Réflexions du compañero Fidel : UNE CAUSE JUSTE À DÉFENDRE ET L’ESPOIR D’ALLER DE L’AVANT

Le président des États-Unis s’efforce, ces dernières semaines, de prouver que la grave crise que son pays et le reste du monde ont héritée de son prédécesseur est en train de céder.

Presque tous les économistes se réfèrent à la crise économique qui éclata en octobre 1929, après que la précédente fut survenue à la fin du XIXe siècle. La plupart des hommes politiques étasuniens d’aujourd’hui ont tendance à croire que, dès que les banques disposeront d’assez de dollars pour lubrifier la machine productive, tout marchera comme sur des roulettes vers un monde idyllique et jamais songé auparavant.

Il y a de nombreuses différences entre la crise économique des années 30 et la crise actuelle, mais je me bornerai à signaler l’une des plus importantes.

Dès la fin de la Première guerre mondiale, le dollar, basé sur l’étalon-or, remplaça la livre sterling anglaise à cause des immenses quantités d’or que la Grande-Bretagne avait dépensées dans ce conflit. La grande crise économique éclata aux États-Unis à peine douze ans après.

Si Franklin D. Roosevelt, du Parti démocrate, remporta les élections, c’est en bonne partie grâce à cette crise, tout comme Obama dans le cadre de celle-ci. Roosevelt, suivant les théories de Keynes, injecta de l’argent dans la circulation, lança de gros travaux publics, tels que routes, barrages et d’autres assurément utiles, ce qui accrut pendant des années les dépenses, la demande de produits, les emplois et le PIB. Ces fonds, toutefois, il ne les obtint pas en faisant fonctionner la planche à billets, mais à travers des impôts et grâce à une partie de l’argent en dépôt dans les banques, et en vendant des bons du Trésor à un taux d’intérêt garanti, ce qui les rendait attrayants pour les acheteurs.

Il éleva le cours de l’or de vingt dollars l’once Troy en 1929 à trente-cinq à titre de garantie interne des billets étasuniens.

C’est en fonction de cette garantie basée sur l’or physique que surgit en juillet 1944 l’accord de Bretton Woods qui octroya au puissant pays le privilège d’imprimer les devises convertibles, alors que le reste du monde était ruiné : les USA possédaient plus de 80 p. 100 de l’or du monde.

Il me semble inutile de rappeler ce qui survint après, depuis les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki – un génocide dont on rappelle ces jours-ci le soixante-quatrième anniversaire – jusqu’au coup d’État au Honduras et aux sept bases militaires que l’administration étasunienne se propose d’installer en Colombie. Le fait est que l’administration Nixon supprima en 1971 la connexion du dollar avec l’étalon-or et décida d’imprimer des billets sans la moindre limite, réalisant là la plus grosse escroquerie dont l’humanité a été victime. Compte tenu de leur privilège de Bretton Woods, les États-Unis, une fois supprimée unilatéralement la convertibilité du dollar, paient en papier-monnaie les biens et services qu’ils achètent dans le monde. On me dira qu’ils en offrent aussi en échange de dollars. Oui, mais, depuis la suppression de l’étalon-or, ce dollar, qui était coté à trente-cinq dollars l’once Troy, a perdu depuis presque trente fois sa valeur et quarante-huit fois celle qu’il avait en 1929. Le reste du monde a essuyé les pertes afférentes ; ses ressources naturelles et son argent ont servi à financer le réarmement de l’Empire et, en grande partie, ses guerres. Qu’il suffise de signaler que la valeur des bons fournis à d’autres pays dépasse, selon des calculs au plus bas, trois billions de dollars, et que la dette extérieure de ce pays, qui ne cesse de gonfler, dépasse d’ores et déjà onze billions de dollars.

L’Empire et ses alliés capitaliste, tout en se faisant concurrence, veulent nous faire croire que leurs mesures anticrises sont le salut. Mais l’Europe, la Russie, le Japon, la Corée, la Chine et l’Inde ne collectent pas de fonds en vendant des bons du Trésor ni en faisant fonctionner la planche à billet, mais en appliquant d’autres formules pour défendre leurs monnaies et leurs marchés, parfois au prix d’une grande austérité pour leurs populations. C’est l’immense majorité des pays en développement d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui paie les pots cassés en fournissant des ressources naturelles non renouvelables, du travail et des vies.

L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est le plus clair exemple de ce qu’il peut arriver à un pays en développement quand il se met dans la gueule du fauve : au dernier Sommet, le Mexique n’a pu obtenir aucune solution favorable à ses immigrés aux USA ni aucune exemption de visa pour entrer au Canada.

Néanmoins, le plus grand Traité de libre-échange à l’échelle du monde fonctionne à fond : l’Organisation mondiale du commerce, qui  a vu le jour aux accents triomphants du néolibéralisme, en pleine apogée des finances mondiales et des rêves idylliques.

Dans un autre domaine, selon une dépêche de BBC Mundo d’hier, 11 août, mille fonctionnaires des Nations Unies réunis à Bonn (Allemagne) ont affirmé qu’ils cherchaient la voie pour aboutir à un accord sur les changements climatiques d’ici décembre, mais que le temps pressait de plus en plus.

Ivo de Boer, le responsable des Nations Unies pour les changements climatiques, a affirmé qu’il ne restait que cent dix-neuf jours d’ici au Sommet :

« Nous avons un tas énorme d’intérêts divergents, un temps de discussion compté, un document complexe sur la table (deux cents pages) et des problèmes de financement.

Les nations en développement insistent sur le fait que le gros des gaz à effet de serrer provient du monde industrialisé. »

Le monde en développement argue qu’il a besoin d’une aide financière pour se colleter avec les effets climatiques.

Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies a affirmé :

Si l’on n’adopte pas des mesures urgentes pour combattre les changements climatiques, cela pourrait déclencher de la violence et des troubles massifs dans le monde entier.

Les changements climatiques intensifieront les sécheresses, les inondations et d’autres catastrophes naturelles.

La rareté d’eau touchera des centaines de millions de personnes. La malnutrition va frapper une grande partie des pays en développement.

The New York Times expliquait dans un article du 9 août dernier :

« Les spécialistes voient dans les changements climatiques une menace pour la sécurité nationale.

« De telles crises provoquées par le climat pourraient renverser des gouvernements, stimuler des mouvements terroristes ou déstabiliser des régions entières, affirment des experts du Pentagone et des agences de renseignements qui étudient pour la première fois les effets des changements climatiques sur la sécurité nationale.

«  »Tout devient très vite compliqué », affirme Amanda J. Dory, sous-secrétaire à la Défense responsable de la stratégie, qui travaille avec un groupe du Pentagone chargé d’inscrire les changements climatiques dans la planification de la stratégie de sécurité nationale. »

On déduit de l’article du New York Times que les sénateurs ne sont pas tous convaincus qu’il s’agit là d’un problème réel, d’autant que le gouvernement étasunien l’a ignoré complètement à ce jour, bien que le protocole de Kyoto ait été adopté voilà dix ans.

Certains affirment que la crise économique est la fin de l’impérialisme ; peut-être faudrait-il se demander si elle ne signifie pas pire pour notre espèce.

À mon avis, le mieux sera toujours d’avoir une cause juste à défendre et l’espoir d’aller de l’avant.

Fidel Castro Ruz

Le 12 août 2009

21 h 12

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Réflexions du compañero Fidel : LES BASES YANKEES ET LA SOUVERAINETÉ LATINO-AMÉRICAINE

Le concept de nation est né du concours d’éléments communs comme l’histoire, la langue, la culture, les us et coutumes, les lois, les institutions et d’autres facteurs ayant trait à la vie matérielle et spirituelle des communautés humaines.

Bolívar, pour la liberté desquels il écrivit les grands exploits qui en firent leur libérateur, avait appelé les peuples d’Amérique à créer « la plus grande nation du monde, moins par son étendue et ses richesses que par sa liberté et sa gloire ».

Antonio José de Sucre livra à Ayacucho l’ultime bataille contre l’empire qui avait converti une grande partie de ce continent en propriété royale de la couronne espagnole pendant plus de trois cents ans.

C’est cette même Amérique que, des dizaines d’années plus tard et alors que l’Empire yankee flambant neuf en avait déjà tailladé une partie, José Martí baptisa : Notre Amérique.

Il faut rappeler une fois encore qu’avant de tomber au champ d’honneur pour l’indépendance de Cuba, ce dernier bastion de la couronne espagnole en Amérique,  il avait écrit le 18 mai 1895, à peine quelques heures avant sa mort, d’une manière prophétique : « …empêcher à temps, par l’indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s’étendent dans les Antilles et ne retombent, avec cette force de plus, sur nos terres d’Amérique. Tout ce que j’ai fait à ce jour et tout ce que je ferai, c’est pour cela. »

Aux États-Unis, les Treize Colonies récemment libérées ne tardèrent pas à s’étendre en désordre vers l’Ouest en quête de terres et d’or, exterminant les autochtones, pour déboucher sur les côtes du Pacifique, les États agricoles du Sud, exploiteurs d’esclaves, qui faisaient concurrence aux États industriels du Nord, exploiteurs du travail salarié, s’efforcèrent de créer d’autres États pour défendre leurs intérêts économiques.

En 1848, ils arrachèrent  au Mexique plus de la moitié de son territoire à la suite d’une guerre de conquête contre un pays plus faible sur le plan militaire, occupant sa capitale et lui imposant des conditions de paix humiliantes. Le territoire ainsi retranché contenait de grandes réserves de pétrole et de gaz qui commenceraient plus tard à alimenter la richesse des États-Unis pendant plus d’un siècle et continuent en partie de le faire.

Le flibustier yankee William Walker, encouragé par la « destinée manifeste » que son pays avait proclamée, débarqua en 1855 au Nicaragua dont il se proclama président jusqu’à ce qu’il soit expulsé, l’année suivante, par les Nicaraguayens et d’autres patriotes centraméricains.

Notre Héros national se rendit compte que l’avenir des pays latino-américains était mis en pièce par le jeune Empire étasunien.

Après sa mort au combat, celui-ci débarqua militairement à Cuba quand l’armée espagnole était déjà vaincue.

Et le puissant voisin nous imposa l’amendement Platt, qui lui octroyait le droit d’intervenir dans notre pays.

L’occupation de Porto Rico, qui dure maintenant depuis cent onze ans,  même si l’île est devenue aujourd’hui un prétendu « Etat libre associé » - en fait, ni Etat ni libre – fut une autre des conséquences de cette intervention militaire.

Le pire pour l’Amérique latine était encore à venir, confirmant les prémonitions géniales de Martí. L’Empire en plein essor avait déjà décidé que le canal appelé à unir les deux océans ne passerait pas par le Nicaragua, mais par le Panama, si bien que cet isthme, cette Corinthe dont avait rêvé Bolívar comme la capitale du plus grande République au monde, serait une propriété yankee.

Et pourtant, il a eu des pires conséquences tout au long du XXe siècle. S’appuyant sur les oligarchies politiques locales, les États-Unis s’emparèrent peu à peu des ressources et de l’économie des pays latino-américains ; multiplièrent leurs interventions ; firent passer sous leur coupe leurs forces militaires et leurs polices ; leurs transnationales s’emparèrent des productions et des services clefs, des banques, des compagnies d’assurances, du commerce extérieur, des chemins de fer, des compagnies maritimes, des entrepôts, des services d’électricité et de téléphone et d’autres : tout passa entre les mains dans une plus ou moins grande mesure.

La profondeur des inégalités sociales fit éclater, il est vrai, la révolution au Mexique dans la seconde décennie du XXe siècle, laquelle fit une source d’inspiration pour d’autres pays. La Révolution fit avancer le Mexique dans de nombreux domaines. Mais ce même Empire, qui avait dévoré hier une grande partie de son territoire, dévore aujourd’hui d’importantes ressources naturelles encore restantes, sa force de travail bon marché, et lui fait même verser son sang.

L’Association de libre-échange d’Amérique du Nord (ALENA) constitue l’accord économique le plus brutal imposé à un pays en développement. Pour faire bref, je dirais simplement que l’administration étasunienne vient d’affirmer : « Alors que le Mexique a essuyé un double coup, non seulement à cause de la chute de son économie mais aussi sous les effets du virus A H1N1, nous souhaiterions probablement que son économie soit plus stabilisée avant d’engager de longues discussions sur de nouvelles négociations commerciales. »  Bien entendu, elle ne dit mot du fait que, par suite de la guerre déclenchée par le trafic de drogues et dans le cadre de laquelle le Mexique utilise trente-six mille soldats, presque quatre mille Mexicains ont déjà été tués en 2009. La drogue ne provoque pas seulement des problèmes de santé : elle engendre la violence qui déchire le Mexique et l’Amérique latine à cause de l’existence d’un marché insatiable : les USA, source inépuisable des devises grâce auxquelles la production de cocaïne et d’héroïne est poussée à la hausse, territoire d’où viennent les armes utilisées dans cette guerre féroce mais dont les médias parlent peu.

Ceux qui meurent, depuis le Rio Grande jusqu’aux confins d’Amérique du Sud, sont des Latino-Américains. Ainsi, la violence générale bat des records de morts, au point que les victimes en Amérique latine dépassent cent mille par an, essentiellement fruits des drogues et de la pauvreté.

Cette guerre contre les drogues, l’Empire ne la mène pas à l’intérieur de ses frontières : il la livre sur les territoires latino-américains.

On ne cultive ni la feuille de coca ni le pavot dans notre pays. Nous luttons efficacement contre ceux qui tentent d’y introduire des drogues ou de l’utiliser comme point de transit, et les indicateurs de personnes mourant pour cause de violence se réduit d’année en année. Nous n’avons pas besoin de ce fait de soldats yankees.

La lutte contre les drogues n’est qu’un prétexte pour établir des bases militaires sur tout le continent. Depuis quand les bâtiments de la IVe Flotte et les avions de combat modernes servent-ils à combattre les drogues ?

Le vrai objectif est le contrôle des ressources économiques, la domination des marchés et la lutte contre les changements sociaux. À quoi bon rétablir cette flotte, démobilisée voilà plus de soixante ans à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, alors que l’URSS ni la Guerre froide appartiennent au passé ? Les arguments avancés pour justifier l’établissement de sept bases aéronavales sont une insulte à notre intelligence !

L’Histoire ne pardonnera pas à ceux qui commettent cette félonie contre leurs peuples, ni à ceux qui prétextent de l’exercice de la souveraineté pour sanctionner la présence de troupes yankees ? De quelle souveraineté parlent-ils donc ? De celle que conquirent Bolívar, Sucre, San Martín, O´Higgins, Morelos, Juárez, Tiradentes, Martí ? Aucun d’eux n’aurait jamais accepté un argument si condamnable pour justifier la concession de bases militaires aux forces armées des USA, un Empire plus dominateur, plus puissant et plus universel que les couronnes de la péninsule ibérique.

Si, par suite de ces accords promus de manière illégale et inconstitutionnelle par les États-Unis, n’importe quelle administration utilisait ces bases, comme le firent Reagan avec sa sale guerre et Bush avec celle d’Iraq, pour provoquer un conflit armé entre deux peuples frères, ce serait là une grande tragédie. Le Venezuela et le Colombie ont vu le jour ensemble dans l’histoire de Notre Amérique après les batailles de Boyacá et de Carabobo livrées sous la direction de Simón Bolívar. Les forces yankees pourraient aussi promouvoir une sale guerre comme elles le firent au Nicaragua, voire employer des soldats étrangers entraînés par elles et attaquer un pays. Mais il est difficile de croire que le peuple colombien, combatif, courageux et patriote se laissera entraîner dans une guerre contre un peuple frère comme le peuple vénézuélien.

Les impérialistes se trompent s’ils sous-estiment aussi les autres peuples latino-américains. Aucun d’eux n’est d’accord avec leurs bases militaires, aucun d’eux ne manquera de se solidariser avec n’importe lequel qu’ils attaqueraient.

Martí, qui admirait extraordinairement Bolívar, ne se trompait pas quand il avait affirmé : « Ainsi donc, Bolívar est là dans les cieux d’Amérique, vigilant et imposant… les bottes de campagne encore aux pieds, car ce qu’il n’a pas fait lui-même n’est toujours pas fait à ce jour : Bolívar a encore à faire en Amérique. »

Fidel Castro Ruz

Le 9 août 2009

18 h 32

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Réflexions du compañero Fidel : SEPT POIGNARDS AU COEUR DE NOTRE AMÉRIQUE LATINE

Je lis et relis des données et des articles élaborés par des personnalités intelligentes, bien connues ou peu connues, qui s’expriment dans divers médias et tirent leurs informations de sources que nul ne conteste.

Les peuples qui habitent la planète courent partout des risques économiques, environnementaux et militaires découlant de la politique des États-Unis, mais ceux qui vivent sur ce continent-ci, au sud de ce pays hégémonique, et qui en sont donc les voisins sont menacés par de bien plus graves problèmes.

La présence d’un Empire si puissant qui a disséminé sur tous les continents et sur tous les océans des bases militaires, des porte-avions et des sous-marins nucléaires, des bâtiments de guerre modernes et des avions de combat perfectionnés emportant toutes sortes d’armes, des centaines de milliers de soldats pour lesquels leur gouvernement réclament l’impunité absolue, constitue le pire des casse-tête pour n’importe quel gouvernement, qu’il soit de gauche, du centre ou de droite, qu’il soit allié des États-Unis ou non.

Le problème pour nous qui en sommes les voisins n’est pas qu’on y parle une autre langue et que ce soit une nation différente. Il y a des Étatsuniens de toutes couleurs et de toutes origines. Ce sont des gens pareils à nous et capables de n’importe quel sentiment, dans un sens ou un autre. Le drame, c’est le système qui s’y est développé et imposé à tous. Ce système n’est pas nouveau quant au recours de la force et aux méthodes de domination, car celles-ci ont prévalu tout au long de l’Histoire. Ce qu’il y a de nouveau, c’est l’époque que nous vivons. Aborder la question à partir de points de vue traditionnels est une erreur qui n’aide personne. Lire et savoir ce que pensent les défenseurs du système est bien plus éclairant, parce qu’il permet de prendre conscience de sa nature qui se fonde sur l’appel constant à l’égoïsme et aux instincts les plus primaires des gens.

Si l’on n’était pas convaincu de la valeur de la conscience et de sa capacité à primer sur les instincts, on ne pourrait même pas exprimer l’espoir d’un changement à n’importe quelle période de la très brève histoire de l’homme. Pas plus qu’on ne pourrait comprendre les terribles obstacles qui se dressent face aux différents dirigeants politiques des nations latino-américaines ou ibéro-américaines du continent. Tout compte fait, les peuples qui vivaient dans cette partie de la planète voilà des dizaines de milliers d’années jusqu’à la fameuse « découverte » de l’Amérique, n’avaient rien de latins, d’ibériques ou d’européens ; leurs traits étaient bien plus ressemblants à ceux des Asiatiques d’où proviennent leurs ancêtres. Nous le constatons de nos jours sur les visages des autochtones du Mexique, d’Amérique centrale, du Venezuela, de Colombie, d’Équateur, du Brésil, du Pérou,  de Bolivie, du Paraguay et du Chili, un pays où les Araucans écrivirent des pages indélébiles.  Les habitants de certaines zones du Canada et de l’Alaska conservent leurs racines indigènes avec toute la pureté possible. Mais sur le principal territoire des États-Unis, une grande partie des anciens habitants furent exterminés par les conquérants blancs.

Des millions d’Africains, tout le monde le sait, ont été arrachés de leurs terres pour travailler comme esclaves sur ce continent. Leurs descendants constituent la majorité de la population dans des nations comme  Haïti et une grande partie des Antilles, et de vastes secteurs dans d’autres pays. Aux États-Unis, ils se comptent  par dizaines de millions et constituent en règle générale les citoyens les plus pauvres et les plus discriminés.

Au fil des siècles, les États-Unis ont réclamé des droits privilégiés sur notre continent. À l’époque de Martí, ils tentèrent d’imposer une monnaie unique basée sur l’or, un métal dont la valeur a été la plus constante au long de l’Histoire et sur lequel le commerce international se basait en règle générale. C’est à partir de Nixon que celui-ci s’est fondé sur le papier-monnaie imprimée aux Etats-Unis, sur le dollar, une devise qui vaut aujourd’hui vingt-sept fois moins qu’au début des années 70, ce qui est là une de leurs si nombreuses manières de dominer et d’escroquer le reste du monde. De nos  jours, toutefois, d’autres devises se substituent au dollar dans le commerce international et dans les réserves en monnaies convertibles.

Si les devises de l’Empire se dévaluent d’une part, ses réserves en forces militaires augmentent de l’autre. La superpuissance, qui a monopolisé la science et la technologie les plus modernes, les a orientées dans une mesure considérable vers la mise au point d’armements. On ne parle plus seulement, désormais, de milliers de projectiles nucléaires ou du pouvoir destructeur des armes classiques ; on parle d’avions sans pilote manœuvrés par des automates. Ce n’est pas là de la fantaisie. Certains avions de ce genre sont déjà utilisés en Afghanistan et ailleurs. Selon des rapports récents, l’Empire se propose dans un avenir relativement proche, en 2020, bien avant que la banquise antarctique n’ait fondu, d’inclure parmi ses deux mille cinq cents avions de combat mille cent F-35 et F-22 de la cinquième génération dans leurs versions chasse et bombardier. Pour avoir une idée de ce potentiel, il suffit de dire que ceux dont ils disposent sur la base de Soto Cano, au Honduras, pour l’entraînement des pilotes de ce pays sont des F-5 ; et que ceux qu’ils ont livrés aux forces aériennes du Venezuela, avant Chávez, au Chili et à d’autres pays sont de petites escadrilles de F-16.

Mais il y a encore pire : l’Empire projette, d’ici à trente ans, de faire piloter tous ses avions de combat, depuis les chasseurs jusqu’aux bombardiers lourds et aux avions citernes, par des robots.

Ce pouvoir militaire n’est pas une nécessité du monde : c’en est une du système économique que l’Empire impose au monde.

N’importe qui peut comprendre que si les automates peuvent se substituer aux pilotes de combat, ils peuvent aussi se substituer aux ouvriers dans de nombreuses usines. Les accords de libre-échange que l’Empire tente d’imposer aux pays de ce continent impliquent que les travailleurs devront faire concurrence à la technologie de pointe et aux robots de l’industrie yankee.

Les robots ne font pas grève, ils sont obéissants et disciplinés. Il existe maintenant des machines pour cueillir les pommes et d’autres fruits. On pourrait poser la même question aux travailleurs étasuniens : Où passeront les postes de travail ? Quel est l’avenir que le capitalisme sans frontières, à son étape de développement avancée, assignera aux citoyens ?

À la lumière de ces réalités et d’autres, les dirigeants des pays de l’UNASUR, du MERCOSUR, du Groupe de Rio et d’autres ne peuvent manquer d’analyser la très juste question que pose le Venezuela : à quoi servent les bases militaires et navales que les États-Unis veulent établir autour du Venezuela et en plein cœur de Notre Amérique ? Je me rappelle que voilà plusieurs années, quand les relations entre la Colombie et le Venezuela, deux nations sœurs par la géographie et l’histoire, s’étaient dangereusement crispées, Cuba avait promu en silence des mesures de paix importantes entre elles. Comme Cubains, nous ne stimulerons jamais la guerre entre des pays frères. L’expérience historique, la destinée manifeste proclamée et appliquée par les États-Unis et la faiblesse des accusations lancée par la Colombie contre le Venezuela : fournir des armes aux FARC, de pair avec les négociations en cours par la première en vue de céder sept points de son territoire aux forces aériennes et navales des États-Unis, contraignent forcément le Venezuela à dépenser dans des armes des moyens qu’il pourrait utiliser pour impulser l’économie, les programmes sociaux et la coopération avec d’autres pays de la région moins développés et possédant moins de ressources. Le Venezuela ne s’arme pas contre le peuple frère colombien : il s’arme contre l’Empire qui a déjà tenté de liquider sa révolution et qui prétend aujourd’hui installer ses armes de pointe aux abords de sa frontière.

Ce serait une grave erreur de penser que la menace est braquée uniquement contre le Venezuela : elle vise tous les pays du Sud du continent. Aucun d’entre eux ne pourra éluder cette question et plusieurs d’entre eux se sont déjà déclarés dans ce sens.

Les générations présentes et futures jugeront leurs dirigeants à la conduite qu’ils adopteront aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement des États-Unis, mais des États-Unis et du système. Qu’offre-t-il ? Que cherche-t-il ?

Il offre le Traité de libre-échange des Amériques (ALCA), autrement dit la ruine anticipée de tous nos pays, le libre-transit des biens et capitaux, mais non celui des personnes. Les USA ont maintenant peur que leur société opulente et surconsommatrice ne soit inondée de Latinos pauvres, d’Indiens, de Noirs et de métis, ou de Blancs sans emploi dans leurs propres pays. Ils expulsent tous ceux qui font des fautes ou sont de trop. Ils les tuent bien souvent avant qu’ils ne puissent entrer, ou les renvoient comme des troupeaux quand ils n’en ont plus besoin. On compte douze millions d’immigrants latino-américains et caribéens illégaux aux États-Unis. Une nouvelle économie vient de voir le jour dans nos pays, surtout parmi les plus petits : les envois de fonds familiaux. Quand elle éclate, la crise frappe surtout les immigrants et leurs familles. Parents et enfants sont cruellement séparés, parfois pour toujours. Si l’immigrant a l’âge du service militaire, on lui propose de s’engager pour combattre, à des milliers de kilomètres de distance, « au nom de la liberté et de la démocratie ». Au retour, s’il ne meurt pas, on lui concède le droit de devenir citoyen des États-Unis. Comme il est maintenant bien entraîné, on lui offre la possibilité de s’enrôler non comme soldat de métier, mais bel et bien comme soldat civil des compagnies privées qui prêtent service dans les guerres de conquête impériales.

Il existe d’autres très graves périls. Les dépêches n’arrêtent pas de nous parler des émigrants mexicains et d’autres pays de la région qui meurent en tenter de franchir la frontière actuelle entre le Mexique et les États-Unis. En fait, bien plus de personnes meurent tous les ans sur ce mur-là que sur le fameux mur de Berlin en presque vingt-huit ans !

Le plus incroyable, c’est qu’on parle à peine dans le monde d’une autre guerre qui fauche des milliers de vies tous les ans : en 2009, elle a déjà tué plus de Mexicains que la guerre menée par Bush contre l’Iraq durant toute son administration n’a tué de soldats étasuniens !

Cette guerre-là au Mexique a éclaté parce que les États-Unis constituent le plus gros marché de drogues au monde. Et pourtant, il n’existe pas de guerre aux USA entre la police et l’armée, d’une part, les trafiquants de drogues, de l’autre : cette guerre a été exportée au Mexique et en Amérique centrale, mais surtout au Mexique, le plus proche des USA ! Les images de cadavres entassés que nous transmet la télévision et les nouvelles de personnes assassinées dans les salles d’opération mêmes où on tentait de leur sauver la vie sont horrifiantes. Mais aucune ne provient des États-Unis…

Cette vague de violence et de sang s’étend peu ou prou dans les pays sud-américains. D’où provient l’argent sinon de cette source infinie que constitue le marché étasunien ? Parallèlement, la consommation tend à s’étendre aux autres pays de la région, causant encore plus de victimes et de dommages, directs ou indirects, que le sida, le paludisme et d’autres maladies ensemble.

L’Empire, dans ses plans de domination, alloue d’énormes sommes aux organes dont la mission est de mentir à l’opinion publique et de l’intoxiquer. Il peut compter là-dessus sur la complicité absolue de l’oligarchie, de la bourgeoisie, de la droite intellectuelle et des médias.

Ces organes sont des experts quand il s’agit de faire connaître les erreurs et les contradictions des hommes politiques.

Le sort de l’humanité ne saurait rester aux mains de robots convertis en personnes ni de personnes converties en robots.

En 2010, l’administration étasunienne dépensera 2,2 milliards de dollars, par département d’État et US/AID interposés, pour promouvoir sa politique, soit 12 p. 100 de plus que Bush à sa dernière année à la présidence, dont 450 millions seront destinés à prouver que la tyrannie imposée au monde signifie démocratie et respect des droits de l’homme.

L’Empire ne cesse de faire appel aux instincts et à l’égoïsme des êtres humains ; ils méprisent la valeur de l’éducation et de la conscience. Le peuple cubain a fait preuve de sa capacité de résistance durant cinquante ans. La résistance est l’arme à laquelle les peuples ne peuvent jamais renoncer : les Portoricains sont parvenus à stopper les manœuvres militaires à Vieques en s’installant sur les champs de tir.

La patrie de Bolívar, dont on sait le rôle historique qu’elle a joué dans les guerres d’indépendance des peuples américains, est aujourd’hui le pays qui inquiète le plus l’Empire. Les Cubains qui y prêtent service comme spécialistes de la santé, éducateurs, professeurs d’éducation physique et de sport, informaticiens, techniciens agricoles et dans d’autres domaines, doivent tout donner dans l’exercice de leurs devoirs internationalistes pour prouver que les peuples peuvent résister et être les tenants des principes les plus sacrés de la société humaine. Sinon, l’Empire détruira la civilisation et jusqu’à notre espèce.

Fidel Castro Ruz

Le 5 août 2009

11 h 16

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Réflexions du compañero Fidel : UN PRIX NOBEL POUR Mme CLINTON:

L’interminable document lu hier par le Nobel Oscar Arias est bien pire que les sept points de l’édit de reddition qu’il avait proposé le 18 juillet.

Il ne communiquait pas avec l’opinion internationale en morse. Il parlait devant les caméras de télévision qui transmettaient son image et tous les détails du visage humain qui a d’ordinaire autant de variables qu’une personne a d’empreintes digitales. On peut découvrir aisément la moindre intention mensongère.  Je l’observais avec soin.

Parmi les téléspectateurs, l’immense majorité savait qu’un coup d’État a eu lieu au Honduras, avait suivi à la télévision les discours prononcés à l’OEA, à l’ONU, au SICA, au Sommet des pays non alignés et dans d’autres instances,  avait vu les sévices, les abus et la répression dont a été victime le peuple qui s’est réuni par centaines de milliers pour protester contre le putsch.

Le plus curieux c’est que, quand il exposait sa nouvelle proposition de paix, Arias ne délirait pas : il croyait ce qu’il disait.

Bien que très peu de Honduriens aient pu voir ces images, bien d’autres personnes dans le monde les ont vues, tout comme elles avaient vu Arias proposer le 18 juillet ses fameux Sept Points dont le premier parlait textuellement de « la restitution légitime de José Manuel Zelaya Rosales à la présidence de la République jusqu’à la fin du mandat constitutionnel pour lequel il a été élu. »

Tout le monde souhaitait savoir ce que dirait M. Bons Offices hier après-midi. La reconnaissance des droits du président constitutionnel hondurien, dont les facultés avaient été réduits à presque rien dans la première proposition, a été reléguée au sixième rang dans ce second projet d’Arias qui n’utilise même pas la phrase : « légitimer la restitution ».

Bien des gens honnêtes s’étonnent et attribuent peut-être à d’obscures manœuvres de sa part ce qu’il a affirmé hier. Peut-être suis-je l’un des rares personnes au monde à comprendre qu’il y avait de l’autosuggestion, plutôt qu’une intention délibérée, dans les paroles du Prix Nobel de la paix. Je m’en suis rendu compte en particulier quand Arias, le ton entrecoupé par l’émotion, insista sur la foule de message que lui avaient adressé de nombreux présidents et dirigeants du monde émus par son initiative. C’est ce qu’il lui passe par la tête ; il ne se rend même pas compte que d’autres Prix Nobel de la paix, honnêtes et modestes comme Rigoberta Menchú et Adolfo Pérez Esquivel, sont indignés devant ce qu’il se passe au Honduras.

Il ne fait pas de doute qu’une grande partie des gouvernements civils d’Amérique latine, qui savait que Zelaya avait approuvé le premier projet d’Arias et faisait confiance au bon sens des putschistes et de leurs alliés yankees, ont poussé un soupir de soulagement. Mais pour seulement soixante-douze heures.

Vu sous un autre angle, et pour en revenir au monde réel où l’Empire dominant continue d’exister et où presque deux cents États souverains doivent se coltiner avec toutes sortes de conflits et d’intérêts politiques, économiques, environnementaux, religieux et autres, il ne reste plus qu’à inventer quelque chose pour primer l’idée géniale des Yankees de penser à Oscar Arias pour tâcher de gagner du temps, de consolider le putsch et de discréditer les organismes internationaux qui ont appuyé Zelaya.

Au meeting pour le trentième anniversaire de la victoire de la Révolution sandiniste, Daniel Ortega, rappelant avec amertume le rôle d’Arias dans le premier accord d’Esquipulas, déclara devant une énorme foule de patriotes nicaraguayens : « Les Yankees le connaissent bien, et c’est pour ça qu’ils l’ont choisi comme M. Bons Offices au Honduras. » À ce même meeting, Rigoberta Menchu d’origine indigène, a condamné le putsch (Voir la Réflexions du compañero Fidel : Le trentième anniversaire sandiniste et la proposition de san josé).

Si on avait tout simplement appliqué les mesures décidées par les ministres des Affaires étrangères à la réunion de Washington, les putschistes n’auraient pas pu survivre à la résistance pacifique du peuple hondurien.

À présent, les putschistes manœuvrent dans les milieux oligarchiques latino-américains, dont certains, depuis le gouvernement, n’ont pas honte d’évoquer leurs sympathies pour le putsch, tandis que l’impérialisme pêche en eau trouble. Exactement ce que les États-Unis souhaitaient avec leur initiative de paix, tout en accélérant les négociations pour cerner la patrie de Bolívar de bases militaires.

Soyons justes : tout en attendant le dernier mot que dira le peuple  hondurien, demandons donc un prix Nobel pour Mme Clinton.

Fidel Castro Ruz

Le 23 juillet 2009

14 h 30

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Réflexions du compañero Fidel : LE TRENTIÈME ANNIVERSAIRE SANDINISTE ET LA PROPOSITION DE SAN JOSÉ

Le putsch du Honduras, fomenté par l’extrême droite étasunienne – qui a maintenu en Amérique centrale la structure créée par Bush – et appuyé par le département d’État, évoluait mal à cause de la résistance énergique du peuple.

L’aventure criminelle, condamné à l’unanimité par l’opinion publique mondiale et par les organismes internationaux, ne pouvait durer.

L’écho des atrocités commises dans des décennies récentes par les tyrannies que les États-Unis avaient fomentées, instruites et armées sur notre continent était encore proche.

Sous l’administration Clinton et dans les années suivantes, l’Empire s’efforça d’imposer son Traité de libre-échange à tous les pays latino-américains à travers ce qu’on a appelé les Sommets des Amériques.

La tentative de compromettre le continent dans un accord de libre-échange fit fiasco. Les économies d’autres régions du monde enregistrèrent un bon rythme de croissance et le dollar perdait peu à peu son hégémonie exclusive comme devise privilégiée. La brutale crise financière mondiale compliqua la situation. C’est dans ces circonstances qu’eut lieu le putsch militaire au Honduras, l’un des pays les plus pauvres de notre continent.

Au bout de deux semaines de lutte populaire croissante, les États-Unis ont manœuvré pour gagner du temps. Le département d’État assignait alors à Oscar Arias, le président du Costa Rica, la tâche de prêter main forte aux putschistes, cernés par une pression populaire vigoureuse, mais pacifique. Jamais un fait similaire en Amérique latine n’avait reçu une pareille réponse.

Le fait qu’Oscar Arias était prix Nobel de la paix pesait dans les calculs de l’administration étasunienne.

Quand on retrace la carrière réelle d’Oscar Arias, on constate qu’il s’agit d’un politicien néolibéral, talentueux et à la parole facile, extrêmement calculateur et fidèle allié des États-Unis.

En fait, dès les premières années de la Révolution cubaine, le gouvernement étasunien utilisa le Costa Rica et lui alloua des ressources pour en faire la vitrine de progrès sociaux qu’on peut obtenir sous le capitalisme.

L’impérialisme utilisa ce pays centraméricain comme base de ses attaques pirates contre Cuba. Des milliers de techniciens et de diplômés universitaires cubains furent soustraits à notre peuple, déjà en butte au blocus cruel, pour prêter service au Costa Rica. Ce n’est que tout récemment que les relations entre les deux pays ont été rétablies ; et le Costa Rica a été l’un des deux derniers gouvernements du continent à le faire. Tout en m’en réjouissant, je ne peux manquer toutefois de dire ce que je pense à ce moment historique de Notre Amérique.

Arias, issu du secteur riche et dominant de la société costaricienne, a fait des études de droits et d’économie dans une université de son pays, puis a fait d’abord une maîtrise ensuite un doctorat de sciences politiques en Angleterre, à l’Université d’Essex. C’est ceint de ces lauriers académiques qu’il fut nommé conseiller par le président José Figueres Ferrer, du parti Libération nationale, en 1970 – il avait alors trente ans – puis, peu après, ministre de la Planification, poste où il fut ratifié par le président suivant, Daniel Oduber. En 1978, Arias fut élu député de ce parti, dont il devint secrétaire général en 1979 et président pour la première fois en 1986.

Quelques années avant la victoire de la Révolution cubaine, un mouvement armé de la bourgeoisie nationale, conduit par José Figueres Ferres, père du président Figueres Olsen, avait liquidé la petite armée pustchiste, et sa lutte fut accueillie avec sympathie par les Cubains. Quand nous nous battions dans la Sierra Maestra contre la tyrannie de Batista, nous reçûmes du Parti de la libération créé par Figueres Ferres quelques armes et munitions, mais, trop ami des Yankees, il rompit vite avec nous. Il ne faut pas oublier que c’est la réunion de l’OEA tenue à San José du Costa Rica qui entraîna la rédaction de la Première Déclaration de La Havane en 1960.

Toute l’Amérique centrale souffrit pendant cent cinquante ans, depuis l’époque du flibustier William Walker, qui se nomma président du Nicaragua en 1856, de l’interventionnisme des États-Unis et elle continue d’en souffrir de nos jours, bien que le peuple nicaraguayen héroïque ait accédé à une indépendance qu’il est disposé à défendre jusqu’à son dernier souffle. On ne sache pas que le Costa Rica l’ait jamais soutenu depuis qu’il l’a atteinte, bien qu’un gouvernement ait eu le mérite, à la veille de la victoire de 1979, de se solidariser avec le Front sandiniste de libération nationale.

Quand le Nicaragua était saigné à blanc par la sale guerre de Reagan, les peuples guatémaltèque et salvadorien avaient aussi payé très cher en vies la politique interventionniste des États-Unis qui fournissaient de l’argent et des armes aux troupes répressives, les formaient et les endoctrinaient dans leurs écoles. Daniel Ortega nous a raconté que les Yankees avaient finalement promu des formules visant à mettre fin à la résistance révolutionnaire au Guatemala et en El Salvador.

Il m’a commenté plus d’une fois avec amertume qu’Arias, suivant des instructions des États-Unis, avait exclu le Nicaragua des négociations de paix, se réunissant uniquement avec les gouvernements salvadorien, hondurien et guatémaltèque, afin de lui imposer des accords. Aussi avait-il une énorme gratitude envers Vinicio Cerezo. Il m’a aussi raconté que le premier accord fut signé dans un couvent d’Esquipulas (Guatemala), le 7 août 1987, au terme de deux jours de conversations intenses entre les cinq présidents centraméricains. C’est la première fois que j’en parle publiquement.

Mais cette fois-ci, pour le trentième anniversaire de la victoire sandiniste du 19 juillet 1979, Daniel a tout expliqué avec une clarté impressionnante, tout comme il l’a fait pour tous les autres points qu’il a abordés dans son discours écouté par des centaines de milliers de personnes et transmis par radio et télévision. Je le reprends textuellement :

« Les Yankees l’avaient nommé médiateur. Nous avons une profonde sympathie pour le peuple costaricien, mais je ne saurais oublier que dans ces dures années, le président de ce pays avait convoqué les autres présidents centraméricains, mais pas nous…

« Mais les autres présidents centraméricains ont été plus sensés et lui ont dit : Il ne peut pas y avoir de plan de paix si le Nicaragua n’est pas présent. Mais, au nom de la vérité historique, il faut dire que le président qui a eu le courage de briser l’isolement que les Yankees avaient imposé à l’Amérique centrale – où ils avaient interdit aux présidents de converser avec le Nicaragua et voulaient une solution militaire, où ils voulaient liquider par la guerre le Nicaragua et sa révolution, que le président qui a eu le courage de faire ce pas courageux, c’est le président guatémaltèque d’alors, Vinicio Cerezo. Voilà l’histoire vraie.

« Les Yankees ont couru maintenant chercher le président Oscar Arias, parce qu’ils le connaissent ! Et ils sont allés le chercher pour gagner du temps, afin que les putschistes commencent à poser des demandes inacceptables. Depuis quand un putschiste va-t-il négocier avec la personne à laquelle il a arraché ses droits constitutionnels ? Ces droits ne peuvent faire l’objet de négociations : il faut tout simplement restituer à son poste le président Manuel Zelaya, en conformité avec les décisions de l’ALBA, du Groupe de Rio, du SICA, de l’OEA et des Nations Unies.

« Dans nos pays, nous voulons des règlements pacifiques. La bataille que livre le peuple hondurien actuellement est une bataille pacifique, pour lui éviter plus de douleur qu’il n’en a déjà. »

La sale guerre ordonnée par Reagan et financée en partie – m’a dit Daniel – par de la drogue expédiée depuis les États-Unis aboutit au bilan  suivant : plus de 60 000 personnes tuées, 5 800 invalides ; destruction et abandon de 300 écoles et de 25 centres de santé ; assassinat de 150 enseignants ; des pertes matérielles se montant à des dizaines de milliards de dollars. Or, le Nicaragua ne comptait que 3,5 millions d’habitants. L’URSS ayant cessé de lui livrer du pétrole, l’économie ne put se soutenir. Le Front sandiniste convoqua des élections et les avança même, et respecta le vote du peuple qui avait perdu tout espoir de préserver les conquêtes de la Révolution. Presque dix-sept ans après, les sandinistes occupaient de nouveau le gouvernement. Ils ont fêté voilà juste deux jours le trentième anniversaire de la première victoire.

Le samedi 18 juillet dernier, le prix Nobel Arias a proposé sept points d’une initiative personnelle de paix qui ôtait toute autorité aux décisions de l’ONU et de l’OEA et imposait une sorte de reddition à Manuel Zelaya, ce qui devait forcément lui retirer la sympathie populaire et affaiblir le soutien dont il jouissait. Le président constitutionnel du Honduras a adressé ce qu’il a qualifié d’ultimatum aux putschistes, que ses représentants devaient leur présenter, et a annoncé en même temps son retour au Honduras pour le dimanche 19 juillet par n’importe quel département de son pays.

Ce dimanche-ci, en début d’après-midi, des dénonciations historiques de la politique étasunienne ont été présentées au cours du meeting sandiniste gigantesque tenu à Managua. C’étaient là des vérités qui ne pouvaient que transcender.

Le pire pour les Etats-Unis, c’est que les putschistes résistaient à leur manigance lénitive. Il faudrait préciser à quel moment le département d’Etat adresse un message fort à Micheletti et si les chefs militaires ont été mis au courant des positions de l’administration Obama.

En tout cas, quiconque suivait de près les événements pouvait constater que Micheletti refusait la paix, lundi. Son représentant à San José, Carlos López Contreras, avait déclaré que la proposition d’Arias ne pouvait être discutée car son premier point, autrement dit le rétablissement de Zelaya, n’était pas négociable. Le gouvernement civil putschiste jouait son rôle au sérieux, sans même se rendre compte que Zelaya, privé de toute autorité, ne constituait aucun risque pour l’oligarchie et qu’il souffrirait un dur coup politique s’il acceptait la proposition du président costaricien.

Dimanche 19, quand Arias a demandé soixante-douze heures de plus pour expliquer sa position, Mme Clinton téléphonait à Micheletti avec qui elle avait, selon le porte-parole Philip Crowley, une « dure conversation ». On saura un jour ce qu’elle lui a dit, mais il suffisait de voir la tête de Micheletti quand il a pris la parole le lundi 20 à une réunion de son gouvernement putschiste : on aurait vraiment dit un gosse de la maternelle grondé par sa maîtresse. J’ai pu, grâce à TeleSur, suivre les discours de cette réunion, ainsi que les interventions des représentants des membres de l’OEA qui se sont engagés à attendre le dernier mot du prix Nobel de la paix. Savaient-ils, oui ou non, ce que Mme Clinton avait dit à Micheletti ? Peut-être que oui, peut-être que non. Certains, peut-être, mais pas tous.  Des hommes, des institutions et de concepts se sont convertis en instrument de la politique altière et arrogante de Washington. En tout cas, jamais un discours à l’OEA n’a brillé avec plus de dignité que les mots brefs, mais courageux et exacts, de Roy Chaderton, l’ambassadeur vénézuélien, à cette séance.

On verra apparaître de nouveau l’image de commandeur d’Oscar Arias expliquant qu’il a mis au point telle ou telle proposition de règlement pour éviter la violence. Je pense que même lui est tombé dans le grand traquenard tendu par le département d’Etat. On verra bien demain.

Mais c’est le peuple hondurien qui aura le dernier mot. Les représentants des organisations sociales et des nouvelles forces ne sont des instruments de personne dans le pays et à l’étranger ; ils connaissent les besoins et les souffrances de leur peuple ; leur conscientisation et leur trempe se sont renforcées ; de nombreux citoyens, jusqu’ici indolents, les ont rejoints ; les membres honnêtes des partis traditionnels qui croient à la liberté, à la justice et à la dignité humaine jugeront leurs leaders en fonction de la position qu’ils adopteront à cette minute historique.

On ignore encore quelle sera l’attitude des militaires face aux ultimatums yankees et quels sont les messages qui parviennent aux officiers. Il n’existe qu’un seul point de référence patriotique et honorable : la loyauté au peuple, qui a supporté avec héroïsme les bombes lacrymogènes, les coups et les balles.

Quoique nul ne puisse assurer quel sera le dernier caprice de l’Empire, si, compte tenu des dernières décisions adoptées, Zelaya rentre, légalement ou illégalement, les Honduriens l’accueilleront sans aucun doute en grand, car ce sera une mesure de la victoire qu’ils ont d’ores et déjà remportée par leurs luttes.

Que nul ne doute que seul le peuple hondurien sera capable de bâtir sa propre Histoire !

Fidel Castro Ruz

Le 21 juillet 2009

20 h 55

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Réflexions du compañero Fidel : TRANSPARENCE TOTALE

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Qui en doute ? Des observateurs de toutes parts et de tous acabits ont assisté aux élections vénézuéliennes du 23 novembre. Les journalistes ont transmis leurs dépêches dans une liberté absolue. L’oligarchie, elle, a calomnié grossièrement sur tous les toits et aux quatre vents: le fait d’avoir retardé l’heure de fermeture des bureaux, afin de permettre aux citoyens de voter, ne visait censément qu’à garantir les fraudes, bien que le Conseil électoral national l’ait décidé et annoncé au préalable. Lire la suite »

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Réflexions du compañero Fidel : MA RENCONTRE AVEC HU JINTAO

Hu Jintao et Fidel Castro

Je ne souhaitais pas beaucoup parler, mais il m’a obligé à le faire ; je lui ai posé quelques questions et j’ai surtout écouté.

Il m’a décrit les exploits du peuple chinois ces dix derniers mois. De fortes chutes de neige hors saison, un séisme qui a dévasté des territoires équivalant à trois fois la superficie de Cuba et la crise économique internationale la plus grave depuis la Grande Dépression des années 30 ont frappé cette immense nation de 1,3 milliard d’habitants. Lire la suite »

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