Réflexions du compañero Fidel : UNE RÉVOLUTION Y EST EN GESTATION

J’ai écrit le 16 juillet dernier que le coup d’Etat au Honduras « avait été concocté et organisé par des personnages sans scrupules de l’extrême droite, des fonctionnaires ayant toute la confiance de George W. Bush à qui ils devaient leur promotion. »

J’ai mentionné les noms d’Hugo Llorens, de Robert Blau, de Stephen McFarland et de Robert Callahan, ambassadeurs yankees au Honduras, en El Salvador, au Guatemala et au Nicaragua, qui avaient été nommés par Bush en juillet et août 2008, et j’avais signalé que ces quatre-là suivaient la ligne de John Negroponte et d’Otto Reich, dont on connaît le passé ténébreux.

J’ai signalé que la base yankee de Soto Cano avait servi de point d’appui principal au coup d’Etat et que « l’idée d’une initiative de paix à partir du Costa Rica avait été transmise au président de ce pays par le département d’État, alors qu’Obama se trouvait à Moscou où il déclarait dans une université russe que le seul président du Honduras était Manuel Zelaya ». J’ai ajouté que « la réunion du Costa Rica permettait de contester l’autorité de l’ONU, de l’OEA et d’autres institutions qui avaient accordé leur soutien au peuple hondurien, et que la seule chose correcte était de demander à l’administration étasunienne de cesser son intervention au Honduras et d’en retirer l’équipe spéciale conjointe ».

En guise de réponse au coup d’État dans ce pays centraméricain, l’administration étasunienne a signé avec le gouvernement colombien un accord portant création dans ce pays frère de sept bases militaires comme celle de Soto Cano qui menacent le Venezuela, le Brésil et tous les autres peuples sud-américains.

À un moment critique, alors que les chefs d’État discutent à un Sommet des Nations Unies la tragédie des changements climatiques et de la crise économique internationale, les putschistes honduriens menacent de violer l’immunité de l’ambassade brésilienne où se trouve le président Manuel Zelaya, sa famille et un groupe de ses partisans qui ont été contraints de s’y réfugier.

C´est un constat que le gouvernement brésilien n’a absolument rien eu à voir avec la situation qui s’y est créée.

Il est donc inadmissible, voire inconcevable, que l’ambassade brésilienne soit attaquée par le gouvernement fasciste, à moins qu’il ne prétende se suicider en provoquant une intervention directe de forces étrangères, comme cela s’est passé en Haïti, ce qui signifierait l’entrée de troupes yankees sous la bannière des Nations Unies. Le Honduras n’est pas un pays lointain et isolé des Caraïbes. Une intervention de forces étrangère au Honduras déclencherait un conflit en Amérique centrale et sèmerait le chaos politique dans toute l’Amérique latine.

La lutte héroïque et incessante du peuple hondurien depuis maintenant presque quatre-vingt-dix jours a mis en crise le gouvernement fasciste d’obédience yankee qui réprime des hommes et des femmes désarmés.

Nous avons vu naître une nouvelle conscience dans le peuple hondurien. Toute une légion de militants sociaux a blanchi sous le harnois de cette bataille. Zelaya a tenu sa promesse de rentrer. Il a le droit d’être rétabli au gouvernement et de présider les élections. De nouveaux et admirables cadres sont en train d’émerger des mouvements sociaux combatifs, et ils sont devenus capables de guider ce peuple sur les voies difficiles que doivent frayer les peuples de Notre Amérique. Une révolution y est en gestation.

L’Assemblée des Nations Unies peut être historique, à la mesure de ses réussites ou de ses erreurs.

Les dirigeants mondiaux y ont abordé des points très intéressants et complexes. Ils ont reflété l’ampleur des tâches qui attendent l’humanité et face auxquelles le temps encore disponible est compté.

Fidel Castro Ruz

Le 24 septiembre 2009

13 h 23

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Réflexions du compañero Fidel : UN PRIX NOBEL POUR Mme CLINTON:

L’interminable document lu hier par le Nobel Oscar Arias est bien pire que les sept points de l’édit de reddition qu’il avait proposé le 18 juillet.

Il ne communiquait pas avec l’opinion internationale en morse. Il parlait devant les caméras de télévision qui transmettaient son image et tous les détails du visage humain qui a d’ordinaire autant de variables qu’une personne a d’empreintes digitales. On peut découvrir aisément la moindre intention mensongère.  Je l’observais avec soin.

Parmi les téléspectateurs, l’immense majorité savait qu’un coup d’État a eu lieu au Honduras, avait suivi à la télévision les discours prononcés à l’OEA, à l’ONU, au SICA, au Sommet des pays non alignés et dans d’autres instances,  avait vu les sévices, les abus et la répression dont a été victime le peuple qui s’est réuni par centaines de milliers pour protester contre le putsch.

Le plus curieux c’est que, quand il exposait sa nouvelle proposition de paix, Arias ne délirait pas : il croyait ce qu’il disait.

Bien que très peu de Honduriens aient pu voir ces images, bien d’autres personnes dans le monde les ont vues, tout comme elles avaient vu Arias proposer le 18 juillet ses fameux Sept Points dont le premier parlait textuellement de « la restitution légitime de José Manuel Zelaya Rosales à la présidence de la République jusqu’à la fin du mandat constitutionnel pour lequel il a été élu. »

Tout le monde souhaitait savoir ce que dirait M. Bons Offices hier après-midi. La reconnaissance des droits du président constitutionnel hondurien, dont les facultés avaient été réduits à presque rien dans la première proposition, a été reléguée au sixième rang dans ce second projet d’Arias qui n’utilise même pas la phrase : « légitimer la restitution ».

Bien des gens honnêtes s’étonnent et attribuent peut-être à d’obscures manœuvres de sa part ce qu’il a affirmé hier. Peut-être suis-je l’un des rares personnes au monde à comprendre qu’il y avait de l’autosuggestion, plutôt qu’une intention délibérée, dans les paroles du Prix Nobel de la paix. Je m’en suis rendu compte en particulier quand Arias, le ton entrecoupé par l’émotion, insista sur la foule de message que lui avaient adressé de nombreux présidents et dirigeants du monde émus par son initiative. C’est ce qu’il lui passe par la tête ; il ne se rend même pas compte que d’autres Prix Nobel de la paix, honnêtes et modestes comme Rigoberta Menchú et Adolfo Pérez Esquivel, sont indignés devant ce qu’il se passe au Honduras.

Il ne fait pas de doute qu’une grande partie des gouvernements civils d’Amérique latine, qui savait que Zelaya avait approuvé le premier projet d’Arias et faisait confiance au bon sens des putschistes et de leurs alliés yankees, ont poussé un soupir de soulagement. Mais pour seulement soixante-douze heures.

Vu sous un autre angle, et pour en revenir au monde réel où l’Empire dominant continue d’exister et où presque deux cents États souverains doivent se coltiner avec toutes sortes de conflits et d’intérêts politiques, économiques, environnementaux, religieux et autres, il ne reste plus qu’à inventer quelque chose pour primer l’idée géniale des Yankees de penser à Oscar Arias pour tâcher de gagner du temps, de consolider le putsch et de discréditer les organismes internationaux qui ont appuyé Zelaya.

Au meeting pour le trentième anniversaire de la victoire de la Révolution sandiniste, Daniel Ortega, rappelant avec amertume le rôle d’Arias dans le premier accord d’Esquipulas, déclara devant une énorme foule de patriotes nicaraguayens : « Les Yankees le connaissent bien, et c’est pour ça qu’ils l’ont choisi comme M. Bons Offices au Honduras. » À ce même meeting, Rigoberta Menchu d’origine indigène, a condamné le putsch (Voir la Réflexions du compañero Fidel : Le trentième anniversaire sandiniste et la proposition de san josé).

Si on avait tout simplement appliqué les mesures décidées par les ministres des Affaires étrangères à la réunion de Washington, les putschistes n’auraient pas pu survivre à la résistance pacifique du peuple hondurien.

À présent, les putschistes manœuvrent dans les milieux oligarchiques latino-américains, dont certains, depuis le gouvernement, n’ont pas honte d’évoquer leurs sympathies pour le putsch, tandis que l’impérialisme pêche en eau trouble. Exactement ce que les États-Unis souhaitaient avec leur initiative de paix, tout en accélérant les négociations pour cerner la patrie de Bolívar de bases militaires.

Soyons justes : tout en attendant le dernier mot que dira le peuple  hondurien, demandons donc un prix Nobel pour Mme Clinton.

Fidel Castro Ruz

Le 23 juillet 2009

14 h 30

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Réflexions du compañero Fidel : LE TRENTIÈME ANNIVERSAIRE SANDINISTE ET LA PROPOSITION DE SAN JOSÉ

Le putsch du Honduras, fomenté par l’extrême droite étasunienne – qui a maintenu en Amérique centrale la structure créée par Bush – et appuyé par le département d’État, évoluait mal à cause de la résistance énergique du peuple.

L’aventure criminelle, condamné à l’unanimité par l’opinion publique mondiale et par les organismes internationaux, ne pouvait durer.

L’écho des atrocités commises dans des décennies récentes par les tyrannies que les États-Unis avaient fomentées, instruites et armées sur notre continent était encore proche.

Sous l’administration Clinton et dans les années suivantes, l’Empire s’efforça d’imposer son Traité de libre-échange à tous les pays latino-américains à travers ce qu’on a appelé les Sommets des Amériques.

La tentative de compromettre le continent dans un accord de libre-échange fit fiasco. Les économies d’autres régions du monde enregistrèrent un bon rythme de croissance et le dollar perdait peu à peu son hégémonie exclusive comme devise privilégiée. La brutale crise financière mondiale compliqua la situation. C’est dans ces circonstances qu’eut lieu le putsch militaire au Honduras, l’un des pays les plus pauvres de notre continent.

Au bout de deux semaines de lutte populaire croissante, les États-Unis ont manœuvré pour gagner du temps. Le département d’État assignait alors à Oscar Arias, le président du Costa Rica, la tâche de prêter main forte aux putschistes, cernés par une pression populaire vigoureuse, mais pacifique. Jamais un fait similaire en Amérique latine n’avait reçu une pareille réponse.

Le fait qu’Oscar Arias était prix Nobel de la paix pesait dans les calculs de l’administration étasunienne.

Quand on retrace la carrière réelle d’Oscar Arias, on constate qu’il s’agit d’un politicien néolibéral, talentueux et à la parole facile, extrêmement calculateur et fidèle allié des États-Unis.

En fait, dès les premières années de la Révolution cubaine, le gouvernement étasunien utilisa le Costa Rica et lui alloua des ressources pour en faire la vitrine de progrès sociaux qu’on peut obtenir sous le capitalisme.

L’impérialisme utilisa ce pays centraméricain comme base de ses attaques pirates contre Cuba. Des milliers de techniciens et de diplômés universitaires cubains furent soustraits à notre peuple, déjà en butte au blocus cruel, pour prêter service au Costa Rica. Ce n’est que tout récemment que les relations entre les deux pays ont été rétablies ; et le Costa Rica a été l’un des deux derniers gouvernements du continent à le faire. Tout en m’en réjouissant, je ne peux manquer toutefois de dire ce que je pense à ce moment historique de Notre Amérique.

Arias, issu du secteur riche et dominant de la société costaricienne, a fait des études de droits et d’économie dans une université de son pays, puis a fait d’abord une maîtrise ensuite un doctorat de sciences politiques en Angleterre, à l’Université d’Essex. C’est ceint de ces lauriers académiques qu’il fut nommé conseiller par le président José Figueres Ferrer, du parti Libération nationale, en 1970 – il avait alors trente ans – puis, peu après, ministre de la Planification, poste où il fut ratifié par le président suivant, Daniel Oduber. En 1978, Arias fut élu député de ce parti, dont il devint secrétaire général en 1979 et président pour la première fois en 1986.

Quelques années avant la victoire de la Révolution cubaine, un mouvement armé de la bourgeoisie nationale, conduit par José Figueres Ferres, père du président Figueres Olsen, avait liquidé la petite armée pustchiste, et sa lutte fut accueillie avec sympathie par les Cubains. Quand nous nous battions dans la Sierra Maestra contre la tyrannie de Batista, nous reçûmes du Parti de la libération créé par Figueres Ferres quelques armes et munitions, mais, trop ami des Yankees, il rompit vite avec nous. Il ne faut pas oublier que c’est la réunion de l’OEA tenue à San José du Costa Rica qui entraîna la rédaction de la Première Déclaration de La Havane en 1960.

Toute l’Amérique centrale souffrit pendant cent cinquante ans, depuis l’époque du flibustier William Walker, qui se nomma président du Nicaragua en 1856, de l’interventionnisme des États-Unis et elle continue d’en souffrir de nos jours, bien que le peuple nicaraguayen héroïque ait accédé à une indépendance qu’il est disposé à défendre jusqu’à son dernier souffle. On ne sache pas que le Costa Rica l’ait jamais soutenu depuis qu’il l’a atteinte, bien qu’un gouvernement ait eu le mérite, à la veille de la victoire de 1979, de se solidariser avec le Front sandiniste de libération nationale.

Quand le Nicaragua était saigné à blanc par la sale guerre de Reagan, les peuples guatémaltèque et salvadorien avaient aussi payé très cher en vies la politique interventionniste des États-Unis qui fournissaient de l’argent et des armes aux troupes répressives, les formaient et les endoctrinaient dans leurs écoles. Daniel Ortega nous a raconté que les Yankees avaient finalement promu des formules visant à mettre fin à la résistance révolutionnaire au Guatemala et en El Salvador.

Il m’a commenté plus d’une fois avec amertume qu’Arias, suivant des instructions des États-Unis, avait exclu le Nicaragua des négociations de paix, se réunissant uniquement avec les gouvernements salvadorien, hondurien et guatémaltèque, afin de lui imposer des accords. Aussi avait-il une énorme gratitude envers Vinicio Cerezo. Il m’a aussi raconté que le premier accord fut signé dans un couvent d’Esquipulas (Guatemala), le 7 août 1987, au terme de deux jours de conversations intenses entre les cinq présidents centraméricains. C’est la première fois que j’en parle publiquement.

Mais cette fois-ci, pour le trentième anniversaire de la victoire sandiniste du 19 juillet 1979, Daniel a tout expliqué avec une clarté impressionnante, tout comme il l’a fait pour tous les autres points qu’il a abordés dans son discours écouté par des centaines de milliers de personnes et transmis par radio et télévision. Je le reprends textuellement :

« Les Yankees l’avaient nommé médiateur. Nous avons une profonde sympathie pour le peuple costaricien, mais je ne saurais oublier que dans ces dures années, le président de ce pays avait convoqué les autres présidents centraméricains, mais pas nous…

« Mais les autres présidents centraméricains ont été plus sensés et lui ont dit : Il ne peut pas y avoir de plan de paix si le Nicaragua n’est pas présent. Mais, au nom de la vérité historique, il faut dire que le président qui a eu le courage de briser l’isolement que les Yankees avaient imposé à l’Amérique centrale – où ils avaient interdit aux présidents de converser avec le Nicaragua et voulaient une solution militaire, où ils voulaient liquider par la guerre le Nicaragua et sa révolution, que le président qui a eu le courage de faire ce pas courageux, c’est le président guatémaltèque d’alors, Vinicio Cerezo. Voilà l’histoire vraie.

« Les Yankees ont couru maintenant chercher le président Oscar Arias, parce qu’ils le connaissent ! Et ils sont allés le chercher pour gagner du temps, afin que les putschistes commencent à poser des demandes inacceptables. Depuis quand un putschiste va-t-il négocier avec la personne à laquelle il a arraché ses droits constitutionnels ? Ces droits ne peuvent faire l’objet de négociations : il faut tout simplement restituer à son poste le président Manuel Zelaya, en conformité avec les décisions de l’ALBA, du Groupe de Rio, du SICA, de l’OEA et des Nations Unies.

« Dans nos pays, nous voulons des règlements pacifiques. La bataille que livre le peuple hondurien actuellement est une bataille pacifique, pour lui éviter plus de douleur qu’il n’en a déjà. »

La sale guerre ordonnée par Reagan et financée en partie – m’a dit Daniel – par de la drogue expédiée depuis les États-Unis aboutit au bilan  suivant : plus de 60 000 personnes tuées, 5 800 invalides ; destruction et abandon de 300 écoles et de 25 centres de santé ; assassinat de 150 enseignants ; des pertes matérielles se montant à des dizaines de milliards de dollars. Or, le Nicaragua ne comptait que 3,5 millions d’habitants. L’URSS ayant cessé de lui livrer du pétrole, l’économie ne put se soutenir. Le Front sandiniste convoqua des élections et les avança même, et respecta le vote du peuple qui avait perdu tout espoir de préserver les conquêtes de la Révolution. Presque dix-sept ans après, les sandinistes occupaient de nouveau le gouvernement. Ils ont fêté voilà juste deux jours le trentième anniversaire de la première victoire.

Le samedi 18 juillet dernier, le prix Nobel Arias a proposé sept points d’une initiative personnelle de paix qui ôtait toute autorité aux décisions de l’ONU et de l’OEA et imposait une sorte de reddition à Manuel Zelaya, ce qui devait forcément lui retirer la sympathie populaire et affaiblir le soutien dont il jouissait. Le président constitutionnel du Honduras a adressé ce qu’il a qualifié d’ultimatum aux putschistes, que ses représentants devaient leur présenter, et a annoncé en même temps son retour au Honduras pour le dimanche 19 juillet par n’importe quel département de son pays.

Ce dimanche-ci, en début d’après-midi, des dénonciations historiques de la politique étasunienne ont été présentées au cours du meeting sandiniste gigantesque tenu à Managua. C’étaient là des vérités qui ne pouvaient que transcender.

Le pire pour les Etats-Unis, c’est que les putschistes résistaient à leur manigance lénitive. Il faudrait préciser à quel moment le département d’Etat adresse un message fort à Micheletti et si les chefs militaires ont été mis au courant des positions de l’administration Obama.

En tout cas, quiconque suivait de près les événements pouvait constater que Micheletti refusait la paix, lundi. Son représentant à San José, Carlos López Contreras, avait déclaré que la proposition d’Arias ne pouvait être discutée car son premier point, autrement dit le rétablissement de Zelaya, n’était pas négociable. Le gouvernement civil putschiste jouait son rôle au sérieux, sans même se rendre compte que Zelaya, privé de toute autorité, ne constituait aucun risque pour l’oligarchie et qu’il souffrirait un dur coup politique s’il acceptait la proposition du président costaricien.

Dimanche 19, quand Arias a demandé soixante-douze heures de plus pour expliquer sa position, Mme Clinton téléphonait à Micheletti avec qui elle avait, selon le porte-parole Philip Crowley, une « dure conversation ». On saura un jour ce qu’elle lui a dit, mais il suffisait de voir la tête de Micheletti quand il a pris la parole le lundi 20 à une réunion de son gouvernement putschiste : on aurait vraiment dit un gosse de la maternelle grondé par sa maîtresse. J’ai pu, grâce à TeleSur, suivre les discours de cette réunion, ainsi que les interventions des représentants des membres de l’OEA qui se sont engagés à attendre le dernier mot du prix Nobel de la paix. Savaient-ils, oui ou non, ce que Mme Clinton avait dit à Micheletti ? Peut-être que oui, peut-être que non. Certains, peut-être, mais pas tous.  Des hommes, des institutions et de concepts se sont convertis en instrument de la politique altière et arrogante de Washington. En tout cas, jamais un discours à l’OEA n’a brillé avec plus de dignité que les mots brefs, mais courageux et exacts, de Roy Chaderton, l’ambassadeur vénézuélien, à cette séance.

On verra apparaître de nouveau l’image de commandeur d’Oscar Arias expliquant qu’il a mis au point telle ou telle proposition de règlement pour éviter la violence. Je pense que même lui est tombé dans le grand traquenard tendu par le département d’Etat. On verra bien demain.

Mais c’est le peuple hondurien qui aura le dernier mot. Les représentants des organisations sociales et des nouvelles forces ne sont des instruments de personne dans le pays et à l’étranger ; ils connaissent les besoins et les souffrances de leur peuple ; leur conscientisation et leur trempe se sont renforcées ; de nombreux citoyens, jusqu’ici indolents, les ont rejoints ; les membres honnêtes des partis traditionnels qui croient à la liberté, à la justice et à la dignité humaine jugeront leurs leaders en fonction de la position qu’ils adopteront à cette minute historique.

On ignore encore quelle sera l’attitude des militaires face aux ultimatums yankees et quels sont les messages qui parviennent aux officiers. Il n’existe qu’un seul point de référence patriotique et honorable : la loyauté au peuple, qui a supporté avec héroïsme les bombes lacrymogènes, les coups et les balles.

Quoique nul ne puisse assurer quel sera le dernier caprice de l’Empire, si, compte tenu des dernières décisions adoptées, Zelaya rentre, légalement ou illégalement, les Honduriens l’accueilleront sans aucun doute en grand, car ce sera une mesure de la victoire qu’ils ont d’ores et déjà remportée par leurs luttes.

Que nul ne doute que seul le peuple hondurien sera capable de bâtir sa propre Histoire !

Fidel Castro Ruz

Le 21 juillet 2009

20 h 55

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Citations du compañero Fidel : La Révolution et l’appareil militaire

Coup dÉtat au Honduras

Coup d'État au Honduras

“Le premiere chose que doit faire une révolution c’est détruire l’appareil militaire de l’ancien régime politique et s’emparer de ses armes. Ce n’est, bien sûr, pas la seule condition nécessaire pour une révolution, mais c’en est une indispensable.

De même, le processus révolutionnaire cubain s’est déroulé selon des lois fondamentales, nécessaire à toute révolution : d’abord la conquête du pouvoir par le peuple – et ensuite la destruction de l’appareil militaire de la classe économique dominante, appareil militaire qui était au service de l’impérialisme, au service de la grande bourgeoisie financière, commerciale et industrielle”

Discours sur la formation du P.U.R.S
2 décembre 1961

Voir les autres citations de Fidel Castro

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Réflexions du compañero Fidel : Ce Qu’il Faut Demander Aux Etats-Unis

La réunion tenue au Costa Rica ne conduisait et ne pouvait pas conduire à la paix. Le peuple du Honduras n’est pas en guerre, seuls les putschistes utilisent les armes contre lui. C’est à eux qu’on devrait demander de mettre fin à leur guerre contre le peuple. Une réunion de ce genre entre Zelaya et les putschistes ne servirait qu’à démoraliser le président constitutionnel et à épuiser les énergies du peuple hondurien.

L’opinion publique mondiale est au courant de ce qui s’est passé dans ce pays à travers les images diffusées par la télévision internationale, notamment à travers Telesur qui, sans perdre une minute, a fidèlement transmis chaque événement survenu au Honduras, les discours prononcés et les accords unanimes des organismes internationaux condamnant le coup d’État.

Le monde entier a pu apprécier les coups assénés aux hommes et femmes, les milliers de gaz lacrymogènes lancés contre la multitude, les gestes grossiers faits avec des armes de guerre et les coups de feu déchargés pour intimider, blesser ou assassiner les citoyens.

L’idée selon laquelle l’ambassadeur des États‑Unis à Tegucigalpa, Hugo Llorens, ignorait ou a découragé le coup est absolument fausse. Il en était au courant, de même que les conseillers militaires nord‑américains qui n’ont pas cessé une minute d’entraîner les troupes honduriennes.

Nous savons aujourd’hui que l’idée de promouvoir la gestion de paix depuis le Costa Rica est née dans les bureaux du département d’État dans le but de contribuer à la consolidation du coup militaire.

Le putsch a été conçu et organisé par des personnages sans scrupules de l’extrême droite, des fonctionnaires de confiance de George W. Bush qui avaient été promus par lui.

Tous, sans exception, possèdent un gros dossier d’activités contre Cuba. Hugo Llorens, ambassadeur au Honduras depuis la mi-2008, est Cubano‑américain. Il fait partie du groupe d’ambassadeurs agressifs des États-Unis en Amérique centrale formé de Robert Blau, ambassadeur à El Salvador, Stephen McFarland au Guatemala et Robert Callahan au Nicaragua. Ils ont été tous nommés par Bush en juillet et août 2008.

Ils suivent tous les quatre la ligne d’Otto Reich et de John Negroponte, responsables, conjointement avec Oliver North, de la sale guerre contre le Nicaragua et des escadrons de la mort en Amérique centrale qui ont coûté la vie de dizaines de milliers d’habitants des peuples de la région.

Negroponte a été représentant de Bush auprès des Nations Unies, tzar des services de renseignement nord‑américains et finalement sous-secrétaire d’État. Lui, aussi bien que Otto Reich, par des voies diverses, ont été derrière le coup au Honduras.

La base de Soto Cano dans ce pays, siège de la Force opérationnelle mixte Bravo, rattachée aux forces armées des États-Unis, constitue le point d’appui principal du coup d’État au Honduras.

Les États-Unis envisagent le plan ténébreux de créer cinq nouvelles bases militaires autour du Venezuela, sous prétexte de remplacer celle de Manta en Équateur.

La situation incontestablement compliquée créée en Amérique centrale par l’aventure absurde du coup d’État au Honduras n’est peut être résolue sur la base de pièges, tromperies et mensonges.

De nouveaux détails concernant l’implication des États-Unis dans cette action, qui aura des retombées sérieuses dans l’Amérique latine dans son ensemble, sont dévoilés chaque jour.

L’idée d’une initiative de paix à partir du Costa Rica a été transmise au président de ce pays depuis le département d’État, alors qu’Obama, en visite à Moscou, déclarait, dans une université russe, que le seul président du Honduras était Manuel Zelaya.

Les putschistes étaient en difficultés. L’initiative transmise au Costa Rica avait pour but de les sauver. Il est évident que chaque jour de retard est lourd de conséquences pour le président constitutionnel et tend à diluer l’extraordinaire soutien international dont il a bénéficié. La manœuvre yankee n’élargit pas les possibilités de paix ; bien au contraire, elle les réduit et le danger de violence augmente car les peuples de notre Amérique ne se résigneront jamais à la destinée qu’on leur a réservée.

La réunion du Costa Rica remet en question l’autorité de l’ONU, de l’OEA et des autres institutions qui se sont engagés à soutenir le peuple hondurien.

Lorsque que Micheletti, président de facto, a proclamé hier qu’il était prêt à renoncer à son poste si Zelaya démissionnait, il savait déjà que le département d’État et les militaires putschistes avaient décidé de le remplacer et de l’envoyer encore une fois au Congrès dans le cadre de la manœuvre.

La seule chose honnête à l’heure actuelle est de demander au gouvernement des États-Unis de mettre fin à son intervention, de cesser d’apporter son soutien militaire aux putschistes et de retirer sa force opérationnelle du Honduras.

Au nom de la paix, on prétend exiger au peuple du Honduras de renier tous les principes pour lesquels ont combattu toutes les nations de cet hémisphère.

Juárez a dit : « Le respect au droit d’autrui est la paix ».

Fidel Castro Ruz

Le 16 juillet 2009

13 h 12

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Citations du compañero Fidel : L’impérialisme

« L’Assemblée condamne aussi énergiquement les interventions ouvertes et criminelles que pendant plus d’un siècle l’impérialisme américain a exercées sur les affaires des pays d’Amérique latine. »

Première Déclaration de La Havane
2 septembre 1960

« L’impérialisme sera vaincu, inévitablement. Qui nous a appris cette leçon ? Ce sont les peuples qui nous l’ont apprise… »

Discours de clôture de la Conférence tricontinentale
15 janvier 1966

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Citation du compañero Fidel : Les médias « libres »

Il est possible que des gens gavés de Sélection, de films yankees, de Life et de dépêches de l’U.P.I et de l’A.P. qui ont dit tant de mensonges, arrivent à croire que la politique des États-Unis est une politique correcte, noble et humanitaire comme ils essaient de le montrer.

Sur la formation du P.U.R.S.
2 décembre 1961.

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Citation du compañero Fidel : Qu’essaient de faire la réaction et l’impérialisme ?

Citation Fidel Castro
Citation Fidel Castro

Qu’essaient de faire la réaction et l’impérialisme ? Qu’essaient-ils de conserver lors de chaque crise ?
L’histoire de l’Amérique latine regorge de ces exemples : à tout prix, ils essaient de conserver l’appareil militaire du système.
En fin de compte, il n’importe guère à l’impérialisme ou aux classes dominantes qu’un tel ou un tel soit président, représentant ou sénateur.

Discours sur la formation du P.U.R.S
2 décembre 1961

Non au Coup dÉtat Fasciste au Honduras
Non au Coup d’État Fasciste au Honduras

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Réflexions du compañero Fidel : LA MORT DU COUP D’ÉTAT OU LA MORT DES CONSTITUTIONS

Les pays de l’Amérique latine luttaient contre la pire des crises économiques de l’histoire dans le cadre d’un ordre institutionnel relatif.

Tandis que le président des États-Unis, Barack Obama, en visite à Moscou pour aborder des sujets cruciaux en matière d’armes nucléaires, déclarait que le seul président constitutionnel du Honduras était Manuel Zelaya, l’extrême droite et les faucons se livraient à Washington à des manœuvres dans le but de le faire négocier un pardon humiliant au titre des illégalités qui lui sont attribuées par les putschistes.

Il était évident que cet acte équivaudrait auprès de son peuple et du monde à sa disparition de la scène politique.

Nul ne doute que lorsque Zelaya a annoncé sa rentrée le 5 juillet il était décidé à honorer sa promesse de partager avec son peuple la brutale répression putschiste.

Le président hondurien était accompagné de Miguel d’Escoto, président pro tempore de l’Assemblée générale des Nations Unies, de Patricia Rodas, ministre hondurienne des Relations extérieures, et d’un journaliste de la chaîne Telesur, entre autres, soit au total neuf personnes. Zelaya a maintenu sa décision d’atterrir. Je sais qu’en plein vol, alors qu’il s’approchait de Tegucigalpa, on l’a mis au courant des images transmises par Telesur, au moment où la foule énorme qui l’attendait à l’extérieur de l’aéroport était attaquée par les militaires à l’aide de gaz lacrymogènes et de fusils automatiques.

Sa réaction immédiate a été de demander de prendre de la hauteur afin de dénoncer les faits à travers Telesur et d’exiger aux chefs de la troupe de mettre fin à la répression. Il les informa par la suite qu’il allait atterrir. Le haut commandement ordonna alors d’obstruer la piste. Ce qu’ont fait, en quelques secondes, les véhicules de transport motorisés.

Le Jet Falcon survola trois fois, à faible hauteur, l’aéroport. D’après les experts, le moment le plus tendu et dangereux pour les pilotes de petits avions rapides, comme celui où voyageait le président, c’est quand ils réduisent la vitesse pour toucher la piste. Aussi pense-je que cette tentative de rentrer au Honduras a été audace et courageuse.

S’ils voulaient le juger au titre de soi-disant délits constitutionnels, pourquoi l’ont-ils interdit d’atterrir ?

Zelaya sait que la Constitution du Honduras ainsi que le droit des peuples d’Amérique latine d’élire leurs gouvernants étaient en jeu.

Le Honduras est aujourd’hui non pas seulement un pays occupé par les putschistes mais aussi un pays occupé par les forces armées des États-Unis.

La base militaire de Soto Cano, connue aussi sous le nom de Palmerola, située à moins de 100 kilomètres de Tegucigalpa, fut réactivée en 1981 sous l’administration de Ronald Reagan. Elle fut utilisée par le général Oliver North alors qu’il dirigea la sale guerre contre le Nicaragua ; le gouvernement des États-Unis mena depuis cette base les attaques contre les révolutionnaires salvadoriens et guatémaltèques au prix de dizaines de milliers de vies.

C’est là qu’est stationnée la Force opérationnelle mixte Bravo des États-Unis, formée d’éléments des trois armées et occupant 85 pour 100 de la surface de la base. Eva Golinger fait connaître son rôle dans un article publié sur le site numérique Rébellion le 2 juillet 2009, intitulé Base militaire US au centre du coup d’État perpétré au Honduras. Elle y explique que « la Constitution du Honduras n’admet pas légalement la présence militaire étrangère dans le pays. Un accord « verbale » entre Washington et le Honduras y autorise l’importante et stratégique présence des centaines de militaires états-uniens, en vertu de cet accord « semi permanent ». Il a été conclu en 1954 dans le cadre de l’aide militaire offerte par les États-Unis au Honduras… le troisième pays le plus pauvre de l’hémisphère ». Et d’ajouter : « … l’accord qui justifie la présence militaire des États‑Unis dans ce pays centre‑américain peut être annulé sans avis préalable. »

Soto Cano est d’ailleurs le siège de l’Académie d’aviation du Honduras. Une partie des membres de la force opérationnelle militaire états-unienne est formée de soldats honduriens.

Quel est l’objectif de la base militaire, des avions, des hélicoptères et de la force opérationnelle des États-Unis au Honduras ? Il ne fait aucun doute qu’elle sert exclusivement à être utilisée en Amérique centrale. La lutte contre le trafic de stupéfiants n’exige pas de telles armes.

Si le président Manuel Zelaya n’est pas restitué dans son poste, une vague de coups d’État menace de balayer un bon nombre de gouvernements d’Amérique latine ou alors ceux-ci resteront à la merci des militaires de l’extrême droite, formés dans la doctrine de sécurité de l’École des Amériques, experte en tortures, guerre psychologique et terreur. L’autorité de nombre de gouvernements civils d’Amérique centrale et du Sud serait minée. Les temps ténébreux de jadis ne sont pas très loin. Les militaires putschistes ne feraient même pas attention à l’administration civile des États-Unis. Cela pourrait s’avérer très négatif pour un président qui, comme Barack Obama, veut améliorer l’image de ce pays. Le Pentagone obéit formellement au pouvoir civil. Les légions, à l’instar de ce qui s’est passé à Rome, n’ont pas encore pris les rênes de l’empire.

Il ne serait pas compréhensible que Zelaya accepte maintenant des manœuvres dilatoires qui ne feraient qu’épuiser les considérables forces sociales qui le soutiennent et qui ne conduisent qu’à une usure irréparable.

Le président illégalement renversé ne cherche pas le pouvoir. Il défend un principe et comme l’a dit Martí : « Un principe juste depuis le fond d’une caverne est plus puissant qu’une armée ».

Fidel Castro Ruz

Le 10 juillet 2009

18 h 15

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Réflexions du compañero Fidel : Une erreur suicidaire

J’ai écrit voilà trois jours dans mes Réflexions du jeudi 25 au soir : « Nous ignorons ce qu’il se passera cette nuit ou demain au Honduras, mais la conduite courageuse de Zelaya passera à l’Histoire. »

J’avais aussi écrit deux paragraphes plus haut : « Ce qu’il se passe dans ce pays sera un test pour l’OEA et pour l’administration étasunienne. »

L’antédiluvienne institution interaméricaine, qui s’était réunie le lendemain à Washington, avait promis dans une résolution en demi-teinte et tiède de faire aussitôt les démarches pertinentes pour chercher une harmonie entre les parties en conflit. Autrement dit une négociation entre les putschistes et le président constitutionnel du Honduras.

Le haut gradé, qui restait à la tête des forces armées honduriennes, se prononçait publiquement contre les positions du président, dont il ne reconnaissait l’autorité que du bout des lèvres.

Les putschistes n’attendaient pas autre chose de l’OEA. Peu leur importait la présence d’un grand nombre d’observateurs internationaux qui étaient arrivés dans le pays pour attester d’une consultation populaire et avec lesquels le président Zelaya s’était entretenu jusque tard dans la nuit. Ce matin, au petit jour, ils ont lancé contre la résidence du président environ deux cents soldats de métier bien entraînés et armés qui, écartant rudement l’escouade de la garde d’honneur, ont séquestré Zelaya, qui dormait alors, l’ont conduit à la base aérienne, l’ont fait monter de force dans un avion et l’ont déposé sur un aéroport costaricien.

C’est à huit et demi du matin que nous avons appris par TeleSur cet assaut contre la maison présidentielle et l’enlèvement. Le président n’a pas pu assister au lancement de la consultation populaire qui devait se dérouler ce dimanche-ci. On ignorait encore son sort.

La télévision officielle a été interrompue. Les putschistes souhaitaient empêcher une divulgation prématurée de leur trahison à travers TeleSur et CubaVisión Internacional, qui informaient des faits. Aussi ont-ils suspendu les centres de retransmission et fini par couper le courant dans tout le pays. Le Congrès et les hauts tribunaux, impliqués dans la conspiration, n’avaient pas encore publié les décisions qui la justifiaient. Ils ont d’abord fait leur coup d’État inqualifiable, puis l’ont légalisé. Le peuple s’est réveillé, a constaté ce fait acquis et a commencé à réagir avec indignation. On ignorait toujours le sort de Zelaya. Trois heures après, la réaction populaire était telle qu’on a vu des femmes frapper du poing des soldats dont les fusils leur tombaient presque des mains tant ils étaient désarçonnés et nerveux. Au départ, on aurait dit qu’ils livraient un étrange combat contre des fantômes ; plus tard, ils ont tenté de bloquer de leurs mains les objectifs des caméras de TeleSur, ils visaient, tremblant, les reporters et quand les gens avançaient, ils reculaient parfois. Les putschistes ont envoyé des transports blindés armés de canons et de mitrailleuses. La population discutait sans peur avec les occupants des blindés. Étonnante réaction populaire !

Vers deux heures de l’après-midi, en coordination avec les putschistes, une majorité domestiquée du Congrès a déposé Zelaya, le président constitutionnel, et nommé un nouveau chef d’Etat, affirmant au monde, après avoir présenté une signature falsifiée, qu’il avait démissionné. Quelques minutes après, depuis un aéroport costaricien, Zelaya a informé de ce qu’il se passait et a démenti catégoriquement avoir démissionné. Les conspirateurs se couvraient de ridicule aux yeux du monde.

Bien d’autres choses se sont déroulées aujourd’hui. CubaVisión s’est consacrée presque toute entière à démasquer le putsch, informant tout le temps notre population.

Certains faits ont revêtu un caractère nettement fasciste. Bien que prévisibles, ils ne cessent d’étonner.

La cible fondamentale des putschistes a été, après Zelaya, Patricia Rodas, la ministre hondurienne des Affaires étrangères. Ils ont dépêché un autre détachement chez elle. Courageuse et résolue, elle a agi vite et n’a pas perdu une minute pour dénoncer le putsch par tous les moyens.

Notre ambassadeur, Juan Carlos Hernández, était entré en contact avec elle pour s’informer de la situation, comme l’ont fait d’autres ambassadeurs. À un moment donné, elle a demandé aux représentants diplomatiques du Venezuela, du Nicaragua et de Cuba de la rejoindre, car, férocement harcelée, elle avait besoin d’une protection diplomatique. Notre ambassadeur, qui avait été autorisé dès le premier instant à offrir le plus grand appui possible à la ministre constitutionnelle et légale, s’est alors rendu chez elle.

Alors que les ambassadeurs étaient déjà avec elle, le commandement putschiste envoie le commandant Oceguera l’arrêter. Les ambassadeurs forment un écran devant elle et informent le militaire qu’elle se trouve sous protection diplomatique et qu’elle ne se déplacera qu’en leur compagnie. Oceguera discute avec eux respectueusement. Quelques minutes après, de douze à quinze hommes en battle-dress et encagoulés pénètrent dans la résidence. Les trois ambassadeurs font alors bloc autour de Patricia ; les encagoulés agissent brutalement et parviennent à séparer les ambassadeurs vénézuélien et nicaraguayen, mais le nôtre, Hernández, est accroché si fort à son bras que les encagoulés les traînent tous les deux jusqu’à une fourgonnette, les conduisent jusqu’à la base aérienne, parviennent à les séparer et emmènent Patricia. Alors que notre ambassadeur est arrêté, Bruno Parrilla, notre ministre des Relations extérieures, qui a eu des nouvelles de l’enlèvement, parvient à l’avoir sur son portable, mais un des encagoulés tente brutalement de le lui arracher. Notre ambassadeur, qui avait déjà reçu des coups chez Patricia, lui crie : « Ne me bouscule pas, cojones ! » Je ne me rappelle pas si Cervantès a déjà utilisé ce mot, mais notre ambassadeur Juan Carlos Hernández a sûrement enrichi notre langue.

Après, les encagoulés l’ont abandonné sur une route, loin de l’ambassade, et l’ont averti avant de le libérer que s’il parlait, il risquait de lui arriver quelque chose de pire. « Rien n’est pire que la mort ! », leur a-t-il rétorqué dignement, « et pourtant vous ne me faites pas peur. » Les habitants de l’endroit l’ont aidé à regagner l’ambassade d’où il est aussitôt entré de nouveau en contact avec Bruno.

On ne peut négocier avec les hauts gradés putschistes. Il faut exiger leur démission, et que des officiers plus jeunes et non compromis avec l’oligarchie se substituent à eux. Sinon, il n’y aura jamais de gouvernement « du peuple, par le peuple et pour le peuple » au Honduras.

Les putschistes, acculés et isolés, n’ont aucune échappatoire possible si on leur fait face avec fermeté.

Jusqu’à Mme Clinton a déclaré dans l’après-midi que Zelaya était le seul président hondurien. Et les putschistes, sans l’appui des États-Unis, n’osent même pas respirer.

Encore en pyjama voilà quelques heures, Zelaya sera reconnu par le monde entier comme le seul président constitutionnel du Honduras.

Fidel Castro Ruz
28 juin 2009
18 h 14

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