
« L’impérialisme sera vaincu, inévitablement. Qui nous a appris cette leçon ? Ce sont les peuples qui nous l’ont apprise… »

A l’occasion du 45e anniversaire de sa fondation, la cité universitaire José Antonio Echeverria (CUJAE) a décerné au Commandant en chef Fidel Castro Ruz le titre de Docteur honoris causa.
José Ramon Fernandez, vice-président du Conseil des ministres, a reçu, des mains d’Alicia Alonso Becerra, rectrice de cette université, cette distinction accordée à Fidel «parce qu’il fait partie de l’histoire de cette institution universitaire».
La CUJAE a formé plusieurs générations d’étudiants, qui ont par la suite mis leur savoir au service du développement économique et social de notre pays, a affirmé Alonso Becerra.
Merci, Fidel, pour avoir permis de réaliser le rêve de José Antonio Echeverria, a-t-elle poursuivi. Merci pour nous encourager à créer cet homme nouveau, pour promouvoir, de multiples façons, la dignité et le développement de l’être humain.
Miguel Diaz-Canel, membre du Bureau politique et ministre de l’Education supérieure, a appelé les étudiants et les employés de cette université à redoubler d’efforts dans la recherche de solutions pour augmenter la productivité et diminuer les importations.
Cette institution contribue à notre développement culturel et sportif, sa vocation sociale et humanitaire la situe au cœur de ce que doit être l’université moderne à laquelle nous croyons, a affirmé Diaz-Canel.
Au cours de la même cérémonie, 19 professeurs ont reçu une plaque commémorative du 45e anniversaire de la CUJAE, pour leur contribution exceptionnelle au rayonnement de cette institution.
Assistaient également à la cérémonie le Commandant de la Révolution Ramiro Valdés, membre du Bureau politique et ministre de l’Informatique et des Communications, Jaime Crombet, vice-président de l’Assemblée nationale du Conseil populaire, Lazara Mercedez Lopez, première secrétaire du Parti à La Havane, ainsi que des représentants du corps diplomatique accrédités dans notre pays.
source : granma
Le 7 novembre 2009, les médias occidentaux ont consacré un large espace à la bloggeuse cubaine Yoani Sánchez. La nouvelle en provenance de La Havane au sujet de l’altercation entre la dissidente et les autorités cubaines a fait le tour du monde et a rapidement occulté le reste de l’actualité [1].
Sánchez a raconté en détail sa mésaventure sur son blog et dans les médias. Ella a ainsi affirmé avoir été arrêtée en compagnie de trois de ses amis par « trois inconnus trapus » lors d’un « après-midi chargé de coups, de cris et d’insultes [2] ».
Elle explique ensuite son histoire qui s’apparente à un véritable calvaire :
« Les « agresseurs » ont appelé une patrouille qui a emmené les deux autres filles […]. J’ai refusé de monter dans la Geely [et] […] s’en est suivie une rouée de coups et de bousculades. Ils m’ont portée, la tête en bas, et ont essayé de me fourrer dans l’auto. Je me suis agrippée à la porte. J’ai pris des coups sur les articulations de mes mains. J’ai réussi à prendre un papier que l’un d’entre eux portait dans sa poche et l’ai mis dans ma bouche. Nouvelle rouée de coups pour que je rende le document.
Orlando se trouvait déjà dedans, immobilisé par une clé de karaté qui le tenait avec la tête plaquée au sol. L’un des hommes a mis son genou sur ma poitrine pendant que l’autre, depuis le siège avant, me tapait sur les reins et la tête pour que j’ouvre la bouche et que je lâche le papier. Pendant un moment, j’ai pensé que je ne sortirai jamais de cette voiture. « C’est fini, Yoani », « Fini les conneries » disait celui assis à côté du chauffeur qui me tirait des cheveux. Sur le siège arrière, un spectacle bizarre se déroulait : mes jambes vers le haut, mon visage rougi par la tension et mon corps endolori. De l’autre côté, Orlando réduit par un pro de la raclée. Je n’ai pu que viser ses testicules, à travers son pantalon, dans un acte désespéré. J’ai enfoncé mes ongles, en supposant qu’il continuerait à m’écraser la poitrine jusqu’au dernier souffle. « Tue-moi une bonne fois », je lui ai crié avec ce qui restait de ma dernière inhalation. Celui de l’avant a alors averti le plus jeune : « Laisse-la respirer ».
J’entendais Orlando haleter pendant que les coups continuaient à pleuvoir. J’ai calculé la possibilité d’ouvrir la porte et de sauter dehors, mais il n’y avait pas de poignée à l’intérieur. Nous étions à leur merci, mais entendre la voix d’Orlando me redonnait du courage. Il m’a dit après que cela avait été la même chose pour lui : mes mots entrecoupés lui disaient « Yoani est encore vivante ». On nous a laissés étalés et endoloris dans une rue de La Timba. Une femme s’est approchée « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »… « Un enlèvement », j’ai réussi à dire. Nous avons pleuré, dans les bras l’une de l’autre, au milieu de la rue. Je pensais à Teo. Mon Dieu, comment vais-je lui expliquer tous ces bleus ? Comment vais-je lui dire qu’il vit dans un pays où se passent des choses pareilles ? Comment le regarder et lui raconter que sa mère a été agressée en pleine rue car elle écrit un blog et met ses opinions en octets ? Comment lui décrire l’expression despotique qui animait ceux qui nous ont mis de force dans cette voiture, le plaisir que l’on voyait sur leur visage quand ils nous battaient, quand ils soulevaient ma jupe et me traînaient à moitié nue jusqu’à la voiture [3] ».
Les États-Unis (où Yosvanis Valle, un ressortissant cubain de 34 ans, avait été exécuté 48 heures plus tôt portant ainsi à 42 le nombre d’exécutions pour l’année 2009 [4]) ont fait part de leur « profonde préoccupation », par le biais du porte-parole du Département d’État Ian Kelly. « Nous continuons de prendre des nouvelles de la santé personnelle et de l’accès aux soins médicaux de Yoani Sanchez », a-t-il ajouté [5].
Contradictions
Les propos de Yoani Sánchez sont terrifiants et suscitent immédiatement la sympathie du lecteur et de la compassion à l’égard de la victime. Néanmoins, il est inévitable de relever certaines contradictions qui jettent une ombre sur la crédibilité d’un tel récit.
Le 9 novembre 2009, trois jours après sa mésaventure, Yoani Sánchez a reçu chez elle la presse étrangère pour relater l’incident. Première surprise pour les journalistes internationaux, exprimée par le correspondant de la BBC à La Havane Fernando Ravsberg : malgré les « coups et les bousculades », « les coups sur les articulations de [ses] mains », la « nouvelle avalanche de coups », le « genou sur [sa] poitrine », les coups « sur les reins et la tête », le tirage de « cheveux », « le visage rougi par la tension et le corps endoloris », les « coups qui continuent à pleuvoir », et « tous ces bleus » évoqués par la bloggeuse cubaine [6], Ravsberg note que Sánchez « n’a pas d’hématome, de marques ou de cicatrices [7] ». Les images de la chaîne états-unienne CNN, qui a également interviewée la bloggeuse, confirment les propos du journaliste britannique. De plus, le correspondant de CNN prend des précautions oratoires et insiste sur la souffrance « apparente » de Sánchez (elle utilise une béquille pour se déplacer) [8]. Selon l’Agence France Presse, qui relate l’histoire en prenant soin de clarifier qu’il s’agit de la version de Sánchez en titrant « Cuba : la bloggueuse Yoani Sanchez dit avoir été frappée et brièvement détenue », la bloggeuse « n’a pas été blessée [9] ».
Interrogée à ce sujet par la BBC, Yoani Sánchez tente d’expliquer cette contradiction. Selon elle, les marques et les hématomes sur le visage et le corps ont réellement existés mais se sont estompés depuis. « Durant tout le week-end, j’ai eu la pommette et l’arcade enflées ». Toutes ces traces ont disparu… dès le lundi matin à l’arrivée du premier journaliste étranger. En revanche, des hématomes et « plusieurs traces » subsistent, affirme-t-elle, mais … « sur les fesses surtout et malheureusement je ne peux pas vous les montrer », a-t-elle expliqué [10].
Sánchez n’a pas précisé les raisons pour lesquelles elle n’a pas daigné photographier les hématomes et les marques sur son visage juste après l’incident, quand ceux-ci étaient encore visibles, ce qui aurait constitué une preuve irréfutable de la violence policière à son égard. Quant aux cheveux qui lui auraient été arrachés, ce qui n’est absolument pas visible sur les photos et les vidéos, son explication est simple : « J’ai perdu beaucoup de cheveux mais dans cette chevelure abondante, cela ne se voit pas [11] ».
Sur son site et lors d’un entretien radio, Sánchez parle de « séquestration au pire style de la camorra sicilienne », donnant l’impression qu’elle avait été retenue pendant plusieurs heures [12]. Or, dans son interview accordée à la BBC, lorsque le journaliste se fait insistant et que des précisions lui sont demandées, la bloggeuse avoue qu’en réalité l’incident a duré en tout et pour tout « 25 minutes ». Par ailleurs, Sánchez affirme que l’arrestation a eu lieu « en plein jour à 17h45 au centre de La Havane, face à un arrêt de bus plein de gens ». Pourtant la presse occidentale n’a pas réussi à trouver un seul témoignage, même anonyme, pour confirmer les propos de la bloggeuse et attester ainsi de la véracité de ses dires [13]. De la même manière, aucune des personnes accompagnant Yoani Sánchez n’a voulu répondre aux sollicitations d’interviews des médias occidentaux, les renvoyant à la bloggeuse, chargée de parler au nom de tous.
Par ailleurs, il semble surprenant et illogique que les autorités de La Havane aient décidé de maltraiter publiquement une dissidente aussi médiatique que Yoani Sánchez, sachant pertinemment qu’un tel acte déclencherait immédiatement un scandale international. A priori, il existe d’autres moyens bien plus efficaces et beaucoup plus discrets pour intimider des opposants.
Enfin, Sánchez s’empêtre dans de nouvelles contradictions en tentant d’éclairer les zones d’ombre que comporte son témoignage. Ainsi, elle a expliqué que sa résistance serait due au fait que les agents en civil « ne se sont pas identifiés en tant qu’autorité. Je me serais comportée différemment s’il s’agissait d’un agent en uniforme. Je leur ai demandé d’appeler la police. Ils ont téléphoné et une patrouille a emmené les deux autres filles et nous a laissé avec Orlando entre les mains des autres [14] ». Or dans son blog, elle certifie que la police est arrivée au début de l’interpellation, mais cela ne l’aurait pas empêché de résister à ce qui s’apparente de plus en plus – s’il y a réellement eu une interpellation – à un contrôle d’identité par des policiers en civil, qu’à un lynchage public.
En un mot, aucun élément ne permet de corroborer les propos de Yoani Sánchez, aucun autre témoignage n’est disponible y compris ceux des personnes qui l’accompagnaient. Il faut donc se fier à la seule version de la bloggeuse qui est parsemée de contradictions. Au vu de ces éléments, il est impossible de ne pas mettre en doute les propos relatés par la célèbre internaute cubaine.
Une comparaison s’impose. Les médias occidentaux ont accordé, en à peine 72 heures, plus d’espace à Yoani Sánchez au sujet de son incident avec les autorités, qu’à tous les crimes commis (plus d’une centaine d’assassinats, autant de cas de disparition et d’innombrables actes de torture et de violence) par la dictature militaire dirigée par Roberto Micheletti depuis le 27 juin 2009. Décidément, Sánchez n’est pas une simple bloggeuse critique d’un système comme elle veut bien le faire croire.
Retour sur le phénomène Yoani Sánchez
Yoani María Sánchez Cordero est une Havanaise née en 1975, apparemment diplômée en philologie depuis l’année 2000, comme l’annonce son blog. Un doute subsiste à ce sujet car lors de son séjour en Suisse deux ans plus tard, lorsqu’elle s’est enregistrée auprès des autorités consulaires, elle a déclaré avoir un niveau « pré-universitaire » comme le montrent les archives du consulat de la République de Cuba de Berne [15]. Ainsi, après avoir travaillé dans le monde de l’édition et donné des cours d’espagnol aux touristes, elle choisit de quitter le pays en compagnie de son fils. Le 26 août 2002, après s’être mariée avec un Allemand nommé Karl G., elle décide d’émigrer en Suisse avec un « permis de voyage à l’étranger » valable onze mois, face « au désenchantement et à l’asphyxie économique » régnant à Cuba [16].
On découvre ensuite curieusement qu’après avoir fui « une immense prison, avec des murs idéologiques [17] », pour reprendre les termes qu’elle utilise pour se référer à son pays natal, elle décide, deux ans plus tard, durant l’été 2004, de quitter le paradis suisse – l’une des nations les plus riches au monde – pour retourner sur « le bateau qui prend l’eau de toutes parts et qui est sur le point de faire naufrage », comme elle qualifie métaphoriquement l’île [18]. Face à cette nouvelle contradiction, Sánchez explique qu’elle a choisi de rentrer au pays où règnent « les cris du despote [19] », « des être des ombres, qui tels des vampires s’alimentent de notre joie humaine, nous inoculent la crainte à travers les coups, la menace, le chantage [20] », « pour des raisons familiales et contre l’avis de certains proches et amis [21] », sans fournir davantage de précisions.
En lisant le blog de Yoani Sánchez, où la réalité cubaine est décrite de façon ubuesque et tragique, on a l’impression que le purgatoire est une promenade de santé en comparaison, et que seule la chaleur asphyxiante de l’antichambre de l’enfer donne une idée de ce que vivent quotidiennement les Cubains. Aucun trait positif de la société cubaine ne transparaît. Seules des aberrations, injustices, contradictions, difficultés y sont contées. Par conséquent, le lecteur a du mal à comprendre que la jeune Cubaine ait décidé de quitter la richissime Suisse pour retourner vivre dans ce qui s’apparente à l’enfer de Dante où « les poches étaient vides, les frustrations en hausse et la peur partout [22] ». Sur son blog, les commentaires de ses partisans étrangers fleurissent à ce sujet : « Je ne comprends pas ton retour. Pourquoi n’as-tu pas donné un meilleur futur à ton fils », « Chère amie, j’aimerais savoir pour quelles raisons tu as décidé de rentrer à Cuba [23] ? ».
En revanche, certains de ses compatriotes vivant à l’étranger, déçus par le mode de vie occidental, lui font également part de leur envie de rentrer vivre à Cuba : « Je reviendrai vivre à Cuba », « Je vis à Miami depuis sept ans […] et parfois je me demande si le déracinement valait la peine », « Mon peuple me manque […]. Un jour, je reviendrai avec mon époux allemand – un autre fou qui est disposé à demander la résidence permanente à Cuba », « J’ai pensé au retour à de nombreuses reprises », « Pourquoi es-tu rentrée ? Solitude, nostalgie, mélancolie. [Puis en référence au monde occidental] des visages bizarres, des gens tristes et en colère avec le reste de l’Humanité sans que l’on sache pourquoi ? Des politiciens aussi corrompus, et beaucoup de jours gris. Il n’est pas nécessaire que tu expliques quoi que ce soit. Cela fait 14 ans qu’il n’y a pas de soleil sur ma carte du temps », « J’ai envoyé l’information à mon père qui vit à l’étranger et qui compte rentrer [24] ».
De deux choses l’une : soit Yoani Sánchez ne dispose pas de toutes ses facultés mentales pour décider de quitter la Perle de l’Europe pour rentrer à Cuba, soit la vie dans l’île n’est pas aussi dramatique que la description qu’elle en fournit.
Dans une intervention sur son blog en juillet 2007, Yoani Sánchez relate en détail l’anecdote de son retour à Cuba. « Il y a trois ans, à Zurich avec mon fils, j’ai décidé de rentrer vivre dans mon pays », annonce-t-elle, soulignant qu’il s’agissait « d’une simple histoire de retour d’un émigrant à son terroir ». « Nous avons acheté des billets aller-retour » pour Cuba. Sánchez a alors décidé de rester et de ne pas retourner en Suisse. « Mes amis croyaient que je leur faisais une blague, ma mère a refusé de croire que sa fille ne vivait plus dans la Suisse du lait et du chocolat ». Le 12 août 2004, Sánchez s’est donc présentée au bureau provincial des services d’immigration de La Havane pour expliquer son cas. « Ma surprise a été énorme lorsqu’on m’a dit de faire la queue dans la file de ‘ceux qui avaient décidé de rentrer au pays’ […]. J’ai ainsi découvert d’autres ‘fous’ comme moi, avec leur histoire truculente de retour au pays [25] ».
En effet, le cas de Sánchez est loin d’être un cas isolé comme l’illustrent cette anecdote et les commentaires laissés sur son blog. De plus en plus de Cubains qui ont choisi d’émigrer à l’étranger, après avoir fait face à de nombreuses difficultés d’adaptation et découvert que l’Eldorado occidental ne brillait pas tant que cela et que les privilèges dont ils disposaient chez eux n’existaient nulle part ailleurs, décident de rentrer vivre à Cuba.
En revanche, Yoani Sánchez omet de raconter les véritables raisons qui l’ont amenée à rentrer à Cuba, au-delà des « raisons familiales » évoquées (raisons qui ne sont apparemment pas partagées par la mère de celle-ci, vue sa surprise). Les autorités cubaines lui ont accordé un traitement de faveur pour des raisons humanitaires, en lui permettant de retrouver son statut de résidente permanente à Cuba, malgré le fait qu’elle soit restée plus de 11 mois à l’extérieur du pays.
En réalité, le séjour en Suisse a été loin d’être aussi idyllique que prévu. Sánchez a découvert un mode de vie occidentale complètement différent de celui auquel elle était habituée à Cuba où, malgré les difficultés et les vicissitudes quotidiennes, tous les citoyens disposent d’une alimentation relativement équilibrée malgré le carnet de rationnement et les pénuries, d’un accès aux soins et à l’éducation, à la culture et aux loisirs gratuit, d’un logement et d’une atmosphère de sécurité (la criminalité reste très faible dans l’île). Cuba est sans doute le seul pays du monde où il est possible de vivre sans travailler (ce qui n’est pas forcément une bonne chose). En Suisse, Sánchez a eu d’énormes difficultés à trouver un travail et à vivre décemment et, désespérée, elle a décidé de rentrer au pays et d’en expliquer les raisons aux autorités. D’après celles-ci, Sánchez aurait supplié en larmes les services d’immigration de lui accorder une dispense exceptionnelle « pour révoquer son statut migratoire », ce qui a été fait [26].
Cette réalité, Yoani Sánchez a choisi de l’occulter avec minutie.
La cyberdissidence
En avril 2007, Yoani Sánchez décide d’intégrer l’univers de l’opposition à Cuba en créant son blog Generación Y. Oubliant la magnanimité des autorités à son égard lors de son retour à Cuba en 2004, elle devient ainsi un farouche détracteur du gouvernement de La Havane. Ses critiques sont acerbes, peu nuancées et à sens unique. Elle présente un panorama apocalyptique de la réalité cubaine et accuse les autorités d’être responsables de tous les maux. Pas un seul instant, elle n’évoque le contexte géopolitique singulier dans lequel se trouve Cuba depuis 1959. Des centaines de blogs existent à Cuba. Un certain nombre d’entre eux dénoncent de manière incisive certaines aberrations de la société cubaine. Mais le point de vue est beaucoup plus nuancé et l’information moins parcellaire. Cependant, les médias occidentaux ont choisi le blog manichéen de Sánchez [27].
Selon la bloggeuse, à Cuba, « le processus, le système, les expectatives, les illusions ont subi un naufrage. Il s’agit d’un naufrage total », annonce-t-elle, avant de conclure sur cette métaphore lapidaire : « le bateau a coulé ». Pour elle, il est évident que Cuba doit changer d’orientation et de gouvernement : Il faut changer le « timonier et tout l’équipage [28] » afin de mettre en place « un capitalisme sui generis [29] ».
Sánchez est une personne sagace qui a parfaitement compris qu’elle pouvait rapidement prospérer en tenant ce genre de discours apprécié des médias occidentaux, qui sauraient récompenser cette fidélité. Elle a d’ailleurs passé ce marché tacite avec les transnationales de la communication et de l’information. Car pour être considéré comme un « bloggeur indépendant » par la presse occidentale et donc bénéficier d’une certaine aura médiatique, il faut impérativement se prononcer contre le système et le gouvernement et exiger un changement radical, et non pas se contenter de dénoncer certaines aberrations du système.
Comment corroborer l’affirmation de collusion entre Sánchez et les puissances médiatiques ? A la lumière des faits. Quelques semaines à peine après la naissance de son blog, les médias occidentaux ont lancé une extraordinaire campagne de promotion à son sujet, la présentant comme étant la bloggeuse qui ose défier le régime ainsi que les limites à la liberté d’expression. Là encore, la presse occidentale n’est point effrayé par ses propres contradictions. D’un côté, elle ne cesse de répéter qu’il est absolument impossible pour tout Cubain de tenir des propos hétérodoxes à Cuba, qu’il lui est rigoureusement interdit d’émettre la moindre critique au sujet du gouvernement ou même de s’écarter de la ligne officielle sous peine de prison. De l’autre, elle vante l’ingéniosité de Yoani Sánchez dont la principale activité est de fustiger les politiques gouvernementales sans que pour autant être inquiétée par les autorités [30].
Ainsi, en à peine un an d’existence, alors qu’il existe des dizaines de blogs plus anciens et non moins intéressants que celui de Sánchez, la bloggeuse cubaine a obtenu le prix de Journalisme Ortega y Gasset, d’un montant de 15 000 euros le 4 avril 2008, décerné par le quotidien espagnol El País. D’habitude, ce prix est accordé à des écrivains et journalistes prestigieux ayant une longue carrière littéraire. C’est la première fois qu’une personne du profil de Sánchez l’obtient [31]. De la même manière, la bloggeuse a été sélectionnée parmi les 100 personnes les plus influentes du monde par la revue Time (2008), en compagnie de George W. Bush, Hu Jintao et le Dalaï Lama [32]. Son blog a été inclus dans la liste des 25 meilleurs blogs du monde de la chaîne CNN et la revue Time (2008) et elle a également obtenu le prix espagnol Bitacoras.com ainsi que The Bob’s (2008) [33]. Le 30 novembre 2008, le quotidien espagnol El País l’a incluse dans sa liste des 100 personnalités hispano-américaines les plus influentes de l’année (liste dans laquelle n’apparaissaient ni Fidel Castro ni Raúl Castro) [34]. La revue Foreign Policy a fait mieux en décembre 2008 en l’incluant parmi les 10 intellectuels les plus importants de l’année [35]. La revue mexicaine Gato Pardo en a fait de même pour l’année 2008 [36]. La prestigieuse université états-unienne de Columbia lui a décerné le prix Maria Moors Cabot [37]. Et la liste est encore longue [38].
Pourtant, Yoani Sánchez est une véritable inconnue dans son pays, comme elle le reconnaît avec franchise : « La revue Time m’a inclus dans sa liste des personnes influentes en 2008 en compagnie de 99 autres célébrités. Moi, qui ne suis jamais montée sur scène, ni à une tribune, alors que mes voisins ne savent pas si ‘Yoani’, s’écrit avec un ‘h’ au milieu ou un ‘s’ à la fin […]. J’imagine que les autres inscrits se demanderont : Qui est cette bloggeuse cubaine inconnue qui nous accompagne [39] ». Sans le vouloir, Sánchez a mis la revue Time face à son énorme contradiction : Comment une bloggeuse inconnue de ses propres voisins peut-elle être incluse parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde ? Ici, il est indéniable que la revue états-unienne a privilégié les critères politiques et idéologiques en intégrant Sánchez, ce qui jette une ombre sur la crédibilité du classement. Le raisonnement est valable également pour les autres distinctions.
Salim Lamrani
Enseignant, chargé de cours aux universités Paris-Descartes et Paris-Est Marne-la-Vallée. Dernier ouvrage publié : Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais, Estrella (2009).
[1] Andrea Rodríguez, « Cuban Blogger Says She Is Briefly Detained », The Associated Press, 7 novembre 2009.
[2] Yoani Sánchez, « Secuestro estilo camorra », Generación Y, 8 novembre 2009. (site consulté le 15 novembre 2009).
[3] Ibid. (version française du blog)
[4] Agence France Presse, « Texas executes Cuban-born gang member », 11 novembre 2009.
[5] Le Monde, « Cuba : les USA indignés par les mauvais traitements infligés à des blogueurs », 10 novembre 2009
[6] Yoani Sánchez, « Secuestro estilo camorra », op. cit.
[7] Fernando Ravsberg, « Ataque a blogera cubana, ¿cambio de política », BBC Mundo, 9 novembre 20009.
[8] CNN, « Yoani Sánchez golpeada en La Habana », 9 novembre 2009. (site consulté le 15 novembre 2009).
[9] Agence France Presse, « Cuba : la blogueuse Yoani Sanchez dit avoir été frappée et brièvement détenue », 7 novembre 2009.
[10] Fernando Ravsberg, « Ataque a blogera cubana, ¿cambio de política », op. cit.
[11] Ibid.
[12] Yoani Sánchez, « Secuestro estilo camorra », op. cit. ; Youtube, « Entrevista a Yoani Sánchez tras la golpiza que recibió por parte del Gobierno Cubano », 9 novembre 2009. (site consulté le 15 novembre 2009).
[13] Fernando Ravsberg, « Ataque a blogera cubana, ¿cambio de política », op. cit.
[14] Ibid.
[15] Correspondance avec son Excellence, Monsieur Isaac Roberto Torres Barrios, Ambassadeur de la République de Cuba à Berne, 17 novembre 2009.
[16] Yoaní Sánchez, « Mi perfil », Generación Y
[17] France 24, « Ce pays est une immense prison avec des murs idéologiques », 22 octobre 2009.
[18] Yoaní Sánchez, « Siete preguntas », Generación Y, 18 novembre 2009.
[19] Yoaní Sánchez, « Final de partida », Generación Y, 2 novembre 2009.
[20] Yoaní Sánchez, « Seres de la sombra », Generación Y, 12 de noviembre de 2009.
[21] Yoaní Sánchez, « Mi perfil », Generación Y, op. cit.
[22] Yoaní Sánchez, « La improbable entrevista de Gianni Miná », Generación Y, 9 mai 2009.
[23] Yoaní Sánchez, « Vine y me quedé », Generación Y, 14 août 2007.
[24] Ibid.
[25] Ibid.
[26] Correspondance avec son Excellence Monsieur Orlando Requeijo, Ambassadeur de la République de Cuba à Paris, 18 novembre 2009.
[27] Libertad Digital, « Yoani Sánchez : ‘Hemos naufragado ; hace rado que estamos bajo el agua’ », 12 novembre 2009.
[28] Ibid.
[29] Mauricio Vicent, « « Los cambios llegarán a Cuba, pero no a través del guión del Gobierno » », El País, 7 mai 2008.
[30] Yoani Sánchez, Generación Y.
[31] El País, « El Pais convoca los Premios Ortega y Gasset de periodismo 2009 », 12 janvier 2009.
[32] Time, « The 2008 Time 100 », 2008. (site consulté le 25 novembre 2009)
[33] Yoani Sánchez, « Premios », Generación Y.
[34] Miriam Leiva, « La ‘Generación Y’cubana », El País, 30 novembre 2008.
[35] Yoani Sánchez, « Premios », op. cit.
[36] Ibid.
[37] Ibid.
[38] El País, « Una de las voces críticas del régimen cubano, mejor blog del año », 28 novembre 2008.
[39] Yoani Sánchez, « ¿Qué hago yo ahí ? », Generación Y, 3 mai 2008.
[40] Guillermo Nova, « Bloguera cubana Yoani Sánchez descubierta escribiendo sus artículos desde el wi-fi de hoteles », Rebelión, 11 mai 2009.
[41] Norelys Morales Aguilera, « Si los blogs son terapéuticos ¿Quién paga la terapia de Yoani Sánchez ? », La República, 13 août 2009.
[42] Ibid
[43] Yoani Sánchez, Generación Y.
[44] Norelys Morales Aguilera, « Si los blogs son terapéuticos ¿Quién paga la terapia de Yoani Sánchez ? », op. cit.
[45] Yoani Sánchez, « Respuesta de Barack Obama a Yoani Sánchez », Generación Y, 20 novembre 2009.
[46] Yoani Sánchez, « Siete preguntas », Generación Y, 19 novembre 2009.
[47] Yoani Sánchez, « Made in USA », Generación Y, 18 novembre 2009.
[48] Yoani Sánchez, « Siete preguntas », op. cit.
[49] Yoani Sánchez, « Premios », Generación Y.
Dans leur lutte contre la Révolution cubaine, les États-Unis eurent pour meilleur allié le gouvernement vénézuélien dirigé alors par l’insigne Rómulo Betancourt Bello. Nous ne le savions pas. Il avait été élu président le 7 décembre 1958, et il n’avait pas encore assumé son poste quand la Révolution triompha à Cuba le 1er janvier 1959. Quelques semaines après, j’eus le privilège d’être invité à visiter la patrie de Bolívar, qui avait été si solidaire avec notre pays, par le gouvernement provisoire de Wolfgang Larrazábal.
J’ai rarement senti dans ma vie plus de chaleur de peuple. On conserve des films de cette visite. Je pris la vaste autoroute qui s’était substituée au chemin asphalté par où les chauffeurs de véhicules les plus téméraires que j’ai jamais vus m’avaient conduit de Maiquetía à Caracas lors de mon premier voyage dans la capitale en 1948.
Mais, cette fois-là, j’écoutai aussi les sifflets les plus bruyants, les plus prolongés et les plus embarrassants de ma longue vie quand j’osai mentionner le nom du président frais élu mais pas encore installé : les masses les plus radicalisées de Caracas, une ville héroïque et combative, avaient voté contre lui à une majorité écrasante.
Les milieux politiques des Caraïbes et d’Amérique latine mentionnaient alors avec intérêt l’illustre Rómulo Betancourt.
Pour quelle raison ? Il avait été si radical dans sa jeunesse qu’il avait été nommé à vingt-trois ans membre du Bureau politique du Parti communiste costaricien, et qu’il le resta de 1931 à 1935. C’était l’époque difficile de la IIIe Internationale. Il apprit du marxisme-léninisme la structure de classe de la société, l’exploitation de l’homme par l’homme tout au long de l’histoire, le développement de la colonisation, du capitalisme et de l’impérialisme au cours des derniers siècles.
Il fonda au Venezuela en 1941, aux côtés d’autres dirigeants de gauche, le parti Action démocratique.
Il exerça la présidence provisoire du Venezuela d’octobre 1945 à février 1948 à la suite d’un coup d’État civil et militaire. Il reprit le chemin de l’exil quand le grand écrivain et intellectuel vénézuélien Rómulo Gallegos fut élu président constitutionnel et presque aussitôt renversé.
La machine bien huilée de son parti ayant fonctionné, il fut élu président aux élections du 7 décembre 1958, après que les forces révolutionnaires conduites par l’Assemblée patriotique que dirigeait Fabricio Ojeda eurent renversé la dictature du général Pérez Jiménez.
Quand, fin janvier 1959, je pris la parole sur la place du Silence où des centaines de milliers de personnes s’étaient réunies et que je mentionnai par simple politesse le nom de Betancourt, j’écoutai les huées dont j’ai parlé. Ce fut pour moi une véritable leçon de réalisme politique, Je dus ensuite lui rendre visite en tant que président élu d’une nation amie. Je découvris quelqu’un de bourré d’amertume et de ressentiment. C’était déjà là le modèle de gouvernement « démocratique et représentatif » dont avait besoin l’Empire. Le sien collabora de son mieux avec les Yankees avant l’invasion mercenaire de Playa Girón.
Fabricio Ojeda, un ami sincère et inoubliable de la Révolution cubaine que j’eus le privilège de connaître et avec qui j’eus de longs échanges, m’expliqua ensuite bien des choses sur la vie politique de sa patrie et sur le Venezuela dont il rêvait. Ce fut l’une des nombreuses personnes que ce régime, totalement au service de l’impérialisme, assassina.
Un demi-siècle s’est écoulé depuis. Je peux témoigner du cynisme exceptionnel de l’Empire auquel les révolutionnaires cubains, dignes héritiers de Bolívar et de Martí, ont fait face sans trêve ni repos.
Le monde a changé considérablement depuis l’époque de Fabricio Ojeda. Le pouvoir militaire et technologique de cet Empire s’est renforcé considérablement, ainsi que son expérience et son absence de scrupules totale. Ses ressources médiatiques sont plus coûteuses et moins assujetties à des normes morales.
Accuser le leader de la Révolution bolivarienne, Hugo Chávez, de préparer la guerre contre le peuple colombien, de déclencher une course aux armements, de produire des drogues et de promouvoir leur trafic, de réprimer la liberté d’expression, de violer les droits de l’homme, et lancer d’autres imputations similaires contre lui, relève d’un cynisme répugnant, qui ne dépare pas l’histoire passée et présente de l’Empire, et les valeurs qu’il prône. On ne saurait jamais oublier la réalité, ni manquer de la répéter : la vérité objective et raisonnée est l’arme la plus puissante à inculquer sans répit dans la conscience des peuples.
Le gouvernement étasunien – il faut le rappeler – a promu et soutenu le coup d’État fasciste réalisé au Venezuela le 11 avril 2002. Celui-ci ayant fait fiasco, il plaça tous ses espoirs dans le coup d’État pétrolier, soutenu par des programmes et des ressources techniques capables de liquider n’importe quel gouvernement, mais il sous-estima le peuple et la direction révolutionnaire de ce pays. Depuis, il n’a cessé de conspirer contre la Révolution vénézuélienne, comme il l’a fait et continue de le faire contre notre propre Révolution depuis cinquante ans. Mais les États-Unis aspirent à contrôler le Venezuela bien plus que Cuba, du fait de ses énormes ressources énergétiques et de ses autres matières premières, obtenues à des prix dérisoires, et où les transnationales possèdent les grandes installations et les grands services.
Après avoir écrasé à feu et à sang la révolution en Amérique centrale, après avoir installé par des coups d’État des dictatures sanguinaires et répressives qui freinèrent les avancées démocratiques et progressistes en Amérique du Sud, l’Empire ne saurait se résigner à la construction du socialisme au Venezuela. C’est là un fait réel, indéniable et flagrant pour quiconque possède un minimum de culture politique en Amérique latine et dans le monde.
Il vaut la peine de rappeler que le gouvernement vénézuélien n’a même pas acheté d’armes après le coup d’État promu par les États-Unis en avril 2002. Le baril de pétrole valait alors vingt dollars – une monnaie déjà dévaluée après que Nixon eut suspendu sa conversion en or en 1971, presque trente ans avant que Chávez ne monte à la présidence. Quand il y monta, le pétrole vénézuélien n’atteignait même pas dix dollars. Quand les cours flambèrent ensuite, il consacra les ressources de son pays à des programmes sociaux, à des plans d’investissement et de développement, et à la coopération avec de nombreuses nations des Caraïbes et d’Amérique centrale et d’autres d’Amérique du Sud aux économies les plus pauvres. Aucun pays n’a offert une coopération aussi généreuse.
Chávez n’a pas acheté un seul fusil dans les premières années de son gouvernement. Il a même fait quelque chose qu’aucun autre pays n’aurait fait dans des conditions où son intégrité était menacée : suspendre l’obligation légale de chaque citoyen honnête et révolutionnaire de défendre son pays les armes à la main.
Je pense plutôt que la République bolivarienne a trop tardé à acheter de nouvelles armes. Les fusils dont disposait l’infanterie plusieurs années après que Chávez ait accédé à la présidence remontaient à plus de cinquante ans : en novembre 1958, pénultième mois de notre guerre, le gouvernement provisoire de l’amiral Larrazábal me fit parvenir un fusil automatique FAL de ce genre !
C’est l’administration étasunienne qui a décidé bien plutôt le désarmement du Venezuela en prohibant de lui livrer les pièces nécessaires aux équipements militaires yankees vendus traditionnellement à ce pays, depuis des avions de combat et des transports militaires jusqu’aux appareils de communication et aux radars. Il est extrêmement hypocrite d’accuser maintenant le Venezuela de lancer une course aux armements.
D’autant que les États-Unis ont livré pour des milliards de dollars des armements, des moyens de combat, des transports aériens aux forces armées de la Colombie voisine et ont entraîné celles-ci, sous prétexte de lutte contre la guérilla. Je peux attester des efforts qu’a consentis le président Hugo Chávez pour contribuer à la paix intérieure dans ce pays frère. Les Yankees ne se sont d’ailleurs pas contentés de fournir des armes : ils ont aussi instillé des sentiments de haine contre le Venezuela aux troupes qu’ils entraînaient, tout comme ils l’ont fait au Honduras à travers l’équipe spéciale basée à Palmerola.
Les États-Unis fournissent aux unités de combat dans les pays où ils disposent de bases militaires le même uniforme et les mêmes équipements qu’à leurs propres troupes d’intervention partout dans le monde. Ils n’ont pas besoin de soldats à eux, comme en Iraq, en Afghanistan ou dans le nord du Pakistan, pour planifier des massacres contre nos peuples.
L’extrême droite impérialiste, qui contrôle les leviers essentiels du pouvoir, recourt à des mensonges éhontés pour occulter ses plans.
Eva Golinger, avocate et observatrice vénézuelo-étasunienne, a démontré comment les arguments stratégiques avancés dans le message que l’administration a fait parvenir au Congrès en mai 2009 pour justifier des investissements sur la base de Palanquero ont été totalement modifiés dans l’accord aux termes duquel Washington a obtenu cette base, de pair avec de nombreuses autres installations civiles et militaires. Le document adressé au Congrès le 16 novembre sous le titre : Addendum destiné à refléter les termes de l’accord de coopération en matière de défense entre les États-Unis et la Colombie, signé le 30 octobre 2009, « est absolument modifié », signale Eva Golinger, toujours incisive et bien informée : « On n’y parle plus de la « mission de mobilité » qui « garantit l’accès à tout le continent sud-américain, à l’exception du cap Horn ». On y omet toute référence à des opérations de « portée générale », à des « théâtres sécurisés » et à l’accroissement des capacités des forces armées étasuniennes à mener une « guerre rapide » dans la région. »
Il est évident par ailleurs que le président de la République bolivarienne bataille dur pour surmonter les contraintes que les États-Unis ont engendrés dans les pays latino-américains, entre autres la violence sociale et le trafic de drogues : en effet, la société étasunienne a été incapable d’éviter la consommation et le trafic de stupéfiants, ce qui a des conséquences dans de nombreux pays de la région.
La violence est l’un des produits les plus largement exportés par la société capitaliste étasunienne durant ce dernier demi-siècle à travers l’emploi croissant des médias et de l’industrie dite des loisirs. Ce sont là des phénomènes que la société humaine n’avait pas connus à ce jour. Ces médias pourraient toutefois être utilisés pour créer de nouvelles valeurs dans une société plus humaine et plus juste.
Le capitalisme développé a créé les sociétés dites de consommation et engendré par contrecoup des problèmes qu’il est incapable de maîtriser.
Le Venezuela est le pays qui réalise le plus rapidement des programmes sociaux à même de permettre de contrer ces tendances extrêmement négatives. Ses gros succès aux derniers Jeux sportifs bolivariens le prouvent.
À la réunion de l’UNASUR, le ministre vénézuélien des affaires étrangères a posé très clairement la question de la paix dans la région : quelle est la position de chaque pays face à l’installation de bases yankees en Amérique du Sud ? C’est là non seulement une obligation de chaque État, mais aussi une obligation morale de chaque homme et de chaque femme conscients et honnêtes de notre continent et du monde. L’Empire doit savoir que les Latino-Américains se battront sans trêve en toute circonstance pour défendre leurs droits les plus sacrés.
Il existe des problèmes encore plus graves et plus immédiats pour tous les peuples du monde : les changements climatiques, peut-être le pire et le plus urgent de nos jours.
Chaque État devra, d’ici au 18 décembre, adopter une décision. L’illustre prix Nobel de la paix, Barack Obama, devra de nouveau se positionner sur cette question épineuse.
Puisqu’il a accepté la responsabilité de recevoir ce Prix, il devra bien faire sienne la requête morale qu’a soulevée Michael Moore quand il a appris la nouvelle : « Eh bien, maintenant, gagnez-le donc ! » Le peut-il donc ?, me demandé-je. Alors que les milieux scientifiques à l’unanimité exigent de réduire les émissions de dioxyde de carbone d’au moins 30 p. 100 par rapport à 1990, l’administration étasunienne offre de ne les réduire que de 17 p. 100 par rapport à ses niveaux de 2005, soit à peine 5 p. 100 du minimum exigé pour 2020 par tous les scientifiques à tous les habitants de la planète. Les États-Unis consomment deux fois plus par habitant que l’Europe et dépassent les émissions de la Chine, un pays qui compte pourtant 1 338 000 000 d’habitants. Un membre de la société la plus surconsommatrice au monde émet des dizaines de fois plus de CO2 par habitant que le citoyen d’un pays pauvre du Tiers-monde.
D’ici à trente ans, les non moins de neuf milliards d’êtres humains qui peupleront la planète auront besoin que les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère soient réduites d’au moins 80 p. 100 par rapport à 1990. Toujours plus de dirigeants de pays riches le comprennent avec amertume ; en revanche, les hiérarques qui dirigent le pays le plus puissant et le plus riche de la planète, les États-Unis, se consolent en affirmant que ces prévisions sont de simples inventions des scientifiques. On sait d’ores et déjà que la conférence de Copenhague décidera tout au plus de poursuivre les discussions pour mettre d’accord plus de deux cents États et institutions qui devront assumer des engagements, dont un extrêmement important : lesquels parmi les pays riches contribueront et avec combien de ressources au développement et aux économies d’énergie des pays les plus pauvres ? Faut-il donner carte blanche à l’hypocrisie et au mensonge ?
Fidel Castro Ruz
Le 29 novembre 2009
19 h 15
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