant de 300 millions.

Unis, nous seront mieux à même d’affronter la crise, en mettant à profit les potentialités que nous offre le marché des pays de l’ALBA, et en tirant parti de la façon la plus efficace des complémentarités de nos économies pour accéder à des marchés tiers.

Les temps que nous vivons prouvent que l’affrontement entre deux forces historique se polarise en Amérique latine et dans la Caraïbe. D’un côté, il y a un modèle politique dépendant, élitiste et exploiteur, hérité du colonialisme et du néo-colonialisme, subordonné aux intérêts de l’empire. Du côté opposé, se trouvent les forces politiques révolutionnaires et progressistes qui représentent les classes traditionnellement marginalisées et discriminées. Elles oeuvrent dans la justice sociale et luttent pour la véritable indépendance des peuples de la région et en faveur d’une juste distribution des immenses richesses du continent.

Il s’agit en essence de la lutte historique pour la réalisation de l’idéal de Simon Bolivar et José Marti dans Nôtre Amérique.

L’installation de bases militaires dans la région est une expression de l’offensive hégémonique déployée par le gouvernement des Etats-Unis et elle constitue un acte d’agression contre l’ensemble de l’Amérique latine et la Caraïbe. Elle confirme on ne peut plus clairement leur intention d’appliquer leur doctrine politico-militaire visant à occuper et dominer coûte que coûte le territoire qu’ils ont toujours considéré comme leur «arrière-cour naturelle».

La réactivation du la 4e Flotte, avec une capacité et des objectifs opérationnels et stratégiques, tels qu’annoncés, de manœuvrer même dans les eaux intérieures de pays de la région, prouve que l’empire ne s’imposera aucune limite pour atteindre ses objectifs, sauf celle qui viendra de la résistance que nous seront capable d’opposer.

L’ALBA-TCP ne saurait ignorer cette réalité. Sur cette question et d’autres sujets comme le contrôle des médias, nous échangerons nos points de vue pendant les journées qui nous attendent.

A notre ordre du jour figure également l’analyse de l’échec des négociations qui auraient dû déboucher à Copenhague sur des engagements concrets, réels et vérifiables pour affronter les effets du changement climatique.

On sait d’ores et déjà qu’il n’y aura pas un tel accord et qu’on ne peut s’attendre qu’à une déclaration politique. Nous, les pays de l’ALBA-TCP, devons défendre une position ferme sur cette question décisive pour l’avenir de l’espèce humaine.

Nous sommes convaincus que les apports et la coopération de tous à ce 8e Sommet constitueront une importante contribution au renforcement de notre Alliance.

Merci beaucoup.

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Réflexions du compañero Fidel : RIEN NE FORÇAIT OBAMA À AGIR CYNIQUEMENT

Dans les derniers paragraphes de mes réflexions d’il y a deux mois, le 9 octobre 2009, Le glas sonne pour le dollar, j’ai évoqué les changements climatiques que le capitalisme impérialiste a provoqués au grand dam de l’humanité. Parlant des émissions de carbone, j’avais écrit : « Les USA ne font vraiment aucun effort spécial. Ils n’acceptent qu’une réduction de 4 p. 100 par rapport à 1990. » Or, les scientifiques exigeaient une réduction minimale d’entre 25 et 40 p. 100 d’ici à 2020.

Et j’avais ajouté:

« Le monde a appris ce matin, vendredi 9, qu’ « Obama le bon », pour reprendre l’énigme posée par le président vénézuélien Hugo Chávez aux Nations Unies avait reçu le Prix Nobel de la paix. Je ne partage pas toujours les positions de cette académie, mais je dois reconnaître que c’est une mesure positive dans les circonstances actuelles. Elle compense le revers essuyé par Obama à Copenhague quand Rio de Janeiro, et non Chicago, a été désigné comme organisatrice des Jeux olympiques de 2016, ce qui a provoqué de violentes attaques de la part de ses adversaires d’extrême droite. »

« Beaucoup jugeront qu’il n’a pas gagné pour l’instant le droit de recevoir une telle distinction. Je souhaite voir dans cette décision, plutôt qu’un prix au président étasunien, une critique de la politique génocidaire suivie par nombre de présidents de ce pays qui ont conduit le monde au carrefour où il se trouve aujourd’hui, une exhortation à la paix et à la recherche de solutions qui permettrait à notre espèce de survivre. »

Il est évident que j’observais avec soin le président noir élu dans une société raciste en proie à une profonde crise économique, sans préjuger à partir de ses déclarations de la campagne électorale et de sa condition de chef du pouvoir exécutif yankee.

Presque un mois après, j’ai écrit ce qui suit dans des Réflexions intitulée : De la science-fiction :

« Le peuple étasunien n’est pas coupable, mais bel et bien victime d’un système insoutenable et, pis encore, d’ores et déjà incompatible avec la vie de l’humanité. »

« L’Obama intelligent et rebelle qui a souffert l’humiliation et le racisme durant son enfance et sa jeunesse le comprend, mais l’Obama élevé dans le sérail et compromis avec le système et les méthodes qui l’ont conduit à la présidence des États-Unis ne peut résister à la tentation d’exercer des pressions, de menacer, voire de tromper les autres. »

« Il est obsédé par son travail. Aucun autre président des USA ne serait peut-être capable de se lancer dans un programme aussi intense que celui qu’il se propose de réaliser dans les huit prochains jours. »

J’analysais dans ces Réflexions-là, comme on peut le constater, la complexité et les contradictions implicites dans sa longue tournée à travers l’Asie du Sud-est et je me demandais : « De quoi pense traiter notre illustre ami durant cette intense tournée ? » Ses conseillers avaient précisé qu’il parlerait de tout avec la Chine, la Russie, le Japon, la Corée du Sud, etc.

Il est évident qu’Obama préparait le terrain au discours qu’il allait prononcer à West Point le 1er décembre 2009. Ce jour-là, il s’est donné à fond. Il a élaboré et classé avec soin cent soixante-neuf phrases destinées à presser chacune des « touches » qui l’intéressaient pour obtenir que la société étasunienne appuie sa stratégie de guerre. Il a eu des effets de manche qui auraient fait pâlir Cicéron dans ses Catilinaires. J’ai eu l’impression ce jour-là d’écouter George W. Bush : ses arguments et sa philosophie ne se différenciaient en rien de ceux de son prédécesseur. Exception faite d’une petite feuille de vigne : il s’opposait à la torture.

Le chef de l’organisation à laquelle on attribue l’acte terroriste du 11 septembre  a été recruté et entraîné par l’Agence centrale de renseignement pour combattre les troupes soviétiques, et il n’était même pas Afghan.

Cuba a fait savoir ce même jour qu’elle condamnait cet acte et a annoncé d’autres mesures. Nous avons aussi averti que la guerre n’était pas la voie à prendre pour combattre le terrorisme.

L’organisation des Talibans – qui veut dire « étudiants » – est née au sein des forces afghanes qui se battaient contre l’URSS et n’était pas ennemie des Etats-Unis. Une analyse honnête permettrait de retracer la véritable histoire des événements qui ont engendré cette guerre-là.

Aujourd’hui, ce ne sont pas les soldats soviétiques, mais les troupes étasuniennes et celles de l’OTAN qui occupent ce pays à feu et à sang. La politique que la nouvelle administration offre au peuple étasunien est celle de Bush qui a ordonné d’envahir l’Iraq alors que ce pays n’avait rien à voir avec l’attentat des tours jumelles.

Le président des États-Unis n’a pas dit un mot des centaines de milliers de personnes innocentes, dont des enfants et des vieillards, qui sont mortes en Iraq et en Afghanistan, et des millions d’Iraquiens et d’Afghans qui souffrent des conséquences de la guerre, sans avoir la moindre responsabilité dans les faits survenus à New York. La phrase par laquelle il a conclu son allocution : « Que Dieu bénisse les États-Unis », semblait, plutôt qu’une prière, un ordre donné au Ciel.

Pourquoi donc Obama a-t-il accepté le prix Nobel de la paix alors qu’il avait déjà décidé de porter la guerre en Afghanistan jusqu’à ses dernières conséquences ? Rien ne le forçait à agir cyniquement!

Il a annoncé ensuite qu’il irait recevoir son prix dans la capitale norvégienne le 11 et qu’il se rendrait au Sommet de Copenhague le 18.

Il ne reste plus qu’à attendre à Oslo un autre discours théâtral, un nouveau compendium de phrases visant à occulter le fait réel que nous avons affaire à une superpuissance impériale qui possède des centaines de bases militaires disséminées de par le monde, dont les interventions militaires dans notre continent remontent à plus de deux siècles, et les actions génocidaires au Vietnam, au Laos et dans d’autres pays d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient, des Balkans, et partout dans le monde, à plus d’un siècle.

Le hic maintenant pour Obama et ses alliés les plus riches, c’est que la planète qu’ils dominent d’une poigne de fer est en train de se déliter entre leurs doigts.

Le crime commis par Bush contre l’humanité est de notoriété publique : avoir ignoré le Protocole de Kyoto et n’avoir pas fait pendant dix ans ce qu’il aurait fallu faire depuis belle lurette. Obama n’est pas un ignare ; il connaît, tout comme le connaissait Gore, le grave danger qui nous menace tous, mais il vacille et se montre faible face à l’oligarchie irresponsable et aveugle de son pays. Il n’agit pas comme l’a fait un Lincoln pour régler le problème de l’esclavage et maintenir l’intégrité du pays en 1861, ou comme un Roosevelt face à la crise économique et au fascisme. Mardi, il a lancé une pierre timide dans les eaux agitées de l’opinion internationale : Lisa Jackson, administratrice de l’Agence de protection de l’environnement, a informé que le réchauffement mondial serait considéré comme une menace à la santé publique et au bien-être du peuple étasunien, ce qui permettrait à Obama d’adopter des mesures sans passer par le Congrès.

Aucune des guerres qui ont eu lieu tout au long de l’Histoire ne représente un danger pire.

Les nations les plus riches s’efforceront de faire retomber sur les plus pauvres le fardeau des actions nécessaires au sauvetage de l’espèce humaine. Il faut au contraire exiger aux plus riches le maximum de sacrifices, le maximum de  rationalité dans l’emploi des ressources et le maximum de justice envers notre espèce.

Il est probable que ce qu’on obtiendra tout au plus à Copenhague, c’est un minimum de temps pour aboutir à un accord obligatoire qui serve vraiment à chercher des solutions. Si c’est le cas, le Sommet aura signifié au moins une modeste avancée.

On verra bien!

Fidel Castro Ruz

Le 9 décembre 2009

12 h 34

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